Présentation
Dans son dialogue avec Arnold Toynbee, Choisis la vie , Daisaku Ikeda aborde, entre autres, les relations entre l’être humain et la nature. Il rappelle que le bouddhisme permet d’établir une relation avec la nature qui n’est pas fondée sur une opposition, mais plutôt sur un rapport de dépendance mutuelle, développé dans des principes bouddhiques comme : la non-dualité entre la vie et son environnement (jpn esho funi), et les trois domaines d’existence. Il ajoute que ce lien entre sujet et environnement se situe fondamentalement « dans la force vitale cosmique ». Arnold Toynbee rappelle que cette vision d’interdépendance entre l’être humain et la nature a longtemps fait partie de nos cultures à la fois occidentale et orientale, notamment dans l’Antiquité, mais qu’au fur et à mesure du développement de la culture moderne, la société s’est éloignée de cette vision, entamant ainsi un cycle de destruction de l’environnement naturel sans précédent.
Thème d’étude
L’être humain et la nature : la non-dualité entre la vie et son environnement (jpn esho funi)
Nous devrions envisager la relation entre l’être humain et son environnement à la lumière de ce merveilleux extrait de Sur les présages, de Nichiren Daishonin : « Les dix directions [le monde] sont “l’environnement”, et les êtres vivants “la vie” [qui en est inséparable]. À titre d’illustration, l’environnement est comme l’ombre et la vie comme le corps. Sans corps, il ne peut y avoir d’ombre et, sans vie, il n’y a pas d’environnement. De la même façon, la vie est façonnée par son environnement . »
Ici, « le monde » signifie notre environnement ou l’ensemble de l’espace. « Environnement » (eho) est un terme bouddhique qui désigne les éléments de l’environnement visible. « Vie » (ou existence subjective, shoho) désigne la totalité des entités vivantes, nommées, dans le bouddhisme, shujo (êtres vivants). Si nous considérons que l’existence subjective représente les êtres humains, l’environnement est l’environnement humain. Nichiren Daishonin illustre sa pensée à l’aide de l’analogie du corps et de l’ombre. Le corps se déplace et modifie l’ombre, mais, en même temps, il est en quelque sorte créé par celle-ci, car s’il n’en projetait pas une, il ne serait pas un corps. En d’autres termes, ce dernier reçoit l’existence et l’identité de l’environnement, et vice versa. Nous ne parviendrons, selon moi, à une pleine compréhension de la relation existant entre notre vie et notre environnement qu’en synthétisant cette dialectique. […]
Nichiren Daishonin écrit dans une lettre adressée à un disciple, La réalité ultime de tous les phénomènes : « […] tous les êtres et leurs environnements dans les dix états, depuis l’enfer, qui est le plus bas, jusqu’à la bouddhéité, qui est le plus élevé, sont, sans exception, des manifestations de Myoho-renge-kyo. Dès qu’il y a un environnement, des êtres vivants y demeurent. Il est dit dans un commentaire : “Les êtres vivants et leur environnement manifestent toujours Myoho-renge-kyo”. » […] Cet extrait permet de comprendre la relation véritable entre la vie humaine et son environnement dans le monde physique et spirituel. « Dès qu’il y a environnement, des êtres vivants y demeurent » ne signifie pas que les deux phénomènes coexistent ni plus ni moins. La précision selon laquelle tous deux « manifestent toujours Myoho-renge-kyo » indique clairement comment le rythme dynamique de la vie humaine et de son environnement est relié à la vie cosmique que nous nommons la Loi merveilleuse.[…]
La formation d’une vie humaine en tant qu’existence subjective est identique à la formation de l’environnement de cette vie. Ils ne peuvent pas plus être séparés que ne le peuvent la croissance et le développement des animaux et des végétaux du monde dans lequel ils vivent.Chaque vie humaine participe, avec son environnement, à la force vitale fondamentale du cosmos tout entier. Il s’ensuit que tout changement dans les conditions de vie d’un seul être humain exerce, dans les étendues intérieures de la vie même, une influence sur les autres vies humaines. La nature et le cosmos étant des entités vivantes, les ondes émanant d’une vie humaine peuvent non seulement ébranler les fondations d’autres êtres vivants, mais encore affecter des choses considérées en général comme inertes.
(La Vie à la lumière du bouddhisme, L’Harmattan 2015, partie I-2, p. 37-38, 45-46)
Clés de compréhension
La non-dualité de la vie et de son environnement (jpn esho funi).
Ce n’est qu’en vivant en harmonie avec son environnement naturel, dans une relation où chacun donne et reçoit, qu’il est possible à l’être humain de s’épanouir dans une vie créative. Fondé sur cette approche, le bouddhisme enseigne que la relation entre l’homme et la nature n’est pas établie sur une opposition, mais sur une dépendance mutuelle. Cette relation est décrite par le terme japonais esho funi.
Sho = shoho, qui signifie « entité de vie indépendante ».
E = eho, l’environnement qui favorise cette vie.
Funi signifie « deux mais non deux ».
Étant donné que la vie humaine influence son environnement et dépend de lui, les deux concepts – esho et funi – sont inséparables. Si l’être humain et son environnement devaient être considérés comme deux entités séparées et opposées, il deviendrait impossible d’appréhender l’un ou l’autre dans sa véritable perspective.


