La jeunesse et la foi – s’éveiller à notre dignité et à celle des autres
Mon maître, le deuxième président de la Soka Gakkai, Josei Toda, disait souvent aux jeunes : « N’ayez pas peur ! Vivez fièrement, tels des lions ! » Le président Toda accordait la plus grande valeur aux jeunes et il les encourageait toujours chaleureusement. Il exprima son espoir que chacun d’eux « rassemble le courage d’un roi-lion » et devienne un vainqueur dans la vie, sans se laisser terrasser par les difficultés, quelles qu’elles soient. Depuis l’époque de notre président-fondateur, Tsunesaburo Makiguchi, former des jeunes et faire apparaître les responsables de la prochaine génération ont toujours constitué la tradition et l’esprit de la Soka Gakkai. Les jeunes recherchent un mode de vie authentique Lors d’une interview pour la station de radio de Tohoku [en décembre 1956], on demanda à M. Toda : « Pourquoi la Soka Gakkai compte-t-elle autant de jeunes parmi ses membres ? » Sa réponse fut très claire : « Parce que nous avons une philosophie profonde. » « Les jeunes, poursuivit-il, recherchent une philosophie de vie. Cette quête les amène à gravir des sommets de plus en plus élevés. Et plus ils grimpent, plus grande est leur joie, ce qui explique pourquoi, une fois qu’ils ont rejoint la Soka Gakkai, ils ne la quittent pas. » Ce sont les paroles d’un grand éducateur qui se souciait toujours chaleureusement des jeunes en quête d’un mode de vie authentique et qui les soutenait. J’entends encore résonner la voix de M. Toda, pleine d’affection et bienveillante. Gravir ensemble le sommet de kosen rufu « Je suis la même voie qu’eux, poursuivit M. Toda. Je fais simplement un pas ou deux, c’est tout. Je ne prétends pas avoir atteint le sommet. Je dis plutôt : “Allons ensemble vers le sommet !” » Cette invitation à rechercher ensemble la vérité bouddhique a dû encourager d’innombrables jeunes. Nous nous engageons dans l’étude bouddhique au sein de la Soka Gakkai pour apprendre ensemble les principes du bouddhisme, nous développer et gravir les sommets de kosen rufu et de l’atteinte de la bouddhéité en cette vie. Juillet est le mois de la jeunesse au sein de la Soka Gakkai. En priant pour le développement dynamique de tous mes chers amis des départements des jeunes hommes, des jeunes femmes, des étudiants et du groupe Avenir 1, j’aimerais aborder cette fois-ci deux écrits de Nichiren qui traitent du thème de la jeunesse et de la foi. Étudions d’abord Sur l’offrande d’un pâté de sable (WND-II, 499-502), une lettre exprimant l’espoir infini que Nichiren plaçait dans les jeunes. « Il est dit [dans le chapitre « Le maître de la Loi » (10e)], qui figure dans le quatrième volume du Sûtra du Lotus : “Si, durant un certain kalpa 2, / une personne, en quête de la voie du Bouddha, / joint les mains en ma présence / et récite d’innombrables vers en mon honneur, / elle obtiendra d’immenses bienfaits / pour avoir loué le Bouddha. / Admirer et faire l’éloge de ceux qui préservent ce Sûtra / procureront une bonne fortune plus grande encore.” (SdL-X, 166) « Ce passage souligne que l’on obtiendra de plus grands bienfaits en faisant des offrandes au Pratiquant du Sûtra du Lotus, si détesté en ce monde mauvais de l’époque de la Fin de la Loi, qu’en faisant des offrandes au Bouddha pendant tout un kalpa moyen 3. Vous vous demandez peut-être qui fait une déclaration aussi extravagante, eh bien, c’est tout simplement le Bouddha Shakyamuni, le seigneur des enseignements lui-même. Il ne dépend que de vous d’en douter ou d’y croire. » Sur l’offrande d’un pâté de sable, WND-II, 499 4 Le développement de Tokimitsu réjouit profondément Nichiren Nichiren envoya cette lettre en novembre 1274 à son jeune disciple Nanjo Tokimitsu, qui lui avait fait des offrandes sincères, comportant notamment des mandarines, du konnyaku 5, des racines de bardane et d’autres articles. En mai 1274, Nichiren quitta Kamakura pour s’installer au mont Minobu. Juste deux mois plus tard, en juillet, le jeune Tokimitsu, alors âgé de 16 ans 6 et animé par un fervent esprit de recherche, vint lui rendre visite. Cela faisait environ dix ans que Nichiren n’avait pas rencontré Tokimitsu, qui était à l’époque un enfant. Il fut vraiment ravi de voir combien ce dernier avait grandi jusqu’à devenir un magnifique jeune homme qui avait hérité de la foi bouddhique de son défunt père 7. Dans cette lettre, écrite environ quatre mois après la visite de Tokimitsu, Nichiren exprime les espoirs illimités qu’il place dans l’avenir de ce jeune successeur. Il cite ici un passage tout à fait extraordinaire du chapitre « Le maître de la Loi » du Sûtra du Lotus (10e). Il y est dit que les bienfaits acquis en faisant des offrandes à ceux qui adoptent le Sûtra du Lotus – tout particulièrement à ceux qui le pratiquent à l’époque de la Fin de la Loi – surpassent les bienfaits acquis en faisant des offrandes au Bouddha Shakyamuni qui a enseigné le Sûtra du Lotus. Nichiren qualifie même cette déclaration d’« extravagante » (WND-II, 499). Pourtant, explique-t-il, c’est bien ce qu’enseigne le Sûtra du Lotus. Tels sont bien les mots employés par Shakyamuni, le seigneur des enseignements. En définitive, dit Nichiren, il incombe à Tokimitsu de choisir d’y croire ou non. Une foi authentique vient de l’intérieur. C’est nous-mêmes qui décidons de la faire apparaître. Nichiren encourage ici Tokimitsu à suivre la foi de sa propre initiative et de son plein gré. Les pratiquants du Sûtra du Lotus sont d’une noblesse suprême Le chapitre « Le maître de la Loi » établit clairement que l’offense consistant à calomnier ceux qui adoptent le Sûtra du Lotus et le bienfait consistant à faire leur éloge et à leur faire des offrandes sont plus grands que l’offense consistant à calomnier Shakyamuni ou le bienfait consistant à le louer et à lui faire des offrandes. Cela transmet indéniablement la véritable intention de Shakyamuni. C’est la déclaration du Bouddha. Dans le Sûtra du Lotus, Shakyamuni prédit l’illumination des disciples auditeurs de son époque et ses prédictions s’achèvent dans le chapitre précédent (9e) intitulé « Prophétie aux novices et aux disciples confirmés ». Puis, à partir du chapitre « Le maître de la Loi », l’attention porte sur ce thème majeur : qui propagera largement la Loi dans l’époque mauvaise suivant la disparition du Bouddha Shakyamuni ? Ce thème apparaît après la révélation dans le Sûtra que ceux qui adoptent et propagent l’enseignement correct en cette ère troublée sont d’une noblesse authentique. Du point de vue de la Loi ou de l’enseignement, le bienfait acquis en propageant la Loi merveilleuse [Nam-myoho-renge-kyo], l’essence du Sûtra du Lotus, à l’époque de la Fin de la Loi, est incommensurable. Shakyamuni et tous les autres bouddhas ont, à l’origine, atteint l’illumination grâce au pouvoir de Nam-myoho-renge-kyo. C’est pour cela que le bienfait découlant de la propagation de la Loi de Nam-myoho-renge-kyo est incommensurable. Par ailleurs, du point de vue de la personne, le chapitre « Le maître de la Loi » explique que les bodhisattvas, qui ont acquis le même état de vie que le Bouddha et ont fait le vœu de contribuer à guider tous les êtres humains vers l’illumination, propageront le Sûtra du Lotus à l’époque mauvaise de la Fin de la Loi. Ces bodhisattvas renoncent délibérément à leur rétribution karmique positive, qui leur aurait permis de renaître dans une Terre pure et choisissent de naître en ce monde saha 8 si troublé pour s’engager dans la pratique de bodhisattva consistant à soulager les souffrances des autres. Cela correspond au concept « choisir délibérément le karma qui convient 9 ». Il est dit dans le chapitre « Le maître de la Loi » que chacun de ces bodhisattvas « est l’envoyé de l’Ainsi-Venu. Il a été dépêché par l’Ainsi-Venu et accomplit l’œuvre de l’Ainsi-Venu. » (SdL-X, 164) Ces personnes sont les protagonistes de la propagation du Sûtra du Lotus à l’époque mauvaise de la Fin de la Loi. Et en tant qu’envoyés de l’Ainsi-Venu, elles accomplissent la même tâche que l’Ainsi-Venu 10. Par conséquent, dans le contexte qui est le leur, ceux qui vivent à l’époque de la Fin de la Loi, plutôt que de recevoir des instructions directes de Shakyamuni, se relient à l’enseignement bouddhique correct et pénètrent sur la voie de la foi en rencontrant ces bodhisattvas qui ont fait le vœu de mener tous les êtres humains à l’illumination. C’est ce qui fait toute la grandeur des pratiquants du Sûtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi. Le déroulement de kosen rufu à l’époque de la Fin de la Loi Le chapitre « Le maître de la Loi » précède la Cérémonie dans les Airs 11 et les bodhisattvas surgis de la Terre 12 n’ont donc pas encore fait leur apparition. Néanmoins, ce chapitre fait référence aux bodhisattvas qui « choisissent délibérément le karma qui convient » et apparaissent à l’époque suivant la disparition de Shakyamuni pour enseigner le Sûtra du Lotus afin de guider ceux qui souffrent vers l’illumination. Il explique aussi que ces bodhisattvas devront être prêts à propager le Sûtra du Lotus en se confrontant aux vents hostiles des oppositions et des persécutions, et que c’est là le schéma immuable du développement de kosen rufu à l’époque de la Fin de la Loi. C’est ce qu’exprime le chapitre « Le maître de la Loi » : « Puisque haine et jalousie envers ce Sûtra abondent en ce monde du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition ? » (SdL-X, 166) Les 11e et 13e chapitres, « L’apparition de la Tour aux trésors » et « Exhortation à la persévérance », identifient aussi clairement les obstacles qui se dressent lorsque l’on propage l’enseignement bouddhique à l’époque de la Fin de la Loi, notamment « les six actes difficiles et les neuf actes faciles 13 » et « les trois puissants ennemis 14 ». Si un magnifique bouddha doté d’attributs surnaturels 15 pouvait apparaître à l’époque mauvaise suivant la mort de Shakyamuni pour mener les êtres humains à l’illumination, de telles difficultés n’apparaîtraient peut-être pas. Mais les personnes ordinaires considéreraient alors ce Bouddha comme un être surnaturel sans aucun rapport avec leur vie, et ils attendraient passivement qu’il leur apporte le Salut. Dans ce cas, ils ne pourraient pas s’éveiller à leur dignité intrinsèque, c’est-à-dire à leur nature de bouddha. Si nous, personnes ordinaires, avons le courage de partager l’enseignement bouddhique en cette époque troublée, il est certain que nous rencontrerons les mêmes oppositions que le bodhisattva Jamais-Méprisant 16. Mais si nous faisons apparaître notre foi et poursuivons notre marche quand nous sommes confrontés à des réactions hostiles – à l’image du bodhisattva Jamais-Méprisant qui refusa de se laisser intimider et poursuivit constamment sa pratique consistant à révérer les autres –, nous pouvons faire jaillir notre état de bouddha et établir un magnifique état de vie. La lumière intérieure émise par ceux qui ont remporté une victoire éclatante sur ces difficultés illuminera tous ceux qui les entourent et permettra même à ceux qui se sont autrefois opposés au bouddhisme de s’éveiller à leur dignité intérieure et à leur valeur. Ainsi, on verra des personnes briller les unes après les autres, tels des êtres d’une noblesse infinie, en créant une multitude de tours aux trésors. Telle est la formule pour réaliser kosen rufu à l’ère suivant la disparition de Shakyamuni. En tant que pratiquant du Sûtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi, Nichiren a propagé l’enseignement correct lorsqu’il a été confronté à des menaces mettant sa vie en péril. Par la suite, dans la même lettre, il explique à Tokimitsu ce qu’il ressent, ainsi que la détermination qui l’a animé et les actions qu’il a décidé d’entreprendre. « Moi, Nichiren, avais le profond espoir d’aider ce pays, le Japon, mais ses habitants, de haute comme de basse condition, semblaient tous s’être résignés à sa destruction, et non seulement ils ne tinrent aucun compte de mes conseils mais en plus ils me traitèrent à maintes reprises de façon hostile. Ne pouvant faire autrement, je me suis retiré dans cette forêt de montagne. » (WND-II, 500) Se dresser pour agir et remporter la victoire au côté de notre maître Pour conclure cette lettre, Nichiren décrit ses efforts inlassables pour exprimer la vérité en écrivant : « Pendant les vingt dernières années ou plus, [depuis que j’ai proclamé mon enseignement] 17, je n’ai jamais épargné ma voix. […] Même si les autres peuvent nous calomnier, nous sommes les maîtres de la Loi et nous n’y prêtons aucune attention. » (WND-II, 500-501) En se présentant lui-même comme un exemple de pratiquant qui, en accord avec les enseignements du Sûtra du Lotus, a lutté de toutes ses forces face à l’adversité, Nichiren espérait sans aucun doute transmettre son engagement inébranlable pour kosen rufu à son jeune disciple. Je ressens qu’en décrivant la réalité de sa lutte pour mener les êtres humains à l’illumination, le maître appelle ici son disciple à se dresser à ses côtés afin que tous deux puissent agir et remporter ensemble la victoire. Lorsqu’il apprit les nobles efforts de Nichiren, Tokimitsu trouva sans aucun doute l’inspiration pour se dresser à son tour avec une profonde détermination. Durant toute sa vie, Nichiren transmit inlassablement la Loi merveilleuse tout en étant sans cesse confronté à des difficultés. C’est ainsi qu’il se consacra au bonheur des autres. Cela illustre l’esprit du Sûtra du Lotus, qui enseigne que tous les êtres humains peuvent atteindre l’illumination. Son noble engagement altruiste qui l’amenait à transmettre le bouddhisme l’incita aussi à adresser des remontrances aux autorités de son époque. On peut en voir un exemple dans son écrit Nouvelle lettre au moine séculier Yadoya inclus pour la première fois dans la nouvelle édition japonaise du Nichiren Daishonin gosho zenshu 18 (Les Œuvres complètes de Nichiren). « Un mois s’est écoulé depuis que je vous ai envoyé ma lettre lors du huitième mois et, intentionnellement ou non, vous ne m’avez pas encore répondu. Voilà qui pèse lourdement sur mon cœur. Peut-être avez-vous oublié du fait de vos nombreuses occupations. Ou peut-être suis-je devenu trop insignifiant pour justifier que l’on m’écrive ne serait-ce qu’une seule ligne 19. « Il est dit dans un Sûtra : “Le lion ne dédaigne pas le petit lièvre pas plus qu’il ne redoute l’énorme éléphant .” « La voie ultime dans l’étude du bouddhisme consiste à donner délibérément notre vie pour nous acquitter de notre dette de reconnaissance envers notre pays. Ce que je fais, ce n’est donc pas pour mon propre bien. » Nouvelle lettre au moine séculier Yadoya 21, GZ nouvelle édition, 853 « Ce n’est donc pas pour mon propre bien » Au début de l’année 1268, une lettre officielle de l’empire mongol exigeant que le Japon se soumette [avec une menace d’invasion si cette exigence n’était pas satisfaite] provoqua un terrible choc au sein du gouvernement militaire de Kamakura. La calamité de l’invasion étrangère prédite par Nichiren dans son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays [envoyé à Hojo Tokiyori en 1260] (Écrits, 7-32) semblait imminente. Nichiren avait à nouveau pris des mesures pour adresser des remontrances au gouvernement, en s’adressant cette fois au régent Hojo Tokimune qui venait de prendre les rênes du pouvoir [en mars de cette année-là]. [Comme lorsqu’il avait envoyé son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays huit ans plus tôt], il avait eu recours à un intermédiaire, le moine séculier Yadoya 23, un fonctionnaire de haut rang du gouvernement de Kamakura. Mais en lisant la Lettre au moine séculier Yadoya (WND-II, 312), écrite en août de cette année-là, nous pouvons en déduire qu’il n’y eut pas de réponse du gouvernement. La nouvelle lettre au moine séculier Yadoya, composée en septembre, soit un mois plus tard, fut une deuxième tentative de Nichiren pour inciter Yadoya à transmettre sans tarder ses préoccupations à Tokimune. Nichiren s’engagea ensuite dans une lutte par les mots avec un cœur de lion contre les dirigeants du pays à Kamakura. Il déclara : « La voie ultime dans l’étude du bouddhisme consiste à donner définitivement notre vie pour nous acquitter de notre dette de reconnaissance envers notre pays. Ce que je fais, ce n’est donc pas pour mon propre bien. » (GZ, 853) Ces paroles expriment la conviction qui a constamment animé Nichiren tout au long de sa vie. Dans d’autres écrits, il déclare : « Je ne dis tout cela que pour le bien du pays, pour le bien de la Loi, pour le bien des autres, non pour mon propre bien. » (Les raisons d’écrire Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays, Écrits, 166) et « je ne parle pas pour mon propre bien mais pour le bien des divinités, pour le bien du souverain, pour le bien du pays et pour le bien de tous les êtres vivants. » (Lettre à Hojo Tokimune, WND-II, 315) Nichiren était une personne d’une grande noblesse, caractérisée par un profond altruisme.Il risqua sa vie en adressant de sévères remontrances aux autorités, non pour son propre bien mais pour la sécurité et le bonheur des êtres humains, et pour bâtir une société paisible. Par ailleurs, comme le montrent ses lettres à Nanjo Tokimitsu, il manifestait envers chacun de ses disciples une chaleur humaine et une sollicitude extrêmes. Ces deux attitudes sont l’expression de sa compassion. Elles incarnent l’esprit du Sûtra du Lotus et la lutte pour établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays. Par ailleurs, dans ses efforts pour protéger les personnes, Nichiren réfuta les enseignements erronés qui allaient à l’encontre du véritable esprit du bouddhisme. Et il s’engagea dans une grande lutte par les mots en critiquant sévèrement les dirigeants du pays qui ignoraient la souffrance du peuple. Il persista inlassablement dans sa lutte pour cette grande cause sur la base des enseignements bouddhiques. Lorsque les jeunes se dressent en tant que successeurs Nanjo Tokimitsu, qui se dressa en tant que jeune disciple de Nichiren, subit par la suite des pressions de ses proches pour renoncer à sa foi dans le Sûtra du Lotus. Dans une lettre datée de mai 1277 intitulée L’œuvre de Brahma et de Shakra (Écrits, 804-808), Nichiren rappela à Tokimitsu, dont il connaissait la fougue, que des persécutions dues à une haine et à une jalousie encore plus fortes qu’au temps de Shakyamuni 24 attendaient inévitablement ceux qui adoptent le Sûtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi. C’est leur destin. Et il exhorta alors son disciple à rester inébranlable face aux attaques des fonctions démoniaques. Tokimitsu reçut des instructions de Nichiren et se développa, année après année, en luttant de la façon qui convenait en tant que jeune successeur suivant les pas de son maître. Il fut alors confronté à un défi considérable : la persécution d’Atsuhara 25. Quand ses compagnons de pratique furent persécutés, Tokimitsu se dressa avec la détermination d’un lion pour les protéger, allant même jusqu’à en héberger certains. À la fin de La Porte du dragon, une lettre écrite en 1279 (Écrits, 1012-1014), soit cinq ans après leur rencontre si cruciale au mont Minobu, Nichiren s’adresse à Tokimitsu en le surnommant « Ueno le vertueux » [Tokimitsu étant également connu sous le nom de Ueno, le village d’où il était originaire] (Écrits, 1013). Par ces mots, il fait très sincèrement l’éloge des vaillants efforts de son disciple. Il accorde à ce jeune de 21 ans 26 le titre de « Ueno le vertueux », ce qui revient à lui reconnaître une grande maturité et une profonde sagesse. C’est, selon moi, la manifestation du puissant encouragement d’un maître rendant hommage à la lutte intrépide engagée par un disciple qui, année après année, est toujours resté à ses côtés. La relation de maître et disciple en bouddhisme consiste à adopter les mêmes grands idéaux et à agir ensemble en suivant le même chemin. Dans le Sûtra du Lotus, nous trouvons ce passage : « Les personnes qui avaient entendu la Loi / demeurèrent ici et là / dans diverses terres de bouddha. » (SdL-VII, 144) Ces paroles traduisent le vœu des maîtres et disciples de lutter loyalement ensemble, vie après vie, en suivant la pratique de bodhisattva afin de soulager les souffrances humaines. Vivre pour un vœu commun Nichiren encourage ainsi Nanjo Tokimitsu [dans sa lettre La Porte du dragon] : « Je désire que tous mes disciples fassent un grand vœu […] En définitive, nul n’échappe à la mort. Les souffrances à ce moment-là seront tout à fait identiques à celles que nous connaissons actuellement. Puisque la mort surviendra de toute façon, vous devriez avoir le désir d’offrir votre vie pour le Sûtra du Lotus. Considérez une telle offrande comme une goutte de rosée qui rejoint l’océan ou un grain de poussière retournant à la terre. On lit dans un passage du troisième volume du Sûtra du Lotus : “Nous vous supplions pour que les mérites obtenus grâce à ces offrandes s’étendent au loin et à chacun, afin que les autres êtres ordinaires et nous-mêmes puissions parvenir ensemble à la Voie du Bouddha.” [SdL-VII, 136] » (Écrits, 1013) En chérissant un grand vœu, nous pouvons établir un vaste état de vie. En consacrant notre vie à l’accomplir, nous tirons le maximum de notre potentiel illimité. En partageant ce vœu avec les autres, nous élargissons joyeusement le cercle de l’amitié, forgeons des liens de confiance et faisons à la fois briller notre dignité et celle des autres. M. Toda disait souvent : « Plus grands sont nos idéaux, plus notre vie deviendra grande. Nul ne peut devenir un véritable dirigeant sans travail ni efforts acharnés. » Telle est la signification de la formule « afin que les autres êtres ordinaires et nous-mêmes puissions parvenir ensemble à la Voie du Bouddha » (SdL-VII, 136), citée dans le passage ci-dessus. En consacrant notre vie à kosen rufu avec nos compagnons de pratique et en nous entraînant à la pratique de bodhisattva, nous brisons la coquille de notre ego, qui correspond à notre plus petit soi. Nous établissons une vie fondée sur notre véritable grand soi et nous la menons avec audace. Nous pouvons alors accumuler les trésors éternels du cœur et mener des vies épanouies et victorieuses, empreintes de joie et de confiance Tel est l’objectif ultime de notre pratique bouddhique. Les jeunes qui font preuve d’esprit de recherche dans leur quête d’un bonheur indestructible peuvent aussi avancer avec confiance sur la noble voie conduisant à l’amélioration de la société. Ils peuvent vivre leur jeunesse en ayant une direction, un objectif et une conviction clairs. Il n’y a pas de plus grande bonne fortune. Lorsqu’ils chérissent dans leur cœur un grand idéal et n’épargnent pas leurs efforts pour le concrétiser, les jeunes du mouvement Soka sont des trésors ; ils peuvent jouer alors un rôle moteur afin de façonner l’avenir de l’humanité. Les espoirs que le monde place en vous sont plus grands que jamais. Faire de la philosophie de la dignité de la vie la bannière de notre époque Le Pr Helwig Schmidt-Glintzer, superviseur de l’édition allemande des écrits de Nichiren, a déclaré : « Nichiren démontre par sa propre vie que, même dans les circonstances les plus hostiles, confiance et espoir peuvent rester bien présents. Puisque tous les êtres vivants possèdent la nature de bouddha, il est important de révéler ce potentiel 27. » Le professeur exprima avec une profonde lucidité que, même dans le contexte de la culture européenne, on peut parvenir à une compréhension profonde du bouddhisme de Nichiren et son idéal altruiste de bodhisattva peut alors permettre de changer la société pour le mieux. Il dit aussi que, en s’unissant avec les personnes et les institutions qui partagent le même esprit qu’elle, la Soka Gakkai lutte pour le bonheur individuel et la paix mondiale – en d’autres termes pour le bonheur pour soi et pour les autres. Des personnes réfléchies du monde entier reconnaissent la grande portée des contributions de la Soka Gakkai qui promeut la philosophie du respect de la vie afin d’en faire la bannière de notre époque. Illuminer l’avenir du monde M. Toda a dit : « Les qualités qui définissent la jeunesse sont la passion et le sens de l’observation. Tant que vous posséderez ces qualités, vous ne vieillirez pas. » La passion et l’énergie de la jeunesse, le sens de l’observation ainsi que l’unité et les actions des jeunes hommes et jeunes femmes du mouvement Soka sont un phare d’espoir qui illumine l’avenir du monde. Le monde recherche une philosophie permettant de créer des valeurs infinies à l’avenir. Voici enfin venue l’ère de la jeunesse Soka. C’est maintenant le moment de lutter de toutes vos forces ! Je prie profondément pour le développement, la victoire et les brillantes réalisations de tous nos jeunes champions du mouvement Soka, qui sont tous de courageux bodhisattvas surgis de la Terre.
Lire