Nichiren – Un grand vœu de compassion pour le bonheur de l’humanité
Partie XXV. La persécution d’Atsuhara Après 1277, lorsque les disciples de Nichiren, tels Shijo Kingo ou les frères Ikegami, se dressèrent contre les intrigues de Ryokan, du temple Gokuraku-ji, et de ses alliés, l’oppression qui s’était intensifiée dans la province de Surugas 1 atteignit son point culminant. La persécution qui frappa les disciples de Nichiren dans la région de Fuji – laquelle comprend le village d’Atsuhara 2, dans la province de Suruga –, entre 1275 et 1283, est connue sous le nom de « persécution d’Atsuhara ». Après l’arrivée de Nichiren à Minobu, en 1274, Nikko prit la tête de la transmission de son enseignement dans la région de Fuji, ce qui conduisit à une augmentation du nombre de ses disciples. Les responsables des temples du Tendai locaux, se sentant menacés par la rapide propagation de l’enseignement de Nichiren au sein même de leurs temples et de leurs territoires, commencèrent à persécuter ses disciples. Dans la province de Suruga, le gouverneur militaire, chargé des affaires militaires et administratives, appartenait à la branche principale du clan dirigeant des Hojo. En particulier, Dame Kasai, veuve du cinquième régent Hojo Tokiyori, comptait de nombreux vassaux dans la région, sur laquelle elle exerçait une influence considérable. Fille de Hojo Shigetoki 3, fervent adepte du Nembutsu, elle haïssait Nichiren, qu’elle considérait comme un ennemi à la fois de Tokiyori et de son propre père (cf. Réponse au moine séculier Takahashi, Écrits, 613). Nichiren explique que, lorsqu’il se rendait à Minobu, il ne s’arrêtait pas chez le moine séculier Takahashi, son disciple à Kajima 4, parce que la province de Suruga constituait le domaine de Hojo Tokimune et que la région de Fuji, en particulier, abritait de nombreux proches de Dame Kasai, sa mère (ibid.). C’est à cette époque que commença la persécution de ses disciples dans la province de Suruga. Gyochi, nommé supérieur des moines en exercice du temple Ryusen-ji, à Atsuhara, était un fervent adepte des enseignements de la Terre pure. Il imposait ses croyances aux autres, et ses agissements troublaient l’ordre au sein du temple. Il avait également détourné les biens du temple à des fins personnelles et nommé moines des individus corrompus. Dans les temples de l’école Tendai, il était d’usage que les moines récitent le Sûtra du Lotus le matin et le Sûtra d’Amida le soir. Le temple Ryusen-ji appartenait à cette école, mais Gyochi fit pression sur les moines qui y résidaient pour qu’ils ne récitent plus que le Sûtra d’Amida et cessent de réciter le Sûtra du Lotus. Cependant, les moines du temple qui, après avoir étudié sous la direction de Nikko, étaient devenus disciples de Nichiren, refusèrent de réciter le Sûtra d’Amida, conformément au passage du Sûtra du Lotus qui dit : « […] sans accepter un seul vers d’aucun autre sûtra […] » (SdL-III, 92). Ils se consacrèrent entièrement à la récitation du Sûtra du Lotus et de Nam-myoho-renge-kyo. En représailles, Gyochi les expulsa de leur hébergement, prétextant qu’ils manquaient à leurs devoirs de moines (cf. The Ryusen-ji Petition [Pétition du temple Ryusen-ji], WND-II, 825-826). Aggravation de la situation Nikko résidait au temple Shijukuin, à Kanbara 5. Un moine nommé Gon’yo, qui y occupait une position influente, le harcela et l’expulsa du temple avec d’autres disciples de Nichiren. Au troisième mois de la même année (1278), Nikko et plusieurs compagnons adressèrent une pétition au temple Shijukuin, affirmant que la pratique fondée sur les enseignements de Nichiren était juste, dénonçant l’injustice de leur expulsion et demandant qu’un procès les oppose à Gon’yo afin de discerner le vrai du faux 6. Pendant ce temps, les tensions entre Nichiren et les autorités du shogunat ne cessaient de croître. La lettre de Nichiren intitulée Réponse à mes partisans montre que son désir de longue date d’organiser un débat public gagnait en force et était sur le point de se concrétiser (cf. Écrits, 910). Par ailleurs, selon la lettre Réponse à un croyant rédigée au quatrième mois de la même année, un projet de l’exiler pour la troisième fois était en cours de préparation (cf. Écrits, 914). C’est à cette époque que trois paysans, Jinshiro, Yagoro et Yarokuro 7, qui seront plus tard connus sous le nom des trois martyrs d’Atsuhara, se convertirent à l’enseignement de Nichiren 8. Alors que la situation de Nichiren et de ses disciples dans la province de Suruga devenait de plus en plus tendue, la propagation de la Loi menée par Nikko dans cette région progressait régulièrement. À mesure que l’influence des disciples de Nichiren grandissait, des forces malveillantes se hâtèrent de tenter de l’enrayer. Cette même année, Nichiren adressa une lettre à un disciple de la province de Suruga, dans laquelle il décrivit clairement la manière dont agissent les forces démoniaques (cf. Lettre à Misawa, Écrits, 903). Révélant la véritable nature de la persécution, il exhorta vivement ses disciples à persévérer avec une foi résolue devant ces tempêtes d’oppression. Effusion de sang, décapitation et emprisonnement L’année suivante, en 1279, la répression menée par Gyochi du temple Ryusen-ji s’intensifia jusqu’à utiliser la violence. Au quatrième mois, lors d’un rituel au sanctuaire Sengen, un disciple de Nichiren nommé Shiro fut frappé à coups de sabre et grièvement blessé. De plus, au huitième mois, un autre croyant, Yashiro, fut décapité. Gyochi tenta d’imputer ce meurtre à Nichiren et à ses disciples, dont Nisshu. Il se hâta de déposer plainte auprès des autorités du domaine de Fuji Shimokata avant qu’une plainte ne soit formulée contre lui (cf. The Ryusen-ji Petition [Pétition du temple Ryusen-ji], WND-II, 827). De plus, au moment où Nisshu et d’autres étaient sur le point de dénoncer les crimes de Gyochi, celui-ci prit les devants en déposant une nouvelle plainte comportant des accusations mensongères. Il y affirmait notamment « que, le vingt et unième jour du mois en cours, un groupe composé de plusieurs individus armés d’arcs et de flèches avait pénétré dans le domaine du supérieur des moines, et que Shimotsuke-bo Nisshu [...] et son groupe avaient ensuite moissonné le riz et l’avaient transporté dans le domaine occupé par Nisshu » (ibid., p. 825). Gyochi intenta alors un procès contre Nisshu et Nichiben, un autre disciple de Nichiren résidant au temple Ryusen-ji. En réponse, la Pétition du temple Ryusen-ji réfuta catégoriquement les accusations de Gyochi, affirmant : « Ces allégations sont entièrement fausses et dénuées de tout fondement. » (Ibid.) Entre-temps, vingt paysans qui étaient devenus disciples de Nichiren furent faussement accusés de vol de riz, arrêtés et conduits à Kamakura, où les mauvais traitements qu’ils subissaient s’aggravèrent encore. Nikko rapporta aussitôt la situation à Nichiren, qui était au mont Minobu. Le vingt-sixième jour du neuvième mois, Nichiren leur adressa une lettre dans laquelle il prodiguait instructions et encouragements. Puis, le premier jour du dixième mois, Nichiren rédigea une lettre intitulée Sur les persécutions subies par le Sage (Écrits, 1006), adressée à l’ensemble de ses disciples, et l’envoya à Shijo Kingo à Kamakura, en lui demandant de la conserver en leur nom. Dans cette lettre, Nichiren met tout son cœur et toute sa vie à encourager ses disciples : « Chacun de vous devrait faire preuve du courage d’un roi-lion et ne jamais succomber aux menaces de qui que ce soit. Le roi-lion ne craint aucune autre bête sauvage, pas plus que ses lionceaux. Les calomniateurs sont comme des renards qui glapissent, mais les disciples de Nichiren sont comme des lions qui rugissent. » (Ibid., 1008) Parallèlement, une lettre de défense fut rédigée sous la direction de Nikko, destinée à être signée par Nisshu et Nichiben avant sa présentation au tribunal. Toki Jonin, disciple de Nichiren versé dans les affaires juridiques, en prépara la mise en forme, en rédigea une copie soignée et la remit à Nichiren. Après réception du projet, Nichiren en compléta la première partie, apporta des corrections et des ajouts à la seconde partie, et précisa les arguments à présenter (cf. les éléments concernant le contexte de The Ryusen-ji Petition [Pétition du temple Ryusen-ji], WND-II, 827). À cette même période, il envoya également à Nikko la lettre intitulée Reply to Hoki and the Others (Réponse à Hoki 9 et aux autres, WND-II, 820), contenant des points précis à garder à l’esprit pour la conduite du procès. Les paysans demeurent inébranlables dans leur foi La persécution contre laquelle Nichiren et ses disciples firent front atteignit un tournant décisif. L’interrogatoire des vingt croyants d’Atsuhara eut lieu à la résidence de Hei no Saemon-no-jo Yoritsuna, à Kamakura. Yoritsuna, personnage influent et vassal de la famille dirigeante des Hojo, aurait conduit lui-même l’interrogatoire, Atsuhara se trouvant dans le domaine du clan Hojo. L’interrogatoire qui eut lieu le quinzième jour du dixième mois s’apparenta à de la torture. Yoritsuna fit tirer par son second fils, Sukemune, des flèches sifflantes à pointe émoussée sur les paysans, afin de les intimider par le bruit qu’elles produisaient. Il leur ordonna à plusieurs reprises d’abandonner le Sûtra du Lotus et de réciter le Nembutsu. Cependant, pas un seul disciple ne céda ; tous, d’une même voix, se mirent à réciter Nam-myoho-renge-kyo, Nam-myoho-renge-kyo (cf. Reply to the Sages [Réponse aux sages], WND-II, 831). On croyait que le sifflement de ces flèches avait le pouvoir d’éloigner les esprits maléfiques. Il est possible que Yoritsuna et ses hommes furent effrayés devant ces paysans, capables de rester inébranlables face à l’autorité et de risquer leur vie pour défendre leur foi. Finalement, trois d’entre eux – Jinshiro, Yagoro et Yarokuro – furent décapités, offrant leur vie pour la Loi 10. Selon le témoignage de Nikko, les dix-sept autres, après avoir été emprisonnés, furent exilés ; toutefois, certains récits laissent entendre qu’ils auraient été relâchés plutôt qu’exilés 11. En ce sens, on peut considérer que le combat mené par Nichiren et ses disciples devant la cour, ainsi que la résistance des paysans croyants d’Atsuhara furent en fin de compte une victoire. Durant cette période, sous la direction de Nichiren, Toki Jonin et d’autres s’occupèrent de l’affaire en justice, tandis que Shijo Kingo et plusieurs disciples à Kamakura soutenaient les croyants d’Atsuhara qui avaient été arrêtés. Les disciples ne faisaient qu’un en esprit avec leur maître. Ils luttèrent de toutes leurs forces pour surmonter cette grande persécution 12. C’est également à cette époque que Nanjo Tokimitsu, jeune disciple chargé de l’administration du village d’Ueno 13, près d’Atsuhara, protégea et hébergea les croyants d’Atsuhara victimes de persécutions, tout en subissant lui-même de fortes pressions injustes. Lorsque Nichiren reçut de Kamakura le rapport relatant les événements du quinzième jour du dixième mois, il fut profondément ému par la manière dont les disciples d’Atsuhara étaient restés inébranlables face à une persécution sans fondement, persévérant dans leur foi avec la détermination de consacrer leur vie à la voie du Bouddha et à la transmission du Sûtra du Lotus. À ce sujet, Nichiren déclara : « Ce n’était pas une affaire ordinaire ! », et il fit leur éloge en les qualifiant de « pratiquants du Sûtra du Lotus » (Reply to the Sages [Réponse aux sages], WND-II, 831). Le but de la venue de Nichiren en ce monde Dans son écrit Sur les persécutions subies par le Sage que Nichiren rédigea le premier jour du dixième mois, peu après que les paysans d’Atsuhara eurent été emmenés à Kamakura, il souligna qu’il s’était écoulé vingt-sept ans depuis qu’il avait proclamé pour la première fois l’enseignement de Nam-myoho-renge-kyo en 1253. En observant le comportement des croyants durant la persécution d’Atsuhara, Nichiren est convaincu que des personnes ordinaires, prêtes à défendre les Trois Grandes Lois cachées de Nam-myoho-renge-kyo face aux plus grandes épreuves et à œuvrer avec une foi ardente pour la large transmission de son enseignement, sont désormais apparues. Nichiren laisse entendre que cela marque l’accomplissement du but de sa vie – la raison de sa venue en ce monde (cf. Sur les persécutions subies par le Sage, Écrits, 1007). Dans sa jeunesse, Nichiren fit le vœu de devenir un homme sage, capable de comprendre la quintessence du bouddhisme, afin de libérer tous les êtres humains de la souffrance. On comprend que l’accomplissement de ce vœu fut le but ultime auquel il consacra toute sa vie. Nichiren révéla également Nam-myoho-renge-kyo, la loi fondamentale permettant à tous les êtres humains d’atteindre la bouddhéité, sous la forme des Trois Grandes Lois cachées : l’objet de vénération de l’enseignement essentiel, le Daimoku de l’enseignement essentiel et le lieu de culte de l’enseignement essentiel. Il établit ainsi les principes majeurs de la transmission éternelle de son enseignement. Ces principes majeurs ne peuvent perdurer que s’il existe des disciples assumant la responsabilité de kosen rufu avec le même esprit que Nichiren, en consacrant sans hésitation leur vie à la transmission de la Loi merveilleuse pour la paix et le bonheur de l’humanité. La foi que manifestèrent les disciples paysans lors de la persécution d’Atsuhara symbolisa l’établissement des fondements d’un bouddhisme pour le peuple et l’accomplissement du but de la venue de Nichiren en ce monde. (À suivre) Orientation donnée par Ikeda Sensei Persécutés pour leur foi dans l’enseignement correct, les paysans anonymes d’Atsuhara menèrent un combat pour conquérir une liberté spirituelle éternelle. Ils incarnaient l’émergence d’une grande force, celle de personnes ordinaires qui croient dans le Nam-myoho-renge-kyo des Trois Grandes Lois cachées – la quintessence du Sûtra du Lotus – et qui l’appliquent dans leur vie, luttant aux côtés de Nichiren pour kosen rufu. Ainsi furent solidement établis les fondements du bouddhisme du peuple. Cela marqua l’accomplissement du but de la venue de Nichiren en ce monde. L’essence du bouddhisme de Nichiren réside dans l’apparition de personnes ordinaires éveillées à leur profonde mission, de bodhisattvas surgis de la Terre prenant pour modèle le bodhisattva Jamais-Méprisant 14. Pour les disciples de Nichiren, l’apparition, parmi les paysans d’Atsuhara, de croyants prêts à donner leur vie pour le bouddhisme devint un fondement immortel de kosen rufu, destiné à briller pour l’éternité 15.
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