Passages clés des Enseignements oraux [14] Le chapitre « Le bodhisattva Jamais-Méprisant » – S’engager dans le dialogue avec un esprit amical et stimuler la bonté dans le cœur de chacun
L’histoire du bodhisattva Jamais-Méprisant 1 – décrite dans le Sûtra du Lotus – présente ce que signifie toucher le cœur des gens jour après jour, en parlant avec eux et en reconnaissant la dignité et la noblesse de leur vie. C’est le récit d’une foi inébranlable dans le potentiel inné des êtres humains et de la manifestation du plus grand respect à l’égard de chaque personne. La pratique bouddhique du bodhisattva Jamais-Méprisant n’avait rien de complexe ; avec un cœur pur, il continua simplement, tout au long de sa vie, à s’incliner respectueusement devant tous ceux qu’il rencontrait. Et de ce fait, il devint un immense champion de l’humanité qui pouvait mener à l’illumination même ceux qui l’avaient auparavant persécuté. Nichiren, le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, déclare qu’il est l’authentique pratiquant du Sûtra du Lotus qui marche sur les pas du bodhisattva Jamais-Méprisant (cf. Un sage perçoit les trois phases de l’existence, Écrits, 646). Aujourd’hui, nous, pratiquants de la Soka Gakkai, qui marchons sur les pas de Nichiren, nous reflétons les actions du bodhisattva Jamais-Méprisant dans les temps modernes, en plongeant parmi les personnes ordinaires et en cherchant à les accepter toutes, avec patience et un cœur inclusif. Les maîtres et disciples du mouvement Soka croient que tous les êtres humains possèdent la nature de bouddha. Nous nous engageons avec persévérance dans le dialogue pour faire jaillir la bonté intérieure de ceux que nous rencontrons. Le bodhisattva Jamais-Méprisant saluait tout le monde en disant : « J’éprouve envers vous un profond respect. Je n’oserais jamais vous traiter avec arrogance ni vous mépriser. Pourquoi cela ? Parce que vous pratiquez tous la voie des bodhisattvas et que vous parviendrez tous sans aucun doute à la bouddhéité. » (SdL-XX, 256) Ces paroles – connues sous le nom de Sûtra du Lotus en vingt-quatre caractères 2 – résument l’essence de l’enseignement du Sûtra selon lequel tous les êtres humains ont le potentiel de la bouddhéité. Le but de l’apparition de Shakyamuni en ce monde Le bodhisattva Jamais-Méprisant fit l’objet de critiques sans fondement et dut subir les attaques de personnes arrogantes mais, comme l’indique le nom « Jamais-Méprisant », il ne réagit jamais sur la base de l’irrespect ou du mépris. Nichiren écrit : « Au cœur des enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant se trouve le Sûtra du Lotus et le cœur de la pratique du Sûtra du Lotus réside dans le chapitre “[Le bodhisattva] Jamais-Méprisant”. Que signifie le profond respect du bodhisattva Jamais-Méprisant pour les gens ? Le but de l’apparition en ce monde du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, réside dans son comportement en tant qu’être humain. » (Les trois sortes de trésors, Écrits, 859) Le but fondamental de l’apparition du Bouddha en ce monde est de manifester un « comportement [approprié] en tant qu’être humain ». C’est ce que fait le bodhisattva Jamais-Méprisant en manifestant son profond respect pour les autres [avec l’intention de les mener à la bouddhéité]. Les actions qui expriment notre respect pour les autres sur la base d’une foi inébranlable dans leur nature de bouddha constituent la pratique bouddhique suprême et sans égale. Le cœur de la pratique du bouddhisme de Nichiren est notre pratique pour soi et pour les autres – consistant à réciter nous-mêmes Gongyo et Nam-myoho-renge-kyo et à partager le bouddhisme avec les autres. Au cœur des réalités de la société, nous pratiquons et propageons la Loi merveilleuse et nous nous engageons dans des dialogues qui respectent la dignité de la vie de chacun et insufflent encouragement et espoir. Tous ces efforts constituent en fait la forme la plus élevée de la pratique bouddhique, la cause fondamentale pour activer la nature de bouddha en nous-mêmes et chez les autres. Plus les gens croiront dans la bonté inhérente des êtres humains et plus ils fonderont leurs interactions sur le respect mutuel. Alors, le courant de respect de la dignité de la vie se renforcera jusqu’à se répandre dans le monde entier. En définitive, cela nous permettra de mettre un terme au cycle de conflits et de haine qui semble avoir défini le karma de l’humanité et d’ouvrir la voie à une nouvelle ère de compréhension mutuelle et de construction de la paix. L’idéal humaniste incarné par le comportement du bodhisattva Jamais-Méprisant est le modèle d’action dont notre monde a si désespérément besoin. Dans cet épisode, nous allons étudier le commentaire des Enseignements oraux sur le chapitre « Le bodhisattva Jamais-Méprisant ». Ensemble réaffirmons la signification du dialogue en aidant les gens à former des liens avec l’enseignement de Nichiren. J’aimerais commencer par la partie du Recueil des enseignements oraux qui évoque la signification de la pratique du bodhisattva Jamais-Méprisant consistant à manifester du respect envers toutes les personnes qu’il rencontrait. Chapitre vingt : Le bodhisattva Jamais-Méprisant [Trente points importants] Point un, à propos du bodhisattva [qui, quelles que soient les circonstances, n’est] Jamais-Méprisant 3 « Il est dit dans les Enseignements oraux : L’expression “quelles que soient les circonstances” dans le nom [qui, quelles que soient les circonstances, n’est] Jamais-Méprisant désigne le bodhisattva Jamais-Méprisant qui est constamment présent dans les trois existences (la vie dans le passé, le présent et le futur). Le nom “Jamais-Méprisant” se réfère aux trois potentiels inhérents à la nature de bouddha présente dans l’esprit de tous les êtres vivants. La nature de bouddha est la nature du Dharma 4. Et la nature du Dharma est Myoho-renge-kyo. » (OTT, 150-151) Une philosophie sous-jacente de respect de la vie Nichiren déclare ici que le caractère signifiant « quelles que soient les circonstances », présent dans le nom chinois du bodhisattva Jamais-Méprisant [mais qui n’apparaît pas dans sa traduction en français], indique que le bodhisattva Jamais-Méprisant réside constamment dans les trois existences (la vie dans le passé, le présent et le futur) à toutes les époques. Nous pouvons en déduire que le bodhisattva Jamais-Méprisant apparaît toujours dans un monde troublé – où l’esprit des gens est affligé par l’illusion et où nombreux sont ceux qui sont consumés par la colère 5 et l’arrogance 6 – afin de dissiper le mépris pour les êtres humains en diffusant la lumière du respect de tous. Nichiren dit ensuite : « Le nom “Jamais-Méprisant” se réfère aux trois potentiels inhérents à la nature de bouddha présente chez tous les êtres vivants. » (OTT, 150-151) La perception et la certitude que la nature de bouddha est inhérente à la vie de tous les êtres humains constituent la base de la pratique du bodhisattva Jamais-Méprisant consistant à toujours révérer les autres. En tant qu’êtres humains ordinaires, nous avons tendance à voir les gens comme des manifestations de l’un ou de l’autre des neuf états, caractérisés par l’illusion. Mais le Bouddha considère que la nature de bouddha est inhérente à tous les êtres humains. Dans les Enseignements oraux, Nichiren dit que tous les êtres humains possèdent les trois potentiels inhérents à la nature de bouddha 7 – la nature de bouddha inhérente, la sagesse de la percevoir et les bonnes actions ou pratiques pour développer cette sagesse et faire émerger la nature de bouddha. Telle est la vérité essentielle qui sous-tend le fait que tous les êtres humains sont dignes de respect et le principe ultime qui nous incite à nous engager dans la pratique du bodhisattva Jamais-Méprisant. Extraire « l’or » de la nature de bouddha Tous les êtres humains possèdent intrinsèquement la nature de bouddha. Cependant, même l’or, s’il reste enfoui dans le sol, ne manifeste pas sa valeur. De même, pour faire apparaître l’or de la nature de bouddha, nous devons avoir recours à de bonnes actions ou pratiques et développer notre sagesse. La sagesse est ce qui nous permet de percevoir dans tout son éclat cet or qui brille en nous et de reconnaître sa véritable valeur. La spécificité du bouddhisme est qu’il clarifie le moyen d’activer la nature de bouddha qui, même si elle peut être latente à un moment donné, existe de manière inhérente chez tous les êtres humains. La capacité à éveiller et révéler la nature de bouddha existe à l’état potentiel en chacun, mais l’influence d’une autre personne est nécessaire pour permettre à un être humain d’en prendre conscience. Ce que le bouddhisme qualifie d’ami de bien est crucial pour faire apparaître les trois potentiels inhérents à la nature de bouddha. Seul un ami de bien 8 qui se consacre au vœu de kosen rufu, prie pour le bonheur d’une autre personne et lui enseigne le bouddhisme, peut amener cette personne à éveiller sa nature de bouddha. Dans certains cas, c’est comme si l’or de la nature de bouddha inhérente à notre vie était profondément enfoui dans un solide rocher. Mais un ami de bien ne se laisse pas ébranler pour autant et poursuit ses efforts jusqu’au moment où la personne à qui il présente le bouddhisme découvre en elle-même cet or du bonheur. Ce n’est que grâce aux efforts assidus et à la persévérance d’un ami de bien qu’une personne peut créer un lien avec le bouddhisme et s’éveiller finalement à son potentiel. Elle deviendra alors capable d’extraire de ses propres mains ce précieux trésor intérieur. Le Bouddha est mû par la compassion En accord avec la loi de cause et d’effet qui régit la vie, ceux qui ont ridiculisé et attaqué le bodhisattva Jamais-Méprisant ont subi de dures rétributions en raison de leurs actions. Mais, comme ils ont entendu l’enseignement correct grâce au bodhisattva Jamais-Méprisant et formé un lien avec lui, ils l’ont par la suite rencontré à nouveau dans une autre vie 9. C’est une illustration du principe bouddhique selon lequel même celui qui forme une relation inversée 10 avec le Sûtra du Lotus [en le calomniant ou en s’y opposant] crée en définitive la cause de son atteinte de l’illumination dans l’avenir. Il est dit dans les Enseignements oraux : « C’est pourquoi même si les gens “saisissaient des bâtons, des tuiles ou des pierres pour le battre ou le lapider” (SdL-XX, 256), il [le bodhisattva Jamais-Méprisant] persistait dans ses efforts “en enseignant avec vigueur malgré leur colère” (Tiantai, Commentaire textuel du Sûtra du Lotus, vol. 10), [c’était] un comportement engendré par la bienveillance et la compassion qu’il éprouvait […] Il est enseigné que l’esprit du Bouddha est un esprit empreint d’une grande bienveillance et compassion. » (OTT, 164) Aider les gens aux modes de vie les plus variés à former des liens avec le bouddhisme, même dans des conditions difficiles ou hostiles, illustre ce qu’est l’esprit de compassion. C’est aussi l’esprit de nos dialogues en tant que pratiquants de la Soka Gakkai. Partager le bouddhisme au mieux de nos capacités avec courage, sincérité et une profonde sollicitude pour autrui, est une action incarnant la compassion du Bouddha. Nous substituons le courage à la compassion. Il faut aussi préciser ici que lorsque les gens lui jetaient des tuiles et des pierres, le bodhisattva Jamais-Méprisant se retirait à une bonne distance avant de se retourner vers eux et de leur dire d’une voix sonore : « Je n’oserais jamais vous mépriser, car tous vous parviendrez sans aucun doute à la bouddhéité ! » (SdL-XX, 256) Résilient, audacieux, optimiste et sage, il ne se laissait pas perturber par leur comportement coléreux et arrogant. Fondamentalement, sa façon de réagir provenait de sa prière bienveillante pour le bonheur des autres. Par la suite, dans les Enseignements oraux, Nichiren déclare : « Maintenant, Nichiren et ses disciples, pratiquants du Sûtra du Lotus qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont le bodhisattva Jamais-Méprisant de l’époque de la Fin de la Loi. » (OTT, 155) En tant que bodhisattva Jamais-Méprisant de l’époque de la Fin de la Loi en ce monde saha 11, dominé par la méfiance et les rivalités, nous continuons à réciter et à propager Nam-myoho-renge-kyo et à redoubler d’efforts afin d’aider les autres à former un lien avec le bouddhisme pour la cause du bonheur et de la paix. Point treize, concernant le passage « Grande-Autorité-acquise, à cette époque les quatre sortes de croyants, moines, nonnes, croyants et croyantes laïques, comme la colère avait envahi leur esprit, m’avaient traité [dans une existence antérieure] avec mépris et dédain, c’est pourquoi deux cents millions de kalpa durant il leur fut impossible de rencontrer un bouddha, d’entendre la Loi ou de voir la communauté des moines [litt. le samgha ou la communauté des pratiquants]… » (SdL-XX, 257) Le « bouddha » dont il est question dans ce passage, le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, est un simple mortel et un moine ordinaire. La « Loi » est le Daimoku [Nam-myoho-renge-kyo]. La « communauté des moines », c’est nous, pratiquants du Sûtra du Lotus. Nous pouvons être appelés bouddhas et nous pouvons aussi être qualifiés de moines ordinaires, parce que « s’être profondément éveillé au principe parfait est ce que l’on appelle être un bouddha » (extrait du volume 7 de Sens profond du Sûtra du Lotus [de Tiantai]). Le principe parfait est le Sûtra du Lotus. (OTT, 157) Les pratiquants de la Soka Gakkai qui agissent pour kosen rufu sont des bouddhas Il est dit dans ce passage que le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi est « un simple mortel et un moine ordinaire » (OTT, 157). Abordant un jour ce point dans l’un de ses cours, M. Toda a dit : « Ni le bodhisattva Jamais-Méprisant ni Nichiren n’avaient l’apparence d’un splendide bouddha d’où émanait de la lumière. Nichiren était un être humain ordinaire 12. » Le principe selon lequel « les personnes ordinaires sont identiques au niveau le plus élevé de l’être [c’est-à-dire à la bouddhéité]13 » (OTT, 22) définit la véritable nature du bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, en révélant que les véritables bouddhas ne sont pas des êtres supérieurs. Kosen rufu est une lutte qui progresse grâce aux pratiquants qui s’élancent dans la société et, à l’image du bodhisattva Jamais-Méprisant, s’engagent les uns après les autres et forgent des liens avec de nouvelles personnes. Ceux qui partagent et propagent la Loi merveilleuse pour le bien de ceux qui souffrent atteindront la bouddhéité. Cela n’a rien à voir avec le statut social, les titres ou la reconnaissance. L’action est ce qui importe le plus. Quand nous sommes actifs, la Loi merveilleuse brille dans notre cœur. En persévérant dans le dialogue tout en manifestant un profond respect à l’égard des autres, le bodhisattva Jamais-Méprisant reçut le bienfait de purifier ses six organes des sens 14 et d’accroître sa longévité. La purification des six organes des sens correspond à la révolution humaine La purification des six organes des sens est enseignée dans le chapitre précédent, « Les bienfaits du maître de la Loi » (19e), qui encourage la propagation du Sûtra du Lotus en expliquant avec des termes concrets les bienfaits obtenus en pratiquant le Sûtra. Purifier les six organes des sens – yeux, oreilles, nez, langue, corps et esprit – signifie purifier notre vie. En termes contemporains, cela correspond tout simplement à la révolution humaine. Dans les Enseignements oraux, Nichiren dit ensuite : [Pour le bodhisattva Jamais-Méprisant], s’incliner en signe de vénération, c’est reconnaître que le « soi » et « les autres » ne sont pas deux éléments différents. De ce fait, quand le bodhisattva Jamais-Méprisant s’incline en signe de vénération devant les quatre sortes de croyants [moines, nonnes, croyants et croyantes laïques], la nature de bouddha inhérente aux quatre sortes de croyants d’une extrême arrogance s’incline en signe de vénération devant le bodhisattva Jamais-Méprisant. C’est comme lorsque vous vous inclinez en signe de vénération devant un miroir ; l’image dans le miroir s’inclinera également devant vous […] (OTT, 165) Le bodhisattva Jamais-Méprisant avait la conviction que tous ceux qu’il rencontrait avaient en eux la nature de bouddha, d’une noblesse suprême, et il s’inclinait devant eux en signe de respect et de révérence. Quand il agissait ainsi, leur nature de bouddha s’inclinait en retour devant lui, tel un reflet dans un miroir. De tels gestes de respect forment un lien positif et les gens peuvent ainsi s’inspirer mutuellement et élever leur esprit. M. Toda a dit : « Pour réaliser kosen rufu et établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays, nous nous efforçons d’aider des personnes, les unes après les autres, à former un lien avec le bouddhisme et de les guider vers le bonheur, tout en faisant face à nos propres défis et difficultés. C’est pour cela que nous pouvons atteindre la bouddhéité. Nos efforts nous apportent d’incommensurables bienfaits et nous garantissent la victoire. » [Point vingt-trois, vénération et ignorance] « Il est dit dans les Enseignements oraux : Quand on établit des distinctions entre soi et les autres, alors “les autres” sont les quatre sortes de croyants à l’arrogance extrême et le “Je” est le bodhisattva Jamais-Méprisant. Établir des distinctions ente le bien et le mal en considérant le bodhisattva Jamais-Méprisant comme une personne de “bien” et les arrogants comme de “mauvaises” personnes est une marque d’ignorance. « Mais quand on en a conscience et que l’on s’incline en signe de vénération, alors c’est devant Nam-myoho-renge-kyo que l’on s’incline, [c’est-à-dire devant] le principe selon lequel bien et mal ne sont pas deux éléments différents et le correct et l’incorrect sont une seule et même chose. » (OTT, 162-163) Le potentiel inhérent au bien et au mal Il est dit dans la partie suivante des Enseignements oraux que la vision dualiste qui établit des distinctions entre le bien et le mal, le correct et l’incorrect, est en soi « l’ignorance 15 ». Nichiren dit que c’est un signe d’ignorance que d’établir des distinctions entre soi et les autres, en considérant le bodhisattva Jamais-Méprisant comme bon et les quatre sortes de croyants arrogants comme mauvais. À savoir, faire simplement la distinction entre le bien et le mal n’est pas l’essence du bouddhisme de Nichiren. Comme il l’indique en citant le concept selon lequel « le bien et le mal ne sont pas deux éléments différents » et « le correct et l’incorrect sont une seule et même chose » (OTT, 163), le bien et le mal coexistent chez tous les êtres humains. Du fait de la possession mutuelle des dix états 16, en récitant Nam-myoho-renge-kyo, nous pouvons désactiver l’ignorance fondamentale en nous et activer la nature fondamentale de l’illumination 17. L’Histoire nous enseigne que la religion qui, d’un certain point de vue, recherche le bonheur des êtres humains, a aussi été trop souvent une source de division et de conflits. Le Sûtra du Lotus incarne une sagesse qui transcende la dualité du bien et du mal et considère à la fois le bien et le mal comme des potentiels inhérents à tous les êtres humains. Ces potentiels existent à l’état latent ou émergent en fonction des causes et conditions extérieures. Il affirme qu’il est possible d’activer le bien et enseigne les principes pour y parvenir. J’ai expliqué ainsi ce principe lors d’une conférence à l’université de Palerme 18 en Italie en 2007 : « Je crois que la véritable valeur d’un dialogue créatif et constructif réside dans nos efforts pour perfectionner et élever notre vie, supprimer la manifestation des aspects mauvais ou négatifs, et renforcer et encourager la manifestation des aspects bons ou positifs. Cet effort même souligne le type de dialogue et de communication dont nous avons besoin d’urgence aujourd’hui. » Croire en la bonté humaine Le bodhisattva Jamais-Méprisant se comportait toujours de façon dynamique, positive et courageuse. Comme il est dit dans le Sûtra du Lotus : « S’il apercevait au loin l’une ou l’autre des quatre sortes de croyants, il allait délibérément les trouver puis s’inclinait devant eux en disant : “Comment oserais-je vous mépriser ? Vous parviendrez tous sans aucun doute à la bouddhéité.”» (SdL-XX, 256) Prendre constamment l’initiative et encourager les autres à accomplir leur transformation intérieure est notre noble mission en tant qu’émissaires du Bouddha. C’est l’essence même du comportement du Bouddha. Quand nous prions avec une profonde détermination, le courage apparaît et nous faisons apparaître des moyens créatifs et innovants de nous engager avec les autres. Le professeur de l’université de Denver, Ved Nanda, qui fait autorité dans le domaine du droit international, a décrit notre époque, dominée par les conflits et la force des armes, « comme une époque de lutte mortelle pour l’espoir 19 ». Il ajouta : « […] moi aussi j’ai foi en la bonté du cœur humain et je crois que la vie elle-même est bonne. Même s’il peut nous arriver de penser que la société moderne est enveloppée d’obscurité, il y a toujours des possibilités de changements. Je crois en l’amitié et en les gens 20. » Le Pr Nanda avait aussi une foi immense dans la jeunesse Soka à propos de laquelle il a dit : « Il est clair que le travail de ces jeunes gens a été une force significative dans la consolidation des fondations de la paix mondiale 21. » Croire fermement dans notre nature de bouddha et dans celle des autres, et accomplir ensuite des actions exprimant notre profond respect pour les êtres humains constituent la clé pour transformer cette époque de la Fin de la Loi. La pratique du bodhisattva Jamais-Méprisant est la voie du dialogue qui permet aux gens de concrétiser pleinement leur potentiel. Si des jeunes, les uns après les autres, adoptent et perpétuent cette pratique, cela nous rapprochera à coup sûr de la réalisation de la paix mondiale. Vers « l’Année du nouveau départ pour une Soka Gakkai jeune dans le monde entier » Je me rappelle encore ce que mon maître M. Toda m’a dit un jour alors qu’il regardait la mer au crépuscule depuis son village natal d’Atsuta, dans le Hokkaido : « Le monde est grand et vaste. Il y a encore des gens qui pleurent, en proie à l’anxiété, et des enfants prostrés, pris dans les feux de la guerre. Tu dois illuminer l’Asie et le monde entier avec la flamme de la Loi merveilleuse. Fais cela à ma place. » Avec les pratiquants de notre mouvement, j’ai en effet œuvré à sa place pour ouvrir la voie du kosen rufu mondial en semant les graines de la Loi merveilleuse pour la paix partout où j’allais. Aujourd’hui, alors que nous nous approchons de 2024, [qui a été appelée] « l’Année du nouveau départ pour une Soka Gakkai jeune dans le monde entier », j’aimerais offrir à nos jeunes bodhisattvas surgis de la Terre, dont le cœur ne fait qu’un avec le mien, ces paroles que mon maître a prononcées dans le passé et leur demander d’agir « à ma place ». De courageux dialogues pour semer les graines de la bouddhéité et bâtir l’amitié Nous sommes tous apparus sur les lieux de notre mission en raison de notre vœu de bodhisattvas surgis de la Terre. Nous marchons sur les pas du bodhisattva Jamais-Méprisant (cf. Un sage perçoit les trois phases de l’existence, Écrits, 646) en persévérant dans notre pratique consistant à manifester du respect envers les autres, sans nous laisser ébranler par les critiques et la négativité. Partout dans le monde, nous nous engageons avec ténacité dans des dialogues fondés sur l’amitié et semons courageusement les graines de la bouddhéité en tant que bodhisattvas Jamais-Méprisant du mouvement Soka. Grâce à ces efforts, nous créons une noble histoire consistant à activer le bien dans le cœur de la famille humaine mondiale. Le rideau s’est maintenant levé sur les sept années cruciales à venir afin d’assurer des fondations inébranlables pour une paix mondiale durable. Ceci est le dernier cours d’étude réalisé par le président Ikeda avant son décès le 15 novembre 2023.
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