« Les désirs terrestres sont l’illumination »

Octobre 2026

« Les désirs terrestres sont l’illumination »

Intro et présentation  « Dans le monde saha, on ne peut empêcher les vents de la souffrance de souffler 1 », nous rappelle Daisaku Ikeda, et de nous rassurer : « Il n’y a aucune raison d’avoir peur 2. » « La voie du bonheur n’est pas compliquée. Ceux qui récitent Nam-myoho-renge-kyo de manière régulière dans le monde de kosen rufu finissent par […]
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Thèmes

Vivre les écrits de Nichiren

Le bouddhisme en action

« Le caractère “roi” s’écrit avec trois traits horizontaux et un trait vertical. Les trois traits horizontaux correspondent au ciel, à la terre et aux hommes, et l’unique trait vertical au souverain. Comme le mont Sumeru s’élève de la grande terre sans jamais vaciller, on appelle souverain celui dont la présence s’impose dans les royaumes du ciel, de la terre et de l’humanité, sans jamais vaciller si peu que ce soit. »  (Nichiren, Chevaux blancs et cygnes blancs, Écrits, 1073) Thème – Les trois vertus de souverain, maître et parent Extraits des Commentaires de Nichiren sur le « Traité pour ouvrir les yeux », vol. 2, p. 151 ; 157-159. En écrivant : « Moi, Nichiren, je suis le souverain, le maître, le père et la mère de tous les habitants du Japon » (Sur l’ouverture des yeux, Écrits, 290), Nichiren Daishonin déclare être celui qui possède les trois vertus de souverain, maître et parent pour l’époque de la Fin de la Loi. […] Bien que ce soit un passage à différents niveaux de lecture, avec ce chapitre j’aimerais porter la plus grande attention au fait que l’action bienveillante constitue l’essence de ces trois vertus. […] Les trois vertus selon le Sûtra du Lotus Le Sûtra du Lotus, qui est l’essence du bouddhisme de Shakyamuni, est un enseignement clarifiant ce qu’est la suprême compassion du Bouddha qui s’efforce de guider tous les êtres vers l’éveil. Nichiren se réfère au Sûtra du Lotus comme à « l’ultime principe de bienveillance ». Dans le Sûtra du Lotus, cette ultime bienveillance du Bouddha est exposée comme étant les trois vertus de souverain, maître et parent. Le chapitre « Analogies et Paraboles » (3e) contient le passage bien connu : « Il n’y a nulle sécurité dans le monde des trois plans / à l’instar de la maison en flammes. » (SdL-III, 84) Ce monde concret dans lequel nous demeurons est […] plein de souffrances, de douleurs et d’épreuves. Le Sûtra explique que le Bouddha agit inlassablement pour sauver les habitants de ce royaume périlleux, et la partie du texte suivant contient des passages qui expliquent clairement les trois vertus : « Ce monde des trois plans / est aujourd’hui mon domaine » (ibid.) représente la vertu de souverain ; « […] les êtres vivants qui le peuplent / sont tous mes enfants » (ibid.) indique la vertu de parent ; et « [...] je suis la seule personne / qui puisse sauver et protéger les autres » (ibid.) marque la vertu de maître. Le chapitre « Durée de la vie de l’Ainsi-Venu » (16e) du Sûtra du Lotus, qui fait partie de l’enseignement essentiel, révèle que Shakyamuni a en fait atteint l’éveil dans un passé lointain et a été continuellement dans le monde, agissant avec bienveillance pour aider toutes les personnes à devenir bouddhas. […] « Cette terre qui est mienne, demeure paisible et sûre » (SdL-XVI, 222) correspond à la vertu de souverain. […] Dans les passages relatifs à la vertu de souverain, le Bouddha dit que le monde concret des souffrances est son domaine mais que ce domaine est aussi, de façon inhérente, une terre de bouddha, tranquille et sûre. On peut le lire comme l’expression de la résolution du Bouddha d’assumer personnellement la responsabilité de réaliser et de protéger la paix et la sécurité de cette terre et des personnes qui y vivent. […] La « vertu de parent » peut se trouver dans les efforts du pratiquant qui, ressentant de l’empathie pour les souffrances des autres et chérissant leur potentiel illimité, s’évertue activement à propager la Loi merveilleuse, tout en endurant opposition et persécution. La « vertu de maître » peut se rencontrer dans la lutte du pratiquant pour mettre fin à l’offense à la Loi résultant de l’ignorance des gens, pour les éveiller à la foi en la Loi merveilleuse, et les guider vers l’illumination en révélant et en propageant Nam-myoho-renge-kyo. Enfin, la « vertu de souverain » se manifeste dans le profond sens de la responsabilité que le pratiquant éprouve à l’égard de la paix et de la sécurité de tous. Cette responsabilité s’exprime notamment dans son vœu de propager la Loi dans le monde entier – c’est-à-dire de réaliser le kosen rufu mondial – et d’établir l’enseignement correct afin de contribuer à la paix dans le pays. Expérience personnelle S’engager à créer un monde de bonheur là où nous sommes par Michèle Louis « À la lecture du Gosho 1, je vibre de joie. Le bouddhisme révèle clairement l’origine et le fondement de toute chose, et il offre la voie d’un ­bonheur authentique 2 », nous confie notre maître Daisaku Ikeda, dans son journal de jeunesse. La lecture de l’extrait de l’écrit de Nichiren Chevaux blancs et cygnes blancs que j’ai choisi a ouvert mon cœur d’une manière inédite : j’ai appris à changer ma manière de percevoir mes liens avec les autres et à me libérer d’un système de rapports de force où je m’étais laissée enfermer. J’ai lu pour la première fois ce passage alors que j’étais dans une situation personnelle et familiale où j’avais abandonné ma capacité d’initiative et laissé mes proches prendre la direction de ma vie en voulant répondre de manière exagérée à leurs attentes. Et dans les activités bouddhiques, par manque de vitalité, j’en étais arrivée à être dominée totalement par mon environnement. La vision du mont Sumeru qui s’élève, imperturbable, m’a ramenée au cœur du problème : mon esprit influençable. Les mots « sans jamais vaciller si peu que ce soit » m’ont fait l’effet d’un électrochoc salutaire. Voilà ce qui s’est imposé à moi tout d’un coup en priant : « Peu importe ce que font les autres ! Toi seule ! » Au fil des ans, en approfondissant une pratique confiante et concentrée, qui ne se laisse pas distraire par les circonstances extérieures, j’ai pu rétablir des relations équilibrées et de confiance où chacune et chacun peut briller librement. « Sans jamais vaciller » évoque également pour moi cette qualité de persévérance et la capacité de se remettre en question en douceur, au quotidien, sans se dénigrer, et sans perdre espoir de voir les pires situations changer. C’est ce qui mobilise en moi la capacité d’« imposer » ma présence de manière à créer des valeurs pour moi et les autres, même dans les environnements les plus nocifs.  À titre d’exemple, je voudrais résumer ici l’issue d’une situation familiale qui a assombri la vie de mes deux parents et de ma sœur, et qui aurait pu ruiner ma vie d’adulte. Mon petit frère Pierre, mon cadet de deux ans, souffre d’une grave forme de schizophrénie qui l’a empêché de vivre « une vie normale » – si par cela on entend avoir un travail et des relations sociales. Sa maladie avait dominé entièrement la vie de mes parents. Bien qu’ayant fait face avec une endurance remarquable, ils sont finalement décédés sans avoir pu vivre une amélioration significative de son état. En 2010 je me suis occupée de mon frère, ayant promis à mon père de le prendre sous ma protection. Devant ce défi terrifiant, je me rapproche d’une aînée bouddhique en qui j’ai une confiance totale. Comme je lui souffle qu’il serait peut-être nécessaire, étant donné les circonstances, d’abandonner ma responsabilité dans le mouvement pour avoir une fonction moins prenante, elle me dit : « Ne t’inquiète pas. Réalise le vœu de ton maître. » Et comme je demande des précisions, elle me répond : « Je ne vais pas te le dire mais cherche par toi-même. » Je dirige alors tous mes efforts non pas sur la simple résolution d’un problème mais sur une question beaucoup plus large : triompher de toutes les formes d’adversité.  Je me plonge dans l’étude et redécouvre des textes sur le pouvoir du Gohonzon. Je retiens entre autres que quand nous prions, nous illuminons par Nam-myoho-renge-kyo toutes les entités inscrites sur le Gohonzon, qui révèlent ainsi leurs nobles qualités inhérentes 3. Même le roi-démon devient une entité secourable envers les autres. Je me dis : « Je veux voir ça ! » Je mets cette nouvelle compréhension immédiatement en action en redoublant de Daimoku et en m’engageant résolument dans les activités bouddhiques. Je prie avec une confiance absolue. Je vérifie alors comme mon calme intérieur et mon positionnement ferme et respectueux ouvrent toutes les portes que mon sentiment karmique d’impuissance avait verrouillées. Ainsi, après une intervention d’un médecin du CHU de Nice, Pierre accepte pour la première fois de se faire hospitaliser : le fait d’avoir signé lui-même l’autorisation était inimaginable vu son parcours. Plus tard, malgré son attachement aux soins familiaux exclusifs, il part volontairement en foyer médicalisé dans une petite ville de l’arrière-pays niçois, où il reste jusqu’à ses 61 ans, fixés comme âge limite par cet établissement.  Pendant un an, mon fils qui faisait des remplacements comme médecin généraliste dans cette petite ville a pu créer des liens avec l’équipe en charge de Pierre. C’est là encore un coup de pouce inattendu du destin. En effet, en tant que médecin, il voit en consultation des personnes du foyer et du personnel, qui apprécient tout particulièrement son humanité et ses compétences médicales. Pierre profite de cette ambiance confiante et solidaire, et il est soigné directement par son neveu. Un immense bienfait ! Au moment où je dois chercher un EHPAD pour Pierre à l’aube de ses 61 ans, j’ai un accident de ski qui m’immobilise pendant trois mois. J’avais décidé un peu en amont que Pierre aurait une belle vie malgré tout – une décision que j’avais partagée lors d’un séminaire national. Je me sens certes coincée mais je continue à réciter des Daimoku confiants et transmets la Loi à mes amis qui viennent me voir à l’hôpital. Le 3 mai 2024, l’équipe du foyer m’informe qu’elle a trouvé un lieu de vie pour Pierre à 20 minutes de chez moi ! C’était un défi presque impossible, étant donné sa dépendance presque totale et son caractère parfois très impérieux et difficile. Je me réjouis de le savoir entouré de manière chaleureuse et humaine par des soignants souriants et optimistes.  Cette expérience m’a permis de transmettre largement la Loi et de permettre à deux personnes de recevoir le Gohonzon, sans compter toutes les autres que j’ai pu aider grâce à ces précieux encouragements de nos maîtres. Aujourd’hui encore, je gagne avec Daimoku et avec tout mon entourage.

Dialogues pour la paix

Histoire d’un dialogue

Le dialogue présenté ici fut, pour Daisaku Ikeda, le premier d’une très longue série. Il constitue un événement en soi en même temps que la source d’une pratique que le président de la SGI n’allait cesser de développer avec le temps. Son histoire nous est présentée dans le chapitre « Dialogue » du volume 16 de La Nouvelle Révolution humaine.  Tout a commencé à l’automne 1969 lorsque Daisaku Ikeda reçut une lettre dactylographiée d’Arnold Toynbee qui disait « qu’il avait souvent entendu parler de la Soka Gakkai et de son président et qu’il s’intéressait fortement à la pensée et aux écrits de Shin’ichi 1. Il indiqua aussi qu’il avait lu la version anglaise de certaines de ses œuvres. Il poursuivait en l’invitant personnellement à lui rendre visite en Grande-Bretagne pour une discussion portant sur un certain nombre de questions fondamentales auxquelles le monde était confronté 2. » Arnold Toynbee était un célèbre historien britannique et Daisaku Ikeda fut d’autant plus touché par cette invitation qu’il avait déjà lu quelques-uns de ses livres traduits en japonais, notamment plusieurs volumes de son œuvre monumentale L’Histoire. « L’Histoire ne se confinait pas dans les critères habituels de la recherche historique », lit-on dans La Nouvelle Révolution humaine 3. « Cette œuvre ne traitait pas d’un seul peuple ou d’une seule nation. Arnold Toynbee s’attachait plutôt à la civilisation en tant que sujet d’étude, en offrant une approche originale où l’histoire du monde était considérée comme l’union de nombreuses civilisations. « Il émit l’hypothèse que toutes les civilisations suivent un cycle comportant naissance, développement, déclin et désintégration. Il suggéra que l’ascension et la chute des civilisations dépendaient de leur capacité à résister et à réagir avec succès à des épreuves telles que la guerre et les changements dans le monde naturel et dans l’environnement. M. Toynbee affirma que les religions les plus élevées étaient le produit de la sagesse acquise par les peuples de l’Antiquité lorsqu’ils souffraient d’être assujettis à d’autres cultures 4. » Daisaku Ikeda avait un emploi du temps très chargé et ne pouvait demander à l’historien, âgé de plus de quatre-vingts ans et de santé fragile, de venir lui-même au Japon. Par ailleurs, il entendait satisfaire les souhaits de ce dernier d’organiser ce dialogue au mois de mai. La première série d’entretiens eut donc lieu en mai 1972, à l’occasion d’une visite de Daisaku Ikeda en Europe lors de laquelle il inaugura notamment le centre bouddhique de Sceaux. Puis une nouvelle série d’entretiens avec Arnold Toynbee eut lieu le même mois l’année suivante et le dialogue fut publié pour la première fois au Japon en 1975. Il couvrait un très grand nombre de sujets reprenant trois thèmes principaux suggérés par Daisaku Ikeda. Le premier concernait la nature de l’humanité. Il s’agissait d’explorer la question de nos modes de vie, en s’appuyant sur des thèmes tels que l’urbanisation, l’environnement, l’éducation, la santé, le bien-être et les mouvements populaires. Le deuxième traitait des méthodes pour parvenir à la paix mondiale. Quelle direction le monde devait-il prendre à l’approche du xxie siècle ? Qu’est-ce que les êtres humains devraient faire pour garantir un avenir plus brillant après l’horreur des deux guerres mondiales et les autres conflits sanglants qui avaient marqué le xxe siècle ? Le troisième thème concernait la nature de la vie. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Là, les échanges portèrent, d’un point de vue temporel, sur l’éternité de la vie, et d’un point de vue spatial, sur l’étendue illimitée du cosmos. Ils furent l’occasion d’explorer la question de la religion et de la philosophie. Le rôle joué par la religion dans la création de la civilisation et de ce que M. Toynbee appelait « la réalité spirituelle ultime » fut abordé dans cette partie 5. Traduit en trente-trois langues différentes, ce livre de dialogues a eu un impact considérable et constitue sans aucun doute une référence majeure dans ce domaine. Parmi les nombreuses personnalités qui se sont déclarées inspirées par sa lecture, on peut citer notamment l’ancien secrétaire général des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, le sociologue des religions britannique Bryan Wilson, l’ancien président de l’Inde K. R. Narayanan (1920-2005) et l’ancien président d’Indonésie Abdurrahman Wahid qui eut lui aussi des entretiens avec Daisaku Ikeda et lui confia alors : « Depuis que j’ai lu Choisis la vie, votre dialogue avec l’historien britannique Arnold J. Toynbee, j’ai souvent rêvé de vous rencontrer. » Mais ce dialogue, nous l’avons dit, fut le début d’une longue série. À son terme, en effet, Arnold J. Toynbee inscrivit sur une feuille de papier une liste de personnalités que, selon lui, Daisaku Ikeda devait absolument rencontrer pour faire avancer la cause de la paix et du dialogue entre civilisations. Sur cette liste figuraient notamment les noms ­d’Aurelio Peccei, cofondateur du Club de Rome 6, ou du neurobiologiste René Dubos avec qui Daisaku Ikeda eut effectivement des dialogues par la suite. Voici ce qu’il écrivit à ce sujet dans La Nouvelle Révolution humaine : « Tout en lisant les noms sur le papier, Shin’ichi réfléchit au message que M. Toynbee entendait ainsi lui transmettre. “Je le ferai !” décida-t-il. “Je donnerai tout pour lancer une grande vague de dialogues dans le monde entier en faveur de la paix. Je dois réunir le monde grâce à la philosophie de l’humanisme bouddhique 7.” » Datant d’il y a plus de cinquante ans, Choisis la vie n’est pas simplement un ouvrage à dimension historique. Il aborde des thèmes qui n’ont rien perdu de leur actualité. Nous vous en présentons ici deux extraits particulièrement significatifs. PREMIER EXTRAIT 8 Toynbee. Autrefois, quand toute l’espèce humaine était pauvre, nos ancêtres étaient constamment menacés par une pénurie de nourriture, de vêtements, de logements et d’autres nécessités vitales. Dans ces circonstances, la frugalité était tenue pour une vertu et le luxe, pour un vice ; mais, à partir de la révolution industrielle, la frugalité a fait peser sur les fabricants la menace d’une perte de marché pour leurs produits et, par conséquent, leurs employés risquaient aussi de perdre leur emploi. Les fabricants ont donc cherché à stimuler la consommation artificiellement par le canal de la publicité. Ce n’est pas une coïncidence si la publicité est née en même temps que la révolution industrielle. Cependant, comme vous l’avez souligné, l’intérêt particulier des industriels et de leurs ouvriers à stimuler la consommation se fait au détriment de l’intérêt général de la société. Susciter l’avidité par la publicité produit une pollution massive. Cela constitue une menace sur la santé, voire sur la vie, pour les gens d’aujourd’hui. Notre avidité menace aussi les générations futures, en épuisant des ressources irremplaçables. Qui plus est, l’avidité, fléau en soi, est une des caractéristiques de l’animalité de la nature humaine, mais, outre le fait qu’il est un animal, l’homme est plus encore. En nous livrant à l’avidité, nous perdons notre dignité humaine. Voilà pourquoi, loin de stimuler notre avidité, nous devrions la restreindre – et cela par principe, même si l’avidité ne produisait pas des effets désastreux de pollution pour la génération actuelle et de dénuement pour la postérité – si l’espèce humaine doit survivre à la pollution. Depuis la révolution industrielle, les fabricants ont essayé, en utilisant la publicité, de conditionner le public afin que la priorité soit accordée, par-dessus tout autre objectif, à la satisfaction maximale de son avidité. Il nous faut renverser l’ordre de nos priorités et faire de la diminution de l’avidité et de la pratique de la frugalité nos objectifs premiers, avec pour ce faire au moins trois domaines d’application : le maintien de la dignité humaine ; la protection de notre propre génération contre les dangers de la pollution ; la conservation, pour les générations futures, des ressources naturelles limitées de notre planète. Il nous faut remplacer l’idéal insidieusement instauré par l’industrie publicitaire par l’idéal véhiculé par le bouddhisme et le christianisme. Ikeda. Précisément. La liberté est d’une grande importance, mais déterminer laquelle des nombreuses facettes de l’être humain doit jouir de la liberté est plus important encore. Étant donné son champ illimité ­d’activité, l’avidité peut accabler les plus grandes âmes, dans la mesure où elle écrase ce qu’il y a de plus élevé dans l’esprit humain. Lorsque c’est l’avidité qui mène le jeu, la situation est analogue à ce qui se passerait si un dangereux criminel était lâché au milieu d’une population innocente. De même qu’un bandit doit être surveillé et, si nécessaire, mis sous les verrous dans l’intérêt commun, l’avidité doit être réfrénée dans l’intérêt de la meilleure part de l’être humain. Mais les restrictions ne doivent pas être appliquées de l’extérieur, par la société : il faut qu’elles proviennent d’une prise de conscience indépendante de l’individu. Nous devons adopter le point de vue selon lequel prendre conscience de la dignité de la vie doit être le principe de base et le fondement de toutes nos actions. Une fois ce préalable établi, nous devons poursuivre et mettre en œuvre les actions concrètes suivantes. Premièrement, limiter la consommation de biens matériels au minimum et trouver des moyens de recycler les déchets dans la production. Cette mesure aiderait à la fois à éliminer la pollution de l’environnement, tout en prémunissant contre l’épuisement des ressources naturelles. Deuxièmement, se servir au maximum de l’énergie physique du corps humain. Outre que cela limiterait la pollution en conservant les ressources, cette mesure favoriserait le développement et le maintien d’une meilleure santé. Troisièmement, se méfier d’un usage trop poussé des médicaments, des additifs alimentaires et autres produits chimiques et être bien conscient que des effets nuisibles accompagnent presque invariablement le bien que ces substances peuvent procurer. Chaque individu doit appliquer ces règles simples dans sa vie quotidienne et lutter contre quiconque mettrait en danger l’avenir de l’humanité en les ignorant. Les scientifiques doivent se servir de leur science pour éclairer les gens et les journalistes en utilisant le pouvoir des mots pour alerter les populations des malheurs qu’elles encourent. La ménagère doit poursuivre la lutte à la maison, et l’ouvrier, sur son lieu de travail. Pour qu’un mouvement de cet ordre soit effectif et ait un sens, il faut qu’il ait un fondement spirituel solide, et je suis d’accord avec vous sur le fait que le pouvoir de la religion est nécessaire pour établir ce fondement. La religion requise doit rendre chaque être humain profondément conscient de deux choses importantes : le fait que la force vitale d’une seule personne compte plus que toute la richesse matérielle du monde, et le principe – tout aussi important – que la vie et la dignité qui lui est inhérente ne peuvent toutes deux être entretenues qu’en réelle harmonie avec la nature. Toynbee. Certes, la menace qui pèse à présent sur la survie de l’espèce humaine ne peut disparaître que si un changement révolutionnaire se produit dans le cœur de chaque être humain, individuellement. Ce changement doit être inspiré par la religion, afin de générer la volonté indispensable pour mettre en pratique de nouveaux – et ambitieux – idéaux. […] SECOND EXTRAIT 9 Ikeda. Je pense que le concept bouddhique de compassion (jihi), défini comme ôter la peine et apporter le bonheur aux autres (bakku-yotaku), donne à l’amour un sens réel. Le mot bakku signifie supprimer la cause fondamentale de la souffrance qui est enfouie au plus profond de la vie humaine. Bakku commence avec doku (l’empathie) c’est-à-dire le fait de ressentir la souffrance d’un autre comme la sienne propre et de désirer l’alléger. Sans ce sentiment de doku, il n’y aurait pas de volonté d’aider les autres, ni d’action pratique pour faire cesser leurs souffrances. Doku exige un haut niveau d’imagination et d’intelligence, car, pour le ressentir, on doit être capable de se mettre à la place de l’autre et d’imaginer sa souffrance avec autant de force que si c’était la nôtre. Ceux qui n’ont pas suffisamment développé leur sensibilité restent indifférents aux souffrances des autres. Le sentiment de doku est le fondement sur lequel s’est développé le sens de la vie communautaire propre aux êtres humains. La vie coopérative en groupe est chose commune dans le monde des êtres vivants, mais l’être humain est le seul à maintenir une forte individualité, tout en préservant consciencieusement les groupes pour les besoins de la vie quotidienne. Il est capable de faire cela parce qu’il ressent les souffrances des autres et réalise le besoin d’être en groupe, pour se protéger de la souffrance. Le doku ne doit cependant pas dégénérer en une consolation qui ne donnerait pas ensuite lieu à une action. Voilà pourquoi nous devons passer de l’empathie doku à bakku, le fait de supprimer activement la cause de la souffrance. Toynbee. Vous interprétez donc le terme bakku, c’est-à-dire la délivrance de la souffrance, comme la compassion bouddhique, en termes d’action pratique. Ikeda. Oui, c’est cela. Yoraku, le second composant de la compassion au sens bouddhique signifie donner du plaisir. Le terme bouddhique raku, qui est ici traduit, dans notre utilisation présente, par plaisir, n’est en aucun cas transitoire, partiel ni autosuffisant, pas plus qu’il n’est une tentative d’échapper à la réalité. Il s’agit plutôt de la joie de vivre, ou de ce que j’ai appelé ailleurs l’extase de la vie, qui comprend à la fois le plaisir matériel et le plaisir spirituel. Sans les sentiments profonds de plénitude et sans l’extase que donnent les émotions de la vie, le plaisir au sens le plus véridique est impossible. En bref, le concept bouddhique de raku suppose une joie forte et pure, issue du plus profond de la vie. Comment se fait-il, en dépit de tous les prêches d’amour dont toutes les grandes religions ont couvert la planète, que des guerres sanglantes et des conflits aient toujours lieu ? Ce n’est certainement pas parce que l’amour est moins fort que la haine. La véritable raison est que l’amour n’a pas reçu une forme pratique qui soit compatible avec sa vraie nature. C’est resté une abstraction et c’est la raison pour laquelle la haine a pu le surpasser. Toynbee. Comme je l’ai déjà mentionné, le mot amour tel qu’on l’utilise aujourd’hui est vague. Je trouve les termes bouddhiques, tout au moins dans leurs versions japonaises, sous la forme de mots comme jihi plus précis et donc plus réalistes. Comment l’amour entre êtres humains peut-il être à nouveau insufflé dans les relations humaines, dans une communauté où elles sont devenues impersonnelles, en partie à cause de la taille de la communauté et en partie à cause d’une tendance dominante à la rationalisation des structures et du mode opératoire de la vie sociale ? Si, en théorie, la rationalisation est souhaitable, certains de ses effets sur les relations humaines ne sont pas à désirer. La tradition bouddhique peut-elle fournir une solution à ce problème dans le contexte social actuel du Japon et des autres prétendus pays développés ? La vie au Japon a-t-elle été dépersonnalisée et les relations humaines sont-elles devenues sans amour, de la même manière et au même degré que dans les pays occidentaux, où le cadre religieux n’est pas bouddhique mais chrétien ? Dans le monde moderne, l’informatisation est-elle inévitable ? Et l’informatisation et l’amour peuvent-ils coexister ? Ikeda. Au Japon, comme en Occident, l’accroissement en taille et en complexité de la société a amené une perte d’individualité humaine et un dessèchement spirituel. Même si les traditions bouddhiques persistent dans l’architecture japonaise et dans quelques cérémonials, leur esprit et leur contenu ont été largement oubliés. En fait, l’étendue de la perte des traditions bouddhiques, au Japon, pourrait bien dépasser celle du christianisme dans le domaine du quotidien, en Occident. […] En réponse à vos interrogations sur la façon dont nous pouvons réinjecter de l’amour dans les relations humaines, au sein d’une société hyperrationalisée, et sur l’éventualité que le bouddhisme puisse proposer une solution à ce problème, je pourrais faire les commentaires suivants : les enseignements bouddhiques et l’idéal qui fait l’objet de leurs efforts consistent à instaurer une indépendance humaine fondamentale face à notre karma personnel, à la société et à l’environnement naturel. La manifestation de cette indépendance se trouve dans le concept de compassion, jihi. L’indépendance de l’individu est appelée état de bouddha, Bukkai, et sa manifestation envers les autres – sous forme de compassion – est appelée état de bodhisattva, Bosatsu-kai. Étant donné que la société moderne est inévitablement notre environnement social, aussi impersonnelle et hyperrationalisée qu’elle soit, le bouddhisme enseigne l’importance d’établir une indépendance qu’une société impersonnelle ne puisse ni entamer ni contrôler. Il est possible – voire impératif – d’étendre le champ des relations humaines et de l’individu en résistant aux forces de rationalisation et de dépersonnalisation, quelle que soit l’ampleur qu’elles atteignent. La capacité d’y parvenir dépend, au final, de la profondeur et de la solidité de notre autonomie. La société est composée d’êtres humains qui la gèrent et la font se mouvoir. Bien que les ordinateurs traitent de toutes sortes de domaines, c’est néanmoins l’être humain, individuellement, qui les fait fonctionner. Tant qu’il reste conscient de son indépendance et n’oublie pas d’interagir avec la société sur la base de cette indépendance, il restera possible de maintenir et même d’étendre la compassion, ou jihi, dans les relations humaines.

Enseignements éternels de D. Ikeda

Les grandes figures du monde – Marie Curie ou la science illuminée par l’humanisme (2/2)

Après avoir découvert le polonium, Marie met au jour un nouvel élément que Pierre et elle nomment le « radium », du latin radius signifiant « rayon ». Elle obtient ce résultat tout en s’occupant de sa famille, en qualité de jeune épouse et mère. Un rude et interminable défi l’attend. Pour trouver une preuve irréfutable de l’existence du radium, elle se met au travail afin d’en isoler un échantillon. La théorie à elle seule ne suffit pas. Seule une preuve concrète, irréfutable et visible permettra de convaincre tout le monde, et c’est ce que cherche résolument Marie. Certains se satisfont peut-être de la théorie, mais d’autres, non. Pour ces derniers, il faut apporter une preuve précise afin de ne laisser aucune place au doute. Seuls des résultats tangibles peuvent totalement accréditer une hypothèse. Pierre et Marie Curie ont travaillé avec ardeur. Leurs deux écritures figurent sur leur carnet de notes de l’époque, ce qui indique que leur recherche était bien un effort commun entre mari et femme travaillant dans l’unité. Un grand laboratoire entièrement équipé était nécessaire pour isoler le radium pur et les Curie s’efforcèrent alors d’obtenir de la Sorbonne qu’elle leur attribue l’un de ses grands bâtiments, mais en vain. Ils ne purent avoir qu’une cabane abandonnée, qui avait servi de salle de dissection. Elle n’était pas équipée et ne contenait que des tables abîmées, un poêle en fonte fonctionnant à peine et un tableau noir. De plus, le toit fuyait en cas de pluie. Il y faisait terriblement froid l’hiver et l’été la chaleur était étouffante. Il n’y avait pas de conduit pour évacuer les gaz toxiques émis lors de leurs expériences. On disait que cet abri ressemblait « à une étable ou à un grenier ». Pierre et Marie Curie eurent aussi des difficultés à s’approvisionner en pechblende, un minerai qui contenait du radium. Après diverses démarches, ils finirent par persuader le gouvernement autrichien de leur faire don de plusieurs tonnes de résidus de l’industrie minière qui contenaient de la pechblende. Leurs grandes découvertes qui ont bouleversé l’histoire de la science furent, en fait, le fruit de longs efforts quotidiens, pratiques et douloureux, répétés inlassablement. Les résidus furent disposés dans une grande cuve et on les fit bouillir. Par ce processus maintes fois répété, ils purent les diviser, puis les purifier chimiquement afin d’isoler l’élément recherché mais ils durent pour cela déplacer de lourds récipients chargés de minerais et brasser le contenu de la cuve à l’aide d’une grosse barre d’acier. C’était un dur labeur, particulièrement douloureux pour le dos, et, à la fin de la journée, les Curie étaient au bord de l’évanouissement. Marie écrivit : « La vie d’un grand scientifique dans son laboratoire n’est pas, contrairement à ce que l’on imagine souvent, un agréable passe-temps. C’est plus souvent un rude combat contre des objets, contre l’environnement et surtout contre soi-même. » Voilà le cri du cœur d’une personne qui ne cessa jamais de lutter. Elle nota encore : « Entre les jours de productivité féconde s’insèrent des jours d’incertitude où rien ne semble réussir, et où la matière même semble hostile ; et c’est alors qu’il faut tenir bon contre le découragement. » Ses paroles valent non seulement pour la recherche scientifique, mais pour tous les domaines de la vie. Il y eut des moments où les Curie se sentirent découragés parce que rien ne semblait fonctionner. Ils ne parvenaient tout simplement pas à isoler le radium pur. En fait, ils s’étaient lancés dans un travail de chimistes alors que leur véritable spécialité était la physique. Malgré son profond engagement, Pierre se retrouva au bord de l’épuisement à force de lutter sans obtenir de résultat et il songea à abandonner. Il y avait tant d’obstacles à surmonter. Ne valait-il pas mieux attendre de pouvoir travailler dans de meilleures conditions avant de faire une autre tentative ? Par souci de préserver la santé de sa femme, éreintée par le travail, Pierre suggéra de marquer une pause. Mais Marie refusa d’abandonner. Ce mot n’avait aucun sens pour elle. Elle était convaincue de l’existence du radium et était déterminée à surmonter toutes les difficultés pour l’isoler. Face à un défi, une femme dotée d’une forte volonté est invulnérable. Marie croyait aussi qu’avec un peu de créativité leur travail pourrait être couronné de succès, aussi dur que soit le contexte. Celles d’entre vous qui étudient à la faculté de jeunes femmes Soka se trouvent ainsi confrontées à de grands défis dans leur jeunesse. Il y a aussi parmi vous des diplômées qui travaillent peut-être dans des situations en décalage avec leurs idéaux ou avec le niveau qu’elles avaient espéré. Il se peut également que vous soyez confrontées aux dures contingences de la réalité. L’important est de rester invaincues. Vous pourrez alors ouvrir une nouvelle voie et ce sera sans aucun doute une source de développement. Tout dépend de vous. J’espère que vous deviendrez fortes et joyeuses et que vous pourrez, plus tard, dire aux étudiantes de votre université : « Cela a été dur, mais j’ai triomphé ! »  Après bien des efforts, Pierre et Marie Curie sont finalement parvenus à extraire le radium pur. Ils ont consacré quatre années de leur vie à cette difficile entreprise dans leur laboratoire de fortune. En 1902, ils réussirent à isoler des sels de radium. C’est la première fois qu’une telle prouesse était accomplie. Ils purent cependant tirer à peine un gramme de radium des tonnes de pechblende qu’on leur avait remises. Plus tard, Marie Curie décrivit ces moments-là comme « les meilleures et les plus heureuses années de notre vie » et « la période vraiment héroïque de notre vie commune ». Des conditions favorables ne signifient pas nécessairement qu’on accomplira quelque chose de remarquable. Dans le même ordre d’idées, des activités bien visibles et ostentatoires ne sont pas nécessairement très significatives. Dans la plupart des cas, une entreprise ou un travail qui fait véritablement sens et marque l’Histoire est le résultat d’une accumulation d’efforts acharnés et discrets. Le travail est un défi. Si vous vous engagez avec détermination, vous pouvez vous polir et vous renforcer par votre travail. Quand j’étais employé dans sa société, mon maître Josei Toda nous a dit un jour : « Quand les gens quittent leur foyer pour se rendre au travail, ils disent : “Je vais au travail”, mais, en réalité, ils devraient dire : “Je vais au combat”, parce que le travail est un défi. » M. Toda nous enseigna ainsi l’état d’esprit essentiel qu’il convient d’entretenir pour donner le meilleur de soi-même face aux dures réalités de la société. Le monde réel est une succession de luttes amères au cours desquelles les choses ne tournent pas toujours à notre avantage. Il est des moments où notre vie peut prendre un tour inattendu. Mais que cela ne vous fasse jamais perdre de vue votre véritable moi. Dans sa jeunesse, Marie Curie écrivit, dans une lettre à son frère Joseph : « Il semble que la vie ne soit pas aisée pour chacun. Et alors ? Nous devons persévérer et par-dessus tout avoir confiance en nous-mêmes. Nous devons avoir la conviction que nous avons du talent dans un domaine particulier et que nous devons à tout prix le manifester. Peut-être que tout ira bien au moment où nous nous y attendons le moins. » J’aimerais offrir ces mots à nos admirables étudiantes de l’université Soka et particulièrement à celles qui vont bientôt passer leur diplôme et prendre toute leur place dans la société. En 1903, Pierre et Marie Curie ont reçu le prix Nobel de physique avec Henri Becquerel (1852-1908), pionnier en matière de recherche sur les radiations. Quand il apparut que le radium était efficace dans le traitement du cancer, cela attira l’attention du monde entier. De nombreux pays cherchèrent à acquérir du radium, mais les Curie étaient les seuls à en connaître la technique d’extraction. En faisant breveter leur méthode, ils auraient pu devenir extrêmement riches, assurer la sécurité financière de leurs enfants, et, plus encore, se faire construire un bon laboratoire pour se consacrer à leurs recherches. Pierre souleva la question mais Marie répliqua : « C’est impossible. Ce serait contraire à l’esprit scientifique. … le radium va être utilisé dans le traitement des maladies. […] il me semble inconcevable d’en tirer profit. » Pierre se rangea à son opinion. Par la suite, en réponse à quelqu’un qui lui fit remarquer qu’elle aurait pu devenir très riche en déposant un brevet, Marie déclara : « Le radium n’est pas fait pour enrichir qui que ce soit. Il appartient à tous. » Les Curie cédèrent gratuitement leur procédé. Au prix de leur santé, ils entreprirent même de le perfectionner dans un laborieux combat au service du monde, des êtres humains et de l’avenir. Ils vécurent en accord avec ce que le bouddhisme appelle la voie du bodhisattva.   Codécouvreur du radium et prix Nobel, Pierre Curie vit sa réussite finalement reconnue lorsque la Sorbonne lui attribua une chaire de professeur, en 1904. Marie fut nommée assistante en chef de son laboratoire. L’année suivante, Pierre fut élu membre de l’Académie des sciences dans la section de physique générale. L’année où Pierre Curie devint professeur à la Sorbonne naquit leur deuxième fille. Le couple était alors au sommet du bonheur et de la réussite professionnelle. En avril 1906, Pierre et Marie purent s’autoriser une rare sortie à la campagne avec leurs deux enfants. Ils se promenèrent à bicyclette, jouèrent dans les champs, découvrirent de magnifiques forêts et purent ainsi profiter d’un agréable moment de détente en famille. Heureux, Pierre regardait jouer ses deux adorables filles et son épouse bien-aimée. Durant ces jours de printemps idyllique, les conjoints ne purent s’empêcher de penser qu’ils approchaient d’une période de leur vie où tous les efforts passés promettaient de porter leurs fruits. Quelques jours plus tard, le 19 avril, une tragédie brutale frappa la famille Curie. Pierre fut renversé par une voiture à chevaux dans une rue de Paris. Il mourut sur le coup. Un mois plus tard, il aurait fêté son quarante-­septième anniversaire. Apprenant la nouvelle, Marie ne put y croire : « Pierre est mort ? Comment ça, mort ? C’est impossible ! » Durant un moment, elle fut même incapable de ressentir de la tristesse. Sous le choc, ne pouvant éprouver la moindre émotion, elle était comme un automate. Mais elle n’eut pas d’autre choix que de continuer à vivre.  Elle avait trente-huit ans, Irène huit et la petite Ève, pas encore dix-huit mois. Au fond de son désespoir, elle se souvint d’une conversation. Un jour, alors que Pierre et elle étaient dans la phase physiquement et mentalement la plus exigeante de leurs expériences, il lui avait dit : « Qu’elle est dure cette vie que nous avons choisie. » Spontanément, Marie avait alors exprimé sa crainte qu’une épreuve bien plus terrible encore ne les attende. « Si l’un d’entre nous disparaissait, … l’autre ne devrait pas survivre… Nous ne pouvons pas exister l’un sans l’autre, n’est-ce pas ? » Il avait répondu solennellement : « Tu as tort de dire cela. Quoi qu’il arrive, même si l’un d’entre nous doit poursuivre la route comme un corps sans âme, il faudra travailler de la même manière. » Quoi qu’il arrive, si l’un d’eux venait à perdre la vie, le survivant devait poursuivre leur mission commune. C’est le serment qu’ils s’étaient fait et c’est ce qui soutint Marie dans son chagrin. Sa vie fut ébranlée par d’innombrables coups du sort, mais, malgré la force des assauts, Marie resta toujours fidèle à son serment. Le contraire eût été de renoncer à elle-même et trahir son mari et compagnon de travail bien-aimé. Victor Hugo (1802-1885) a écrit : « Ce n’est rien de mourir ; c’est affreux de ne pas vivre . » La détermination de Marie fut purifiée, renforcée, ennoblie par les cruelles souffrances auxquelles elle avait été confrontée. Accomplir son serment devint toute sa vie. Son existence même devint sa mission. Le caractère trempé et forgé par la souffrance, elle développa une personnalité comparable à de l’or pur, doté d’un éclat éternel. Elle ne faisait qu’un avec Pierre, son maître et compagnon. Une vie menée pour le bien des autres, même si elle comporte d’innombrables épreuves et défis, est comparable au soleil qui se consume lui-même pour tout illuminer. Elle est en harmonie avec le fonctionnement bienveillant de l’ensemble de l’univers. Finalement, la Sorbonne décida d’attribuer à Marie la chaire de Pierre. C’était un événement très important, puisque c’était la première fois dans l’histoire de cette prestigieuse université qu’une femme était promue enseignante. Le 5 novembre 1906, Marie Curie monta sur l’estrade. Une foule de journalistes, de photographes et de personnalités emplissait l’amphithéâtre pour assister au premier cours délivré en ce lieu par une femme. L’auditoire se demandait avec curiosité ce que cette femme allait dire, surtout sachant qu’il s’agissait de la célèbre Marie Curie. Tous attendaient en retenant leur souffle. Marie se présenta devant eux, le regard fixe. Sans préambule, elle déclara calmement : « Quand on considère les progrès accomplis dans la physique depuis une dizaine d’années, on est surpris du changement qui s’est produit dans nos idées concernant l’électricité et la matière. » C’est par ces mêmes mots que Pierre avait conclu son dernier cours. Marie débutait le sien à l’endroit où son époux s’était arrêté. Elle proclamait en quelque sorte sa renaissance, sa détermination à vivre avec courage, en reprenant l’esprit et l’héritage de son bien-aimé mari et compagnon dont rien ne pourrait la séparer dans la poursuite de la connaissance.[…] Une femme qui continue de vivre avec courage, sans se laisser vaincre par le chagrin d’avoir perdu son compagnon, peut devenir une championne suprême dans la vie. Experte en art du bonheur, cette femme peut être un modèle et une source d’inspiration pour de nombreuses autres. La grandeur de Marie Curie a été de persévérer dans l’accomplissement de sa mission, sans se laisser vaincre par la tragédie et la souffrance personnelle. Elle résolut d’aller de l’avant, assumant seule la lourde responsabilité que son mari avait jusqu’alors partagée avec elle. Tout en entretenant et élevant sa famille avec son seul revenu, elle continua à réaliser de nouveaux progrès dans le domaine de recherche dont elle et son mari avaient été les pionniers. Elle consacra aussi du temps à former de jeunes scientifiques. Huit ans après la mort de Pierre, alors que la Première Guerre mondiale menaçait, elle écrivit à sa fille Irène : « Nous avons besoin d’un grand courage, et j’espère que nous n’en manquerons pas. Nous devons garder nos certitudes qu’après les mauvais jours reviendront des temps meilleurs. C’est avec cet espoir que je vous serre contre mon cœur, mes filles bien-­aimées. » Telle est l’une des conclusions que Marie tira de sa vie riche d’événements de toutes sortes. La vie est une lutte. C’est pourquoi nous avons besoin de courage. Le courage est un sabre précieux capable de trancher l’adversité. C’est un diamant capable de briser nos limites. C’est une lumière durable capable de dissiper l’obscurité du désespoir.[…] Quand Marie Curie fut pressentie pour l’élection à l’Académie des sciences, en 1910, ceux que l’égalité des femmes dérangeait tentèrent de s’opposer à sa nomination. Pourtant, au regard de ses aptitudes scientifiques, rien ne pouvait justifier qu’elle ne devienne pas membre de cette Académie. Ceux qui se dressèrent contre son élection agirent ainsi uniquement parce que c’était une femme et qui plus est une étrangère. D’éminents scientifiques tels que le mathématicien Henri Poincaré (1854-1912) appuyèrent sa candidature, mais d’autres s’y opposèrent catégoriquement. Une campagne de calomnies fut lancée, et la presse de droite injuria et dénigra Marie Curie et ses partisans. D’après sa fille aînée Irène Joliot-Curie, Marie insistait régulièrement sur la « nécessité de lutter pour le progrès social, “combat éternel” s’il en est, que les esprits progressistes doivent mener contre les “réactionnaires” ». « Dans ce combat (pour le progrès social), les femmes ont un rôle particulier parce qu’elles sont des éducatrices », déclara Irène. En tant qu’éducatrices, les femmes ont la grande mission de guider la société vers la paix. Tsunesaburo Makiguchi déclarait aussi que les mères sont, par essence, des éducatrices et représentent la force fondamentale qui permettra de construire une société future idéale.  […] En novembre 1911, Marie Curie reçut une lettre de Suède. Elle était la récipiendaire d’un second prix Nobel, en Chimie cette fois, et la distinction lui était attribuée à elle uniquement. « Les intrigues et les difficultés auxquelles elle fut confrontée en tant qu’universitaire en France furent plus que compensées par les hommages qu’elle reçut d’institutions étrangères », écrivit l’un de ses biographes. L’octroi de cette distinction prestigieuse intervint, toutefois, au plus fort des attaques malveillantes de certaines factions des médias. Un de ses collègues scientifiques envoya même une lettre à Marie l’invitant à refuser le prix Nobel. Mais elle répondit : « Je dois […] agir en accord avec mes convictions », et elle assista à la cérémonie de remise du prix Nobel et fit, comme il était d’usage, une allocution. Cela impressionna nombre de gens et les convainquit que Marie avait toujours eu raison. Il est crucial de ne pas se laisser intimider par l’injustice. Nous devrions agir résolument contre la malveillance, avec une force inébranlable. Par la suite, Marie Curie tomba malade à cause de l’épuisement et des pressions endurées. Une presse irresponsable et diffamatoire peut causer une souffrance et un mal immenses. Sa force destructrice peut même briser les vies humaines. Seuls ceux qui en ont été la cible peuvent comprendre le degré de cruauté et de traîtrise dont les médias peuvent être porteurs. Rien ne peut infliger de blessures plus perfides. C’est pour cela qu’il est si crucial de combattre le mal avec force. Bien sûr, la liberté d’expression est essentielle ; toutefois, il ne faut pas laisser passer les mensonges et les diffamations. Ne pas mettre un terme aux calomnies conduit à une perversion du discours public. Ce poison se répand alors partout dans la société, détruit les fondements mêmes de la démocratie et constitue une violation des droits humains. Quand le mouvement fasciste commença à se former en Europe, Marie Curie sonna l’alerte : « C’est précisément parce que les courants d’opinion dangereux et nocifs existent qu’il est nécessaire de les combattre. » Même après 60 ans, Marie Curie commençait à travailler tôt le matin dans son laboratoire et jusque tard le soir… À l’âge de 62 ans, elle écrivit à un ami : « Je pense surtout à ce qui doit être fait, et non à ce qui l’a été ». Jusqu’à la fin de sa vie, elle vécut toujours tournée vers l’avenir. À l’aube de sa mort, elle s’était mise à travailler sur un nouveau livre. Elle demeurait active et avait plusieurs projets en préparation… Sa mort survint un matin, alors que le soleil se levait ; elle était radieuse et sublime. Citons encore sa fille Ève : « À l’aurore, le soleil avait rosi les montagnes et commençait sa course dans un ciel d’une admirable pureté, puis la pleine lumière d’une glorieuse matinée inonda la chambre, le lit, atteignit les joues amaigries et les yeux de cendre, vitrifiés par la mort, son cœur avait finalement cessé de battre. […] Vêtue de blanc, ses cheveux blancs découvrant un front immense, un visage apaisé, grave et vaillante comme un chevalier, elle était en cet instant, ce qu’il y avait de plus beau et de plus noble sur la Terre. » Ses filles bien-aimées à son chevet, Marie Curie parvint au terme de sa noble vie le 4 juillet 1934, à l’âge de 66 ans.  « Je pense, avait-elle dit, qu’on peut avoir une vie intéressante et utile à tout âge. Ce qu’il faut, c’est ne pas la gâcher et pouvoir dire : “J’ai fait ce que j’ai pu.” » Chacun, quelle que soit l’époque à laquelle il vit, possède une mission qu’il est seul à pouvoir remplir. Il n’est pas nécessaire de devenir quelqu’un d’extraordinaire, d’être célèbre et de vivre sous les projecteurs. Une vie simple convient tout à fait. Il suffit de briller en restant fidèle à soi-même. L’important est de pouvoir dire que l’on a fait tout ce que l’on a pu. Quand les choses vont bien, il nous est souvent difficile de faire jaillir notre véritable pouvoir et potentiel. Mais attaquer de front l’adversité permet de puiser dans les réserves cachées de notre force profonde. C’est en relevant vaillamment le défi que représentent nos épreuves que nous pouvons réaliser nos plus grands rêves et nos idéaux les plus élevés.

Enseignements éternels de D. Ikeda

Autour de La Nouvelle Révolution humaine – Le courage

Conscient de l’impatience de ses compagnons, Shin’ichi leur dit : « Londres est la capitale du brouillard. On n’y peut rien. En y réfléchissant bien, nous aurions été très déçus d’avoir fait tout ce voyage jusqu’à Londres et de ne pas avoir vu de brouillard. Et puis, à part un peu de pluie à Berlin, nous avons eu la chance de bénéficier d’un temps superbe durant tout notre voyage. Nous ne pouvons pas espérer que tout soit parfait tout le temps – nous devrions au contraire trouver tout naturel, par exemple, de rencontrer de fortes pluies ou des brouillards épais. Il en va de même pour notre voyage vers kosen rufu. Nous ne savons jamais ce qui va arriver ni à quel moment. Les choses ne se passeront pas toujours comme nous le voulons. Nos combats et nos victoires sont justement d’autant plus gratifiants et stimulants qu’ils ont lieu au milieu de brumes tourbillonnantes et de tempêtes déchaînées – et parfois dans les conditions les plus défavorables. Nichiren a écrit : “[…] Les disciples de Nichiren ne pourront rien accomplir s’ils sont lâches” (Enseignement, pratique et illumination, Écrits, 483). Soyons donc courageux et prenons plaisir à jouer cette magnifique pièce de théâtre qu’est kosen rufu. » (Vol. 5, chap. 1 « Ouvrir la voie », p. 73-74) Un bouddha n’est pas un être surhumain : celui qui a atteint cet état ne cesse pas pour autant d’être confronté à des problèmes, de ressentir de la souffrance et du chagrin, et est toujours exposé à la maladie et à la tentation des forces démoniaques. Pour cette raison, un bouddha est un être courageux, tenace et constamment en action, quelqu’un qui lutte sans relâche contre les forces démoniaques. Nous pouvons fort bien avoir atteint un état de vie très élevé, mais si nous ne déployons pas des efforts diligents dans la pratique, notre croyance peut être anéantie en un seul instant. (Vol. 3, chap. 3 « Le Bouddha », p. 156) « Le président Toda disait souvent : “Je voudrais avoir de nouveau ­l’occasion d’aller en prison pour le Sûtra du Lotus et la Loi bouddhique.” Ces paroles de notre maître démontrent la foi et la confiance immenses qu’il avait dans les enseignements de Nichiren Daishonin. C’est là l’esprit courageux de ceux qui combattent pour kosen rufu. Ceux qui possèdent un engagement et une détermination inébranlables finiront par porter la couronne étincelante de la victoire suprême. » (Vol. 5, chap. 3 « La victoire », p. 251) [NDLR : À l’époque dite des « grandes découvertes », le Portugal recherchait une nouvelle voie maritime menant vers l’Orient. L’explorateur Gil Eanes tenta alors le passage par le cap Bojador, redouté par tous les marins de l’époque. Selon les mythes et légendes, la mer y était bouillonnante et peuplée de monstres, et aucun bateau n’en était revenu, si bien que personne n’osait s’en approcher et encore moins le franchir. Shin’ichi relate ici comment Gil Eanes parvint à relever le défi.] Le succès de Gil Eanes n’était qu’une étape bien modeste. N’ayant franchi qu’une courte distance au-delà du cap Bojador , il était loin de la découverte d’une route menant vers l’Orient. Mais ce succès revêtait une signification infiniment profonde. Il avait révélé que cette « mer des Ténèbres » redoutée de tous, au-delà du cap Bojador, n’était en fait nullement différente du reste de l’Océan, dissipant ainsi les sombres nuages de la superstition qui obscurcissaient le cœur des gens. En réalité cette « mer des Ténèbres » n’existait que dans leur esprit. Eanes réussit donc à franchir, en maniant le gouvernail du courage, son propre « cap de la lâcheté ». […]. Shin’ichi s’exprimait d’un ton pénétrant : « L’histoire du Portugal nous enseigne qu’à défaut de courage, il ne saurait y avoir de progrès ni de victoire. Comme le sous-entend Nichiren Daishonin lorsqu’il écrit : “Les disciples de Nichiren ne pourront rien accomplir s’ils sont lâches” (Écrits, 483), kosen rufu ne sera jamais réalisé si nous sommes timorés. C’est le courage qui ouvre une nouvelle voie de kosen rufu. Il faut donc dépasser notre propre “cap de la lâcheté.” » (Vol. 10, chap. 3 « Une nouvelle voie », p. 255-256) « Nichiren déclare que, en faisant de l’enseignement correct la base de notre vie et en transformant notre esprit et notre tendance de vie, nous pouvons changer les circonstances extérieures et bâtir un bonheur inébranlable. Cela est possible parce que le soi et l’environnement qui l’entoure sont fondamentalement en interrelation, comme l’indique clairement le principe bouddhique de l’unité de la vie et de son environnement. En d’autres termes, tous les phénomènes dans l’univers sont inclus dans notre propre vie et, par ailleurs, notre vie pénètre tout l’univers. C’est pour cela que nous pouvons changer n’importe quelle situation grâce à notre foi et à nos efforts sincères. C’est là une des doctrines fondamentales du bouddhisme. De ce fait, quoi qu’il arrive, nous ne devons pas nous laisser décourager. Si nous nous affaiblissons et perdons notre élan, nous serons vaincus. J’espère que vous agirez avec courage. Le courage est la force. Le courage est la sagesse. C’est la force motrice qui permet de remporter la victoire. » (Vol. 12, chap. 2 « L’esprit d’agir localement », p. 133) Nichiren a écrit : « Le roi-lion ne craint aucune autre bête sauvage, pas plus que ses lionceaux. » (Sur les persécutions subies par le Sage, Écrits, 1008) Propager la Loi merveilleuse signifie suivre la voie du lion. Seules les personnes dotées d’un courage, d’une conviction et d’une intégrité intrépides sont capables de relever le défi rigoureux de propager le boud­dhisme de Nichiren Daishonin. La voie suivie par le lion est aussi la voie de maître et disciple, voie que seuls peuvent emprunter les disciples qui ont fait leur le cœur de leur maître. Pour conclure Shin’ichi déclara : « Nous sommes des lions. Bravons la tempête et dirigeons-nous vers la lumière du soleil ! » (Vol. 5, chap. 4 « Lion », p. 330) Nichiren Daishonin, les présidents Makiguchi et Toda font sans aucun doute l’éloge de vos merveilleux accomplissements et vous applaudissent de tout leur cœur. « Le courage fait jaillir l’espoir et la force. C’est le courage qui nous permet de briser la coquille de notre petit ego et d’élever notre état de vie. Grands généraux ! Le rideau s’est maintenant levé sur une nouvelle phase de construction et l’alliance des champions de Soka est désormais bien en place. Une nouvelle ère commence. Élançons-nous sur la grande scène de l’Histoire et faisons briller le soleil du courage avec encore plus d’éclat dans nos cœurs ! » (Vol. 13, chap. 4 « Terre de bonheur », p. 361-362) Les encouragements ont le pouvoir de changer la déception en courage. (Vol. 15, chap. 2 « L’université Soka », p. 162)  Il faut vous attaquer à chaque difficulté avec sérieux et vous efforcer d’englober chaleureusement tous ceux qui vous entourent. Riez de toutes les contrariétés que vous pourrez rencontrer sur votre route et allez de l’avant courageusement, avec confiance, joie et optimisme. (Vol. 2, chap. 3 « Courageuse entreprise », p. 171) Après avoir réaffirmé devant les participants l’importance de la loi bouddhique de cause et d’effet, Shin’ichi évoqua la signification de la foi : « Tous les êtres humains sont confrontés à leur karma et à des problèmes, comme la faillite de leur entreprise ou la maladie. Quand ces difficultés apparaissent, nous pouvons avoir le sentiment d’être mal équipés pour les surmonter et donc nous sentir misérables et désespérés. Ce piège nous entraîne dans le cycle négatif du malheur, ce qui constitue une évolution particulièrement effrayante. Le bouddhisme nous permet de nous libérer de ce cycle négatif du malheur en nous offrant la force indomptable de relever chaque défi. Rappelez-vous, l’objectif du bouddhisme est d’éveiller le courage ­d’affronter sans détour chaque défi de la vie présente en se disant : “Je ne me laisserai pas abattre !” “Cela me donne l’occasion de transformer mon karma !” » (Vol. 25, chap. 2 « Lutte commune », p. 171) « J’espère que vous serez des responsables dotés d’un grand cœur et que vous veillerez sincèrement sur les pratiquants, en respectant la société et en aimant le lieu où vous vivez. Kosen rufu signifie que chacun de vous, qui fonde sa vie sur l’enseignement suprême du bouddhisme de Nichiren, doit devenir un pilier de la spiritualité, un pilier qui bénéficie de la confiance de tous et qui représente un exemple en matière de responsabilité sociale dans son pays. Le voyage de kosen rufu est inévitablement parsemé de difficultés et d’obstacles. Nous aurons peut-être à lutter contre des oppositions et des persécutions, dues à l’ignorance et à une mauvaise compréhension des objectifs de la Soka Gakkai. Certains pratiquants abandonneront leur foi ; d’autres trahiront ou essaieront de créer des divisions au sein de notre mouvement. Le roi-démon du sixième ciel cherche toujours à détruire le mouvement de kosen rufu par des moyens imprévisibles. Mais quels que soient les défis que vous aurez à relever à l’avenir, croyez dans le Gohonzon et consacrez votre vie à kosen rufu au sein de la Soka Gakkai, le mouvement qui agit en accord avec le vœu du Bouddha. En luttant et en remportant la victoire dans les contextes les plus hostiles, vous établirez un bonheur indestructible. Vous contribuerez ainsi à un remarquable essor de kosen rufu dans vos pays respectifs. La foi, c’est le courage. Avancez avec audace, en ayant le cœur d’un roi-lion. J’aimerais que vous partagiez le bouddhisme du Soleil avec une foi aussi lumineuse que le soleil, et que vous ouvriez la voie du kosen rufu mondial. » Shin’ichi lançait là un appel sincère, imprégné par ses prières. (Vol. 30, part. 1, chap. 1 « Grande Montagne », p. 13-14)

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