Enseignements éternels de D. Ikeda
Les grandes figures du monde – Marie Curie ou la science illuminée par l’humanisme (2/2)
Après avoir découvert le polonium, Marie met au jour un nouvel élément que Pierre et elle nomment le « radium », du latin radius signifiant « rayon ». Elle obtient ce résultat tout en s’occupant de sa famille, en qualité de jeune épouse et mère. Un rude et interminable défi l’attend. Pour trouver une preuve irréfutable de l’existence du radium, elle se met au travail afin d’en isoler un échantillon. La théorie à elle seule ne suffit pas. Seule une preuve concrète, irréfutable et visible permettra de convaincre tout le monde, et c’est ce que cherche résolument Marie. Certains se satisfont peut-être de la théorie, mais d’autres, non. Pour ces derniers, il faut apporter une preuve précise afin de ne laisser aucune place au doute. Seuls des résultats tangibles peuvent totalement accréditer une hypothèse. Pierre et Marie Curie ont travaillé avec ardeur. Leurs deux écritures figurent sur leur carnet de notes de l’époque, ce qui indique que leur recherche était bien un effort commun entre mari et femme travaillant dans l’unité. Un grand laboratoire entièrement équipé était nécessaire pour isoler le radium pur et les Curie s’efforcèrent alors d’obtenir de la Sorbonne qu’elle leur attribue l’un de ses grands bâtiments, mais en vain. Ils ne purent avoir qu’une cabane abandonnée, qui avait servi de salle de dissection. Elle n’était pas équipée et ne contenait que des tables abîmées, un poêle en fonte fonctionnant à peine et un tableau noir. De plus, le toit fuyait en cas de pluie. Il y faisait terriblement froid l’hiver et l’été la chaleur était étouffante. Il n’y avait pas de conduit pour évacuer les gaz toxiques émis lors de leurs expériences. On disait que cet abri ressemblait « à une étable ou à un grenier ». Pierre et Marie Curie eurent aussi des difficultés à s’approvisionner en pechblende, un minerai qui contenait du radium. Après diverses démarches, ils finirent par persuader le gouvernement autrichien de leur faire don de plusieurs tonnes de résidus de l’industrie minière qui contenaient de la pechblende. Leurs grandes découvertes qui ont bouleversé l’histoire de la science furent, en fait, le fruit de longs efforts quotidiens, pratiques et douloureux, répétés inlassablement. Les résidus furent disposés dans une grande cuve et on les fit bouillir. Par ce processus maintes fois répété, ils purent les diviser, puis les purifier chimiquement afin d’isoler l’élément recherché mais ils durent pour cela déplacer de lourds récipients chargés de minerais et brasser le contenu de la cuve à l’aide d’une grosse barre d’acier. C’était un dur labeur, particulièrement douloureux pour le dos, et, à la fin de la journée, les Curie étaient au bord de l’évanouissement. Marie écrivit : « La vie d’un grand scientifique dans son laboratoire n’est pas, contrairement à ce que l’on imagine souvent, un agréable passe-temps. C’est plus souvent un rude combat contre des objets, contre l’environnement et surtout contre soi-même. » Voilà le cri du cœur d’une personne qui ne cessa jamais de lutter. Elle nota encore : « Entre les jours de productivité féconde s’insèrent des jours d’incertitude où rien ne semble réussir, et où la matière même semble hostile ; et c’est alors qu’il faut tenir bon contre le découragement. » Ses paroles valent non seulement pour la recherche scientifique, mais pour tous les domaines de la vie. Il y eut des moments où les Curie se sentirent découragés parce que rien ne semblait fonctionner. Ils ne parvenaient tout simplement pas à isoler le radium pur. En fait, ils s’étaient lancés dans un travail de chimistes alors que leur véritable spécialité était la physique. Malgré son profond engagement, Pierre se retrouva au bord de l’épuisement à force de lutter sans obtenir de résultat et il songea à abandonner. Il y avait tant d’obstacles à surmonter. Ne valait-il pas mieux attendre de pouvoir travailler dans de meilleures conditions avant de faire une autre tentative ? Par souci de préserver la santé de sa femme, éreintée par le travail, Pierre suggéra de marquer une pause. Mais Marie refusa d’abandonner. Ce mot n’avait aucun sens pour elle. Elle était convaincue de l’existence du radium et était déterminée à surmonter toutes les difficultés pour l’isoler. Face à un défi, une femme dotée d’une forte volonté est invulnérable. Marie croyait aussi qu’avec un peu de créativité leur travail pourrait être couronné de succès, aussi dur que soit le contexte. Celles d’entre vous qui étudient à la faculté de jeunes femmes Soka se trouvent ainsi confrontées à de grands défis dans leur jeunesse. Il y a aussi parmi vous des diplômées qui travaillent peut-être dans des situations en décalage avec leurs idéaux ou avec le niveau qu’elles avaient espéré. Il se peut également que vous soyez confrontées aux dures contingences de la réalité. L’important est de rester invaincues. Vous pourrez alors ouvrir une nouvelle voie et ce sera sans aucun doute une source de développement. Tout dépend de vous. J’espère que vous deviendrez fortes et joyeuses et que vous pourrez, plus tard, dire aux étudiantes de votre université : « Cela a été dur, mais j’ai triomphé ! » Après bien des efforts, Pierre et Marie Curie sont finalement parvenus à extraire le radium pur. Ils ont consacré quatre années de leur vie à cette difficile entreprise dans leur laboratoire de fortune. En 1902, ils réussirent à isoler des sels de radium. C’est la première fois qu’une telle prouesse était accomplie. Ils purent cependant tirer à peine un gramme de radium des tonnes de pechblende qu’on leur avait remises. Plus tard, Marie Curie décrivit ces moments-là comme « les meilleures et les plus heureuses années de notre vie » et « la période vraiment héroïque de notre vie commune ». Des conditions favorables ne signifient pas nécessairement qu’on accomplira quelque chose de remarquable. Dans le même ordre d’idées, des activités bien visibles et ostentatoires ne sont pas nécessairement très significatives. Dans la plupart des cas, une entreprise ou un travail qui fait véritablement sens et marque l’Histoire est le résultat d’une accumulation d’efforts acharnés et discrets. Le travail est un défi. Si vous vous engagez avec détermination, vous pouvez vous polir et vous renforcer par votre travail. Quand j’étais employé dans sa société, mon maître Josei Toda nous a dit un jour : « Quand les gens quittent leur foyer pour se rendre au travail, ils disent : “Je vais au travail”, mais, en réalité, ils devraient dire : “Je vais au combat”, parce que le travail est un défi. » M. Toda nous enseigna ainsi l’état d’esprit essentiel qu’il convient d’entretenir pour donner le meilleur de soi-même face aux dures réalités de la société. Le monde réel est une succession de luttes amères au cours desquelles les choses ne tournent pas toujours à notre avantage. Il est des moments où notre vie peut prendre un tour inattendu. Mais que cela ne vous fasse jamais perdre de vue votre véritable moi. Dans sa jeunesse, Marie Curie écrivit, dans une lettre à son frère Joseph : « Il semble que la vie ne soit pas aisée pour chacun. Et alors ? Nous devons persévérer et par-dessus tout avoir confiance en nous-mêmes. Nous devons avoir la conviction que nous avons du talent dans un domaine particulier et que nous devons à tout prix le manifester. Peut-être que tout ira bien au moment où nous nous y attendons le moins. » J’aimerais offrir ces mots à nos admirables étudiantes de l’université Soka et particulièrement à celles qui vont bientôt passer leur diplôme et prendre toute leur place dans la société. En 1903, Pierre et Marie Curie ont reçu le prix Nobel de physique avec Henri Becquerel (1852-1908), pionnier en matière de recherche sur les radiations. Quand il apparut que le radium était efficace dans le traitement du cancer, cela attira l’attention du monde entier. De nombreux pays cherchèrent à acquérir du radium, mais les Curie étaient les seuls à en connaître la technique d’extraction. En faisant breveter leur méthode, ils auraient pu devenir extrêmement riches, assurer la sécurité financière de leurs enfants, et, plus encore, se faire construire un bon laboratoire pour se consacrer à leurs recherches. Pierre souleva la question mais Marie répliqua : « C’est impossible. Ce serait contraire à l’esprit scientifique . … le radium va être utilisé dans le traitement des maladies . […] il me semble inconcevable d’en tirer profit. » Pierre se rangea à son opinion. Par la suite, en réponse à quelqu’un qui lui fit remarquer qu’elle aurait pu devenir très riche en déposant un brevet, Marie déclara : « Le radium n’est pas fait pour enrichir qui que ce soit. Il appartient à tous. » Les Curie cédèrent gratuitement leur procédé. Au prix de leur santé, ils entreprirent même de le perfectionner dans un laborieux combat au service du monde, des êtres humains et de l’avenir. Ils vécurent en accord avec ce que le bouddhisme appelle la voie du bodhisattva. Codécouvreur du radium et prix Nobel, Pierre Curie vit sa réussite finalement reconnue lorsque la Sorbonne lui attribua une chaire de professeur, en 1904. Marie fut nommée assistante en chef de son laboratoire. L’année suivante, Pierre fut élu membre de l’Académie des sciences dans la section de physique générale. L’année où Pierre Curie devint professeur à la Sorbonne naquit leur deuxième fille. Le couple était alors au sommet du bonheur et de la réussite professionnelle. En avril 1906, Pierre et Marie purent s’autoriser une rare sortie à la campagne avec leurs deux enfants. Ils se promenèrent à bicyclette, jouèrent dans les champs, découvrirent de magnifiques forêts et purent ainsi profiter d’un agréable moment de détente en famille. Heureux, Pierre regardait jouer ses deux adorables filles et son épouse bien-aimée. Durant ces jours de printemps idyllique, les conjoints ne purent s’empêcher de penser qu’ils approchaient d’une période de leur vie où tous les efforts passés promettaient de porter leurs fruits. Quelques jours plus tard, le 19 avril, une tragédie brutale frappa la famille Curie. Pierre fut renversé par une voiture à chevaux dans une rue de Paris. Il mourut sur le coup. Un mois plus tard, il aurait fêté son quarante-septième anniversaire. Apprenant la nouvelle, Marie ne put y croire : « Pierre est mort ? Comment ça, mort ? C’est impossible ! » Durant un moment, elle fut même incapable de ressentir de la tristesse. Sous le choc, ne pouvant éprouver la moindre émotion, elle était comme un automate. Mais elle n’eut pas d’autre choix que de continuer à vivre. Elle avait trente-huit ans, Irène huit et la petite Ève, pas encore dix-huit mois. Au fond de son désespoir, elle se souvint d’une conversation. Un jour, alors que Pierre et elle étaient dans la phase physiquement et mentalement la plus exigeante de leurs expériences, il lui avait dit : « Qu’elle est dure cette vie que nous avons choisie. » Spontanément, Marie avait alors exprimé sa crainte qu’une épreuve bien plus terrible encore ne les attende. « Si l’un d’entre nous disparaissait, … l’autre ne devrait pas survivre… Nous ne pouvons pas exister l’un sans l’autre, n’est-ce pa s ? » Il avait répondu solennellement : « Tu as tort de dire cela. Quoi qu’il arrive, même si l’un d’entre nous doit poursuivre la route comme un corps sans âme, il faudra travailler de la même manière. » Quoi qu’il arrive, si l’un d’eux venait à perdre la vie, le survivant devait poursuivre leur mission commune. C’est le serment qu’ils s’étaient fait et c’est ce qui soutint Marie dans son chagrin. Sa vie fut ébranlée par d’innombrables coups du sort, mais, malgré la force des assauts, Marie resta toujours fidèle à son serment. Le contraire eût été de renoncer à elle-même et trahir son mari et compagnon de travail bien-aimé. Victor Hugo (1802-1885) a écrit : « Ce n’est rien de mourir ; c’est affreux de ne pas vivre . » La détermination de Marie fut purifiée, renforcée, ennoblie par les cruelles souffrances auxquelles elle avait été confrontée. Accomplir son serment devint toute sa vie. Son existence même devint sa mission. Le caractère trempé et forgé par la souffrance, elle développa une personnalité comparable à de l’or pur, doté d’un éclat éternel. Elle ne faisait qu’un avec Pierre, son maître et compagnon. Une vie menée pour le bien des autres, même si elle comporte d’innombrables épreuves et défis, est comparable au soleil qui se consume lui-même pour tout illuminer. Elle est en harmonie avec le fonctionnement bienveillant de l’ensemble de l’univers. Finalement, la Sorbonne décida d’attribuer à Marie la chaire de Pierre. C’était un événement très important, puisque c’était la première fois dans l’histoire de cette prestigieuse université qu’une femme était promue enseignante. Le 5 novembre 1906, Marie Curie monta sur l’estrade. Une foule de journalistes, de photographes et de personnalités emplissait l’amphithéâtre pour assister au premier cours délivré en ce lieu par une femme. L’auditoire se demandait avec curiosité ce que cette femme allait dire, surtout sachant qu’il s’agissait de la célèbre Marie Curie. Tous attendaient en retenant leur souffle. Marie se présenta devant eux, le regard fixe. Sans préambule, elle déclara calmement : « Quand on considère les progrès accomplis dans la physique depuis une dizaine d’années, on est surpris du changement qui s’est produit dans nos idées concernant l’électricité et la matière. » C’est par ces mêmes mots que Pierre avait conclu son dernier cours. Marie débutait le sien à l’endroit où son époux s’était arrêté. Elle proclamait en quelque sorte sa renaissance, sa détermination à vivre avec courage, en reprenant l’esprit et l’héritage de son bien-aimé mari et compagnon dont rien ne pourrait la séparer dans la poursuite de la connaissance.[…] Une femme qui continue de vivre avec courage, sans se laisser vaincre par le chagrin d’avoir perdu son compagnon, peut devenir une championne suprême dans la vie. Experte en art du bonheur, cette femme peut être un modèle et une source d’inspiration pour de nombreuses autres. La grandeur de Marie Curie a été de persévérer dans l’accomplissement de sa mission, sans se laisser vaincre par la tragédie et la souffrance personnelle. Elle résolut d’aller de l’avant, assumant seule la lourde responsabilité que son mari avait jusqu’alors partagée avec elle. Tout en entretenant et élevant sa famille avec son seul revenu, elle continua à réaliser de nouveaux progrès dans le domaine de recherche dont elle et son mari avaient été les pionniers. Elle consacra aussi du temps à former de jeunes scientifiques. Huit ans après la mort de Pierre, alors que la Première Guerre mondiale menaçait, elle écrivit à sa fille Irène : « Nous avons besoin d’un grand courage, et j’espère que nous n’en manquerons pas. Nous devons garder nos certitudes qu’après les mauvais jours reviendront des temps meilleurs. C’est avec cet espoir que je vous serre contre mon cœur, mes filles bien-aimées. » Telle est l’une des conclusions que Marie tira de sa vie riche d’événements de toutes sortes. La vie est une lutte. C’est pourquoi nous avons besoin de courage. Le courage est un sabre précieux capable de trancher l’adversité. C’est un diamant capable de briser nos limites. C’est une lumière durable capable de dissiper l’obscurité du désespoir.[…] Quand Marie Curie fut pressentie pour l’élection à l’Académie des sciences, en 1910, ceux que l’égalité des femmes dérangeait tentèrent de s’opposer à sa nomination. Pourtant, au regard de ses aptitudes scientifiques, rien ne pouvait justifier qu’elle ne devienne pas membre de cette Académie. Ceux qui se dressèrent contre son élection agirent ainsi uniquement parce que c’était une femme et qui plus est une étrangère. D’éminents scientifiques tels que le mathématicien Henri Poincaré (1854-1912) appuyèrent sa candidature, mais d’autres s’y opposèrent catégoriquement. Une campagne de calomnies fut lancée, et la presse de droite injuria et dénigra Marie Curie et ses partisans. D’après sa fille aînée Irène Joliot-Curie, Marie insistait régulièrement sur la « nécessité de lutter pour le progrès social, “combat éternel” s’il en est, que les esprits progressistes doivent mener contre les “réactionnaires” ». « Dans ce combat (pour le progrès social), les femmes ont un rôle particulier parce qu’elles sont des éducatrice s », déclara Irène. En tant qu’éducatrices, les femmes ont la grande mission de guider la société vers la paix. Tsunesaburo Makiguchi déclarait aussi que les mères sont, par essence, des éducatrices et représentent la force fondamentale qui permettra de construire une société future idéale. […] En novembre 1911, Marie Curie reçut une lettre de Suède. Elle était la récipiendaire d’un second prix Nobel, en Chimie cette fois, et la distinction lui était attribuée à elle uniquement. « Les intrigues et les difficultés auxquelles elle fut confrontée en tant qu’universitaire en France furent plus que compensées par les hommages qu’elle reçut d’institutions étrangères », écrivit l’un de ses biographes. L’octroi de cette distinction prestigieuse intervint, toutefois, au plus fort des attaques malveillantes de certaines factions des médias. Un de ses collègues scientifiques envoya même une lettre à Marie l’invitant à refuser le prix Nobel. Mais elle répondit : « Je dois […] agir en accord avec mes convictions », et elle assista à la cérémonie de remise du prix Nobel et fit, comme il était d’usage, une allocution. Cela impressionna nombre de gens et les convainquit que Marie avait toujours eu raison. Il est crucial de ne pas se laisser intimider par l’injustice. Nous devrions agir résolument contre la malveillance, avec une force inébranlable. Par la suite, Marie Curie tomba malade à cause de l’épuisement et des pressions endurées. Une presse irresponsable et diffamatoire peut causer une souffrance et un mal immenses. Sa force destructrice peut même briser les vies humaines. Seuls ceux qui en ont été la cible peuvent comprendre le degré de cruauté et de traîtrise dont les médias peuvent être porteurs. Rien ne peut infliger de blessures plus perfides. C’est pour cela qu’il est si crucial de combattre le mal avec force. Bien sûr, la liberté d’expression est essentielle ; toutefois, il ne faut pas laisser passer les mensonges et les diffamations. Ne pas mettre un terme aux calomnies conduit à une perversion du discours public. Ce poison se répand alors partout dans la société, détruit les fondements mêmes de la démocratie et constitue une violation des droits humains. Quand le mouvement fasciste commença à se former en Europe, Marie Curie sonna l’alerte : « C’est précisément parce que les courants d’opinion dangereux et nocifs existent qu’il est nécessaire de les combattre. » Même après 60 ans, Marie Curie commençait à travailler tôt le matin dans son laboratoire et jusque tard le soir… À l’âge de 62 ans, elle écrivit à un ami : « Je pense surtout à ce qui doit être fait, et non à ce qui l’a été ». Jusqu’à la fin de sa vie, elle vécut toujours tournée vers l’avenir. À l’aube de sa mort, elle s’était mise à travailler sur un nouveau livre. Elle demeurait active et avait plusieurs projets en préparation… Sa mort survint un matin, alors que le soleil se levait ; elle était radieuse et sublime. Citons encore sa fille Ève : « À l’aurore, le soleil avait rosi les montagnes et commençait sa course dans un ciel d’une admirable pureté, puis la pleine lumière d’une glorieuse matinée inonda la chambre, le lit, atteignit les joues amaigries et les yeux de cendre, vitrifiés par la mort, son cœur avait finalement cessé de battre. […] Vêtue de blanc, ses cheveux blancs découvrant un front immense, un visage apaisé, grave et vaillante comme un chevalier, elle était en cet instant, ce qu’il y avait de plus beau et de plus noble sur la Terre. » Ses filles bien-aimées à son chevet, Marie Curie parvint au terme de sa noble vie le 4 juillet 1934, à l’âge de 66 ans. « Je pense, avait-elle dit, qu’on peut avoir une vie intéressante et utile à tout âge. Ce qu’il faut, c’est ne pas la gâcher et pouvoir dire : “J’ai fait ce que j’ai pu.” » Chacun, quelle que soit l’époque à laquelle il vit, possède une mission qu’il est seul à pouvoir remplir. Il n’est pas nécessaire de devenir quelqu’un d’extraordinaire, d’être célèbre et de vivre sous les projecteurs. Une vie simple convient tout à fait. Il suffit de briller en restant fidèle à soi-même. L’important est de pouvoir dire que l’on a fait tout ce que l’on a pu. Quand les choses vont bien, il nous est souvent difficile de faire jaillir notre véritable pouvoir et potentiel. Mais attaquer de front l’adversité permet de puiser dans les réserves cachées de notre force profonde. C’est en relevant vaillamment le défi que représentent nos épreuves que nous pouvons réaliser nos plus grands rêves et nos idéaux les plus élevés.