Nichiren – Un grand vœu de compassion pour le bonheur de l’humanité. Partie 9
La persécution de Tatsunokuchi - Ière partie L’Empire mongol envoya de nouveau des émissaires au Japon depuis le royaume de Goryeo, situé sur la péninsule coréenne, alors sous contrôle mongol. Ils arrivèrent au Japon avec une lettre officielle le neuvième mois de l’année 1269. Au cours du premier mois de l’année 1270, la cour impériale prépara une réponse et l’envoya au shogunat de Kamakura. Mais le shogunat la rejeta et ne la transmit pas, refusant de négocier avec les Mongols. Alors que la société était minée par la crainte d’une invasion mongole et par la montée des troubles et de l’insécurité, les dirigeants du shogunat et les moines des principaux temples bouddhiques continuèrent d’ignorer les mises en garde de Nichiren. Le onzième mois de l’année 1269, Nichiren envoya de nouveau plusieurs lettres et reçut cette fois quelques réponses. Il est donc probable que des personnes influentes du gouvernement de Kamakura les aient également lues (cf. The Annual Lecture on the Doctrines of the Great Teacher T’ien-t’ai [Cours annuel sur les doctrines du Grand Maître Tiantai], WND-II, p. 335). Au cours du douzième mois de cette année-là, Nichiren recopia de sa propre main son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays et l’envoya à une personne nommée Yagi Taneie 1, dans la province de Shimosa 2. Il semble que de plus en plus de personnes s’intéressaient à ce traité. Entre-temps, les principaux moines des écoles critiquées par Nichiren se sentaient toujours plus menacés et adressèrent à plusieurs reprises de fausses accusations contre lui aux représentants du gouvernement, dans l’espoir de l’abattre. Nichiren décrivit plus tard ces événements dans sa lettre, Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus, rédigée en 1276 : « […] Les lettres avertissaient de désastres à venir qui affecteraient non seulement la destinée de la régence, mais aussi celle de tous les autres dignitaires. Ne pas tenir compte de mes avertissements, c’était une chose, mais calomnier mes messagers, c’était aller trop loin. Cela est dû au fait que tous les gens du Japon, de haute ou de basse condition, manifestent depuis longtemps de l’hostilité envers le Sûtra du Lotus. Ils ont ainsi accumulé de grandes fautes et sont tombés sous l’emprise des puissantes divinités-démons. La lettre officielle des Mongols leur a ôté tout ce qui pouvait encore leur rester de bon sens. » (Écrits, 769) Le défi des prières pour la pluie Au cours du sixième mois de l’année 1271, lorsqu’une grave sécheresse frappa Kamakura, le shogunat chargea Ryokan, du temple Gokuraku-ji, d’effectuer des prières pour faire tomber la pluie entre le 18e jour du mois et le 4e jour du mois suivant 3. Lorsque Nichiren eut vent de cette requête, il lança un défi à Ryokan : « Si le vénérable Ryokan fait tomber la pluie dans les sept jours, moi, Nichiren, je cesserai d’enseigner que le Nembutsu mène à l’Enfer aux souffrances incessantes et, devenant son disciple, j’observerai les deux cent cinquante préceptes. […] Mais, s’il ne pleut pas, vous devrez avoir foi dans le seul Sûtra du Lotus. » (Écrits, 815) Confiant dans l’efficacité de ses prières pour la pluie, Ryokan accepta, et, comme le décrit Nichiren, lui « et plus de cent vingt de ses disciples offrirent des prières [avec tant d’énergie] que de la vapeur s’éleva de leurs visages en sueur et que leurs voix résonnèrent jusqu’aux cieux. » (Ibid.) Ne voyant aucun signe de pluie, Ryokan « convoqua par centaines ses disciples du Taho-ji » (ibid.). Ils prièrent frénétiquement, mais pas une seule goutte ne tomba. Pendant ce temps, pour faire valoir son point de vue, Nichiren envoya par trois fois un émissaire auprès de Ryokan avec ce message : « Voyons plutôt : si l’on ne peut traverser un fossé de trois pas de large, pourra-t-on en traverser un de six ou neuf pas ? Si l’on ne peut provoquer la pluie, ce qui est facile, peut-on envisager de renaître dans la Terre pure et d’atteindre la bouddhéité, ce qui est difficile ? » (Écrits, 816) Le septième jour, Ryokan en pleura de rage. Sept jours passèrent de nouveau, au cours desquels il continua d’offrir des prières. Non seulement il ne plut pas, mais la sécheresse s’aggrava. Des vents violents soufflaient sans discontinuer, et la souffrance du peuple empira. Mais, plutôt que d’accepter les affirmations de Nichiren et de tenir sa promesse, Ryokan sombra dans la colère et la haine. (Ibid. ; Letter to Shimoyama [Lettre à Shimoyama], WND-II, 692-693) Pétition adressée au gouvernement Peu de temps après, le huitième jour du septième mois, un moine du nom de Gyobin écrivit à Nichiren, remettant en question ses déclarations et demandant une rencontre en face-à-face pour établir clairement la vérité. Dans sa réponse, Nichiren exprima son souhait d’organiser un débat, mais suggéra qu’il ait lieu dans un cadre public, profitant de cette demande de Gyobin pour soumettre ses questions aux autorités. (cf. Reply to Gyobin [Réponse à Gyobin], WND-II, 384) Nichiren y vit certainement une excellente occasion d’obtenir le débat public qu’il réclamait depuis longtemps. Après avoir reçu la réponse de Nichiren, Gyobin déposa une pétition auprès du shogunat de Kamakura pour le dénoncer. Selon Nikko Shonin 4, Gyobin était également connu sous le nom de Joren, disciple du moine de la Terre pure Nen’a Ryochu (Nen’amidabutsu). Les actes de Gyobin semblaient avoir été provoqués par Nen’a, Dokyo (Doamidabutsu), le moine Ryokan et ses disciples. Nichiren savait que ces individus étaient derrière la pétition déposée contre lui. Cette pétition qualifiait d’injustes les critiques de Nichiren à l’égard de diverses écoles bouddhistes. Elle accusait Nichiren et ses disciples d’avoir « brûlé ou jeté dans un cours d’eau des représentations du bouddha Amida, du bodhisattva Sensible-aux-Sons-du-Monde, etc. » (Response to the Petition from Gyobin [Réponse à la pétition de Gyobin], WNDII, 387). Ces affirmations avaient été inventées de toutes pièces dans le seul but de nuire à Nichiren. Nichiren prépara une réfutation écrite, suggérant que Ryokan était responsable de ces délits : « Vous devez présenter des témoins crédibles, concernant cette affaire. Mais, si aucune preuve n’est apportée, c’est peut-être que l’honorable Ryokan et ses disciples – qui cherchent à rejeter la faute sur moi – ont eux-mêmes retiré ces objets de vénération pour les brûler ou les jeter dans un cours d’eau. Les détails de cette affaire apparaîtront sans aucun doute au grand jour lorsqu’on l’examinera. » (Ibid.) Interrogatoire par le shogunat de Kamakura Ryokan et ses disciples intentèrent d’autres poursuites judiciaires et, lorsque toutes échouèrent, ils firent pression sur les épouses de hauts fonctionnaires du gouvernement pour que Nichiren soit sanctionné. Ces femmes avaient également des relations parmi des moines des enseignements ésotériques, en plus de Ryokan et d’autres. Nichiren décrit ce que les femmes dirent à ces hauts fonctionnaires : « D’après certains moines, Nichiren aurait déclaré que les défunts moines séculiers du Saimyo-ji et du Gokuraku-ji étaient tombés dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Il a dit que le Kencho-ji, le Jufuku-ji, le Gokuraku-ji, le Choraku-ji et le Daibutsu-ji devraient être brûlés et les vénérables moines Doryu et Ryokan décapités. » (Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus, Écrits, 771) Le shogunat convoqua alors Nichiren le dixième jour du neuvième mois de 1271 afin de lui faire confirmer ses déclarations. Au cours de l’audience, Nichiren répondit ceci à Hei no Saemonno-jo Yoritsuna et à d’autres membres du bureau des Affaires politiques et militaires 5 : « J’ai bien en effet prononcé tous ces mots, excepté l’affirmation que les moines séculiers du Saimyo-ji et du Gokuraku-ji étaient tombés en enfer. C’est là une invention. Du temps de leur vivant, j’enseignais déjà cette doctrine [à savoir que les écoles auxquelles ils appartiennent mènent à l’enfer]. « Je me suis exprimé en ces termes uniquement parce que je me préoccupe de l’avenir du pays. Si vous souhaitez maintenir ce pays en paix et en sécurité, vous devez impérativement convoquer les moines des autres écoles et organiser un débat en votre présence. » (Ibid.) En disant que Doryu et Ryokan « devraient être décapités », Nichiren ne préconisait pas d’ôter la vie. Il s’agissait d’une déclaration rhétorique, en réponse au débat de longue date du shogunat sur l’opportunité de le décapiter, lui et ses partisans, ou de les bannir de Kamakura (cf. Écrits, 769). Cette réfutation cinglante impliquait que, si les dirigeants devaient décapiter qui que ce soit, cela devrait d’abord être ceux qui calomniaient et tentaient de tuer les pratiquants du Sûtra du Lotus. En ce sens, il s’agissait d’un appel empathique pour éveiller ceux qui avaient été induits en erreur par des mauvais moines 6. Même pendant son interrogatoire, Nichiren renouvela ses mises en garde : s’ils ne prenaient pas en compte ses avertissements, ne rejetaient pas les offenses à la Loi et ne pratiquaient pas l’enseignement bouddhique correct, les dirigeants seraient immanquablement confrontés aux désastres des luttes intestines et de l’invasion par des pays étrangers. En réponse, Yoritsuna éclata de colère, offrant un spectacle indigne de son rang. Deux jours plus tard, le douzième jour du neuvième mois, Nichiren envoya à Yoritsuna, haut responsable gouvernemental chargé du maintien de la paix sociale, une lettre intitulée Avanthier déclarant : « À l’heure actuelle, vous êtes, Monsieur, le véritable pilier et la charpente de ce pays. Comment, dès lors, ne pas utiliser les vrais talents lorsqu’ils se trouvent au cœur de la nation ? » (WND-II, 392) Plus tard, dans la même journée, se produisit un événement qui allait marquer un tournant dans la vie et dans les enseignements de Nichiren. Arrestation Ce soir-là, un important groupe de soldats en armes conduits par Yoritsuna pénétra de force dans la résidence de Nichiren. Celui-ci décrivit plus tard cette arrestation si brutale d’un moine comme « irrégulière et illégale 7». Bien que conscient du danger qui pesait sur sa vie, Nichiren fit face avec calme à ses agresseurs, en pensant : « Quelle bonne fortune que de donner ma vie pour le Sûtra du Lotus ! » (Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus, Écrits, 771-772) Le principal serviteur de Yoritsuna, Sho-bo, se rua alors sur Nichiren et s’empara du rouleau du cinquième volume du Sûtra du Lotus qu’il portait à l’intérieur de sa robe pour le frapper au visage. Ce volume contenait le treizième chapitre, « Exhortation à la persévérance », qui décrit comment les trois puissants ennemis persécutent les pratiquants du Sûtra du Lotus, notamment en les attaquant avec des bâtons. Les soldats jetèrent sur le sol et piétinèrent ensuite d’autres rouleaux de sûtras qu’ils trouvèrent dans la résidence de Nichiren. Observant leur comportement enragé, celui-ci se tourna vers Yoritsuna et dit d’une voix forte : « C’est vraiment intéressant ! Regardez donc, Hei no Saemon devient fou ! Messieurs, vous venez de renverser le pilier du Japon. » (Écrits, 772) L’attitude digne et imposante de Nichiren surprit et troubla les soldats. Puis, ils l’arrêtèrent et l’exhibèrent dans les rues de Kamakura comme s’il s’agissait d’un criminel (cf. Rulers of the Land of the Gods [Les souverains de la terre des dieux], WND-II, 624). Vers 18 heures ce soir-là, le tribunal judiciaire (la branche du gouvernement responsable des procès) envoya Nichiren en détention à la résidence de Hojo Nobutoki, le gouverneur de la province de Musashi (cf. Lettre d’Echi, Écrits, 195). Nobutoki était également gouverneur militaire de Sado (une fonction qui, dans chaque province, consistait à avoir la responsabilité des affaires militaires et de l’administration). Il semblait donc que Nichiren allait être condamné à l’exil sur l’île de Sado. Nichiren raconta par la suite qu’il avait averti Yoritsuna, l’organisateur de la persécution, qu’en l’arrêtant il renversait le pilier du Japon et que des luttes intestines et une invasion étrangère ne manqueraient pas de se produire. (cf. Choisir en fonction du moment, Écrits, 584) (À suivre) Orientation donnée par Ikeda Sensei Nichiren exprima de nouveau sa joie de pouvoir donner sa vie pour la Loi en déclarant : « Au cours des derniers mois, je m’attendais à ce que tôt ou tard se produise un événement de ce genre. Quelle bonne fortune que de donner ma vie pour le Sûtra du Lotus ! Si je devais perdre cette tête qui n’a pas la moindre valeur [pour atteindre la bouddhéité], ce serait comme échanger du sable contre de l’or ou des cailloux contre des joyaux. » (Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus, Écrits, 771-772) Telle est l’attitude calme et inébranlable d’un immense roi-lion de la foi. Les présidents Makiguchi et Toda agirent également en parfait accord avec cet esprit de Nichiren. Parce qu’ils persévérèrent dans l’organisation de réunions de discussion – des forums de dialogue ouverts – et dans la transmission du bouddhisme de Nichiren avec une détermination sans faille, ils furent tous deux arrêtés et emprisonnés par les autorités militaristes japonaises. M. Makiguchi mourut en prison. Bien que M. Toda ait été finalement libéré, sa santé fut dangereusement affaiblie par cette expérience. Les nobles luttes de ce maître et de ce disciple sont la source du trésor éternel qu’est l’esprit de la Soka Gakkai ; elles sont une grande source d’espoir et d’inspiration qui continuera d’éclairer l’avenir 8.