Étude bouddhique
Passages clés des Enseignements oraux [4] Le chapitre « Moyens opportuns » [partie 2 sur 2]
Développer la conviction que « j’incarne la Loi merveilleuse » Février est le mois de naissance de Josei Toda. Les paroles sévères et cependant affectueuses de mon maître résonnent dans mon cœur. Un jour, il souligna avec passion qu’il était important durant notre jeunesse de faire confiance à notre cœur et de croire en nous-mêmes. Il affirma que plus notre foi est forte, plus nous sommes invulnérables quelle que soit la situation – nous exhortant ainsi à nous forger une grande conviction intérieure sur la base du Gohonzon 1 . Nous croyons dans notre nature de bouddha. Nous croyons dans notre vie qui fait un avec la Loi merveilleuse. Tant que nous aurons la foi sur la base du Gohonzon , nous remporterons une victoire éclatante sur toutes les difficultés auxquelles nous pourrions être confrontés. M. Toda nous exhorta à fonder notre conviction sur le Gohonzon et à nous unir selon le principe « différents par le corps, un en esprit » afin de créer une nouvelle ère. Après être entrés, pleins d’énergie, dans cette année 2023 appelée « Année de la jeunesse et du triomphe » au sein de la Soka Gakkai, tournons maintenant notre regard vers le joyeux printemps de nos victoires ! Mon épouse, Kaneko, et moi veillons sur votre développement et prions pour la victoire de chacun d’entre vous, mes chers amis pratiquants. Vous vous lancez tous ensemble dans des dialogues pour que s’épanouissent les fleurs magnifiques de l’amitié ─– pareilles aux fleurs de prunier dont le parfum délicat annonce en plein hiver la venue prochaine du printemps. Nous pratiquons tous les deux, matin et soir, avec le désir sincère que chacun de vous remporte une victoire éclatante dans sa vie et dans ses actions pour kosen rufu , et pour que vous écriviez la brillante histoire de la transformation de votre karma. Comme une rivière paisible qui procure repos et fraîcheur « Une rivière paisible attire les voyageurs qui se baignent, boivent, se reposent, se rafraîchissent et se réjouissent sur ses berges. Les personnes bonnes et honnêtes sont tout à fait comparables à cette rivière. Personne n’est sceptique ni méfiant à leur égard. Tout le monde recherche leur amitié. Les personnes de bien apportent de la joie, non de la peine 2 . » J’ai transmis ces magnifiques paroles à nos pratiquants de Thaïlande, au sourire si éblouissant, lors de ma visite à Bangkok en février 1992. Les personnes sincères ont pour bienfaits d’avoir de bons amis. Les personnes authentiques et bienveillantes bénéficient d’une confiance totale de la part de leur entourage. Quand nous agissons sincèrement en souhaitant le bonheur des autres, nous avons le rayonnement de ceux qui apportent légèreté et fraîcheur à tous, comme le flot éternel du fleuve Chao Phraya, en Thaïlande. Un grand fleuve commence par une seule goutte d’eau. Les pratiquants thaïlandais de notre mouvement, qui prennent chacun des initiatives avec un véritable esprit d’autonomie, créent un grand fleuve de kosen rufu qui ne cesse de croître année après année. C’est le résultat de leurs dialogues sincères et respectueux, et de leurs efforts inlassables en tant que bons citoyens pour contribuer au bonheur des gens et à l’amélioration de la société. L’année dernière [en 2022], leur campagne de dialogues organisée par le département de la jeunesse parvint à réunir quelque 100 000 personnes. C’est vraiment inspirant ! Dans tout le Japon, j’ai contemplé des fleuves qui s’écoulaient, majestueux, au côté de mes précieux compagnons de pratique avec qui j’ai partagé, dans chaque région, ma conception de kosen rufu. Aujourd’hui, notre mouvement pour kosen rufu et pour la paix mondiale s’est développé jusqu’à devenir un fleuve puissant qui alimente les êtres humains et les sociétés du monde entier. J’aimerais maintenant étudier l’essence profonde du bouddhisme de Nichiren avec nos nobles pratiquants qui œuvrent ensemble à créer un siècle de la vie. Commençons cet épisode par un passage du chapitre « Moyens opportuns » du Sûtra du Lotus commenté dans les Enseignements oraux que j’ai partagé avec mes chers amis pratiquants de Thaïlande [durant ma visite dans ce pays en 1994]. Il s’agit du « Point trois, à propos du passage “parce que les bouddhas, les Honorés du monde, n’apparaissent dans le monde que pour une raison unique et primordiale” (ichidaiji innen ) » [SdL-II, 49] (OTT , 247). « Nous pouvons dire que notre tête correspond à myo, notre gorge à ho, notre poitrine à ren, notre ventre à ge et nos jambes à kyo. Ce corps de cinq pieds qui est le nôtre représente les cinq caractères de Myoho-renge-kyo. « Pendant une période de plus de quarante ans, l’Ainsi-Venu Shakyamuni dissimula et garda secret ce point essentiel [jpn daiji ]. Ce n’est que lorsqu’il se mit à prêcher le Sûtra du Lotus qu’il le révéla. C’est dans le but d’enseigner ce point essentiel que le Bouddha a fait son apparition dans le monde. Quand il révéla que nos corps sont eux-mêmes des incarnations des cinq caractères de Myoho-renge-kyo [comme il est dit dans le deuxième chapitre du Sûtra du Lotus], “il ouvrit la porte de la sagesse du Bouddha” révélant ainsi que nous pouvons atteindre la bouddhéité dans notre corps ou dans notre existence actuels. « “Ouvrir” est ici un autre nom pour désigner un esprit croyant. Quand nous récitons Myoho-renge-kyo avec un esprit croyant, nous sommes dans l’acte même d’ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha. » (OTT , 28-29) Myoho-renge-kyo est « la raison unique et primordiale » Dans le chapitre « Moyens opportuns », Shakyamuni identifie la raison fondamentale – la raison unique et primordiale (jpn ichidaiji innen ) – pour laquelle il est apparu en ce monde. À savoir ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha à tous les êtres humains, leur montrer cette sagesse, les éveiller au fait qu’elle est inhérente à leur propre vie, et les aider à entrer dans un mode de vie fondé sur elle. C’est ce que l’on appelle « les quatre aspects de la sagesse du Bouddha ». Dans les Enseignements oraux , Nichiren se penche sur les cinq caractères chinois qui composent l’expression « la raison unique et primordiale » (ichidaiji innen ). [Ils signifient respectivement « une », « grande », « affaire », « cause » et « condition ». D’un point de vue littéral, ce terme désigne les « causes et conditions derrière cette affaire unique et primordiale ».] Nous pouvons dire que « une » correspond à myo , « grande » à ho , « affaire » à ren , « cause » à ge et « condition » à kyo . (OTT , 28) Il établit une autre corrélation à propos des cinq caractères de myoho-renge-kyo en déclarant : « Notre tête correspond à myo, notre gorge à ho, notre poitrine à ren, notre ventre à ge et nos jambes à kyo. » (OTT , 28) Notre corps, déclare-t-il, est une entité de la Loi merveilleuse. Nichiren indique que, pour la première fois depuis son atteinte de l’illumination quarante ans auparavant, Shakyamuni révèle ce « point essentiel » (daiji ) dans le Sûtra du Lotus. Même si « la raison unique et primordiale » (ichidaiji innen ) pour laquelle Shakyamuni est apparu dans le monde est d’enseigner le Sûtra du Lotus, sa véritable ou ultime intention en agissant ainsi est de montrer que chacun de nous est une entité de la Loi merveilleuse et peut atteindre la bouddhéité sous sa forme actuelle en « ouvrant la porte de la sagesse du Bouddha ». Nichiren déclare : « Quand il révéla que nos corps sont eux-mêmes des incarnations des cinq caractères de Myoho-renge-kyo, [comme il est dit dans le deuxième chapitre du Sûtra du Lotus], “il ouvrit la porte de la sagesse du Bouddha”, révélant ainsi que nous pouvons atteindre la bouddhéité dans notre corps ou dans notre existence actuels. » (OTT , 28) Nichiren explique ainsi que, selon l’enseignement du Sûtra du Lotus, « la raison unique et primordiale » de l’apparition dans le monde de Shakyamuni n’est autre que les cinq caractères de Myoho-renge-kyo . Ce n’est pas très éloigné de nous, nous indique Nichiren, c’est même en lien direct avec nos vies qui sont Myoho-renge-kyo . Selon cette déclaration révolutionnaire, ses disciples, tous les êtres humains et lui-même sont pareillement des entités de la Loi merveilleuse. Tel est le cœur du bouddhisme de Nichiren qui révèle le moyen concret permettant à tous les êtres humains de l’époque de la Fin de la Loi d’atteindre l’illumination. En étudiant ce passage, les membres thaïlandais et moi avons pu réaffirmer que Nam-myoho-renge-kyo est la grande Loi sous-jacente de l’univers (le macrocosme) et de nos soi individuels (le microcosme). Nous avons gravé dans notre cœur cette leçon : quand nous nous consacrons à la Loi fondamentale de l’univers – en basant notre vie sur son pouvoir infini –, nous pouvons acquérir un état de vie inébranlable imprégné par les quatre nobles vertus (éternité, bonheur, véritable soi et pureté 5 ). Déclaration selon laquelle tous les êtres vivants sont d’une noblesse suprême Du point de vue de notre pratique bouddhique, Nichiren explique qu’« ouvrir », dans l’expression « ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha », est « un autre nom pour l’esprit croyant » (OTT , 28). Le point crucial pour atteindre la bouddhéité sous notre forme actuelle, dit-il, consiste à savoir si nous croyons sincèrement que notre vie incarne Myoho-renge-kyo . « Ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha » illustre le rôle du Sûtra du Lotus en tant qu’écrit de l’illumination universelle. Cela révèle le grand principe du respect de la dignité de la vie, selon lequel tous les êtres humains sont d’une noblesse suprême et peuvent faire apparaître et manifester leur potentiel intérieur illimité. « Ouvrir » signifie que la sagesse du Bouddha existe déjà en nous-mêmes. Sinon, nous ne pourrions pas y accéder. Aussitôt après, Nichiren déclare : « Quant au mot “bouddha” dans l’expression “ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha”, il se réfère au monde de bouddha qui existe intrinsèquement dans les neuf mondes 6 . » (OTT , 29) Ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha latente dans la vie des êtres humains, voilà ce que signifie être un Bouddha, un Éveillé. Comment pouvons-nous ouvrir cette porte de la sagesse du Bouddha dans notre vie ? Nichiren dit que la clé est de « réciter Myoho-renge-kyo avec un esprit croyant » (OTT , 28) – en d’autres termes, réciter Nam-myoho-renge-kyo avec la conviction que chacun de nous incarne la noblesse suprême de la Loi merveilleuse. C’est ainsi, explique-t-il, que nous pouvons atteindre la bouddhéité sous notre forme actuelle. La foi est ce qui nous permet d’atteindre la bouddhéité, l’état de vie le plus élevé, et de puiser à sa sagesse inépuisable. Comme le déclare M. Toda dans son message à la jeunesse que j’ai cité précédemment, plus notre foi est forte, plus nous pouvons faire jaillir le pouvoir indomptable et toujours victorieux qui permet de réaliser l’impossible. Le but fondamental de l’apparition de Nichiren en ce monde Le désir sincère de Shakyamuni de trouver le moyen de mener les personnes ordinaires – sur lesquelles pèsent tant de problèmes et de souffrances – vers le bonheur est finalement exprimé dans le Sûtra du Lotus que l’on peut considérer comme l’essence de ses enseignements. Puis, à l’époque de la Fin de la Loi, Nichiren formula la pratique consistant à réciter Nam-myoho-renge-kyo , le cœur du Sûtra du Lotus, ouvrant ainsi à tous les êtres humains la voie de la libération de la souffrance. C’est l’enseignement de la véritable égalité qui n’est influencée ni par les différences d’origine, de genre, ou d’ethnie. Chacun de nous peut incarner le principe selon lequel « les personnes ordinaires sont identiques au plus haut niveau de l’être [c’est-à-dire à la bouddhéité] » (OTT , 22). C’est pourquoi Nichiren déclare : « Ces cinq caractères [Myoho-renge-kyo] constituent le but fondamental de l’apparition de Nichiren en ce monde . » (OTT , 31) Dans le cadre de ses efforts pour le bonheur de toute l’humanité, Nichiren, le Bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, a surmonté des persécutions mettant sa vie en danger, comparables à celles décrites dans le Sûtra du Lotus. Il a établi la pratique de Nam-myoho-renge-kyo et inscrit le Gohonzon , établissant ainsi le moyen qui permet à chacun d’ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha. Alors que « la raison unique et primordiale » de Shakyamuni était d’enseigner le Sûtra du Lotus, le but fondamental de l’apparition de Nichiren en ce monde a été d’établir le bouddhisme du peuple et d’ouvrir la voie afin que tout le monde puisse atteindre la bouddhéité en se fondant sur la foi dans les « cinq ou sept caractères de Myoho-renge-kyo 7 ». « Les grandes réalisations découlent d’une accumulation de petites actions » Cette partie des Enseignements oraux traitant de « la raison unique et primordiale » de l’apparition du Bouddha en ce monde me rappelle bien des souvenirs. M. Toda nous donna des cours durant la période où ses affaires connaissaient les plus graves revers. Au printemps 1950, j’avais 23 ans et j’étais employé par M. Toda. Sa maison d’édition, au sein de laquelle il m’a d’abord embauché, ne put que s’effondrer en raison du contexte économique difficile. À partir du printemps de cette année-là, la société de crédit qu’il dirigeait dut aussi lutter pour se maintenir à flot. Dans ces conditions extrêmes, M. Toda, avec l’état de vie majestueux d’un grand dirigeant, donna un cours sur ce passage des Enseignements oraux. Après l’avoir écouté, j’ai écrit dans mon journal [le 18 mai 1950] : « Les grandes réalisations découlent d’une accumulation de petites actions. Je ne dois pas oublier qu’une série de petites réalisations mène à une grande victoire. La victoire ne s’obtient qu’en bâtissant patiemment, pas à pas, dans le temps présent. Un travail total et honnête, jour après jour, sans que personne ne le sache, voilà ce qui est important. Le temps seul révélera aux mondes la valeur de mes actions. » Ce fut un cours brillant, plein de compassion et de sagesse. On pouvait y sentir le désir de M. Toda d’aider chaque personne à acquérir la profonde conviction permettant de surmonter toutes les difficultés, de développer un vaste état de vie et d’ouvrir la voie d’un immense avenir. Tous les jours, dès que je trouvais un instant de libre, je récitais Daimoku et travaillais d’arrache-pied derrière la scène pour aider M. Toda, mon maître et le dirigeant de notre mouvement pour kosen rufu . En déployant autant d’efforts que possible, j’ai surmonté toutes les difficultés. Et en triomphant de chaque obstacle, j’ai acquis la conviction absolue que rien ne peut égaler le pouvoir de Daimoku . Les « cinq mille personnes arrogantes » symbolisent l’ignorance fondamentale Il y a une scène dans le chapitre « Moyens opportuns » où cinq mille personnes arrogantes se lèvent de leur siège et quittent l’assemblée. Ce groupe – composé de moines, nonnes, laïcs hommes et femmes – s’en va juste avant que Shakyamuni ne révèle la raison unique et primordiale de son apparition dans le monde. Leur arrogance les conduit à douter de l’enseignement du Bouddha et à ne pas reconnaître leurs propres erreurs. Shakyamuni ne tente pas de les empêcher de partir mais poursuit son exposé. Dans les Enseignements oraux , Nichiren déclare : « Ces cinq mille personnes arrogantes sont les cinq types de désirs terrestres 8 permanents qui font partie intégrante de notre constitution. » (OTT , 36) et « les cinq mille personnes arrogantes sont les cinq éléments dont nous sommes composés. Les cinq éléments 9 eux-mêmes sont Myoho-renge-kyo. De plus, les cinq mille personnes arrogantes représentent les désirs terrestres et l’obscurité [ou l’ignorance] fondamentale 10 dans notre vie ». (OTT , 39) Ici, l’accent est donc mis sur le fait que les cinq mille personnes arrogantes représentent les désirs terrestres et l’ignorance fondamentale dans notre vie. Quelle est la différence entre ceux qui ont quitté l’assemblée et ceux qui sont restés pour entendre Shakyamuni prêcher la Loi ? C’est la différence entre la foi et l’absence de foi. En définitive, il s’agit de savoir si l’on conserve une foi imperturbable dans la grandeur de la Loi merveilleuse et de l’état de bouddha d’une noblesse suprême, présents dans notre vie. En ce sens, la foi est la lutte contre l’obscurité ou l’ignorance fondamentale caractérisée par l’incapacité à croire pleinement que le potentiel le plus élevé, c’est-à-dire la bouddhéité, existe à la fois dans propre vie et dans celle des autres. Notre détermination à polir et à développer sans cesse notre vie, jour après jour, mois après mois, permet de faire briller la sagesse et l’état de bouddha qui résident en nous-mêmes. « Ici, le “j’” [dans le passage du Sûtra du Lotus : “À l’origine, j’ai fait un vœu / dans l’espoir de rendre toutes personnes / égales à moi-même, sans aucune distinction entre nous”] se réfère au bouddha Shakyamuni qui atteignit en fait la bouddhéité dans le très lointain passé. Ce bouddha Shakyamuni de l’enseignement essentiel n’est autre que nous, êtres vivants. « Le “moi-même” dans l’expression “égale à moi-même” [c’est-à-dire au Bouddha] représente les sept derniers des dix facteurs de la vie. Les êtres vivants dans les neuf mondes représentent les trois premiers des dix facteurs. Nous, êtres vivants, sommes le parent, et le Bouddha est l’enfant. Père et fils [ou parent et enfant] constituent une seule entité, un début et une fin qui sont en définitive égaux. Nous, êtres vivants, sommes décrits dans le chapitre “Durée de la vie” du Sûtra du Lotus comme étant le Bouddha éternellement doté des trois corps 11 . « Nichiren et ses disciples, qui récitent aujourd’hui Nam-myoho-renge-kyo, sont ceux qui sont désignés ici. »(OTT , 39-40) Les êtres vivants et le Bouddha forment une seule entité Examinons maintenant le passage du Sûtra du Lotus que Nichiren considérait comme primordial et qu’il citait à la fois dans le traité Sur l’ouverture des yeux et dans l’écrit L’objet de vénération pour observer l’esprit . C’est le passage où Shakyamuni fait référence à son vœu passé « de rendre toutes personnes / égales à moi-même / sans aucune distinction entre nous » (SdL-II, 54). Ce passage dans sa totalité dit ceci : « À l’origine, j’ai fait un vœu, dans l’espoir de rendre toutes personnes égales à moi-même, sans aucune distinction entre nous. » (SdL-II, 54) Ce souhait de mener tous les êtres humains au même état d’éveil que lui exprime la profonde compassion du Bouddha capable de tout inclure. Shakyamuni déclare alors qu’il a accompli le vœu suivant : « Ce que je souhaitais depuis si longtemps est maintenant accompli. J’ai converti tous les êtres vivants » (SdL-II, 54) Concernant ce passage, Nichiren déclare d’abord que « j’ », dans le chapitre « Moyens opportuns », se réfère au bouddha Shakyamuni qui a en fait atteint l’illumination dans le plus lointain passé, comme le révèle par la suite l’enseignement essentiel (la seconde moitié) du Sûtra du Lotus 12 . Le cœur même du vœu du Bouddha, c’est la lutte éternelle pour permettre à tous les êtres humains d’atteindre la bouddhéité. Par ailleurs, Nichiren affirme que le bouddha Shakyamuni de l’enseignement essentiel, c’est nous, les êtres vivants. C’est une déclaration d’une importance primordiale. Cela révèle en fait que, du point de vue de la Loi Merveilleuse, le Shakyamuni qui a atteint l’illumination dans le très lointain passé est aussi notre modèle pour atteindre la bouddhéité. Nichiren distingue ensuite les trois premiers des dix facteurs (apparence, nature, entité) des sept derniers (pouvoir, influence, cause inhérente, relation, effet latent, effet manifeste et cohérence du début jusqu’à la fin), en considérant que les trois premiers représentent les êtres vivants dans les neuf états et que les sept suivants représentent le Bouddha. Le début et la fin, dit-il, sont en définitive égaux, ce qui signifie que les êtres vivants et le Bouddha sont égaux. Selon cet enseignement d’une grande profondeur, les êtres vivants sont les parents et le Bouddha l’enfant et, ensemble, ils constituent une seule entité. D’après notre approche habituelle, le Bouddha est celui qui enseigne la Loi et guide les êtres vivants, alors que les êtres vivants reçoivent l’enseignement du Bouddha et sont guidés par lui. Cependant, dans les Enseignements oraux , Nichiren déclare que les êtres vivants sont l’essence (les trois premiers facteurs) et le Bouddha est une fonction de leur vie (les sept derniers facteurs), ce qui revient à dire que le Bouddha n’est là que parce qu’il existe des êtres vivants. En ce sens, les êtres vivants sont les parents et le Bouddha l’enfant – ce qui constitue une inversion totale de leur relation telle qu’elle est généralement conçue. Le bouddhisme de Nichiren est porteur d’une approche profonde qui en fait le bouddhisme du peuple. Grâce au grand vœu et aux enseignements du Bouddha, tous les êtres vivants peuvent aussi atteindre l’illumination. Quand les êtres humains s’éveillent et croient dans leur bouddhéité inhérente, ils peuvent vivre avec le même vœu bienveillant que le Bouddha : « rendre toutes personnes égales à moi-même, sans aucune distinction entre nous ». Telle est la conception essentielle du Sûtra du Lotus – ceux qui enseignent la Loi et guident les autres et ceux qui reçoivent l’enseignement en étant guidés sont de manière égale et identique des bouddhas. La révolution humaine – l’histoire du maître et des disciples en parfaite adéquation Dans les Enseignements oraux , lorsqu’il commente les quatre aspects de la sagesse du Bouddha que j’ai abordés plus tôt, Nichiren mentionne le serment de Shakyamuni « de rendre toutes personnes égales à moi-même, sans aucune distinction entre nous » et dit : « Quand le maître et les disciples s’accordent parfaitement et que les disciples ont reçu l’enseignement pour parvenir à l’éveil exprimé par la formule du Sûtra : “j’ai fait un vœu dans l’espoir de rendre toutes personnes égales à moi-même, sans aucune distinction entre nous » (SdL-II, 54), cela correspond à ce que le Sûtra appelle “inciter les êtres vivants à suivre la voie de la sagesse du Bouddha” . » (cf. SdL-II, 50) (OTT , 30). Le terme traduit ici par « s’accordent parfaitement » (jpn kanno ) est composé de deux caractères chinois, kan et o [ce dernier se transformant phonétiquement en no dans ce mot composé.] Ils désignent respectivement la réponse des êtres vivants à l’apparition du Bouddha (kan ) et la réponse du Bouddha à la capacité des êtres vivants (o ). C’est lorsque le maître et les disciples s’accordent parfaitement que le Sûtra du Lotus se transmet aux êtres vivants. « Inciter les êtres vivants à s’éveiller à la voie de la sagesse du Bouddha » indique que les êtres vivants prennent conscience que le Bouddha et eux-mêmes sont égaux et qu’on ne peut les dissocier. Le maître et les disciples s’inspirent mutuellement. Ainsi, non seulement le grand enseignement du Sûtra du Lotus est communiqué et transmis mais, en outre, le maître et les disciples, dotés du même état de vie, se dressent et luttent ensemble. Telle est la magnifique histoire du Sûtra du Lotus. Les disciples évoluent, allant d’une recherche passive du salut et des encouragements à des actions concrètes pour aider et guider les autres vers le bonheur et l’illumination. On peut dire sans exagération que cette révolution humaine dynamique est le cœur même du Sûtra du Lotus. Concrétiser le vœu d’illumination universelle du Bouddha Par une froide journée enneigée de 1950, alors que M. Toda était confronté aux pires conditions, je me suis assis avec lui devant un réchaud où se consumaient doucement quelques bouts de bois. Il composa alors ce poème qu’il m’offrit : La neige tombe. Alors que la tempête fait rage, un cœur courageux se réjouit des attentions affectueuses d’un ami 13 . À ce moment-là, j’ai pu approfondir ma conviction selon laquelle, quoi qu’il nous arrive, M. Toda et moi, en tant que maître et disciple, partagerions toujours nos peines et nos joies. Tel un fleuve puissant, notre voyage commun pour kosen rufu en tant que maître et disciples se poursuivra éternellement. Il n’y a pas de plus grande fierté ni de plus grande joie que d’agir pour aider tous les êtres humains à atteindre l’illumination. C’est le cœur même du Sûtra du Lotus et des Enseignements oraux. Poursuivre avec conviction nos dialogues pour kosen rufu Aujourd’hui et pour l’éternité, continuons à avancer ensemble en toute confiance dans nos dialogues pour kosen rufu , la noble tâche du Bouddha, avec toute la compassion et le courage que nous pouvons faire jaillir par nos Daimoku . Unis par notre foi profonde ancrée dans le principe d’inséparabilité du maître et du disciple et par le partage d’un objectif commun avec nos compagnons de pratique, affrontons courageusement les tempêtes de l’adversité et entrons dans le printemps triomphal des personnes ordinaires, pleins d’espoir et d’enthousiasme !