Mai 2025

Étude bouddhique

Thème

Citations

Jour après jour, mois après mois

Plaçons toujours notre confiance dans les pratiquants de la jeune génération, qui seront les responsables de l’avenir, considérons-les avec respect et soutenons-les sincèrement. Chacune et chacun d’eux possèdent un potentiel éclatant. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 27, chap. « Jeunes pousses », traduc­tion provisoire)   Plus nous cultivons nos liens avec les autres, plus nous accumulons de grands bienfaits et une grande bonne fortune. Aider les autres à créer un lien avec le bouddhisme de Nichiren est une action qui répand l’espoir et le bonheur. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Tenons des réunions de discussion enthousiasmantes pour annoncer le printemps – des réunions où chacun peut partager la joie, recevoir et donner des encouragements, et participer avec une joie rafraîchissante comme l’arrivée du printemps. (Série d’essais « Le chant de la victoire humaine »)   Quand, jour après jour, vous priez et passez à l’action, même les grands défis et les luttes deviennent de merveilleuses opportunités de développer votre vie. Elles créent les fondations éclatantes de la foi dans les profondeurs de votre être. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Le véritable esprit du bouddhisme se manifeste avec éclat à travers un comportement empreint d’humanisme et de bon sens ; cet esprit se reflète dans un comportement courtois, sincère et plein de considération chaleureuse. Bénéficier de la confiance des autres est une source infinie de fierté et d’honneur. (Série d’encouragements « Avancer avec les écrits de Nichiren »)   Si vous lisez ne serait-ce qu’une phrase ou un paragraphe des écrits de Nichiren chaque jour, votre vie changera. La sagesse, le courage et la conviction jailliront de votre vie. (Message pour la conférence des responsables nationaux de préfecture, juin 2001)   Nichiren écrit : « Les humains parviendront immanquablement à la prospérité s’ils plantent des racines de bien. » (Le troisième jour de la nouvelle année, Écrits, 1023) Tout votre travail et vos grands efforts pour le bien-être des autres vous reviendront sous forme de bonne fortune et de force. (Série d’encouragements « Des enseignements humanistes pour la victoire »)   Les jeunes sont les protagonistes [d’une nouvelle ère]. Répandez ­l’esprit de l’amitié et la bonne volonté, et créez une nouvelle ère. Par vos actions, ralliez d’autres jeunes dans votre réseau. (Série d’encouragements « Des enseignements humanistes pour la victoire »)   Notre pratique du bouddhisme de Nichiren est le moteur pour une croissance et un développement constants. En nous réengageant jour après jour dans notre pratique et en dépassant sans cesse nos limites, nous imprégnons notre vie de l’état de bouddha. (Série d’encouragements « Avancer avec le Gosho »)   Un vœu approfondit nos prières et nous permet de faire surgir de notre propre vie un courage illimité. Il nous donne la force de surmonter tous les obstacles, de nous développer en tant qu’êtres humains, et d’aider les autres à être heureux. (Série d’essais « Le chant de la victoire humaine »)   Une solide unité pour kosen rufu s’accompagne toujours d’un développement important de l’état de vie de chacun. En effet, en harmonisant notre cœur avec le courant de kosen rufu, nous brisons la coquille de notre « petit » ego. (La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 3, « Kosen rufu et la paix mondiale », partie I, p. 189)   La paix mondiale ne nous est pas donnée. C’est nous, êtres humains, qui devons la créer, par nos efforts et par notre sagesse. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 12, chap. « La danse de la vie », p. 247)   Rien n’est plus noble que l’humanisme éclatant des femmes du mouvement Soka qui, tel le soleil, rayonnent dans leur environnement et chérissent chaque personne autour d’elles. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Une seule personne qui s’exprime avec courage peut ouvrir la longue route de kosen rufu. Partageons joyeusement nos croyances. Transmettons avec confiance ce que nous avons dans notre cœur. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   La plus grande fierté d’un maître est de voir ses élèves ou disciples se développer. Les magnifiques victoires et réalisations de ses jeunes successeurs le réjouissent. Soutenir les autres signifie créer l’avenir. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Nous sommes tous nés avec une noble mission à accomplir. Quand les choses ne se passent pas comme nous l’avons imaginé, lançons-nous un nouveau défi. Agir ainsi avec persévérance est crucial. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 26, chap. « Atsuta », traduction provisoire)   Le son de la Loi merveilleuse a le pouvoir d’éveiller la nature de bouddha de chacun et de faire bouger tout l’univers. C’est la raison pour laquelle, avant toute chose, nous commençons par réciter Gongyo et Nam-myoho-renge-kyo. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Les véritables vainqueurs sont ceux qui font de leur mieux. Chez ceux qui luttent de toutes leurs forces brille l’éclat de la victoire. (Série groupe Avenir « Trésors des quatre saisons »)   La paix est une lutte contre la résignation. Puisque ce sont les êtres humains qui font la guerre, il n’y a aucune guerre à laquelle les êtres humains ne puissent pas mettre un terme. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 30-II, chap. « Serment », p. 283) Nichiren écrit : « Elles [les personnes qui se consacrent au bouddhisme] ne devraient certainement pas oublier leurs dettes de reconnaissance envers leurs parents, leurs maîtres, et leur pays. » (Sur l’acquit­tement des dettes de reconnaissance, Écrits, 696) Si nous ­gardons toujours l’esprit de reconnaissance et luttons pour nous acquitter de notre dette envers les autres, un courage et une sagesse illimités jailliront de notre vie. Un environnement où règne la reconnaissance connaît une grande prospérité. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   L’instant présent contient déjà l’avenir. C’est notre manière d’agir et de vivre à chaque instant, jour après jour, qui détermine l’avenir. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 30, chap. « Grande Montagne », p. 8)   L’art inspire, enrichit et nous donne la force d’aller de l’avant. L’art possède le prodigieux pouvoir de rassembler les gens et de relier leurs cœurs. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Il y a une différence entre un suiveur et un successeur. […] Un véritable successeur doit se tenir à l’avant-garde et brandir l’étendard de la victoire. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 2, chap. « Avant-garde », p. 21)   Ceux qui souffrent en se confrontant aux plus grandes épreuves connaîtront à coup sûr un bonheur inégalé. C’est ainsi qu’opère la Loi merveilleuse. Ceux qui relèvent les plus grands défis développent immanquablement un état de vie sans égal. Tel est le merveilleux bienfait qui découle de la foi. (Discours prononcé à la réunion générale de la région de Chubu, octobre 1990)   Un bouddha est celui qui œuvre inlassablement en faveur du bonheur des gens. Ceux qui se tournent vers les autres et font tout leur possible pour les soutenir dans leurs luttes sont véritablement nobles. (Éditorial du Daibyakurenge, février 2011)   Les rassemblements consacrés à kosen rufu sont de nobles assemblées du Sûtra du Lotus. Les familles qui ouvrent leur maison pour ces réunions accumulent une bonne fortune et des bienfaits infinis. (Série d’encouragements « Avancer avec les écrits de Nichiren »)   Il n’est pas exagéré de dire que l’on peut évaluer le caractère d’une personne à sa capacité à remercier les autres et à leur faire part de sa gratitude. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 22, chap. « Courants », p. 157)   Nos mots venus du cœur ont le pouvoir de réunir les gens. C’est pourquoi j’accorde tant d’importance au dialogue de personne à personne. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Nichiren écrit : « Je désire que tous mes disciples fassent un grand vœu. » (La Porte du Dragon, Écrits, 1013) Il ne parle pas ici d’un « petit vœu. » Il nous invite plutôt à faire un « grand vœu » – c’est-à-dire à posséder le plus grand vœu, l’aspiration la plus élevée et la détermination la plus profonde possibles dans la vie. (Discours prononcé à la réunion des responsables, janvier 2004)   Engageons-nous de tout cœur avec les autres et remportons la victoire dans nos combats grâce au pouvoir d’une sincérité authentique. Élançons-nous sur la scène d’une nouvelle journée, en nous lançant de nouveaux défis et en créant de nouveaux liens. (Série d’essais, « Le chant de la victoire humaine ») C’est seulement en persévérant à travers les épreuves sans être vaincus que nous pouvons atteindre le sommet d’une vie véritablement riche de sens. Ceux qui restent fidèles jusqu’au bout au vœu de leur jeunesse sont des vainqueurs. (Message destiné à la cérémonie de remise de diplômes à l’université Soka et à la faculté des femmes Soka, mars 2015)   Notre travail et notre vie, tels qu’ils sont, forment la scène sur laquelle nous pouvons accomplir notre révolution humaine et déployer nos efforts pour kosen rufu. Aujourd’hui encore, relevons avec courage et joie tous les défis, les uns après les autres. (Éditorial du Daibyakurenge, septembre 2012, « Illuminer l’avenir », vol. 3, Acep, p. 54)   Trouver les moyens, au cœur de votre programme chargé, d’encourager les autres et de les motiver, et continuer à progresser, jour après jour, telle est la clé de la victoire dans la vie. (Série d’encouragements « Dialogue pour l’avenir »)   L’essence de la foi réside dans le fait de se consacrer joyeusement à kosen rufu et d’œuvrer sans répit – que l’on nous voie ou non – en étant fermement convaincu que tous les bouddhas et bodhisattvas de l’univers connaissent nos efforts sincères. (Série d’essais « Réflexions sur La Nouvelle Révolution humaine »)   Kosen rufu est une lutte éternelle par les mots. Remportons la victoire en nous inspirant mutuellement avec des mots d’encouragements pleins de conviction et dissipons l’obscurité de l’époque et la société avec des paroles de vérité et de justice. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)

Paroles d'encouragement

C’est à vous, mes jeunes successeurs, que je transmets le relais

En considérant l’année scolaire qui vient de s’achever 1, certains d’entre vous éprouvent peut-être quelques regrets et se disent : « J’aurais pu faire plus d’efforts. » Mais le président Ikeda nous a enseigné que les vrais vainqueurs sont ceux qui se dressent avec courage vers le prochain défi plutôt que ceux qui s’appesantissent sur le passé. Alors que vous allez prendre un nouveau départ sur vos voies respectives en avril, certains se sentent peut-être pleins d’enthousiasme tandis que d’autres éprouvent de l’anxiété face aux changements qui les attendent. Dans cet épisode, nous vous transmettons les encouragements du président Ikeda pour vous aider à aller de l’avant en toute confiance. Vous pouvez créer un avenir magnifique grâce à la foi dans la Loi merveilleuse Vous luttez tous chaque jour du mieux que vous pouvez. Il y a peut-être des moments où vous vous comparez à vos amis ou aux gens que vous voyez dans les médias et où vous avez l’impression de ne pas être à la hauteur. Convaincu que tous les êtres humains sont dotés d’un potentiel illimité et que l’on peut le faire apparaître par la pratique de la Loi merveilleuse, le président Ikeda a offert les encouragements suivants : Un sûtra bouddhique enseigne que « l’esprit est semblable à un peintre de talent » (Sur l’ouverture des yeux, Écrits, 228). Comme un peintre de talent, notre esprit peut librement concevoir tout ce qui lui plaît. En tant que jeunes qui croyez dans la Loi merveilleuse, vous êtes de brillants peintres de l’espoir, de grands artistes du bonheur. Ce que vous imaginez, vous pouvez le réaliser. Une fois que vous vous êtes éveillés à ce pouvoir de votre esprit, vous pouvez créer chaque jour d’immenses valeurs et bâtir un magnifique avenir. J’aimerais aussi que chacun de vous lutte au mieux de ses capacités pour concrétiser ses rêves. Si vous vous lancez ce défi, vous pourrez faire l’expérience de la dimension intérieure infinie et de la grandeur de votre vie. Nichiren écrit : « On peut mettre [l’esprit] à l’intérieur d’une graine de moutarde et la graine de moutarde n’en sera pas pour autant gonflée pas plus que l’esprit ne s’y retrouvera à l’étroit. On peut le mettre dans les vastes cieux et les cieux ne seront pas trop grands ni l’esprit trop limité pour en occuper tout l’espace. » (WND-II, 843) Même si vous pouvez avoir le sentiment de vivre dans un cadre étriqué, vous pouvez avoir un grand cœur que rien ne pourra entraver ni enchaîner. Et de même, si vous vous élancez dans un vaste monde inconnu, votre esprit pourra s’envoler librement, sans aucune contrainte. L’esprit est toujours libre et sans entrave. Son pouvoir est illimité. La foi dans la Loi merveilleuse fait jaillir ce grand pouvoir. Réciter Nam-myoho-renge-kyo nous permet de révéler notre véritable soi. Si nous pratiquons le bouddhisme de Nichiren, c’est pour libérer notre potentiel, infiniment plus vaste que la mer ou le ciel. Extrait de la série « Dialogue pour l’avenir » Prenez votre place sur une nouvelle scène Certains d’entre vous sont peut-être en dernière année de lycée et, après avoir obtenu votre diplôme, vous entrerez dans le monde du travail tandis que d’autres se sont inscrits dans une nouvelle école et vont entamer un nouveau cursus dès le mois d’avril, avec le début de la nouvelle année scolaire. Vous éprouvez peut-être de la tristesse et un peu d’appréhension à l’idée d’être séparés de vos amis et de vos camarades de classe. Le président Ikeda nous rappelle l’importance de faire preuve de reconnaissance envers ceux qui nous ont soutenus jusqu’à présent. Rappelez-vous que, quelle que soit la direction que vous pourrez choisir après votre diplôme, les liens que vous partagez avec les autres perdureront toujours. J’espère que vous continuerez tous à polir vos jeunes vies de la façon qui vous est propre, avec joie, force et confiance. Au Japon, le mois de mars est aussi traditionnellement appelé Yajoi, un nom qui évoque la renaissance des plantes au printemps. J’espère donc que chacun de vous prendra sa place sur la nouvelle scène qui s’ouvre devant lui – de même que de frais bourgeons émergent après le froid de l’hiver et que les fleurs s’épanouissent pour annoncer l’arrivée du printemps. Une véritable amitié s’entretient tout au long de la vie. Même si vous empruntez une voie différente de celle de vos amis, vous pouvez continuer à vous encourager mutuellement. Vous et vos amis êtes encore jeunes, l’important est donc de regarder ensemble vers l’avenir et d’aller de l’avant avec un esprit toujours positif et optimiste. Beaucoup de nouvelles rencontres vous attendent également. Plutôt que de vous sentir tristes, menez votre jeunesse avec joie, sagesse et avec un cœur riche, en chérissant tous les liens positifs que vous créez dans votre vie. En particulier, l’obtention d’un diplôme peut être l’occasion de renouveler votre reconnaissance envers ceux qui vous ont aidés et soutenus jusqu’à présent. C’est aussi une occasion d’approfondir les relations humaines. J’espère que vous exprimerez votre plus sincère reconnaissance envers vos parents ou tuteurs, envers les membres de votre famille, vos maîtres et amis et tous les membres de la famille Soka de votre région. Extrait de la série « Dialogue pour l’avenir » Quelle que soit la voie que vous suivrez, une vie épanouie vous attend Certains d’entre vous peuvent se sentir tiraillés parce qu’ils se sont engagés sur une voie différente de celle qu’ils avaient envisagée. Dans sa jeunesse, le président Ikeda suivit des cours du soir tout en affrontant d’innombrables défis. En se référant à cette expérience, il nous a enseigné que pour nous, pratiquants du bouddhisme de Nichiren, toutes les épreuves et tous les combats sont de précieux trésors. Vous pratiquez la plus haute forme de bouddhisme, le bouddhisme de Nichiren. En définitive, quelle que soit la voie que vous choisissez, vous pouvez briller de la façon unique qui est la vôtre et mener une vie épanouie. La Loi merveilleuse est un enseignement qui permet de créer des valeurs à partir de chaque chose. Elle nous donne la sagesse et la force de faire un usage positif de toutes nos luttes et expériences. Vous n’avez donc pas à vous inquiéter. Comme l’indique le principe « du cerisier, du prunier, du pêcher et de l’abricotier » (cf. OTT, 200), chaque type d’arbre engendre des fleurs particulières ; certaines fleurissent tôt, d’autres plus tard. De même, tout ce que vous devez faire, c’est permettre à votre potentiel de s’épanouir de la façon qui vous est propre. Tel est l’objectif de votre scolarité et la raison d’être des études supérieures. Durant ma jeunesse, j’ai suivi des cours du soir tout en travaillant à temps plein dans la journée. En luttant contre l’épuisement et le sommeil, j’ai comme vous étudié sérieusement. Les difficultés sont de précieux trésors. Les jeunes qui mènent de grands combats ont une noble mission. J’imagine que ceux d’entre vous qui vont entrer dans le monde du travail juste après le lycée accompliront peut-être des tâches totalement différentes de ce qu’ils avaient imaginé au départ. Quelle que soit votre situation, j’espère que vous ferez preuve de sagesse et que vous réagirez positivement en considérant tout ce qui apparaît comme une magnifique occasion de polir vos capacités dans le monde réel. Je vous encourage à persévérer avec l’esprit de consacrer le temps et les efforts nécessaires pour devenir vraiment compétents dans un domaine particulier. J’ai moi aussi exercé divers emplois durant ma jeunesse. J’ai travaillé chez un imprimeur. J’ai été aussi employé de bureau, rédacteur en chef d’un magazine et responsable des ventes. Certains de ces postes ont été un véritable défi pour moi, mais ils ont tous eu une signification précieuse dans ma vie. Extrait de la série « Sur les ailes de nos rêves »

Réflexions sur la NRH

La mission de l’université Soka d’Amérique

Par Ho Goku 1 La célèbre poétesse et auteure du XXe siècle Marguerite Yourcenar, qui a été la première femme à devenir membre de ­l’Académie française, a écrit : « Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres2. » Un mois et demi s’est déjà écoulé depuis que l’université Soka d’Amérique (SUA), à Aliso Viejo, a accueilli sa deuxième promotion d’étudiants, un groupe de jeunes déterminés avec une grande mission. Beaucoup avaient également été acceptés dans les meilleurs établissements d’Amérique, notamment UCLA et Berkeley, mais ils ont choisi d’étudier à la SUA. En tant que fondateur de l’université, j’aimerais faire part de ma gratitude envers les étudiants, avec qui je sens un lien profond, qui ont choisi de participer au développement d’une nouvelle institution, plutôt que d’en fréquenter une autre déjà bien établie. Rien ne me réjouit davantage. Je connais toutes les luttes que chacune et chacun de vous a menées. J’aimerais évoquer un étudiant qui, submergé par un sentiment d’impuissance, arrêta ses études au terme de ses années de lycée. Mais grâce aux encouragements de nombreux amis, il surmonta cette période difficile et parvint à entrer à la SUA. Un autre étudia de toutes ses forces en vue de ses examens, tout en trouvant le temps, tard le soir et la nuit, de lire passionnément La Nouvelle Révolution humaine. Les pages expliquant les débuts des écoles Soka éveillèrent en lui la passion et la noble détermination de contribuer au rayonnement de la SUA. Je suis toujours avec vous, chers étudiants qui avez déjà écrit une si merveilleuse histoire dans votre jeunesse. Il est impossible que vous quittiez mon esprit. Il me semble vous entendre taper sur un clavier d’ordinateur, ou je vois l’un d’entre vous tourner les pages d’un ouvrage épais dans une salle de la bibliothèque de la SUA, ouverte jour et nuit. J’imagine ici et là à travers les fenêtres des chambres de ­l’internat la lumière des lampes de bureau – une lumière qui s’apparente pour moi à la lumière du savoir de nobles jeunes en quête de sagesse et de connaissances. Et si un étudiant ou une étudiante devait s’endormir sur son bureau en travaillant, j’aimerais déposer doucement une couverture sur ses épaules. Tel est mon état d’esprit. Le tout premier rassemblement organisé par les étudiants à la SUA eut lieu quelques jours seulement après l’ouverture de l’université – le soir du 11 septembre de l’année dernière (2001), c’est-à-dire le jour des attaques terroristes aux États-Unis qui ébranlèrent le monde entier. De nombreux étudiants de la SUA prirent connaissance de ces attaques le matin même et passèrent immédiatement à l’action. Ils décidèrent d’organiser ce soir-là une veillée aux bougies sur le campus. Puis ils allèrent en informer les habitants d’Aliso Viejo. Le soir, les membres de la première promotion de la SUA se réunirent sur le campus près de la Fontaine de la Paix, devant le Hall du fondateur, le visage grave, faiblement éclairés par les flammes vacillantes des bougies qu’ils tenaient dans leurs mains. De nombreux citoyens locaux venus se joindre à eux tremblaient de colère et d’indignation en pensant aux attaques terroristes. Même quand les étudiants lisaient des poèmes ou s’exprimaient pour souligner l’importance de la paix, l’atmosphère demeurait tendue et pesante. Les attentats avaient détruit la foi que les gens pouvaient avoir dans leurs semblables, et les sentiments d’impuissance et de haine emplissaient leur cœur, comme un nuage assombrit le ciel. Puis un étudiant se leva et déclara avec une voix déterminée : « Je crois que la paix est possible si nous n’y renonçons pas ! » Ces mots courageux prononcés par un jeune qui se consacrait sincèrement à la paix touchèrent le cœur des nombreuses personnes présentes. Mes jeunes amis, la source de la paix se trouve dans votre cœur. Et l’éducation consiste à sans cesse puiser dans cette source claire afin de faire jaillir avec force son courant. Un jour, Martin Luther King affirma que la société se trouverait en grand danger si l’éducation n’enseignait que l’efficacité, et rien d’autre. Il se trouve qu’une jeune femme dont le père décéda lors de ces attaques terroristes est entrée à la SUA cette année-là. Son père faisait partie de la deuxième promotion de l’université Soka, au Japon. Et, désormais, suivant le chemin merveilleux du destin, elle aussi était membre de la deuxième promotion, mais aux États-Unis. En tant que fondateur de l’université Soka, j’entends veiller chaleureusement sur ses progrès et son développement. Quand Daniel Habuki, le président de la SUA, s’est rendu récemment au Japon, il est allé voir plusieurs personnes et familles qui ont contribué à la renommée de la SUA, afin de leur exprimer personnellement ses remerciements. La plupart de ces familles n’étaient pas du tout fortunées ; en fait, elles disposaient de moyens très modestes. La SUA est soutenue par des citoyens ordinaires. L’année dernière, chaque membre de la première promotion de la SUA a reçu une couverture de confection artisanale. Ces couvertures ont été réalisées pendant trois ans par un groupe de bénévoles, composé principalement de pratiquantes du département des femmes de la SGI-États-Unis, habitant dans le comté d’Orange, où se situe l’université. Il ne s’agissait pas de simples couvertures, elles étaient imprégnées par la sincérité et l’amour de celles qui les avaient réalisées, et réchauffèrent les épaules des étudiants de la première promotion lorsqu’ils restaient debout jusque tard dans la fraîcheur de la nuit pour étudier dans la bibliothèque ou dans leur chambre d’internat. Il y a bien longtemps, des femmes américaines ont participé à la guerre d’indépendance en cousant des couvertures pour les soldats. Et, aujourd’hui, c’est un groupe de pratiquantes américaines du comté d’Orange, les mères du mouvement Soka, qui veillent tard après leurs activités bouddhiques, pour tricoter et coudre, contribuant ainsi à leur manière à la tâche grandiose de développer la SUA. Cette année, elles ont décidé d’offrir aux étudiants de la deuxième promotion des écharpes qu’elles ont elles-mêmes tricotées. Mes jeunes amis, j’espère que de toute votre vie vous n’oublierez jamais votre profonde dette de reconnaissance à leur égard. Ceux qui font des études universitaires devraient être au service de celles et ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’en faire. « À qui est destinée l’université ? » « Quelle est la finalité du savoir ? » – nous ne devrions jamais perdre de vue ces questions fondamentales. Un jour, le Mahatma Gandhi (1869-1948) a dit aux étudiants d’une célèbre université indienne : « Vous avez contracté une dette immense envers le plus pauvre des paysans. Ce sont les ryots [paysans ou fermiers sans terre] qui vous entretiennent, vous vêtissent et vous nourrissent. Ce sont les pauvres qui ont construit ces magnifiques bâtiments. Ce lieu fut érigé avec le sang et la sueur des ouvriers. Vous ne vous serez jamais affranchis de votre dette envers eux si, quand vous quitterez ce lieu, vous ne consacrez pas le reste de votre vie à les servir. » La SUA est une université construite par les personnes ordinaires, pour les personnes ordinaires. Sans le soutien sincère d’un réseau de personnes d’une grande sincérité et de bonne volonté, la réalisation d’un système d’éducation Soka depuis le jardin d’enfants jusqu’à l’université n’aurait tout simplement jamais été possible. J’espère que vous, étudiants de la SUA, avancerez toujours avec les personnes ordinaires infiniment nobles et les protégerez tout au long de votre vie. Mon souhait est que vous considériez votre mission de vous acquitter de votre dette envers elles comme votre plus grand honneur, et que vous étudiez avec sérieux et soyez toujours victorieux dans toutes vos entreprises. La SUA est une université internationale qui a relevé le défi de former de véritables citoyens du monde. Un des premiers textes que les étudiants étudient en arrivant ici est un ouvrage intitulé Les Grands Dialogues de Platon. Je suis convaincu que c’est une opportunité pour eux d’entrer en contact avec le dialogue socratique, qui vise à élever l’esprit et la moralité. L’Académie fondée par Platon accordait une importance particulière au dialogue. Comme son maître Socrate l’avait fait avant lui, Platon conversait avec ses étudiants, non seulement pendant ses cours mais aussi quand ils mangeaient ou marchaient ensemble. Le dialogue entre le maître et les élèves, dans l’éducation et dans la vie, représentait le cœur même de l’Académie et fut la source d’inspiration qui lui permit de perdurer durant neuf siècles. Platon relata la conclusion d’un dialogue particulièrement animé entre Socrate et un jeune homme : « Rends-toi donc à mes raisons, dit Socrate, et suis-moi sur la route qui te conduira au bonheur pendant ta vie et après ta mort 3. » La SUA est une université où le savoir s’acquiert grâce à une relation étroite et humaniste entre professeurs et étudiants : les professeurs s’engagent à guider personnellement leurs élèves afin qu’ils développent leur potentiel le plus élevé. Le grand philosophe américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882) a écrit : « Si vous nous demandez quelles sont nos expériences les plus marquantes, nous vous répondrons : des échanges avec des personnes sages. » Les dialogues enthousiastes et sincères s’épanouiront sur notre campus de la SUA qui deviendra un lieu marqué par une riche sagesse et une grande érudition d’où émergeront de remarquables citoyens du monde. Je rêve du jour où je pourrai serrer la main de chacune et chacun d’entre vous, membres des première et deuxième promotions qui possédez une mission si profonde sur le magnifique campus ensoleillé et verdoyant de la SUA que j’ai hâte de visiter. Je continuerai à prier pour votre santé et votre développement illimité, en tant que brillants dirigeants du XXIe siècle. Il n’existe pas de voie rapide pour se développer. Mes brillants et talentueux jeunes amis, devenez tous des experts par vos efforts constants et votre esprit de défi ! Prenez aussi soin de votre santé et fixez votre regard sur votre mission afin d’exercer une influence significative en ce monde. Car la voie du sérieux et des efforts est la grande voie pour se forger et se polir en tant qu’êtres humains et la voie directe pour écrire une nouvelle histoire en tant que véritables citoyens du monde.

Dossier thématique

« La pratique du don »

Nous publions ce mois-ci un commentaire du président Ikeda sur l’écrit de Nichiren intitulé Le don de riz (Écrits, 1132). Dans ce texte, inédit en français, il est notamment question de la pratique du don, thème du dossier de ce mois. En plus de ce commentaire, le lecteur trouvera en complément un extrait du volume 4 de La Nouvelle Révolution humaine, chapitre « Triomphe », où il est question de l’histoire et de l’esprit du don dans la Soka Gakkai, depuis son origine sous la direction du président Toda, le 3 juillet 1951. On y voit ainsi toute une évolution, en partant des premiers donateurs, au nombre de 78, « dotés d’une croyance solide et financièrement aisés », que le président Toda avait soigneusement sélectionnés, jusqu’à ­l’extension à tous les pratiquants afin que « leurs sincères offrandes leur permettent de “semer de bonnes graines dans le champ de la bonne fortune 1” de leur vie. » C’est cet esprit fondé sur une foi sincère qui prévaut encore aujourd’hui. Apprendre des écrits de Nichiren Daishonin – des enseignements pour la victoire Le don de riz Avoir « un cœur décidé » libère un espoir infini et une force illimitée Paru dans le Daibyakurenge, mensuel d’étude affilié au mouvement bouddhiste Soka au Japon, de décembre 2014. Extraits étudiés « Les êtres humains se maintiennent en vie grâce à la nourriture, et considèrent la nourriture comme leur trésor. « La vie est le plus précieux des trésors. Il est dit que même les trésors du grand univers ne peuvent égaler la valeur de toute notre vie. Même les trésors qui emplissent l’immense univers ne peuvent se substituer à la vie. La vie est comme une lampe, et la nourriture comme l’huile. Quand l’huile s’épuise, la lampe s’éteint, et, sans nourriture, la vie cesse. […] « C’est pourquoi ceux qui dans les temps anciens étaient reconnus comme des sages et des personnes vertueuses offrirent leur vie au Bouddha et devinrent ensuite [eux-mêmes] bouddhas. […] « Cependant, en ce qui concerne l’atteinte de la bouddhéité, les hommes du commun qui gardent à l’esprit les mots : “[avec un] cœur décidé” peuvent devenir bouddhas. Si nous nous demandons sérieusement ce qu’il faut entendre par “cœur décidé”, il apparaît que ce terme fait référence à la doctrine pour observer l’esprit. Si nous nous demandons ce qu’il faut entendre exactement par “doctrine pour observer l’esprit”, il apparaît qu’offrir notre unique robe au Sûtra du Lotus équivaut à nous arracher la peau ; et que, en période de famine, offrir au Bouddha la nourriture qui est le seul moyen de subsistance pour notre vie ce jour-là revient à offrir notre vie entière au Bouddha. […] « La véritable Voie se trouve dans les affaires séculières de ce monde. Dans le Sûtra de la lumière dorée, il est dit : “Avoir une profonde connaissance de ce monde est en soi la Loi du Bouddha.” Dans le Sûtra du Nirvana, il est dit : “Tous les écrits non bouddhiques du monde sont en soi des enseignements bouddhiques et non des enseignements non bouddhiques.” « Quand le Grand Maître Miaole compara ces passages avec celui du sixième rouleau du Sûtra du Lotus selon lequel “rien de ce qui concerne les affaires mondaines en cette vie, ou le travail, n’est jamais contraire à la réalité ultime”, il révéla leur sens et souligna que, même si les deux premiers sûtras sont profonds, ils ont encore une signification superficielle qui n’approche pas celle du Sûtra du Lotus, puisqu’ils décrivent les questions séculières en termes bouddhiques, alors que le Sûtra du Lotus explique qu’en définitive les affaires séculières sont la Loi bouddhique dans son intégralité. « Les sûtras enseignés avant le Sûtra du Lotus enseignent essentiellement que tous les phénomènes proviennent de l’esprit. À titre d’illustration, ils disent que l’esprit est comme la terre, alors qu’herbes et arbres sont comme tous les phénomènes. Mais il n’en va pas de même avec le Sûtra du Lotus. Il enseigne que l’esprit lui-même est la terre et que la terre elle-même est les herbes et les arbres. Le sens des sûtras antérieurs est que la clarté de l’esprit est comme la lune, et que la pureté de l’esprit est comme une fleur. Mais il n’en va pas de même avec le Sûtra du Lotus. Il enseigne que la lune elle-même est l’esprit et que la fleur elle-même est l’esprit. Vous devriez en déduire que le riz n’est pas seulement du riz ; c’est la vie elle-même. » (Écrits, 1132-1133) Commentaires de Daisaku Ikeda Rien n’est plus merveilleux que l’esprit humain. C’est une source d’espoir infini. C’est une resserre de bienfaits et de bonne fortune illimitée. Il peut manifester un pouvoir et une force sans limites. Transformer notre karma, créer le bonheur pour l’humanité, et établir une société en paix – tout cela commence par un changement dans notre cœur. Nichiren parle du « fonctionnement merveilleux de notre esprit ». (OTT, 30) Le fonctionnement du cœur humain et de l’esprit est véritablement mystérieux. Nichiren déclare : « Cet esprit qui transcende toute compréhension forme l’enseignement central des sûtras et des traités. » (WND-II, 844) Le bouddhisme de Nichiren est un enseignement pour la création de valeurs, qui nous permet d’ouvrir la resserre illimitée de l’esprit, ou du cœur. Comme l’affirme Nichiren : « C’est le cœur qui est important » (La stratégie du Sûtra du Lotus, Écrits, 1011 ; Le tambour à la Porte du Tonnerre, Écrits, 960) Les résultats que nous pouvons obtenir dépendent de la perception de notre esprit, de nos décisions, et de ce qui nous incite à agir à chaque instant. Telle est l’essence de la foi en la Loi merveilleuse, et cela rejoint le principe des « trois mille mondes en un seul instant de vie ». Notre véritable capacité en tant qu’êtres humains est déterminée par ce que nous avons dans notre cœur et notre esprit. Un modeste certificat Dans ma jeunesse, j’eus la bonne fortune d’être personnellement instruit par mon maître, le deuxième président de la Soka Gakkai Josei Toda, sur le Sûtra du Lotus et les écrits de Nichiren. Ces cours étaient denses et d’un niveau élevé. C’est comme si j’avais été entraîné par un maître d’escrime. À la fin d’une série de cours, M. Toda écrivit sur une simple feuille de papier un certificat attestant que j’avais suivi ses cours et me l’offrit. J’étudiais avec lui non seulement le bouddhisme mais aussi toutes sortes de sujets. Grâce à cet entraînement reçu à « l’université Toda », j’ai pu engager des dialogues pour la paix avec des dirigeants du monde entier évoluant dans différents domaines. Chacune de mes actions est motivée par la détermination de ­m’acquitter de ma dette de reconnaissance envers M. Toda. Conscient que la victoire du disciple est celle du maître, j’ai consacré ma vie à faire connaître l’existence et les réalisations de mon si noble maître à travers le monde. Que nous devenions heureux ou malheureux ne dépend pas des autres ou de notre environnement. C’est notre propre détermination qui est décisive. À la lumière des enseignements de Nichiren, la personne qui apprécie la sincérité des autres et fait preuve de reconnaissance est forte. Avoir un tel cœur nous procure de la bonne fortune et ouvre la voie à une vie victorieuse et authentique. Dans cet épisode où nous allons étudier l’écrit de Nichiren intitulé Le don de riz, apprenons l’attitude à adopter pour mener une vie heureuse et victorieuse. « Les êtres humains se maintiennent en vie grâce à la nourriture, et considèrent la nourriture comme leur trésor. « La vie est le plus précieux des trésors. Il est dit que même les trésors du grand univers ne peuvent égaler la valeur de toute notre vie 2. Même les trésors qui emplissent l’immense univers ne peuvent se substituer à la vie. La vie est comme une lampe et la nourriture comme l’huile. Quand l’huile s’épuise, la lampe s’éteint, et, sans nourriture, la vie cesse. […] « C’est pourquoi ceux qui dans les temps anciens étaient reconnus comme des sages et des personnes vertueuses offrirent leur vie au Bouddha et devinrent ensuite [eux-mêmes] bouddhas. » […] Écrits, 1132 « La vie est le plus précieux des trésors » Nichiren écrit cette lettre en réponse à un don sincère de nourriture reçu de l’un de ses disciples. La date et le nom du destinataire sont inconnus. Nichiren explique précisément que faire un don de riz blanc est un précieux présent car la nourriture permet de se maintenir en vie et, pour celui qui offre, un tel don équivaut aussi à offrir sa vie. Cette action, dit-il, apporte de grands bienfaits et permet de manifester la bouddhéité. Il commence sa lettre en énumérant les dons que son disciple lui a envoyés : « J’ai bien reçu le sac de riz blanc, le sac d’ignames et le panier d’algues de rivière que vous vous êtes donné la peine de me faire parvenir par un messager. » (Écrits, 1132) Les dons sont l’expression du souhait sincère du disciple de soutenir Nichiren et de lui procurer de la joie. Nichiren fait l’éloge de sa sincérité, en expliquant que, du point de vue du bouddhisme, il est d’une noblesse infinie. Tous les êtres humains chérissent deux choses : la nourriture et les vêtements. Ce sont des trésors en ce sens qu’elles soutiennent ce trésor suprême qu’est la vie. Ensuite, il explique que la vie est « le plus précieux des trésors » (Écrits, 1132), qu’elle est même plus précieuse que tous les trésors de l’univers. Rien n’égale la vie ; elle est d’une noblesse suprême. Dans le monde entier, il n’existe pas de trésor plus précieux que la vie d’une seule personne. Nichiren compare ensuite la vie à une lampe et la nourriture à l’huile (cf. Écrits, 1132). De même que la lampe s’éteint quand il n’y a plus d’huile, toute vie précieuse s’éteint quand elle ne dispose plus de nourriture. C’est la raison pour laquelle Nichiren déclare que faire un don de nourriture, qui permet de se maintenir en vie, équivaut à offrir sa propre vie. Pour clarifier ce point, il explique ainsi ce que signifie offrir ce qui est précieux par dévotion pour le Bouddha : « En signe de dévotion à l’égard de toutes les divinités ou bouddhas, le mot “nam” a été placé en tête de leur nom. Pour expliquer le sens exact de “nam”, disons qu’il s’agit d’un mot originaire de l’Inde. En Chine et au Japon, on le traduit par “consacrer sa vie”, c’est-à-dire offrir notre vie au Bouddha. […] [A]ucun trésor ne dépasse la vie. C’est pourquoi ceux qui dans les temps anciens étaient reconnus comme des sages et des personnes vertueuses offrirent leur vie au Bouddha et devinrent ensuite [eux-mêmes] bouddhas. » (Écrits, 1132) Nichiren cite des personnes qui ont réalisé ce type d’offrandes : le garçon Montagnes-Neigeuses 3, le bodhisattva Roi-de-la-Médecine 4, le prince Shotoku 5 et l’empereur Tenji 6. Les deux ­premiers font partie de la catégorie des « sages » qui se consacrèrent entièrement à la pratique bouddhique, tandis que les deux derniers appartiennent à la catégorie des « personnes vertueuses » qui protégèrent et transmirent le bouddhisme. Offrir sa vie précieuse au Bouddha ou à la Loi ouvre la voie à l’atteinte de la bouddhéité, affirme Nichiren. Il précise cependant : « Mais ces actes concernent les personnes vertueuses et les sages ; pour nous, il est impossible de les accomplir. » (Écrits, 1133) Demander les mêmes sacrifices à des personnes ordinaires à l’époque de la Fin de la Loi serait demander l’impossible. Cela signifie-t-il alors que nous ne pourrons jamais manifester la bouddhéité ? Absolument pas. Le thème de cette lettre est précisément l’établissement d’un bouddhisme pour les personnes ordinaires qui rende la bouddhéité accessible à tous à l’époque de la Fin de la Loi. « Cependant, en ce qui concerne l’atteinte de la bouddhéité, les hommes du commun qui gardent à l’esprit les mots : “[avec un] cœur décidé” peuvent devenir bouddhas. Si nous nous demandons sérieusement ce qu’il faut entendre par « cœur décidé », il apparaît que ce terme fait référence à la doctrine pour observer l’esprit. Si nous nous demandons ce qu’il faut entendre exactement par “doctrine pour observer l’esprit”, il apparaît qu’offrir notre unique robe au Sûtra du Lotus équivaut à nous arracher la peau ; et que, en période de famine, offrir au Bouddha la nourriture qui est le seul moyen de subsistance pour notre vie ce jour-là revient à offrir notre vie entière au Bouddha. » (Écrits, 1133) Pour les personnes ordinaires, la clé pour manifester la boud­dhéité est un « cœur décidé » Nichiren écrit : « [L]es hommes du commun qui gardent à l’esprit les mots : “[avec un] cœur décidé” peuvent devenir bouddhas. » (Écrits, 1133) Que signifie exactement l’expression « cœur décidé » ? Nichiren explique que cela correspond à « la doctrine pour observer l’esprit », un enseignement énoncé par le Grand Maître Tiantai 7 dans La Grande Concentration et Pénétration8. L’expression « observer l’esprit » ou « observation de l’esprit » est utilisée par opposition à « l’étude doctrinale des sûtras », et désigne la pratique pour atteindre la bouddhéité. Nichiren explique ensuite brièvement ce que signifie concrètement « observer l’esprit » pour nous, personnes ordinaires. Il dit qu’offrir l’unique robe en sa possession pour le Sûtra du Lotus équivaut à la pratique d’un sage qui s’arrache la peau [et l’utilise comme papier pour consigner les enseignements] ; de même, offrir la seule nourriture que nous avons en temps de famine au Bouddha équivaut à offrir sa propre vie. Par conséquent, ces offrandes de vêtements et de nourriture sont identiques à celles des sages des temps anciens qui offraient leur vie, et le mérite accumulé grâce à ces offrandes mène à l’atteinte de la bouddhéité. Le point clé de cette pratique réside dans un « cœur décidé », dit Nichiren. La cause fondamentale pour manifester la bouddhéité consiste à rechercher résolument le Sûtra du Lotus, à croire en lui et à le protéger car c’est l’enseignement qui ouvre la voie à l’atteinte de la bouddhéité pour tous les êtres vivants. Cela consiste aussi à avoir foi dans le Bouddha qui enseigne ce Sûtra. C’est pourquoi Nichiren déclare : « [L]es hommes du commun qui gardent à l’esprit les mots : “[avec un] cœur décidé” peuvent devenir bouddhas. » (Écrits, 1133) Le président fondateur de la Soka Gakkai Tsunesaburo Makiguchi souligna plusieurs fois ce passage dans son exemplaire des écrits de Nichiren. Réciter Nam-myoho-renge-kyo et agir en faveur de la Loi merveilleuse et de notre maître, qui enseigne et propage la Loi merveilleuse, sont la voie directe pour manifester la bouddhéité. En japonais, le mot signifiant mission (shimei) s’écrit avec deux idéogrammes qui signifient « utiliser sa vie. » La finalité à laquelle nous consacrons notre vie précieuse est importante. Agir pour accomplir la mission de kosen rufu – c’est-à-dire faire nôtre le cœur de notre maître, prier et agir pour le bonheur des autres – est le comportement le plus digne de respect que nous pouvons adopter en tant qu’êtres humains. Les admirables pratiquants de la SGI incarnent ce comportement. Quand ils rencontrent une personne en proie à des difficultés ou dans la détresse, ils mettent de côté leurs soucis pour se tourner vers elle et l’aider. Quand ils apprennent que quelqu’un est confronté à de difficiles épreuves, ils se précipitent à ses côtés. Quelles que soient leurs occupations ou la distance à parcourir, ils participent avec joie aux réunions de discussion. Dans la vie des pratiquants de la SGI, qui ne ménagent ni leur personne ni leur temps pour œuvrer au bonheur des autres et à kosen rufu, brillent la foi et la détermination les plus sincères. Nichiren leur adresserait à coup sûr ses plus grands éloges. C’est la raison pour laquelle celles et ceux qui s’engagent sans cesse dans les activités de la SGI avancent sur la voie menant immanquablement au bonheur et à la victoire. Ne jamais avoir l’esprit vaincu ! Notre détermination oriente notre esprit. La direction que nous donnons à notre esprit est importante. Il est donc crucial de rechercher et d’établir un objectif fondamental qui guide nos actions. En tant que pratiquants de la SGI, nous dirigeons notre esprit vers le Gohonzon et kosen rufu. Un cœur décidé n’est pas visible mais sa force permet d’orienter notre vie vers la victoire et le bonheur. La vie n’est pas toujours paisible et agréable. Certains d’entre vous luttent ou souffrent peut-être de ne pas pouvoir participer aux activités de la SGI autant qu’ils le souhaitent en raison de leur travail, d’une maladie ou pour d’autres raisons. Quand vous vous retrouvez dans une situation de ce type, il est alors temps de diriger votre esprit vers le Gohonzon. Ceux qui évitent les activités ne sont évidemment pas confrontés à cette lutte interne. Le fait que vous rencontriez cette difficulté est la preuve que vous vous lancez un défi sur la base de la croyance. Lutter face à ce type d’épreuves vous permet de vous renforcer. Vous n’avez aucune raison de vous inquiéter. La clé consiste à faire un pas, voire un demi-pas en avant – c’est-à-dire agir sans cesse avec un cœur décidé pour maintenir cette résolution. Voilà ce que signifie pour nous « garder à l’esprit… “un cœur décidé”. » (Écrits, 1133) « La véritable Voie se trouve dans les affaires séculières de ce monde. Dans le Sûtra de la lumière dorée, il est dit : “Avoir une profonde connaissance de ce monde est en soi la Loi du Bouddha.” Dans le Sûtra du Nirvana, il est dit : “Tous les écrits non bouddhiques du monde sont en soi des enseignements bouddhiques et non des enseignements non bouddhiques.” « Quand le Grand Maître Miaole 9 compara ces passages avec celui du sixième rouleau du Sûtra du Lotus selon lequel “rien de ce qui concerne les affaires mondaines en cette vie, ou le travail, n’est jamais contraire à la réalité ultime 10.”, il révéla leur sens et souligna que, même si les deux premiers sûtras sont profonds, ils ont encore une signification superficielle qui n’approche pas celle du Sûtra du Lotus, puisqu’ils décrivent les questions séculières en termes bouddhiques, alors qu’en définitive les affaires séculières sont la Loi bouddhique dans son intégralité. » (Le don de riz, Écrits 1133) Pratiquer la voie de l’atteinte de la bouddhéité dans le monde réel « La véritable Voie » mentionnée par Nichiren dans ce passage désigne la voie de l’atteinte de la bouddhéité par les personnes ordinaires. Où se trouve cette Voie ? Nichiren dit qu’elle « se trouve dans les affaires séculières de ce monde » (Écrits, 1133). Pour nous, personnes ordinaires de l’époque de la Fin de la Loi, la voie de l’atteinte de la bouddhéité réside dans notre lutte au cœur de la société et du monde réel, sur la base d’une pratique bouddhique sincère et déterminée. Citant ici des passages de sûtras et un commentaire du Grand Maître Miaole, Nichiren évoque les différentes conceptions exposées dans le Sûtra du Lotus et les autres sûtras à propos de la relation entre le bouddhisme et les affaires de ce monde. Il en conclut que, si les sûtras autres que le Sûtra du Lotus reconnaissent que les affaires séculières peuvent s’accorder avec les principes bouddhiques, le Sûtra du Lotus considère que les questions concernant la vie et la société font partie intégrante du bouddhisme (cf. Écrits, 1133). Dans les autres sûtras, on considère les affaires de ce monde comme des entraves à la pratique de l’atteinte de la bouddhéité. Dans le meilleur des cas, on leur reconnaît un lien avec la pratique du bouddhisme, dans la mesure où les enseignements les plus avancés du monde séculier peuvent s’accorder avec le bouddhisme. C’est donc une manière de penser et de comprendre les affaires mondaines à la lumière du bouddhisme. Mais le Sûtra du Lotus va plus loin. Il enseigne que les affaires mondaines ne sont pas différentes du bouddhisme et ne s’y opposent pas ; elles sont, telles quelles, le bouddhisme. En fait, l’essentiel pour Nichiren, et la raison d’être des actions qu’il a déployées tout au long de sa vie, c’était sa lutte commune avec ses disciples au cœur « des affaires de ce monde » pour propager le bouddhisme et mener les personnes ordinaires au bonheur. Ainsi, même le vaillant Shijo Kingo fut un jour si troublé par les dissensions liées à son existence dans le monde séculier qu’il envisagea d’entrer dans le clergé bouddhique. Mais, à ce moment-là, Nichiren l’encouragea en ces termes : « Vivez de façon que tous les habitants de Kamakura fassent votre éloge en disant que Nakatsukara Saburo Saemon-no-jo se consacre au service de son seigneur, au service de la Loi bouddhique, et s’est toujours soucié des autres. » (Les trois sortes de trésors, Écrits, 858) Le bouddhisme n’existe pas en dehors de notre vie et de notre environnement actuels. La SGI a connu un grand développement parce qu’elle a montré la preuve de la victoire du bouddhisme dans la vie quotidienne, comme l’a enseigné Nichiren. Un enseignement destiné au bonheur des gens Le bouddhisme de Nichiren est un enseignement destiné au ­bonheur des gens. Il permet à toutes les personnes qui luttent au cœur des dures réalités de l’existence de parvenir à un état de bonheur inébranlable. Il y a là un contraste flagrant avec les enseignements antérieurs au Sûtra du Lotus selon lesquels il faut d’innombrables kalpa de pratique pour atteindre l’illumination. Selon ces enseignements, il faut d’abord devenir un sage ou une personne vertueuse en entraînant son corps et son esprit grâce à toute une suite de pratiques sans lien avec les réalités de la vie quotidienne pour parvenir à un état de bonheur inébranlable. Et cet entraînement doit se poursuivre pendant une durée extrêmement longue correspondant à de nombreuses vies. Ce type d’enseignement réduit notre vie présente à rien de plus qu’un moyen pour parvenir à des fins religieuses, ce qui se rapproche beaucoup du principe consistant à considérer que les êtres humains sont au service de la religion. Mais la pratique du Sûtra du Lotus [le bouddhisme de Nichiren] implique de lutter au cœur des réalités de la vie quotidienne. C’est la pratique bouddhique permettant d’ouvrir l’état de bouddha en nous-mêmes – en d’autres termes d’ouvrir et de manifester un état de bonheur inébranlable. C’est une religion pour les personnes vivant dans notre monde réel, une religion de la révolution humaine. Telle est la pratique correcte qui s’accorde avec l’enseignement de Nichiren selon lequel « la véritable Voie se trouve dans les affaires séculières de ce monde ». (Écrits, 1133) M. Toda était très strict à ce sujet. Il a déclaré un jour : « Une personne qui ne se consacre pas de tout cœur à son travail s’oppose à la Loi. Ne pas ressentir de joie dans son travail, c’est la même chose que ne pas ressentir de joie dans sa foi. Dans ce cas, même si vous récitez beaucoup de Daimoku, vous ne remporterez pas la victoire dans la société. » Depuis l’époque de M. Makiguchi, la Soka Gakkai n’a jamais dévié de « la véritable Voie » consistant à appliquer l’enseignement bouddhique dans la vie quotidienne et elle a lutté pour accomplir des actions de grand bien sûr la base de la Loi merveilleuse, nous amenant ainsi à créer des valeurs bénéfiques à la fois pour nous-mêmes et pour la société. Dans son chef-d’œuvre Faust, Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) écrit : C’est le dernier mot de la sagesse : seul méritent la liberté et la vie celui qui chaque jour doit les conquérir. La « véritable Voie » comprend nos efforts sincères pour contribuer à notre environnement, nos dialogues visant à réaliser l’idéal de Nichiren – « l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays » − et nos activités pour la paix mondiale. Nous, pratiquants de la SGI, luttons pour manifester notre bouddhéité et aider les autres à faire de même. Notre mouvement constitue « la véritable Voie » des bienfaits pour nous-mêmes et pour les autres. « Les sûtras enseignés avant le Sûtra du Lotus enseignent essentiellement que tous les phénomènes proviennent de l’esprit. À titre d’illustration, ils disent que l’esprit est comme la terre, alors qu’herbes et arbres sont comme tous les phénomènes. Mais il n’en va pas de même avec le Sûtra du Lotus. Il enseigne que l’esprit lui-même est la terre et que la terre elle-même est les herbes et les arbres. Le sens des sûtras antérieurs est que la clarté de l’esprit est comme la lune, et que la pureté de l’esprit est comme une fleur. Mais il n’en va pas de même avec le Sûtra du Lotus. Il enseigne que la lune elle-même est l’esprit et que la fleur elle-même est l’esprit. Vous devriez en déduire que le riz n’est pas seulement du riz ; c’est la vie elle-même. » (Le don de riz, Écrits, 1133) Quand notre esprit change, le monde change aussi Quand nous examinons les phénomènes divers et variés de ce monde sur la base de la conception de la pratique et de l’atteinte de la bouddhéité exposée dans le Sûtra du Lotus, que constatons-nous ? Une nouvelle fois, Nichiren compare ici les enseignements antérieurs au Sûtra du Lotus. D’abord, dit-il, les écrits antérieurs au Sûtra du Lotus enseignent essentiellement que « tous les phénomènes proviennent de l’esprit » (Écrits, 1133). En d’autres termes, tous les phénomènes inclus dans notre vie et tout ce qui existe dans notre environnement sont les produits de notre esprit. C’est ce que signifie l’expression « Récolter ce que l’on a semé » − à savoir, ce qui nous arrive est le résultat de nos actions passées. Puis ces écrits antérieurs au Sûtra du Lotus enseignent que pour transformer les résultats de nos actions, nous devons consacrer de longs éons à éliminer les résultats de notre karma négatif et accumuler beaucoup de bon karma – en d’autres termes, nous devons nous livrer à « d’innombrables kalpa de pratique ». C’est comme si vous deviez vous acquitter peu à peu d’un énorme emprunt qui vous semble sans fin et que vous preniez soin d’économiser de l’argent pour y parvenir – en ignorant tout au long de votre parcours que vous possédez en fait un « amoncellement de joyaux sans égal » (SdL-IV, 100), c’est-à-dire que vous avez la bouddhéité en vous. Le Sûtra du Lotus est différent. Nichiren dit : « Il enseigne que l’esprit lui-même est la terre et que la terre elle-même est les herbes et les arbres. » (Écrits, 1133) Le Sûtra du Lotus enseigne que l’état d’éveil du Bouddha – c’est-à-dire le monde de la bouddhéité – est originellement inhérent à tous les êtres vivants. En ayant foi dans le Sûtra du Lotus et en le pratiquant [c’est-à-dire en récitant Nam-myoho-renge-kyo], tous les êtres humains peuvent percevoir la réalité de l’existence et faire jaillir leur état de bouddha. Chacun de nous peut devenir bouddha en cette vie, tel qu’il est. La vie des personnes ordinaires peut instantanément manifester la bouddhéité. Quand notre esprit change, notre monde et nous-mêmes changeons également. Le Sûtra du Lotus présente cela comme le « fonctionnement merveilleux de notre esprit » (OTT, 30) ou encore il parle d’un « esprit qui est au-delà de l’entendement » (WND-II, 844). Notre esprit, notre vie intérieure, est vaste et illimité ; il est dynamique. Dans son œuvre La Grande Concentration et Pénétration, pour explorer et analyser « cet esprit qui est au-delà de l’entendement », le Grand Maître Tiantai formula le principe des « trois mille mondes en un instant de vie ». Selon ce principe, tous les phénomènes dans les trois mille mondes – ou tout ce qui existe dans l’univers – sont contenus en un seul instant de vie, c’est-à-dire dans notre esprit à nous, êtres humains ordinaires. De même, un seul instant de vie, ou l’esprit, pénètre les trois mille mondes. Quand notre état d’esprit change, nous changeons également. Ou plutôt, en changeant l’orientation intérieure de notre esprit, nous nous transformons nous-mêmes et nous transformons le monde autour de nous. Tel est le bouddhisme des « trois mille mondes en un instant de vie ». Tout dépend de l’orientation que nous donnons à notre esprit sur la base d’un « cœur décidé ». Lorsque nous avons foi dans la Loi merveilleuse qui permet à tous les êtres humains d’atteindre l’illumination et que nous pratiquons avec une forte détermination, notre bouddhéité inhérente apparaît et imprègne notre vie et notre environnement. « Le riz est la vie elle-même » Pour expliquer l’essence de l’enseignement du Sûtra du Lotus à propos de l’esprit, Nichiren écrit : « La lune elle-même est l’esprit et la fleur elle-même est l’esprit. » (Écrits, 1133) Quelle magnifique façon d’illustrer cette vérité. Nichiren a perçu le Bouddha dans la lune qui brillait derrière le voile des nuages ou dans la fleur qui a résisté au froid de l’hiver et s’est magnifiquement épanouie au printemps. Il a perçu l’état de bouddha dans la forme naturelle de chaque chose, telle qu’elle est. À chaque fois que je lis ce passage, je suis profondément touché par la grande compassion de Nichiren qui cherchait à ouvrir la voie du bonheur à tous les êtres humains. Nichiren faisait constamment l’éloge de ses disciples qui luttaient au cœur des réalités du monde, en leur assurant qu’ils étaient bouddhas. La « clarté de l’esprit » et « la pureté de l’esprit » (Écrits, 1133) enseignées dans les écrits antérieurs au Sûtra du Lotus semblaient être des idées séduisantes mais elles n’étaient en rien comparables à la conception de la vie exprimée par le principe de la possession mutuelle des dix états 11 [révélé dans le Sûtra du Lotus]. L’atteinte de la bouddhéité, dans son sens véritable, ne consiste pas à se détacher de ce monde saha empli de souffrances pour devenir un être surhumain doté de pouvoirs transcendantaux. Comme l’indique Nichiren, selon le Sûtra du Lotus, les bouddhas sont des personnes, des personnes pleinement engagées dans les activités de la vie quotidienne qui ne se laissent pas vaincre par les difficiles défis de la réalité mais manifestent un grand rayonnement. Ce sont les plus humains des êtres humains. Même lorsqu’ils semblent assaillis par les vagues déchaînées du karma ou de la destinée, ils sont animés par une profonde détermination fondée sur leur foi et ne cessent de lutter au mieux de leurs capacités. Telle est la véritable manifestation de l’état de bouddha, d’une noblesse suprême. Dans Le don de riz, Nichiren écrit : « Le riz n’est pas seulement le riz ; c’est la vie elle-même. » (Écrits, 1133) En d’autres termes, à travers son offrande de riz, c’est sa vie même que son disciple offrait. Nichiren lui garantit ici que, en raison de la sincère détermination dont il a fait preuve en luttant à ses côtés, il atteindra à coup sûr la bouddhéité comme les sages et personnes vertueuses des temps passés qui ont donné leur vie pour la Loi bouddhique. Un bouquet de roses qui ne se fanera jamais Je me souviens d’un épisode de la vie de la militante sociale américaine Helen Keller (1880-1968). Bien qu’aveugle et sourde, cette femme ne cessa jamais de se consacrer au bien-être des autres, insufflant ainsi de l’espoir à toute l’humanité. Helen Keller a toujours apprécié et gardé en mémoire le don accompagné d’un bouquet de roses que lui avait fait parvenir un adolescent souffrant d’un handicap à l’occasion de l’une de ses campagnes de bienfaisance. Évoquant des années plus tard ce geste sincère, elle écrivit : « Les roses se sont fanées depuis longtemps et le jeune cœur qui a eu ce si bel élan a cessé de battre, mais cet acte magnifique fleurira à jamais dans le jardin de mon âme12. » Cela s’applique aussi à notre mouvement. Il s’agit d’abord de reconnaître et de valoriser les intentions sincères et la détermination profonde de la personne qui nous fait face. La détermination profonde des personnes ordinaires est toujours la force motrice de l’histoire. Une détermination sincère équivaut à un vœu Les pratiquants de notre mouvement font beaucoup d’efforts et ne ménagent pas leur peine. Leurs activités pour kosen rufu sont bien plus que des activités bouddhiques. Elles sont la vie elle-même. Il est certain que les bouddhas des dix directions et des trois existences (la vie dans le passé, le présent et le futur) font notre éloge. Les divinités bouddhiques nous protègent à coup sûr. Lors de la troisième cérémonie funéraire en l’honneur de M. Makiguchi (correspondant au deuxième anniversaire de son décès en novembre 1946), son disciple authentique, M. Toda, prit cet engagement solennel auprès de son maître défunt : « Je suis résolu à perpétuer votre détermination et à accomplir la mission de la Soka Gakkai de façon à mériter vos éloges lorsque je vous retrouverai au Pic de l’Aigle. » La détermination sincère partagée par les maîtres et disciples du mouvement Soka correspond au vœu de kosen rufu. Le mot japonais signifiant « compagnon de pratique » ou « camarade » (doshi) a aussi le sens de « détermination commune » et fait alors référence aux personnes partageant une même détermination ou un même engagement. La SGI est un rassemblement de compagnons de pratique, de camarades dans la foi, qui partagent le même objectif et la même résolution. Nul n’est plus déterminé que nous, membres de la SGI, qui luttons ardemment pour kosen rufu, unis selon le principe de « différents par le corps, un en esprit », tout en faisant preuve d’empathie les uns envers les autres et en nous encourageant mutuellement. C’est pour cela que nous avons réussi à transmettre le bouddhisme de Nichiren sur toute la planète. Les membres de la SGI, qui se consacrent résolument à aider tous les êtres humains, sont les trésors du monde. Par leur détermination à réaliser la paix, ce sont les trésors de l’humanité. Le développement de notre réseau fondé sur une détermination commune transformera notre planète en une magnifique Terre aux trésors. Avancer vers la réalisation de kosen rufu M. Toda a déclaré : « Nous devrions concentrer nos efforts sur la formation d’un pratiquant sincère, puis d’un deuxième, d’un troisième… C’est ainsi que l’on crée le temps. » Il est nécessaire de créer le temps d’un formidable élan dynamique en formant et en encourageant sincèrement, les uns après les autres, des amis qui partagent notre détermination. M. Toda a déclaré : « Si vous vous dressez dans ce magnifique mouvement avec un puissant engagement, il est clair comme le jour que vous pourrez parvenir à un bonheur authentique et durable. » Élançons-nous pleins de fierté et d’énergie avec nos compagnons de pratique avec qui nous partageons une noble et sincère détermination afin de remporter la victoire pour nous-mêmes, nos familles, notre entreprise et tout notre entourage. Avec ma plus sincère reconnaissance pour tous vos efforts et vos activités. Extraits de La Nouvelle Révolution humaine, vol. 4, chap. « Triomphe » Shin’ichi repensa à la manière dont avaient été financées les activités de la Soka Gakkai par le passé. Dès l’origine, à l’époque du premier président Tsunesaburo Makiguchi, c’était Josei Toda, alors directeur général, qui assumait entièrement la responsabilité du financement. Au début de la reconstruction de la Soka Gakkai, après la guerre, Josei Toda avait de nouveau utilisé ses propres deniers pour couvrir les dépenses de l’organisation, afin de ne pas imposer de contrainte financière aux membres. Cependant, peu après la nomination de Toda à la présidence, plusieurs membres avaient insisté pour qu’il leur permette de prendre en charge une partie des frais de la Soka Gakkai. En effet, au rythme où se développait le mouvement de kosen rufu, il lui aurait été impossible de continuer indéfiniment à couvrir seul les dépenses de l’organisation. Les dons destinés à soutenir les activités de la Soka Gakkai servent à faire progresser kosen rufu. Face à cette insistance grandissante des membres pour qu’il les autorise à contribuer au financement de l’organisation, Toda sentit que le temps était finalement venu d’ouvrir la porte à cette évolution. Néanmoins, il demeurait extrêmement vigilant. Il estimait qu’il était impératif que le financement de kosen rufu provienne de dons effectués avec une sincérité et une pureté d’intention absolues et il était très strict quant au choix des membres qui pourraient apporter des contributions financières. Il sélectionna initialement 78 membres qu’il jugeait dotés d’une croyance solide et financièrement aisés, et les nomma membres du groupe de financement de la Soka Gakkai, en charge de tous les fonds de l’organisation. Le groupe de financement, officiellement inauguré le 3 juillet 1951, s’étoffa régulièrement au cours des années qui suivirent, contribuant de manière substantielle à consolider l’assise financière de la Soka Gakkai. Les membres qui avaient été choisis pour faire partie du groupe débordaient de joie, de fierté et de reconnaissance d’avoir la possibilité de faire des dons pour kosen rufu. Rien ne réjouissait plus Toda que de voir vibrer cet esprit dans la vie des membres du groupe. Les contributions financières à la Soka Gakkai se distinguaient des dons faits à d’autres organisations car il était essentiel que les offrandes pour kosen rufu reposent sur la croyance. Tant que les donateurs conserveraient une telle croyance, ardente et sincère, ils ne manqueraient pas de recevoir d’incommensurables bienfaits et d’être loués par Nichiren. Toda aurait souhaité offrir cette possibilité à davantage de personnes, mais l’idée de demander des dons aux membres le chagrinait. Néanmoins, du point de vue du bouddhisme, les priver entièrement de l’occasion de soutenir l’organisation eût été un manque de bienveillance. À contrecœur, il décida donc d’offrir aux membres la possibilité de participer à une collecte de fonds pour des projets majeurs tels que la restauration de la Pagode à cinq étages ainsi que la construction du Hoanden et de la Grande Salle de conférence, au Temple principal. S’agissant en particulier de ce dernier projet, qui était l’une des entreprises qui lui tenaient le plus à cœur, Toda autorisa tous les membres à participer, à condition que cela ne leur crée pas de problèmes financiers. Shin’ichi Yamamoto se rappela ce que son maître lui avait dit un jour : « Tokugawa Mitsukuni, seigneur du domaine de Mito, a compilé le monumental Dai Nihon shi (La Grande Histoire du Japon), une entreprise qui avait lourdement grevé les finances de son domaine. Mitsukuni était un homme extrêmement vertueux ; il a sûrement dû être affligé d’utiliser des impôts gagnés à la sueur du front du peuple pour financer ce projet, si important fût-il. Sans doute a-t-il versé des larmes en son for intérieur. « De la même manière, j’encourage nos membres, dont beaucoup sont très pauvres, à faire des dons financiers car cela est nécessaire pour qu’ils reçoivent des bienfaits et pour accomplir kosen rufu. Néanmoins, à chaque fois, mon cœur, lui aussi, se remplit de larmes13. » Shin’ichi comprenait les sentiments de Toda. Il ressentait exactement la même chose. Cependant, les bienfaits engendrés par des offrandes destinées à soutenir la cause du bouddhisme sont incommensurables. […] Shin’ichi Yamamoto ouvrit le Gosho [recueil des écrits de Nichiren]. Il voulait approfondir à nouveau le véritable sens de ­l’offrande bouddhique à la lumière des enseignements de Nichiren. Il lut d’abord Le don de riz, une lettre écrite par Nichiren en réponse à des offrandes, notamment de riz, qui lui avaient été envoyées au mont Minobu. […] Puis il passa à un autre écrit, Le riche Sudatta (Écrits, 1094), lettre adressée à Nanjo Tokimitsu le 27e jour du douzième mois lunaire (27 décembre) de l’année 1280. À l’époque, Tokimitsu se trouvait dans une situation financière très précaire. Comme il avait soutenu les disciples de Nichiren durant la persécution d’Atsuhara, les autorités le contraignaient à payer de lourds impôts et à fournir au gouvernement une main-d’œuvre gratuite pour effectuer certains travaux. Alors qu’il n’avait plus les moyens d’entretenir un cheval pour lui-même et ne pouvait offrir de la nourriture et des vêtements décents à sa femme et à ses enfants, par souci sincère du bien-être de Nichiren qui endurait un hiver extrêmement rigoureux au mont Minobu, il avait offert à ce dernier un kan de pièces de monnaie. Le riche Sudatta était la lettre que Nichiren lui avait envoyée en réponse. En examinant les nombreuses lettres adressées à Tokimitsu, on remarque que les offrandes qu’il faisait à Nichiren étaient généralement constituées de nourriture et d’autres biens. Qu’il lui ait cette fois-ci envoyé de l’argent donne à penser qu’il n’avait plus aucun objet matériel à lui offrir. Il est possible que le kan de pièces de monnaie ait été de l’argent qu’il avait économisé pour parer à un imprévu. Nichiren exprime son profond respect et fait l’éloge de la sincérité de Tokimitsu. Même si celui-ci était presque indigent, son esprit était noble et héroïque. Les offrandes doivent toujours découler d’une foi sincère. Dans une lettre adressée au seigneur Matsuno (GZ, 1380), Nichiren raconte comment un enfant nommé Tokusho Doji renaquit sous les traits du roi Ashoka et atteignit finalement la boud­dhéité parce qu’il avait offert un pâté de sable à Shakyamuni. Pour le jeune Tokusho Doji, ce pâté de sable était la plus grande offrande qu’il pût faire. Celle-ci était modeste, mais il l’avait offerte au Bouddha avec un extrême respect. Ce fut la cause qui lui valut de renaître en tant que grand monarque dans une vie postérieure. Shin’ichi Yamamoto se pencha ensuite sur l’écrit Le corps et l’esprit des êtres ordinaires. Il s’arrêta à un passage situé vers la fin de cette lettre. Il le lut et le relut et perçut sa profonde signification : « Même si on accomplit des actes méritoires, s’ils sont orientés dans une direction erronée, ces actes pourront provoquer un grand mal et n’auront en tout cas jamais le bien pour résultat. En revanche, celui qui fait de modestes offrandes à quelqu’un qui garde la vérité obtiendra un grand bienfait, même si c’est un ignorant. Cela est donc encore plus vrai pour les personnes qui font en toute sincérité des offrandes à l’enseignement correct ! » (Écrits, 1142) En résumé, Nichiren indique dans cet écrit que les offrandes peuvent engendrer soit le bien, soit le mal, en fonction de leur destinataire et de leur finalité. À la lumière de ce passage, Shin’ichi réfléchit aux offrandes faites au sein de la Soka Gakkai. Les dons et les contributions financières sollicités par l’organisation étaient exclusivement destinés à accomplir le décret de Nichiren, une large propagation de la Loi merveilleuse. Les offrandes effectuées dans ce but équivalaient à des dons destinés au Bouddha originel. Il n’y avait donc pas de plus grande offrande ni de plus grand bien. Rien ne pouvait assurément apporter de plus grands bienfaits. Lorsqu’il pensait à cela, la conviction d’avoir accumulé une bonne fortune incommensurable ainsi que la joie d’avoir eu la chance de faire ces offrandes en tant que membre de la Soka Gakkai envahissaient tout son être. Nichiren conclut cet écrit en faisant l’éloge de l’esprit de ce disciple qui lui avait envoyé des offrandes jusqu’au mont Minobu : « Il est certain que vous semez ainsi de bonnes graines dans le champ de la bonne fortune. Lorsque j’y pense, mes larmes ne cessent de couler. » (Le corps et l’esprit des êtres ordinaires, Écrits, 1142) Se dédier à kosen rufu, c’est « semer de bonnes graines dans le champ de la bonne fortune » – Shin’ichi en était fermement convaincu depuis sa jeunesse. Il se souvint du temps où il s’efforçait sincèrement de protéger et de soutenir Josei Toda, qui avait pris la direction de l’orgnisation afin de propager largement les enseignements de Nichiren Daishonin. À l’époque, l’entreprise de Toda traversait de graves difficultés et, pendant longtemps, Shin’ichi avait perçu son salaire en retard. Mais il était conscient du fait que protéger ce grand lion qui s’était dressé seul pour propager la Loi équivalait à protéger la Soka Gakkai et à accomplir l’objectif de kosen rufu. Il avait rogné sur ses dépenses courantes et se faisait un point d’honneur d’utiliser le moindre argent qui lui restait sur son salaire pour soutenir les activités de la Soka Gakkai et contribuer à la diffusion du bouddhisme de Nichiren. C’était pour lui une source de joie et de fierté secrète. Cela l’avait même conduit à passer tout un hiver sans manteau. Lorsqu’il recevait une partie de ses arriérés de salaire, il en prélevait une portion substantielle afin de soutenir les activités de Toda pour promouvoir kosen rufu. Shin’ichi était absolument convaincu que les bienfaits et la bonne fortune qu’il avait acquis grâce à cela lui avaient permis de surmonter sa maladie et d’assumer par la suite la direction de la Soka Gakkai avec confiance et sang-froid. Ce n’était pas sur l’ordre de quelqu’un qu’il avait soutenu son maître ou l’organisation. Il l’avait fait spontanément, dans la joie. C’était l’expression de sa foi sincère, le reflet de sa profonde détermination de consacrer sa vie à répandre le bouddhisme de Nichiren dans le monde entier. Après mûre réflexion et à la lumière des mises en garde de Nichiren ainsi que de sa propre expérience, Shin’ichi décida finalement d’offrir à tous les membres la possibilité de faire une contribution pour le Grand Hall de réception, leurs sincères offrandes leur permettant ainsi de « semer de bonnes graines dans le champ de la bonne fortune » de leur vie.

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