Juillet-août 2026

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Jour après jour, mois après mois

Se dépasser jour après jour, se développer jour après jour, faire sa révolution humaine jour après jour – tel est l’esprit du bouddhisme de Nichiren. Vibrant d’une énergie éclatante, entrons dans un printemps débordant d’espoir et de courage ! (Série d’encouragements « Les enseignements humanistes pour la victoire »)   Plus grande est notre reconnaissance envers notre maître, plus grandes sont les capacités et la force que nous pouvons manifester. Quand nous faisons le serment de nous acquitter de notre dette de reconnaissance envers notre maître, nous nous élançons sur la voie de la victoire commune du maître et du disciple. (Série d’essais « Les écrits de Nichiren et la relation de maître et disciple »)   Rien n’est plus précieux que d’avoir des amis avec qui vous pouvez tout partager librement et des personnes vers qui vous pouvez vous tourner pour obtenir des conseils quand vous en avez besoin. (Discours prononcé à la session de photo souvenir avec les écoles Soka, décembre 1998)   Quoi qu’il arrive, restez positifs et continuez à aller de l’avant. Progresser est vital, et la clé du bonheur se trouve dans un comportement rayonnant et positif. (Discours prononcé à la conférence des représentants du nouvel An, janvier 2007)   Selon le concept du cerisier, du prunier, du pêcher et de l’abricotier (cf. OTT, 200), le bouddhisme explique que chaque personne a une mission et une personnalité uniques et un mode de vie qui lui est propre. Chaque personne a le droit d’accomplir sa mission en ce monde. (cf. Dialogues avec la jeunesse, t. 1, Acep, p. 168)   Parlons avec confiance aux autres de notre noble cause, rayonnant d’un espoir infini pour l’avenir. Nichiren a dit : « C’est par la voix que ­s’accomplit l’œuvre du Bouddha. » (OTT, 4) En engageant des dialogues et en passant à l’action pour kosen rufu, nous contribuons à la création et à la diffusion de l’espoir. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   Avec la détermination que tout commence par vous-même, faites face à vos défis. C’est ainsi que vous manifesterez toute votre force. (Discours prononcé à la réunion commémorative de l’université Soka et de la Faculté Soka féminine, janvier 1987)   J’espère que chacune et chacun de vous essaiera de lire de bons livres d’auteurs du monde entier. De cette manière vous engagerez des dialogues avec de grandes personnalités qui ont surmonté des obstacles très variés. J’espère qu’à travers la lecture, vous ferez des grands esprits de l’humanité vos amis et développerez un caractère fort et noble. (Message pour la cérémonie d’entrée des écoles Soka, avril 2011)   L’important est d’aller constamment de l’avant, ne serait-ce que d’un pas, en faisant preuve de persévérance et de sérénité. Faites ce que vous pouvez faire maintenant, tels que vous êtes, et allez jusqu’au bout. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   Les nouvelles rencontres peuvent être à l’origine d’échanges de cœur à cœur et devenir une source d’inspiration mutuelle. Elles nous permettent de découvrir et de développer de nouvelles facettes de notre personnalité. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   La joie émerge quand nous déployons activement des efforts, et non quand nous restons passifs. La clé consiste à décider par nous-mêmes : « Allez, j’y vais ! » (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 28, chap. « La Grande voie »)   Les personnes qui manifestent avec enthousiasme leur curiosité et leur esprit de recherche, et qui sont prêtes à tisser des liens d’amitié avec tout le monde peuvent développer pleinement leur potentiel. (Discours prononcé à la réunion des responsables du département des jeunes hommes, juin 1990)   Kosen rufu commence par la voix courageuse d’une seule personne. Le premier pas vers la paix mondiale réside dans un dialogue sincère. Partageons joyeusement nos convictions. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   Celles et ceux qui soutiennent des personnes de valeur sont eux-mêmes des personnes de valeur. La lumière et la chaleur du soleil sont une source de développement essentiel. Le soleil est un symbole d’espoir, de courage et de compassion. (Série d’étude « La jeunesse et les écrits de Nichiren »)   Quand nous décidons d’accomplir notre vœu en tant que bodhisattvas surgis de la Terre, nous pouvons vivre pleinement notre vie. La transmission de cette joie sans égale d’une personne à une autre est en définitive ce qui définit notre mouvement de kosen rufu mondial. (Série d’essais « La citadelle éternelle du mouvement Soka »)   « Les hommes du commun qui gardent à l’esprit les mots : “[avec un] cœur décidé” peuvent devenir bouddhas. » (Le don de riz, Écrits, 1133) Une foi sérieuse et un esprit de recherche sincère dans la pratique du bouddhisme sont la clé pour manifester la bouddhéité. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 4, chap. « Triomphe », p. 120-121)   Ce qui importe, c’est de prendre la responsabilité et de lutter de tout cœur jusqu’au bout. Remettez-vous en question et avancez avec une détermination renouvelée. (Discours prononcé à une réunion de responsables, novembre 2008)   Les personnes sont attirées par les lieux où règne une atmosphère positive et amicale. Vous n’avez pas à prendre un air guindé. Soyez vous-mêmes quand vous accueillez les gens dans le monde chaleureux des encouragements qui est le nôtre. (Série d’essais « La citadelle éternelle du mouvement Soka ») Quelques mots peuvent suffire à orienter la vie d’une personne dans la direction de l’espoir. Ces mots ne seront jamais oubliés. Le fait de prêter attention aux mots que nous utilisons traduit notre considération pour les autres. (Watakushi no ningengaku – Sur les personnalités historiques et la société).   Celles et ceux qui décident de plonger de solides racines là où ils se trouvent et de continuer à mener leur vie avec persévérance et espoir seront des vainqueurs dans la vie. Comme le dit le proverbe : « Creuse sous tes pieds, tu y trouveras une source. » (Discours prononcé à une session d’entraînement, décembre 1986)   Rien n’est plus puissant que la prière. C’est la force et le moteur qui permettent de tout transformer. Une prière empreinte de la détermination de remporter la victoire peut faire jaillir une conviction immense et permet d’élaborer des plans minutieux et de passer à l’action. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 22, chap. « Le trésor de la vie », p. 356)   Celles et ceux qui peuvent trouver des moments de joie et d’inspiration dans leur vie quotidienne sont heureux. Leurs journées sont riches et satisfaisantes. (Discours prononcé à la réunion nationale des responsables du département des femmes, novembre 1989)   Les personnes courageuses qui font du lien éternel entre maître et disciple leur base tout au long de leur vie sont les véritables successeurs. Grâce à ces personnes, l’héritage spirituel de la voie de maître et disciple, qui est la clé de la victoire éternelle et du développement de notre mouvement, se perpétuera à l’infini. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   La vie n’est pour personne un long fleuve tranquille. Ce qui compte, c’est de savoir si nous surmontons les obstacles auxquels nous sommes confrontés ou si nous nous laissons vaincre par eux. La foi est ce qui nous permet de développer un soi invincible. (Discours prononcé à la réunion générale de préfecture, octobre 1990)   Celles et ceux qui vivent avec un esprit positif et rempli d’enthousiasme – qui possèdent une disposition d’esprit joyeuse et remontent le moral des autres – sont heureux. (Discours prononcé à la réunion générale de la SGI, juin 1996)   Le véritable sens de la persévérance dans la foi est de se pousser à toujours relever de nouveaux défis, jour après jour, en renouvelant notre détermination. […] La clé de la révolution humaine et de la victoire dans la vie consiste à faire de chaque jour un nouveau départ et un jour de victoire. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 26, chap. « Avancer avec audace », p. 358)   Nichiren a fait le serment de devenir la « personne la plus sage du Japon » (Lettre aux moines du Seicho-ji, Écrits, 655) Un serment n’a pas de limites. Un serment est en soi la graine d’un potentiel illimité. (Série d’essais « La lumière du siècle de l’humanisme »)   Cultivons des amitiés avec un cœur vaste et ouvert. Chaque effort déployé en ce sens représente une occasion éclatante d’aider les autres à créer un lien avec le bouddhisme. Là réside la voie de la création de la paix, du bonheur et de la victoire. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   Le processus de création est une lutte contre notre propension à accepter les compromis faciles. On ne peut ouvrir une nouvelle voie qu’en surmontant cette tentation, en repoussant nos limites pour aller jusqu’au bout de nous-mêmes, en nous lançant des défis sans ménager nos efforts, et en déployant tout notre talent. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 30-II, chap. « Les acclamations de la victoire », p. 89)   Quand vous vous sentez dans une impasse, prenez un nouveau départ et relevez à nouveau courageusement le défi. Les efforts patients et tenaces que vous déployez aujourd’hui mèneront à la victoire future. (Message pour le Festival de la Journée de la Gloire des écoles Soka, juillet 2015)   Adopter une attitude désinvolte en se disant que tout ira bien simplement parce que l’on a la foi est un signe de complaisance. En tant que pratiquants du bouddhisme de Nichiren, veillons à faire preuve de la plus grande vigilance dans notre vie quotidienne. (Discours prononcé lors de la réunion des responsables de chapitre de la préfecture de Tochigi, septembre 1986)   Aller sans cesse de l’avant, toujours de l’avant, tel est l’esprit des maîtres et disciples du mouvement Soka. Persévérer est la clé pour développer une créativité exceptionnelle. Lutter et relever sans cesse des défis permettent de remporter de grandes victoires. (Série d’essais « Le chant de la victoire humaine »)   Ceux qui décident que « le moment est venu de transformer mon karma. C’est l’occasion pour moi de me développer davantage » peuvent transformer tout ce qui les entoure en une force motrice vers le bonheur. (Série d’essais « Les Écrits de Nichiren et la relation de maître et disciple »)   Mes chers membres du groupe Avenir ! Vous avez des amis qui bravent les tempêtes de la vie et chérissent les mêmes idéaux que vous. Vous avez des camarades dévoués qui vous soutiennent. C’est pourquoi vous ne devez jamais vous laisser abattre. (Série d’essais « La citadelle éternelle du mouvement Soka »)   Il est important de vivre avec force et courage. Quand nous sommes forts, nous pouvons être bienveillants envers les autres. Nous pouvons les accueillir et les aider. (Discours prononcé à la conférence des représentants de Yamanashi, avril 2001)   Le bouddhisme est la raison. La foi équivaut à la vie quotidienne. En menant une vie équilibrée et manifestant une grande force vitale, soutenus par un Gongyo et des Daimoku vigoureux, apportons des contributions positives partout où nous sommes. (Série d’étude « Les cinq orientations éternelles de la Soka Gakkai »)   La vie est une lutte. C’est la raison pour laquelle il importe de ne pas trop s’enorgueillir en cas de victoire ni de se décourager en cas de défaite. Celles et ceux qui vont inlassablement de l’avant avec patience et persévérance finiront par remporter la victoire. (Série d’essais « Les écrits de Nichiren et la relation et de maître et disciple »)   Du point de vue du bouddhisme, nous sommes profondément liés à tous les êtres humains et avons une dette de reconnaissance envers eux. La voie suprême pour s’acquitter de cette dette consiste à partager la philosophie suprême du bouddhisme. Présenter les enseignements de Nichiren aux autres est, par conséquent, la plus grande marque d’amitié. (Discours prononcé à la réunion mensuelle des responsables, février 2001)   Il importe d’exprimer notre reconnaissance avec beaucoup de sincérité et de chaleur humaine, et non avec des mots superficiels ou des flatteries creuses. La sincérité est la pierre angulaire du bouddhisme de Nichiren et de notre comportement en tant qu’êtres humains. (Discours prononcé à la conférence nationale des responsables, août 2007)   Même le Bouddha s’inquiète pour les êtres vivants et lutte de toutes ses forces pour les guider vers l’illumination. C’est ce qui l’incite à faire jaillir sans cesse sa sagesse. Les inquiétudes et les luttes sont les bûches qui alimentent la sagesse de l’illumination. (Série d’étude « Passages clés du Recueil des enseignements oraux »)   Le bonheur véritable se trouve dans notre sentiment d’accomplissement intérieur. La joie et la profonde satisfaction dans la vie, libres de tout regret, sont le fruit de nos efforts réguliers et de notre persévérance pour rester fidèles à nos convictions. (Série de cours spéciaux « La vie de Marie Curie »)   Les personnes d’action ne baissent pas les bras. Même lorsqu’elles semblent être dans une impasse, elles finissent toujours par trouver une voie pour aller de l’avant. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 17, chap. « Champs verdoyants », p. 363)   Faire preuve de considération signifie se mettre à la place de l’autre. C’est de cette façon que nous pouvons répondre à leurs besoins de la manière la plus juste et la plus précise possible. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 15, chap. « Floraison », p. 329)

Paroles d'encouragement

Le 3 juillet et l’esprit de maître et disciple

Notre voie éclatante vers la victoire Par Shin’ichi Yamamoto 1 Appréciez l’instant présent. Comme l’auteur allemand Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) le disait à son jeune confrère Johann Peter Eckermann (1792-1854) : « Tenez-vous toujours ferme à l’heure présente. Chaque état présent, chaque seconde est d’une valeur infinie 2. » Ce sont des paroles d’un véritable maître de vie, à la vigueur chaque année plus grande. Nous retrouvons là le même esprit que partagent les pratiquants du groupe Maints-trésors, pionniers de notre mouvement Soka. Le principe bouddhique des « trois mille mondes en un instant de vie » nous enseigne que chaque « instant de vie » contient une infinité de possibilités, aussi vaste que l’univers. Nichiren Daishonin écrit : « De plus, de même que la vie ne dépasse pas l’instant présent, le Bouddha exposa les bienfaits issus d’un seul moment de joie [à l’écoute du Sûtra du Lotus]. » (Questions et réponses sur la foi dans le Sûtra du Lotus, Écrits, 63) Ne laissons pas filer le moment présent. Comme on ouvre grand une fenêtre, ouvrons notre vie au maximum et manifestons une sagesse empreinte de joie, ainsi que la force du Bouddha. La foi en la Loi merveilleuse nous permet de le faire. Chaque instant est un défi ; chaque instant est une lutte entre victoire et défaite. Quelle perte que de limiter notre potentiel en nous enfermant, en nous laissant gouverner par la peur ! Rassemblons notre courage. Lançons-nous des défis avec un esprit ardent et optimiste. Quand la situation est difficile, encouragez-vous chaleureusement les uns les autres comme de bons amis dans la foi et avancez résolument vers la victoire en faisant apparaître les deux forces invincibles du Bouddha et de la Loi, grâce au pouvoir dynamique de la foi et de la pratique. En ce jour anniversaire du 3 juillet, Témoins directs De la nature destructrice du pouvoir, L’esprit du mouvement Soka Brille avec encore plus d’éclat. Le 3 juillet, date qui embrase mon cœur, s’approche à nouveau. C’est ce jour-là, il y a cinquante-trois ans, en 1957, que j’ai été arrêté sur de fausses accusations, à Osaka. À la fin du mois de juin, je m’étais rendu dans le Hokkaido pour protester contre les actions injustes menées par le Syndicat des mineurs de Yubari 3 à l’encontre de pratiquants du mouvement Soka. À Yubari, avec l’aide des pratiquants venus des quatre coins du Hokkaido pour manifester contre cette violation des droits de l’homme, je me suis battu pour que justice soit faite. La liberté de culte et la liberté de pensée sont les fondements mêmes de la démocratie. Ménandre, dramaturge de la Grèce ancienne, a écrit : « Loin de céder en tout aux méchants, il faut, au contraire, leur résister 4 » et « C’est toujours ce qu’il y a de mieux de dire la vérité en toute occasion, je soutiens que c’est le parti le plus sûr dans la vie 5. » Au cœur de mes actions contre le syndicat minier, le quartier général de la police préfectorale d’Osaka m’a convoqué pour m’interroger. Après avoir assuré notre victoire dans le Hokkaido, je suis allé à Osaka pour rétablir la vérité et faire valoir la justice. Quand je suis arrivé au poste de police, j’ai immédiatement été mis en garde à vue. En ce 3 juillet, il faisait chaud et humide. La coïncidence a voulu que ce soit aussi un 3 juillet, douze années auparavant, que Josei Toda, mon maître, ait été libéré de prison, où il avait été détenu pour s’être opposé aux exigences des autorités militaristes japonaises pendant la guerre. M. Makiguchi, lui aussi incarcéré, était décédé en prison l’année précédente, le 18 novembre 1944. Héritier de l’esprit de son maître, M. Toda est sorti de prison avec la détermination inébranlable de concrétiser la vision de M. Makiguchi. Le 3 juillet est le jour où il a fait le vœu de reconstruire la Soka Gakkai et de réaliser kosen rufu, au cœur des ruines d’un Japon encore en guerre. Le 3 juillet est notre jour de maître et disciple – jour où les véritables disciples se dressent résolument pour la justice. C’est le moment pour les disciples de renouveler leur vœu de se consacrer à faire connaître la vérité, c’est le jour où ils font un pas de plus sur la voie ouverte avec succès par leur maître. Friedrich Nietzsche (1844-1900), philosophe allemand, a fait remarquer avec pertinence : « Quiconque est mû par des sentiments altruistes quand il crée une grande œuvre prend soin de former des héritiers 6[afin que ces derniers la poursuivent]. » Ceux qui ne sont concernés que par leur propre pouvoir et leur réputation n’ont pas d’intérêt à former des successeurs remarquables. Or, les grandes œuvres dédiées au bien public doivent être léguées à des successeurs ou disciples qui poursuivront l’œuvre des pionniers. Telle est la conclusion de Nietzsche. La voie solennelle de maître et disciple n’est pas celle où le maître porte ses disciples sur le dos, mais celle où les disciples se lancent et avancent avec vigueur sur la même voie que leur maître. Être déterminé à agir avec le même esprit que le maître est la force motrice qui permet aux disciples de suivre cette voie ardue tout au long de leur vie, avec une détermination indéfectible. Quand j’ai été incarcéré le 3 juillet, je ne faisais qu’un avec ­l’esprit de mon maître, avec sa détermination. Et, cette expérience n’a fait que renforcer mes convictions. L’antimilitariste Rosa Luxemburg (1871-1919) a aussi été emprisonnée pour ses idéaux. Elle écrit : « Jusqu’à présent je n’étais pas mièvre, mais maintenant je suis aussi forte que l’acier trempé 7. » En prison, elle encourage une amie en lui écrivant : « Tu ne vas pas te décourager 8 », et « Donne-toi du courage, nous continuerons de nous voir, en dépit de ce que la vie nous réserve, quoi qu’il arrive 9. » Avoir du courage signifie rester positif en toutes circonstances. C’est aussi demeurer invincible et libre. À l’inverse, se laisser submerger par sa lâcheté conduit à l’enfermement et au malheur. « Si les gens au pouvoir veulent me tester, qu’ils le fassent ! En tant que champion de la cause bouddhique, je ne serai pas vaincu ! » – tel est l’esprit qui m’anime. Le 3 juillet est mon point de départ éternel. C’est le jour où je me suis fait le serment de consacrer ma vie à protéger mon maître bouddhique, le mouvement Soka et tous ses pratiquants. Nichiren Daishonin écrit : « Le roi-lion ne craint aucune autre bête sauvage, pas plus que ses lionceaux. » (Sur les persécutions subies par le sage, Écrits, 1008) et « Mon souhait est que mes disciples soient les petits du Roi-lion, jamais ridiculisés par une meute de renards. » (WND-II, 1062) Les maîtres et disciples du mouvement Soka sont tous, sans exception, des lions courageux. Le lion n’a pas peur ! Le lion est invaincu ! Le lion est toujours prêt ! Le lion relève tous les défis ! Le lion gagne ! Depuis le 3 juillet 1957, plus d’un demi-siècle s’est écoulé. Le 28 juin dernier [en 2010], j’ai reçu un doctorat honoraire de lettres de l’université George Mason, aux États-Unis, institution héritière du noble esprit de liberté proclamé par les pères fondateurs de l’Amérique. J’ai accepté humblement ce prix en signe de reconnaissance de notre lutte triomphante en faveur des droits de l’homme et l’ai dédié à MM. Makiguchi et Toda. L’université tient son nom de George Mason (1725-1792), un des premiers hommes d’État américain. Dans son testament, Mason écrit à l’attention de ses enfants : « Je leur demande… de ne jamais laisser des raisons d’intérêt personnel ou d’ambition les conduire à trahir ; ni la menace de la pauvreté et de la disgrâce, ni la peur du danger ou de la mort les dissuader de clamer la liberté de leur pays et d’œuvrer à transmettre à la postérité ces droits sacrés auxquels eux-mêmes ont eu accès dès la naissance 10. » En tout lieu, de tout temps, ceux qui abandonnent leurs idéaux par égoïsme ou ambition personnelle, ou trahissent leurs camarades, déshonorent leur nom pour l’éternité. Le lion rugit. Dans une lettre adressée à la nonne laïque Sennichi, épouse d’Abutsu-bo et modèle pour les femmes du mouvement Soka de notre époque, Nichiren écrit : « Quand le roi lion voit ses lionceaux attaqués par d’autres bêtes sauvages ou par des rapaces, il rugit. Les cent lionceaux s’enhardissent alors et la tête de ces autres bêtes sauvages et rapaces se brise en sept morceaux. Le Sûtra du Lotus est comme le roi-lion qui règne sur tous les autres animaux. » (Le tambour à la Porte du Tonnerre, Écrits, 959) Nous devons nous exprimer avec courage, d’une voix sincère et convaincue. Nos paroles doivent se faire l’écho de la vérité et de la justice pour contrer les mensonges proférés par ceux qui tentent de tromper les autres. Notre rôle, notre responsabilité est de changer de manière positive la société et le monde par un mouvement populaire et pérenne fondé sur le dialogue. Fernand Dumont (1927-1997), philosophe et sociologue qui a enseigné à l’université Laval à Québec, au Canada, a appelé les personnes de foi à agir dans la société pour bâtir un monde meilleur. Il les exhortait à engager le dialogue sur l’amélioration de la société avec leurs concitoyens 11. Pour construire un monde meilleur, il est important de parler avec audace et force pour ce qui est juste. C’est l’essence même de la démocratie. Les bouddhistes de la Soka Gakkai internationale sont à l’avant-garde de ce dessein. Le 3 juillet 1957, en route vers Osaka pour comparaître au tribunal, mon vol faisait escale à l’aéroport d’Haneda, à Tokyo, où m’attendait M. Toda. Il m’a pris dans ses bras et m’a parlé avec la plus grande insistance : « S’il te plaît, ne meurs pas ! Daisaku, si la mort devait t’emporter, je me précipiterai à tes côtés, et là, je t’accompagnerai dans la mort. » L’émotion m’a envahi. Le lien qui existe entre le maître et le disciple transcende les liens en cette vie. Tant que mon maître vit en moi, je sais que je ne serai jamais vaincu. Profondément remonté par les encouragements de M. Toda à l’aéroport, je me suis dirigé vers mon avion. À cet instant, j’ai entendu une femme du mouvement Soka m’interpeler : « Que puis-je transmettre aux pratiquants de votre part ? » J’ai répondu sans hésiter : « Un nouveau jour se lève au Japon ! Veuillez transmettre ce message aux autres pratiquants ! » Je n’oublierai jamais les femmes du mouvement Soka, les mères de Soka, qui se sont dressées avec courage dans le même esprit que moi à cette époque. L’ancien président tchèque Václav Havel, que j’ai eu le plaisir de rencontrer, a aussi été incarcéré pour ses croyances. Au sujet de son expérience en prison, il a dit : « Encore et encore, je me suis rendu compte que l’espoir est avant tout un état d’esprit, et à ce titre nous possédons ou non l’espoir, tout à fait indépendamment de notre environnement immédiat 12. » C’est lorsque nous sommes confrontés aux plus grandes difficultés que nous devons nous dépasser avec ténacité et persévérance. Ce faisant, le soleil de l’espoir se lève dans notre cœur et l’aube de la victoire commence à apparaître. Dans ses Entretiens, Confucius dit à son disciple Tzu-kung : « Un homme de bien ne s’inquiète jamais ; un homme de sagesse n’est jamais partagé ; un homme de courage n’a jamais peur 13. » Ceux qui se consacrent à kosen rufu et vivent avec courage, compassion et sagesse sont confiants, décidés et intrépides. L’esprit courageux de la lutte commune – l’esprit de maître et disciple incarné dans le 3 juillet – ne s’éteindra jamais. Je vous félicite, vous Qui avancez Sur cette grande et noble voie, Parlant avec courage au nom de la justice, Comme je l’ai fait. Membres du Kansai-victorieux ! Écrivons l’histoire Ensemble, Vous et moi, Toujours victorieux. Le 3 juillet 1957, la nouvelle de mon arrestation sur de fausses accusations – appelé plus tard l’affaire d’Osaka 14 – s’est répandue telle une traînée de poudre à travers le Kansai, provoquant la grande colère des pratiquants. À cette époque, comme aujourd’hui, les membres du Kansai étaient parfaitement unis dans l’esprit d’« un seul cœur dans des corps différents ». Ils ne faisaient qu’un, jusqu’à la toute dernière personne en première ligne de chaque groupe. C’est ce qui les rendait forts. En apprenant mon arrestation, les pratiquants se sont réunis de leur propre initiative dans la salle de pratique du siège de la Soka Gakkai, à Osaka, et ont prié avec une cohésion puissante. Ils ont prié avec ardeur pour ma sécurité et pour que la vérité triomphe, mettant en pratique les mots de Nichiren Daishonin qu’ils avaient étudiés ensemble : « Aussi troublée que soit l’époque à venir, je prie pour que le Sûtra du Lotus et les dix filles rakshasa vous protègent tous. Je prie ainsi avec autant de ferveur qu’il en faudrait pour produire du feu avec du bois humide ou tirer de l’eau d’un sol desséché. » (Réprimander les oppositions à la Loi et éradiquer les fautes, Écrits, 448) Je n’oublierai jamais ces nobles pratiquants du Kansai qui ont partagé avec moi mes joies et mes peines. Leur mémoire continuera de briller jusqu’au plus profond de ma vie, de toute éternité. En plein cœur de l’été, j’ai été fréquemment harcelé verbalement pendant les interrogatoires, dans une salle close. Cependant, dans ma cellule, j’avais eu le droit d’apporter un exemplaire des Écrits de Nichiren. En lisant les grandes persécutions subies par Nichiren, ma propre épreuve semblait insignifiante. Je suivais la voie de maître et disciple, dédié à la transmission de la Loi, comme MM. Makiguchi et Toda l’avaient fait avant moi. C’était la noble voie pour établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays que je m’efforçais d’ouvrir avec mes chers camarades dans la foi. Je ne pouvais, je ne voulais accepter la possibilité d’échouer. Il était évident que les autorités souhaitaient impliquer M. Toda. Par conséquent, j’étais fermement résolu à agir comme bouclier entre elles et lui, et à les empêcher de lever ne serait-ce qu’un petit doigt sur lui. Dans le Sûtra du Lotus, il est dit que ceux qui transmettent ses enseignements au cours de la Fin de la Loi doivent faire preuve d’« infinie patience » (SdL-X, 169) face à la persécution. Nichiren explique ce point : « Maintenant Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, pensent au Bouddha et à [son vœu], et pour cette raison, ils réagissent avec patience. » (cf. OTT, 86) Tant que nous sommes profondément engagés à réaliser le vœu de kosen rufu, au cœur de la lutte commune du maître et du disciple, nous pouvons tout endurer et surmonter chaque obstacle. Un soir, alors que les journées éprouvantes d’interrogatoire se succédaient, j’ai été emmené, menottes aux mains, du centre de détention d’Osaka au bâtiment non loin du bureau du procureur du district d’Osaka. Mes droits humains les plus fondamentaux étaient bafoués en me faisant parader ainsi menotté à l’extérieur. Quand les lourdes portes de la grille du centre de détention se sont ouvertes, un jeune homme du mouvement Soka de Tokyo m’attendait. Ravalant des larmes de colère, il a réussi à me dire : « M. Toda s’inquiète pour vous… », avant que l’émotion ne l’envahisse. Je lui ai dit : « Je vais bien. Je tiens bon. S’il vous plaît, dites-le à M. Toda. Transmettez mes meilleurs vœux à tous. Dites-leur de ne pas s’inquiéter. » Après ces quelques paroles, je lui ai résumé ma lutte contre les autorités. Ce jeune homme a gravé dans sa vie la leçon que kosen rufu est une grande lutte contre la nature destructrice du pouvoir, toujours en quête d’exploiter les autres. Il est devenu un responsable courageux dans la préfecture de Saitama et dans la région de Kanto. La jeunesse de notre mouvement actuel a hérité du même esprit combatif passionné. Soucieux de mon bien-être, nombre de pratiquants se réunissaient à l’extérieur du centre de détention en cette période de juillet. Par une chaleur étouffante, les femmes attendaient des heures durant. Les jeunes gens regardaient avec colère les murs épais de la prison. Certains versaient des larmes amères. Je me souvenais des mots que Nichiren avait écrits par reconnaissance envers un couple âgé qui avait risqué sa vie pour lui venir en aide sur l’île de Sado : « Sans redouter les sanctions des autorités de la province, vous étiez prêts à vous sacrifier pour moi. » (Lettre à la nonne séculière de Ko, Écrits, 600) Chaque pratiquant vibrait du cœur intrépide d’un Roi-lion. En raison des liens que partagent nos membres courageux du Kansai toujours victorieux, le mouvement Soka ne sera jamais vaincu. Transmettre le Sûtra du Lotus à l’époque mauvaise après la disparition du bouddha Shakyamuni est décrit comme une tâche d’une difficulté incroyable. Et c’est précisément quand la lutte pour répandre la Loi arrive à un stade décisif et difficile que les bodhisattvas surgis de la Terre vont courageusement de l’avant. Le 11 juillet, une semaine après mon arrestation, une responsable femme priait dans la salle de pratique du siège de la Soka Gakkai au Kansai. Elle a promis devant le Joju Gohonzon sur lequel est inscrit : « Pour la réalisation du grand vœu de kosen rufu par la propagation bienveillante de la Grande Loi » de faire du Kansai une région capable de triompher de tout. Le vœu du Kansai d’être toujours victorieux a commencé avec des femmes comme elle. L’affaire d’Osaka a uni les bodhisattvas surgis de la Terre du Japon, qui se sont dressés avec leurs camarades du Kansai. Le 12 juillet, le rassemblement de Tokyo se tenait au stade national de Kuramae pour protester contre mon arrestation. M. Toda a farouchement dénoncé les actions tyranniques des autorités. Quelque 40 000 pratiquants des préfectures de Tokyo, Saitama, Kanagawa et de Chiba se sont retrouvés au rassemblement, occupant entièrement le stade. Une contre-offensive venait d’être lancée. Avant de se rendre au rassemblement, M. Toda a reçu un visiteur au bureau de la Soka Gakkai et a discuté longuement avec lui. L’homme avait été objecteur de conscience, incarcéré en même temps que M. Toda au centre de détention de Tokyo, à Sugamo, durant la Seconde Guerre mondiale. Déclarant qu’il ne craignait aucune persécution, M. Toda a dit à son visiteur : « Maintenant mon disciple est détenu à Osaka. Nous allons tenir un rassemblement de protestation à Kuramae ce soir. » L’unité de maître et disciple, des bodhisattvas surgis de la Terre, se renforce seulement quand elle est mise à l’épreuve par les vents violents de la persécution. Ce jour historique du 12 juillet est maintenant célébré en tant que « Jour du bonheur et de la victoire des femmes de la région de Tokyo ». Le matin du 17 juillet, deux semaines après mon arrestation et jour de ma libération, des membres du groupe des Cuivres se sont rassemblés au bord de la rivière Dojima et ont commencé à interpréter des chants inspirants de la Soka Gakkai que je pouvais entendre depuis ma cellule du centre de détention d’Osaka. Je fus libéré peu de temps après midi. Les larmes étincelantes sur les visages de centaines de pratiquants qui m’attendaient pour m’accueillir brillent encore dans mon cœur aujourd’hui, comme un souvenir inoubliable et précieux de mon Kansai bien aimé. Je suis allé à la rencontre de M. Toda, venu à Osaka, et ensemble, nous avons participé au rassemblement d’Osaka, au centre civique de Nakanoshima, le soir même. Quand le rassemblement a débuté à 18 heures, le ciel dégagé s’est soudainement couvert et des averses diluviennes se sont abattues, suivies de coups de tonnerre étourdissants. C’était comme si la juste colère des personnes ordinaires s’exprimait face aux autorités arrogantes. Quelque 20 000 pratiquants sincères étaient réunis pour le rassemblement du Kansai et d’autres régions de l’ouest du Japon, y compris celles de Chugoku, Shikoku et Kyushu. Le stade était plein à craquer. Pas une seule personne n’est partie en dépit du temps exécrable. Ceux qui étaient à l’extérieur, par manque de places, sont restés debout sous la pluie battante jusqu’à la fin. Avant de monter sur l’estrade, M. Toda m’a demandé de ne pas m’épancher trop longuement, au regard du procès à venir concernant l’affaire d’Osaka. C’était un conseil pertinent que j’ai suivi. M’adressant à tous, j’ai dit : « Abordons ce procès avec la conviction que l’enseignement du bouddhisme de Nichiren et ceux qui maintiennent solidement leur foi, protégeant sincèrement le Gohonzon, finiront immanquablement par gagner. » Les pratiquants répondirent par de tels applaudissements qu’ils couvraient le bruit du tonnerre. Après le rassemblement, M. Toda m’a dit : « Les pratiquants du Kansai se sont dépassés. Pas un seul n’est resté indifférent à l’annonce de ton arrestation. C’était un merveilleux exemple de cohésion. Ils ont prié avec sincérité, leurs cœurs mus par une juste colère. Ils se sont exprimés et ont fait leur possible pour rétablir la vérité sur la Soka Gakkai. » Il a déclaré aussi : « Il en résultera que notre mouvement au Kansai s’épanouira davantage. Les pratiquants du Kansai ont fait un énorme pas en avant vers un état de vie sans limites, rayonnant de bonne fortune. » M. Toda a confié l’avenir de la Soka Gakkai à cette lutte commune que les pratiquants du Kansai et moi menions. Plus la tempête faisait rage, plus nous allions étendre nos ailes en tant que disciples agissant aux côtés de notre maître et permettre au Kansai de s’élever haut dans le ciel de la victoire éternelle. Voltaire (1694-1778) a dit : « Dès qu’on veut faire quelque bien, vous aurez toujours des ennemis… l’envie vous persécutera 15. » Il a dit aussi : « L’infâme persécution ne servira qu’à votre gloire 16. » C’est une évidence historique que les champions de la liberté et des droits humains sont persécutés par les autorités corrompues et tyranniques. Adolfo Pérez Esquivel, militant des droits civiques et lauréat du prix Nobel de la paix, avec qui j’ai publié un dialogue, a été arrêté et incarcéré parce qu’il luttait contre les offenses aux droits humains perpétrés par la dictature militaire dirigeant le pays. À une époque, quiconque osait s’opposer au pouvoir « disparaissait » – était enlevé, exécuté puis jeté. Il a vécu chaque journée de ses quatorze mois d’incarcération avec la menace d’être exécuté. Un jour, M. Esquivel a été mis dans un avion pour être, a priori, jeté dans le vide et mourir. Mais, à la dernière minute, l’avion a changé de direction et il fut épargné. Finalement, la dictature a dû céder face aux actions inlassables des nombreux amis du militant appelant sa libération. Le désir de paix et de liberté du peuple s’était transformé en une vague de fond d’une force telle qu’elle fit s’écrouler les murs épais de la dictature, et M. Esquivel a été libéré, à la joie du monde entier. La justice finit par prévaloir. C’était la victoire de la solidarité des personnes ordinaires et un hymne à l’esprit humain. En songeant à ses combats, M. Esquivel a dit : « Les êtres humains peuvent manifester des talents et des capacités extraordinaires quand ils poursuivent des objectifs nobles tels que la liberté, la paix et le bien-être commun 17. » Quatre ans et demi plus tard, j’ai, moi aussi, été disculpé de toutes les charges dans l’affaire d’Osaka. La première audience de mon procès a eu lieu le 18 octobre 1957, et l’audience finale des conclusions de la défense et du procureur s’est déroulée le 16 décembre 1961. Le jugement a été rendu le 25 janvier 1962. Au total, il y a eu quatre-vingt-quatre sessions. Après une longue bataille ardue, la vérité a gagné. Nous avons gagné. Dans l’Histoire, combien de personnes innocentes ont été accusées injustement et en ont souffert ? Une société qui punit le juste et l’innocent, qui fait souffrir le citoyen honnête et travailleur doit changer. C’est la raison de notre lutte pour établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays. Quelle est la plus grande source de fierté des trois premiers présidents du mouvement Soka ? C’est d’avoir lutté de toutes nos forces contre la nature destructrice de l’autorité afin de protéger la liberté et le bonheur des personnes ordinaires, et d’avoir gagné. Nichiren écrit : « Si maître et disciple n’ont pas le même esprit, ils n’accompliront jamais rien. » (Sur la floraison et la fructification, Écrits, 919) Le 3 juillet est un jour qui célèbre à jamais l’esprit invincible de maître et disciple, unis par une détermination indéfectible dans une lutte sans merci. Telle la cascade, impétueuse, Telle la cascade, indéfectible, Telle la cascade, sans peur, Telle la cascade, joyeusement, Telle la cascade, fièrement – Un homme devrait avoir le port d’un roi 18. J’ai composé ce poème aux gorges d’Oirase, dans la région de Tohoku 19. Mes camarades du département des hommes déploient des efforts courageux, en accord avec ces vers. Quand je pense à ce poème, je me souviens nettement d’une scène particulière : mes compagnons du Kansai qui attendent devant le hall municipal de Nakanoshima le jour du rassemblement d’Osaka, criant pour la justice en leur cœur, alors que des pluies torrentielles s’abattent sur eux comme des chutes d’eau. Tous étaient des champions inconnus, au port de roi. Telle une cascade ! Avec force, sans faillir, sans peur, avec joie et fierté, nous luttons et œuvrons avec l’esprit des champions, allant de victoire en victoire. Ensemble, remportons de nouveaux succès éclatants dans notre mouvement pour kosen rufu, avec joie et énergie. Vivez pleinement Et remportez la victoire finale, Accumulant sans aucun doute Une bonne fortune éternelle En cette vie.

Paroles d'encouragement

Une boussole pour la jeunesse

Extraits d’encouragements (certains sont révisés) parus dans le mensuel Mirai 1, la revue du département des collégiens et des lycéens au Japon, le 1er mai 2026. Notre réseau mondial Soka brille grâce à vos sourires éclatants Le 3 mai marque l’anniversaire de la nomination des deuxième et troisième présidents de la Soka Gakkai, Josei Toda et Daisaku Ikeda, respectivement en 1951 et 1960. Le 3 mai, Jour de la Soka Gakkai, est aussi le Jour des mères de la Soka Gakkai. J’ai proposé de faire de ce jour important dans l’histoire de notre mouvement une opportunité pour célébrer et exprimer notre profonde reconnaissance envers les membres du département des femmes – les mères qui œuvrent avec ardeur pour kosen rufu. J’espère que vous, mes jeunes amis, remercierez tout particulièrement vos mères aujourd’hui pour tout ce qu’elles font pour vous. La célèbre militante écologiste et lauréate du prix Nobel Wangari Maathai (1940-2011), que mon épouse et moi considérons comme une amie chère, fut profondément reconnaissante envers sa mère durant toute sa vie. Wangari Maathai est bien connue pour avoir promu l’esprit maternel consistant à prendre soin de la vie et de l’environnement. Le slogan mottainai (Quel gâchis !) qu’elle a repris du japonais est devenu un symbole de cet état d’esprit. Le message sous-jacent est qu’il faut respecter la nature et ne pas gâcher les précieuses ressources de la planète. Mme Maathai m’a transmis un message vidéo pour me féliciter à l’occasion du 50e anniversaire de ma nomination en tant que président de la Soka Gakkai [le 3 mai 2010]. Je n’oublierai jamais son éclatant sourire chaleureux lorsqu’elle déclare, dans cette vidéo, que partout où elle est allée dans le monde, elle a toujours rencontré des membres souriants de la Soka Gakkai. Elle ajouta que tous semblaient si heureux que le mot heureux lui-même évoquait pour elle les pratiquants de notre mouvement. Aujourd’hui, les sourires éclatants des membres de la Soka Gakkai brillent aux quatre coins de la planète. Nous entrons vraiment dans une époque merveilleuse. Extrait de Dialogue pour l’avenir Soyez votre meilleur allié Le président Ikeda nous a encouragés à nous développer selon le rythme qui nous est propre et à être fiers de nous-mêmes lorsque nous réalisons de grands efforts. Durant votre jeunesse, il est presque inévitable de ressentir quelquefois que les autres sont meilleurs que vous ou possèdent des qualités que vous souhaiteriez avoir. Se comparer aux autres n’est pas nécessairement mauvais. Quand vous voyez quelqu’un que vous admirez, vous pouvez en retirer une forme d’émulation. Si cela vous incite à vous améliorer, c’est formidable. Mais ne soyez pas impatients. Il n’est pas nécessaire de se précipiter. Prenez le temps dont vous avez besoin pour progresser et vous développer. Et si personne ne vous applaudit et ne fait votre éloge, félicitez-vous vous-même en vous disant : « Bravo ! Tu as fait du bon travail ! » « Tes efforts ont été récompensés ! » Rappelez-vous qu’il y a des personnes dont le plus grand plaisir est de chercher les défauts des autres. À chaque fois que vous ferez quelque chose de bien et de méritoire, il y aura toujours des gens qui vous envieront ou éprouveront du ressentiment à votre égard. Les valeurs du monde se trouvent ainsi inversées. C’est pourquoi il est nécessaire que vous soyez votre meilleur ami et allié et que vous vous encouragiez vous-même. Extrait de Dialogue pour l’avenir Une source de courage, de sagesse et d’espoir illimitée Dans cet extrait, le président Ikeda évoque l’importance d’étudier les écrits de Nichiren. Je me rappelle avoir écrit dans mon journal de jeunesse : « Lu le Gosho [recueil en japonais de l’ensemble des écrits de Nichiren]. C’est extrêmement difficile 2. » et « Chaque fois que je participe à une réunion d’étude, je ressens que je n’ai pas assez étudié. Profondément conscient de l’importance de l’étude 3. » J’ai fait un maximum d’efforts pour apprendre sous la direction de M. Toda. J’ai aussi donné en son nom beaucoup de cours sur les écrits de Nichiren à mes compagnons de pratique. Même si j’étais très fatigué en rentrant chez moi, j’avais pris pour habitude d’ouvrir les écrits de Nichiren et de noter dans mon journal un passage qui m’avait particulièrement marqué. Vous allez vous rendre compte que les passages que vous avez gravés dans votre vie durant votre jeunesse seront toujours en vous. Même si vous ne les comprenez pas pleinement dès la première lecture, leur signification finira par devenir claire à vos yeux. Vous devrez sans aucun doute lutter contre toutes sortes d’obstacles et de difficultés dans votre vie. Dans les périodes d’épreuves, vous vous demanderez peut-être pourquoi il vous arrive cela alors que vous récitez Nam-myoho-renge-kyo ou pourquoi vos souhaits ne sont pas exaucés. C’est alors que j’aimerais vous voir ouvrir les écrits de Nichiren. En les lisant et en les étudiant, vous entrerez en contact avec son vaste état de vie. Vous sentirez alors à coup sûr le courage monter en vous et vous ferez aussi apparaître une sagesse illimitée et de grands espoirs. Ainsi vous pratiquerez en renouvelant votre vœu et vous serez en mesure d’affronter la situation. Extrait de Dialogue pour l’avenir

Dossier thématique

Hommage à Victor Hugo

La Maison littéraire de Victor Hugo à Bièvres poursuit cette année et jusqu’à la fin novembre l’exposition « Victor Hugo et Les Misérables, de la réalité à l’idéal » qui remporte un vif succès. Nous présentons ici deux textes où Daisaku Ikeda, le fondateur de cette Maison, nous dit toute sa passion pour les œuvres et les engagements de Victor Hugo, qui furent pour lui une grande source d’inspiration. 1 - Victor Hugo, un géant à la spiritualité universelle Extrait de l’article intitulé « Les paroles de justice représentent la plus puissante des armes », journal Seikyo 16 octobre 2004, D&E n° 159, mars 2005, p. 89 à 101. J’entends encore la voix du président Toda me disant : « Lis Hugo ! » Les œuvres du célèbre écrivain français Victor Hugo (1802-1885) ont été pour moi une grande source de motivation et de courage lors des combats menés dans ma jeunesse. J’ai d’abord lu Les Misérables pendant mon adolescence et je l’ai relu plusieurs fois ensuite si bien qu’aujourd’hui, ce roman reste profondément inscrit dans ma vie. Le roman Quatrevingt-treize est un autre de mes romans préférés parmi les œuvres de Hugo. C’est un récit chronologique sur les gens et les événements survenus durant la période suivant immédiatement la Révolution française. Ce roman a une place privilégiée dans ma bibliothèque. Les grands chefs-d’œuvre de Victor Hugo m’ont tant remué l’âme et enflammé le cœur que, parfois, je levais les yeux vers le ciel en joignant les mains. Dans ces pages, je sentais palpiter l’énergie d’une profonde spiritualité à laquelle l’humanité avait désespérément besoin de revenir. L’époque où Hugo écrivait, le XIXe siècle, était tourmentée. Les gens ne savaient pas en quoi il fallait croire. C’était une période d’anxiété et de larmes. Quelle forme de gouvernement était juste et correcte ? Où étaient les véritables héros, les véritables champions ? Qu’était-il advenu des grands idéaux et de l’esprit majestueux de ce brillant moment de l’Histoire que fut la Révolution française ? C’est dans ce contexte que Victor Hugo, armé du pouvoir de sa plume, alluma un phare d’espoir lumineux, comme l’étoile polaire au firmament, pour éclairer le peuple épuisé par la souffrance. « Regardez le peuple, écrivait-il, et vous apercevrez la vérité. » Hugo n’a jamais abandonné le peuple ou essayé d’échapper à sa destinée. Il n’a pas fui devant le défi qui consistait à faire de ce monde un monde meilleur. Toute sa vie, il a été totalement convaincu que le bien et la vérité résidaient dans le cœur du peuple. Aussi était-il déterminé à toujours demeurer son allié et à partager ses épreuves et ses tourments. Comme nous le rappelle le titre Les Misérables, nous devons nous dresser au côté de ceux qui souffrent le plus en raison de circonstances sur lesquelles ils n’ont aucune prise. Nous devons lutter contre ceux qui sont responsables de ce malheur. Tel a été l’appel incessant de Hugo pour la justice, sa conviction la plus fervente. Cet appel courageux a eu un écho dans l’esprit d’un bouddhiste sincère, déterminé à contribuer de manière décisive à la réalisation de la paix et du bonheur du peuple. Je suis sûr que Hugo aurait fait l’éloge de notre esprit de révolution religieuse alors que, en tant que pratiquants de la Soka Gakkai, nous nous efforcions sincèrement de soulager les souffrances de la société dévastée du Japon d’après-guerre. C’était une époque sombre et la vie y était dure. Il ne semblait y avoir aucun but à atteindre, ni rien à espérer. Sans aucun doute, la passion avec laquelle nous avons mené notre majestueux combat pour établir un monde en paix en cette époque troublée, aurait fait vibrer le cœur de Hugo. Nous étions sincères et déterminés à construire une société juste et bonne, et nous détenions le pouvoir illimité de la foi dans les profondeurs de notre vie. Quand j’ai lu l’inoubliable épopée de Hugo, Les Misérables, je n’ai pu que m’étonner des profondes similitudes entre l’époque à laquelle le roman a été écrit et la nôtre, tant au niveau des événements qu’au niveau des convictions. L’exposition « Victor Hugo et le romantisme » ouvrira ses portes fin octobre au musée Fuji de Tokyo. Une note écrite de la main de Hugo, considérée comme un trésor national français, y sera également exposée. Cette note, rédigée le 19 mars 1885, trois jours seulement avant sa mort, est considérée comme le dernier témoignage écrit des pensées de ce grand poète et écrivain. Elle dit : « Aimer, c’est agir. » Je chéris profondément cette formule succincte qui résume en une phrase la conviction de cet immense géant de la littérature. Hugo était un homme d’action. C’était un héros authentique. Je suis sûr qu’il n’attachait aucune importance aux nombreux honneurs qui lui étaient conférés. Sans doute considérait-il également la renommée comme triviale et sans importance. C’était un ­champion qui exprimait son humanité et son amour débordant pour le peuple non seulement dans ses écrits mais aussi dans ses actions concrètes. Il entra en politique. Il mena une campagne virulente pour l’abolition de la peine de mort. Il s’opposa aussi au dirigeant de cette époque, Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873). Par la suite, même de son lieu d’exil, il poursuivit sa lutte par les mots, produisant une somme vertigineuse d’écrits. Tous ces actes gouvernés par l’amour ne relevaient en aucun cas de prises de position vaines et sentimentales. Ils exprimaient un combat féroce et sincère qui aurait tout aussi bien pu lui coûter la vie. Victor Hugo avait une profonde détermination. Dans son cœur brûlait la flamme étincelante de la combativité. Il était prêt à affronter le déclin avec fierté et à renoncer ainsi à l’avenir radieux qui semblait l’attendre. Sa résolution inflexible était aussi claire et pure qu’une cascade impétueuse. Son amour pour le peuple le rendait implacable envers quiconque trahissait ce peuple. Quand Louis-Napoléon Bonaparte, que Victor Hugo avait d’abord soutenu, commença à révéler sa véritable nature de despote, l’écrivain l’attaqua. Naturellement, Victor Hugo s’attira beaucoup d’ennemis et certains le méprisèrent et le haïrent. Comme il le clama dans une déclaration célèbre : « Vous avez des ennemis ? Mais c’est l’histoire de tout homme qui a fait une action grande ou crée une idée neuve. C’est la nuée qui bruit autour de ce qui brille 1. » Bien qu’il ait écrit ces mots pour encourager un ami, ils sont le reflet d’une conviction personnelle issue de sa propre expérience. L’esprit du pratiquant du bouddhisme de Nichiren se résume également dans le mot « action » ou « pratique ». L’expression kokeyo no gyoja, traduite par « adepte du Sûtra du Lotus » ou « pratiquant du Sûtra du lotus », apparaît plus de 330 fois dans les Écrits de Nichiren. Ce n’est pas le mot « croyant » ou le mot « érudit » mais le mot « pratiquant » qui exprime l’esprit passionné du bouddhisme de Nichiren. Le Sûtra du Lotus est un écrit qui doit être vécu. Ses enseignements sont destinés à se transformer en action. C’est le fait de les appliquer concrètement qui leur donne une valeur et revitalise notre croyance et notre étude de la doctrine bouddhique. Le bouddhisme de Nichiren n’est pas un enseignement fondé sur la contemplation ou sur une paisible méditation. C’est un enseignement pour l’action. Ne pas traduire les enseignements en actes, c’est s’opposer à l’esprit fondamental du bouddhisme. Ce n’est pas la croyance correcte. Le Recueil des Enseignements oraux (Ongi Kuden) compare les cinq caractères de Myoho renge kyo au corps humain. Kyo qui signifie « sûtra » ou « enseignement », équivaut aux jambes. En d’autres termes, c’est seulement en agissant pour établir un monde en paix que nous pratiquons réellement la Loi merveilleuse. Utiliser nos jambes et la totalité de notre être pour mener des actions pleines de vigueur au nom du bouddhisme est le moyen de faire resplendir notre vie en tant qu’entité de Myoho renge kyo. Tel est l’enseignement de Nichiren. Aujourd’hui encore, à la lecture de ces œuvres de Victor Hugo que j’aime tant, je ne peux m’empêcher de penser à mon maître si remarquable, Josei Toda. Victor Hugo était un écrivain révolutionnaire. Sa plume était la plus acérée et la plus puissante des armes. Son amour pour le peuple était incommensurable. Il encourageait les personnes ordinaires et croyait en leur pouvoir unique. Tout en faisant l’éloge de l’esprit de la jeunesse, il démasquait, par ailleurs, de manière impitoyable, l’hypocrisie et l’injustice sociale. Le président Toda, lui aussi, éprouvait toujours la plus grande indignation face à la corruption et à l’injustice. Mais il pouvait aussi se montrer très chaleureux et encourager des personnes de tout son être. Chacun ressentait l’immense sincérité de sa compassion. L’entraînement qu’il prodiguait à la jeunesse était à la fois très chaleureux et d’une très grande sévérité. Il aimait les jeunes aussi tendrement que ses propres enfants et s’est engagé avec force et intégrité pour les former afin qu’ils deviennent de remarquables responsables de l’avenir. Il insistait toujours sur l’importance de fonder le combat pour établir un monde en paix sur l’amour de tous les êtres vivants. C’est pourquoi il prenait position de manière dure et intransigeante contre ceux qui essayaient de tromper le peuple. Si le président Toda voulait faire lire aux jeunes les œuvres de Victor Hugo, c’est parce que l’esprit qui imprégnait ses écrits était celui des révolutionnaires. Plus particulièrement, il utilisa les œuvres de Victor Hugo pour nous dispenser un enseignement complet sur le mal qui fait obstacle à la progression d’un monde en paix. Ce mal est la nature démoniaque de l’autorité qui manifeste un mépris total pour le peuple et son bien-être. Hugo nous a donc enseigné qu’il ne fallait jamais laisser qui que ce soit discréditer ou insulter le peuple. Autrement dit, si on adopte une attitude passive, il n’y aura pas de paix ou de bonheur véritable et la paix en ce monde ne sera pas réalisée. Dans Les Misérables, les pauvres se révoltent contre les autorités et inscrivent sur un mur : « Vive le peuple ! » Ils étaient prêts à donner leur vie, leur bien le plus précieux, pour leur cause. Une scène en particulier m’a profondément impressionné si bien que j’en conserve encore le souvenir. La barricade érigée par le peuple était sur le point d’être prise d’assaut et sa destruction était imminente. En cet instant entre vie et mort, l’un des jeunes chefs révolutionnaires entendit crier un compagnon anonyme : « Citoyens, faisons la protestation des cadavres. Montrons que si le peuple abandonne les républicains, les républicains n’abandonnent pas le peuple 2. » Il était sans crainte. L’émotion m’envahit encore au souvenir de ce passage. Combattre pour la paix en ce monde est une lutte noble et majestueuse pour la réalisation du bonheur de l’humanité. Les êtres humains sont tous égaux. Nul n’a le droit de menacer le peuple ou de le faire souffrir. Nous ne pouvons laisser les autorités religieuses ou politiques ou certains médias traiter les personnes ordinaires avec dédain sans réagir. Le président Toda était extrêmement strict envers ceux qui insultaient la Soka Gakkai ou manifestaient du mépris à son encontre. Les mots qu’il employait pour les dénoncer semblaient comme des éclairs d’une telle puissance que le plafond paraissait prêt à s’effondrer. Ils faisaient trembler ceux parmi ses disciples qui étaient lâches. Si le mouvement Soka est cher à notre cœur, il est naturel de ressentir de la colère envers ceux qui l’attaquent injustement et d’être prêts à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour réfuter leurs accusations et rétablir la vérité. Ceux qui omettent d’agir ainsi succombent à la lâcheté et au désir égoïste de ne rechercher que leur bien-être personnel. Victor Hugo détestait profondément l’hypocrisie qui, pour lui, était personnifiée par le clergé. Donnant des instructions précises pour ses propres funérailles, il déclara dans son testament : « Je refuse l’oraison de toutes les églises. Je demande une prière à toutes les âmes. » Ce champion des personnes ordinaires souhaitait quitter ce monde entouré de ceux qu’il chérissait le plus : « Je désire être porté au cimetière dans le corbillard des pauvres. » Et il ajouta : « Je refuse l’oraison de toutes les églises. » Dans une scène qui rappelle les dernières volontés de l’auteur, le héros du roman Les Misérables, Jean Valjean, demande sur son lit de mort que l’on ne grave pas son nom sur sa pierre tombale afin de mourir comme un pauvre anonyme. Un universitaire français ayant une connaissance approfondie de l’œuvre de Victor Hugo a un jour expliqué en ces termes les sentiments de l’écrivain envers le clergé : « Dès l’instant où une organisation religieuse oublie les réalités sociales, elle devient autocratique et méprisante à l’égard des croyants et développe l’esprit de clocher. C’est pour cela que Hugo critiquait le clergé autoritaire de son époque. » C’est effectivement une remarque pénétrante et pleine de justesse. Comme vous le savez tous, une organisation religieuse qui tourne le dos à la société ne transmet pas ses enseignements, et exploite ses adeptes, finit par s’avérer ridicule et connaître le déclin. Mgr Myriel, évêque de Digne, à l’origine de la transformation de Jean Valjean, est un personnage très vertueux qui porte des habits simples et utilise ses modestes revenus pour aider les autres. Il représente l’idéal religieux de Victor Hugo. En revanche, démasqués par l’esprit pénétrant de Hugo, les prêtres qui arborent des tenues richement brodées et mènent des existences luxueuses financées par les dons de leurs fidèles sont les êtres les plus méprisables et ne méritent que notre dédain le plus profond. Nous devons combattre les hypocrites qui manquent de respect, exploitent et trompent le peuple. Nous devons dénoncer les arrogants qui traitent les personnes ordinaires par le mépris. Il est impératif pour nous de triompher et de l’emporter absolument sur de tels individus. C’est essentiel dans le combat pour la paix en ce monde. C’est aussi la raison d’être de la Soka Gakkai telle que M. Toda l’a enseigné. Bien sûr, lorsque nous empruntons cette voie, il est inévitable de rencontrer des persécutions. À travers l’Histoire, il est impossible de compter le nombre de fois où des personnes bonnes et honorables ont été la cible de la jalousie la plus sombre et des calomnies les plus viles et haineuses. On peut citer sans fin en exemple des personnes justes et sincères vilipendées, méprisées, battues voire exécutées par des autorités brutales et des individus consumés par une jalousie terrifiante. De Bruxelles, où il vécut en exil, Victor Hugo déclara : « J’aime la proscription, j’aime l’exil, j’aime mon galetas de la grande place, j’aime la pauvreté, j’aime l’adversité, j’aime tout ce que je souffre pour la liberté, pour la patrie et pour le droit ; j’ai la conscience joyeuse… » Hugo a triomphé. En tant qu’être humain, il a remporté la victoire en montrant que l’esprit humain resplendit encore plus fièrement quand il se bat pour défendre la liberté et la justice. La vie est un combat jusqu’à sa fin ultime. Mon maître m’a dit avec calme mais fermeté : « Daisaku, sois comme Victor Hugo ! » 2 – Victor Hugo et l’amour maternel À propos de deux héroïnes de Victor Hugo, Fantine (Les Misérables) et Michelle Fléchard (Quatrevingt-treize), D&E-août 1993, p. 87-93. Il me vient à l’esprit l’image de deux mères décrites par Victor Hugo dans deux de ses romans. Ces écrits, au style énergique et vigoureux, décrivent parfaitement ce que les mères ont d’unique et de respectable. Le personnage de Fantine dans Les Misérables On peut dire de Fantine qu’elle symbolise de façon métaphysique le dévouement des mères. Elle eut un enfant avec un homme qui l’abandonna par la suite. Elle fut donc obligée de retourner travailler en usine dans sa ville natale. Elle pouvait ainsi envoyer au couple Thénardier, propriétaire de l’auberge où elle avait laissé en pension sa fille Cosette, l’argent nécessaire pour subvenir à ses besoins. Victime de la calomnie, elle fut renvoyée de son poste et ne dut qu’à ses talents de couturière de pouvoir continuer à gagner l’argent qu’elle envoyait régulièrement pour sa fille. Mais les Thénardier étaient des gens méchants et avares. Ils augmentèrent progressivement les frais de garde et de pension. Plus le temps passait et plus ils exigeaient des sommes élevées. Il arriva un moment où Fantine ne parvint pas à payer son mois. Les Thénardier se firent menaçants, usèrent de mensonges, et se mirent à réclamer leur argent avec acharnement. La malheureuse Fantine, déjà très malade des poumons, se coupa les cheveux et les vendit. Finalement, elle en arriva à vendre la dernière chose qui lui restait, c’est-à-dire elle-même : elle se prostitua. C’est tout le drame de la société que d’en arriver à réduire les êtres humains de classe sociale inférieure à une telle misère. Selon Victor Hugo, conduire ainsi quelqu’un jusqu’à la pire extrémité est la marque d’une extrême corruption. Fantine ne dut qu’à la détermination de M. Madeleine, c’est-à-dire Jean Valjean, d’échapper à une existence aussi misérable. Mais elle avait atteint le terme de sa vie et n’attendait plus qu’une mort clémente. Pendant cinq longues années, elle avait rêvé de revoir sa fille qui n’avait que trois ans au moment de leur séparation. Elle avait trop attendu et mourut de désespoir. Dans le cœur de Fantine, il n’y avait en permanence, qu’un seul cri : « Je veux revoir ma fille ». Rien n’est à la fois plus simple et plus fort que ce cri d’une mère. Ballottée par les flots d’une destinée implacable, elle avait touché au plus profond des ténèbres et de la noirceur de l’existence. Mais sa vie, du fait de son amour maternel, sentiment féminin primordial, brillait d’un éclat toujours plus vif. Même si Fantine fut souillée par la corruption de la société, on ne peut s’empêcher de penser que la noblesse de ses sentiments maternels agit sur son cœur meurtri comme un baume puissant. Cela signifie que l’amour maternel, qui est instinctif et éternel chez la femme, se cristallisa en un dévouement total, de plus en plus fort, de plus en plus radieux, pour son enfant. C’est la chaleur de cet amour qui a sûrement permis à sa fille de parvenir finalement au bonheur. C’est du moins ce que j’aimerais croire. Le roman montre que ce sont les liens d’amour invisibles que Fantine tissa avec sa fille qui aboutirent, en fin de compte, au mariage de celle-ci avec Marius. La mère avait préparé, au risque de sa vie, le terrain sur lequel put s’épanouir par la suite le bonheur de sa fille. Une autre mère exemplaire : Michelle Fléchard Dans un autre grand roman, Quatrevingt-treize, Victor Hugo essaye clairement de mettre en balance les péripéties de la vie humaine et l’amour de la mère, sentiment noble et universel. L’action a pour cadre la guerre de Vendée qui opposa royalistes et révolutionnaires. Michelle Fléchard avait trois enfants en bas âge lorsqu’elle fut entraînée dans le tourbillon de la guerre. Elle fut grièvement blessée et ses trois enfants furent pris en otages par l’armée vendéenne. Elle aurait pu songer à se protéger, mais elle décida de partir à leur recherche. Et c’est ainsi qu’elle fut amenée à mendier, risquant sa vie sous les balles, subissant les assauts conjugués de la pluie et du vent, bref menant une existence de vagabondage et de misère qui la menait de village en village. Elle aperçut enfin la tour de la Tourgue, au moment où l’armée républicaine donnait l’assaut contre les assiégés vendéens. Apercevant ses trois enfants qui dormaient à l’intérieur de la tour en flammes, elle poussa un cri déchirant. Le général en chef de l’armée vendéenne, le marquis de Lantenac, venait d’échapper au danger en utilisant un passage secret, menant de la tour au ravin qui la bordait. Il entendit cette voix jaillie des ténèbres. De son côté, dans la tour, Gauvain, qui dirigeait l’assaut, déploya des efforts désespérés pour briser la porte en fer permettant ­d’accéder à la pièce où dormaient les enfants. Mais en vain. Lantenac, lui, avait une clé. En s’enfuyant, il pouvait prendre la tête de l’armée révoltée. Néanmoins, il décida de revenir dans la tour, au milieu de ses ennemis. Il ouvrit donc la porte de fer, plongea dans les flammes, et sauva les enfants. Puis il fut fait prisonnier par les hommes de Gauvain. Lantenac était considéré comme un royaliste fanatique, capable de tuer de sang-froid. Qu’est-ce qui avait bien pu provoquer ce revirement quasi-miraculeux dans le cœur d’un tel homme ? C’est le cri de Michelle, le cri terrible et désespéré d’une mère se portant au secours de ses enfants prisonniers dans la tour en flammes. C’est la victoire de l’amour maternel sur les passions des hommes. Lantenac fut donc fait prisonnier et jeté en prison par Gauvain. Mais ce dernier avait été impressionné par le brutal changement intérieur survenu chez Lantenac. Il le laissa s’échapper, ce qui revenait à signer son propre arrêt de mort. Qu’est-ce qui avait pu, cette fois encore, provoquer une telle transformation chez cet homme ? C’est l’apparition d’un idéal, un grand idéal humain bien plus puissant que l’idéal révolutionnaire qui guidait jusqu’alors les actes de Gauvain. Il en fut bouleversé. Gauvain fut condamné à mort par l’envoyé du gouvernement révolutionnaire, le député Cimourdain, qu’il respectait comme un père et un maître. Le dialogue entre les deux hommes, après que la condamnation à mort eut été prononcée, est extrêmement impressionnant. « Gauvain : Et la femme, qu’en faites-vous ? (sous-entendu : quelle sera sa place dans la société nouvelle créée par la révolution ?) Cimourdain : Ce qu’elle est. La servante de l’homme. Gauvain : Oui. À une condition. Cimourdain : Laquelle ? Gauvain : C’est que l’homme sera le serviteur de la femme 3. Pour finir, il ajoute : Je veux la liberté devant l’esprit, l’égalité devant le cœur, la fraternité devant l’âme. Non ! Plus de joug ! L’homme est fait, non pour traîner des chaînes, mais pour ouvrir des ailes 4. » Ce dialogue avec son disciple ébranla la conviction, pourtant d’acier, de Cimourdain, impitoyable exécuteur de la politique de terreur menée par le gouvernement révolutionnaire. Il finit par se suicider, le matin même de l’exécution de Gauvain. Hugo a fait briller, au cœur même de ces guerres qui secouèrent la Grande Révolution française, la lumière bienveillante de l’amour maternel d’une femme courageuse. Cette lumière rayonnante se révéla être plus puissante que les passions humaines, antagonistes et violentes, qui régissaient les relations entre trois adversaires, tous dotés de fortes personnalités : Lantenac, Gauvain et Cimourdain. La révolution et la guerre rendaient les hommes barbares. Quelle vanité ! Et combien leurs luttes perdirent de leur éclat devant l’amour d’une seule mère ! Je crois que, comme Fantine, Michelle est un fier symbole de l’amour maternel, principe d’amour humain et de paix. L’amour véritable d’une mère est l’expression la plus remarquable de l’amour originel de l’homme. Celui qui pense à tous les êtres humains comme à ses propres amis rejoint cet amour qui fait sien les inquiétudes et souffrances d’autrui. La forme originelle la plus remarquable et la plus éclatante de l’amour humain existe au cœur de la vie d’une mère.