Les grandes figures du monde
Marie Curie ou la science illuminée par l’humanisme – 1/2
Dans le « Jardin de la littérature » du campus de la faculté des jeunes femmes de l’université Soka se dresse une statue de Marie Curie (1867-1934). Le dos droit, elle observe attentivement le contenu d’une éprouvette qu’elle tient d’une main. Cette statue symbolise toute l’énergie que cette scientifique a investie dans ses recherches, et encourage par là même les étudiantes tout au long de l’année, qu’il vente ou qu’il neige, quand souffle une brise printanière ou au temps des premiers frimas de l’automne. Œuvre du sculpteur américain John J. Giannotti, cette statue est inspirée d’une photographie prise au début du xxe siècle. Elle a été inaugurée le 4 avril 1994 lors d’une cérémonie à laquelle participaient mon épouse et moi, les donateurs comme le Dr Jules Brassner et sa femme San Lee, ainsi que les étudiantes de l’université Soka. Marie Curie est née le 7 novembre 1867. Elle est donc une contemporaine de M. Makiguchi, né le 6 juin 1871. M. Toda l’admirait profondément et l’a souvent citée en tant que modèle féminin. Ce sont principalement ces deux raisons qui m’ont poussé à faire ériger cette statue dans ce jardin. Toutes mes actions découlent de mon souhait d’exprimer ma reconnaissance envers mon maître et de concrétiser ses projets. Je me souviens aussi d’avoir fait paraître un article intitulé « Le combat de Mme Curie », dans Garçons du Japon , un magazine publié par M. Toda, dont j’étais le rédacteur en chef. À l’automne 1998, quelques représentantes des étudiantes de l’université Soka ont rencontré la petite-fille de Marie Curie, la Pr Hélène Langevin-Joliot, en visite au Japon, qui fut ravie d’apprendre qu’une statue honorant sa grand-mère ornait le jardin du campus. J’aimerais dédier ce discours aux étudiantes de l’université Soka de manière informelle et détendue, comme si nous étions tous assis en train de parler au pied de cette statue. Nul besoin de répéter que Marie Curie est l’une des plus grandes scientifiques. Elle a reçu le prix Nobel de physique en 1903 en même temps que son mari Pierre Curie (1859-1906) et le physicien français Henri Becquerel (1852-1908). Elle fut la première femme à recevoir une telle distinction. Huit ans plus tard, en 1911, elle reçut un second prix Nobel pour son travail en chimie, ce qui a fait d’elle la première personne à recevoir deux prix Nobel. Ce n’est pas pour autant que Marie Curie s’est laissé bercer par les louanges et les acclamations. « Marie Curie est, de toutes les personnes que l’on célèbre, la seule que la célébrité n’a pas corrompue », a dit Albert Einstein (1879-1955). C’est précisément pour cela qu’elle force le respect et l’admiration de personnes dans le monde entier. Parmi les hommages rendus à sa mémoire, la France a émis, en novembre 2006, des pièces de monnaie pour célébrer le 100e anniversaire du premier cours qu’elle dispensa à la Sorbonne. Succédant à son mari, mort en avril 1906, elle fut la première femme à enseigner dans cette université. Le 8 mars 2007, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, la station de métro parisienne Pierre Curie a été rebaptisée Pierre et Marie Curie. Ces hommages sont la preuve que son nom et celui de son mari restent gravés dans les mémoires. Le 30 avril 1972, au matin, soit cinq jours avant ma rencontre avec l’historien britannique Arnold J. Toynbee (1889-1975) pour notre première série de dialogues à Londres, j’ai visité avec mon épouse l’ancienne maison de Marie Curie, à Sceaux, en banlieue parisienne, avec un ami pratiquant japonais qui vit en France. Une plaque indique d’ailleurs que Marie Curie habita cette maison entre 1907 et 1912. Avec la mort de Pierre, elle perdait non seulement son mari bien-aimé, mais aussi son partenaire de recherche et son compagnon intellectuel. Ce fut aussi la période où les attaques des médias et de ses rivaux étaient à leur paroxysme. Elle endura tout cela sans jamais se laisser distraire de son travail. Elle habitait là lorsque, en 1910, elle parvint à isoler le radium, et, l’année suivante, elle reçut le prix Nobel de chimie. Je suis resté un long moment devant cette maison à me remémorer la vie agitée qui fut la sienne. Marie Curie a passé son enfance en Pologne, pays qui était alors sous le contrôle de la Russie depuis plusieurs années. Elle a perdu sa mère et sa sœur alors qu’elle était encore jeune, et la situation financière de sa famille ne lui a pas permis d’étudier autant qu’elle le voulait. Elle est finalement parvenue à obtenir une bourse pour étudier à Paris. Là, être femme et étrangère n’a pas rendu sa vie plus facile. De plus, ses découvertes scientifiques ont fait d’elle la cible de jalousies. Elle a souffert tour à tour de la mort de son mari, de la guerre, et de la maladie. Elle a vécu des moments de profond désespoir, au point d’en perdre parfois la volonté de persévérer – mais elle s’est toujours ressaisie au bord du gouffre. Elle n’a jamais cédé ; elle ne pouvait accepter l’échec. Elle a toujours lutté contre l’adversité. Le jour où j’ai visité la maison de Marie Curie, j’ai dit aux jeunes femmes qui nous accompagnaient : « À mon avis, la grandeur de Marie Curie ne repose pas tant sur ses deux prix Nobel que sur sa force de caractère qui lui a permis de surmonter de grandes difficultés. La vie n’est pas un long fleuve tranquille. C’est plutôt une longue série d’épreuves. Tout en surmontant nos difficultés, nous nous éveillons à notre propre mission. Cette prise de conscience donne naissance à l’espoir. » Une jeune fille acquiesça en m’écoutant. Elle a, depuis, mené une vie pleine d’espoir, consciente de sa mission, au côté de son mari. Leurs trois enfants ont suivi les pas de leurs parents, et contribuent maintenant activement à la société française. Dans sa jeunesse, Marie Curie a écrit dans une lettre adressée à un ami : « Premier principe : ne jamais se laisser abattre par qui ou quoi que ce soit. » C’est une résolution infaillible que Marie Curie a gardée tout au long de sa vie. Une telle détermination rend fort. Ma femme s’est aussi forgé des devises similaires comme, par exemple : « Vous ne pourrez pas toujours gagner, mais ne soyez jamais vaincu » et « Menez une vie invaincue, quelles que soient la situation ou les circonstances ». Enfant, lors d’une réunion de discussion chez ses parents, elle a pu observer l’attitude très libre et sans crainte de M. Makiguchi, malgré la présence d’officiers d’une unité spéciale de police. Elle fut très impressionnée et, plus tard, elle a décidé de devenir disciple de M. Toda, et elle a réalisé inlassablement sa mission avec l’esprit de ne jamais être vaincue. Dans un hommage posthume à Marie Curie, Albert Einstein a écrit : « Ce sont davantage les qualités morales des personnalités qui ont une influence sur leur génération et le cours de l’Histoire plutôt que de simples réalisations intellectuelles. » La qualité morale essentielle de Marie Curie était son courage à toute épreuve. Si fort que l’on puisse être, sans courage on est incapable d’aider ou de protéger les autres, de mener à bien une mission. Comment Marie Curie a-t-elle acquis et rassemblé le courage de se battre pour ses convictions et de persévérer sans crainte ? C’est cet aspect de sa vie que j’aimerais approfondir du fait des grands espoirs que ma femme et moi fondons sur toutes les étudiantes des institutions Soka au Japon et dans le monde entier, ainsi que sur toutes les femmes de la SGI – que nous chérissons comme si elles étaient nos filles. Quiconque a passé l’examen d’entrée de l’université Soka devrait se considérer comme un membre à vie de cette institution. La nature même d’un examen d’entrée est de sélectionner un nombre limité de postulants. Si, par exemple, vous avez échoué à cet examen, il n’en reste pas moins que tous les efforts pour le préparer représentent un accomplissement qui vous accompagnera toujours. C’est pourquoi vous devriez mener une jeunesse magnifique, débordante de confiance et d’optimisme, en adoptant avec fierté une attitude dynamique et combative dans la vie. Ma femme et moi prions pour le bonheur et le succès de toutes celles qui ont passé cet examen d’entrée. Marie Curie est entrée dans le xxe siècle en menant une vie digne et pleine d’assurance. J’espère que vous aussi, en cette période de transition vers le xxie siècle, vous serez confiantes, et vous consacrerez à vos études, en surmontant tous les obstacles et en dépassant vos propres limites. Vous êtes les responsables en cette aube du siècle des femmes, rayonnantes d’espoir pour l’humanité. C’est en 1891 que Marie Curie est arrivée à Paris, par un matin de novembre. C’était une jeune femme qui portait de lourdes valises, éreintée par trois longues journées de voyage en quatrième classe. Très modestement vêtue, arrivant pour la première fois dans une capitale inconnue et entourée d’étrangers, la jeune femme se faisait du souci pour son avenir, mais elle désirait par-dessus tout étudier et approfondir ses connaissances. Les premiers pas courageux de Marie Curie rappellent ceux, pleins de détermination, des étudiants partis loin de chez eux pour étudier dans les universités Soka, notamment les pensionnaires et les étudiants étrangers. Âgée de 23 ans à son arrivée à Paris, Marie Curie avait passé l’équivalent du baccalauréat huit ans auparavant. De nos jours, les étudiants obtiennent leur diplôme universitaire vers l’âge de 20 ans. Mais, en raison de la situation financière de sa famille, Marie Curie avait dû économiser de longues années afin de réaliser son rêve de partir à l’étranger. Certains étudiants prennent plus de temps que d’autres pour achever leur formation. Soit ils n’ont pas été acceptés dans l’université de leur choix, ou ont redoublé ; soit ils ont dû interrompre leurs études en raison de circonstances imprévues. Si cela devait être votre cas, ne vous comparez surtout pas aux autres. La vie est longue, et vous ne devez pas laisser les hauts et les bas ternir votre vision de l’avenir. Tout ce qui importe est d’aller jusqu’au bout. Les jeunes ne devraient jamais se laisser abattre. Il va sans dire qu’il faut essayer de faire les meilleurs choix possibles et de ne pas inquiéter inutilement vos parents, et j’espère que vous serez une source de joie pour eux, et que vous ferez preuve de sollicitude à leur égard. C’est un point à ne jamais oublier. Marie Curie quitta Varsovie en novembre 1891… Elle était pleine d’enthousiasme et d’espoir, mais se retrouva vite confrontée à un obstacle inattendu. Son niveau de français n’était pas aussi satisfaisant qu’elle le pensait, et elle avait du mal à suivre les cours. À mon avis, bon nombre de nos étudiants étrangers doivent rencontrer la même difficulté. En outre, les connaissances qu’elle avait acquises par elle-même étaient inférieures à celles de ses camarades ayant suivi un cycle universitaire classique. Marie n’était cependant pas du genre à se laisser abattre par les circonstances. Si elle manquait de connaissances, elle étudierait davantage. Et si cela ne suffisait toujours pas, elle étudierait encore plus, dix, cent, mille fois plus qu’auparavant ! Depuis qu’elle vivait seule, elle s’était décrite comme « travaillant mille fois plus ». Les premiers temps, Marie a peu fréquenté les autres étudiants. Mais, petit à petit, elle a fait la connaissance de personnes partageant la même soif d’apprendre, qui sont finalement devenues ses amies. Elle a rencontré entre autres Ignace Paderewski (1860-1941), qui deviendra un musicien de renommée mondiale et le Premier ministre de Pologne. […] Le premier logement qu’elle occupa était une mansarde au septième et dernier étage d’un immeuble. Elle vivait avec le peu d’argent que lui envoyait sa famille et ses maigres économies. L’hiver, elle étudiait le plus longtemps possible à l’université ou en bibliothèque pour limiter ses frais de chauffage. Puis, de retour chez elle, elle continuait à travailler en grelottant. « Tout mon esprit était centré sur mes études. Je partageais mon temps entre les cours, mon travail expérimental, et l’étude à la bibliothèque. Le soir, je travaillais dans ma chambre, parfois jusque tard dans la nuit », écrit-elle. Il lui arrivait de ne manger que du pain et du beurre des semaines durant. Chaque morceau de fruit, chaque petit carré de chocolat était un précieux apport nutritionnel. Mais elle n’exprimait ni tristesse ni plainte. En fait, elle acceptait ses conditions de vie en restant de bonne humeur. Les difficultés que vous endurez pour parvenir à un grand objectif que vous vous êtes fixé finissent par ne plus apparaître comme des difficultés. Elles deviennent une source de joie et de fierté. Les sources d’adversité rencontrées dans votre jeunesse sont un trésor impérissable. « Il serait impossible de dire à quel point ces années m’ont été bénéfiques. Imperméable à toute autre activité extérieure, j’étais totalement absorbée par la joie d’apprendre et de comprendre », dira-t-elle plus tard. Marie a trouvé son inspiration dans la joie d’apprendre et de dialoguer avec de grandes personnalités, passées et présentes, et non dans un monde de paillettes. Elle n’avait certes pas la possibilité de déguster des mets raffinés, mais son esprit était abondamment nourri par l’héritage de la sagesse humaine. Elle ne portait sans doute pas des vêtements luxueux à la mode, mais ses découvertes sur des principes clés de l’univers brillaient avec éclat. Marie a passé sa jeunesse dans le « royaume de l’étude », plus resplendissant qu’aucun autre palais. Ève Curie (1904-2007), sa seconde fille, a décrit cette période d’étude intense vécue dans une grande pauvreté et solitude comme les « années héroïques » de sa mère. […] Grâce à ses efforts assidus, Marie Curie a obtenu la première place en maîtrise de physique en 1893, et la deuxième en maîtrise de mathématiques l’année suivante. Elle a déclaré : « Notre société, dominée par le désir insatiable de richesses et de luxe, ne comprend pas la valeur de la science. » C’est peut-être malheureusement encore plus vrai de nos jours, et c’est précisément pour cela que la tradition de la faculté des jeunes femmes de l’université Soka d’étudier et de s’entraîner le plus possible brille avec tant de pureté. En repensant à cette époque, Marie a évoqué sa mansarde dans laquelle elle étudiait nuit et jour : « Ce petit coin si cher à mon cœur / où régnait un labeur silencieux / et où repose un monde de souvenirs . » Si vous avez un point de départ solide auquel vous pouvez toujours revenir, vous serez toujours fortes et jamais dans l’impasse face aux difficultés… […] Quand Marie a fait la connaissance de Pierre Curie (1859-1906), elle avait vingt-six ans et lui, trente-cinq. Il comptait déjà plusieurs réussites d’importance à son actif dans le domaine de la physique. Mais, n’ayant pas fréquenté d’école très prestigieuse, il ne bénéficiait pas d’une grande reconnaissance en France. Indifférent tout au long de sa vie à la renommée et au prestige social, c’était un homme aux idéaux élevés qui ne se souciait que de faire avancer les connaissances scientifiques pour le bien de l’humanité. […] Pierre Curie aimait profondément la nature. Il semble qu’il ait souvent fait des promenades dans les bois longeant les berges de la Bièvre, dans la région parisienne. Par hasard, il se trouve que la Maison littéraire de Victor Hugo que j’ai créée pour exprimer ma reconnaissance envers la France, pays d’une riche culture, se situe à Bièvres. Pierre, autant que Marie, avait connu par le passé des déceptions amoureuses. La recherche d’une relation intime ne figurait pas parmi leurs priorités. Mais tous deux possédaient l’amour d’apprendre. Dès leur rencontre, ils se découvrirent mutuellement ce noble désir. Grâce à leurs dialogues au sujet de la science et grâce à leur correspondance, ils purent approfondir leur respect mutuel. Mais leur voie demeurait pavée d’obstacles, en particulier parce qu’ils étaient originaires de pays différents. De plus, Marie souhaitait revenir en Pologne après ses études et se consacrer à servir son peuple. Apparemment, c’est Pierre qui aspirait le plus au mariage. La deuxième fille de Marie, Ève Curie (1904-2007), raconte dans le livre consacré à sa mère : « Dans un grenier presque vide, avec sa robe élimée, ses traits ardents, opiniâtres, Marie ne lui [Pierre] sembla jamais plus belle 1 . » Le fondateur de l’éducation Soka Tsunesaburo Makiguchi a dit : « Avoir de nobles idéaux et un objectif clairement défini, puis les appliquer dans la vie quotidienne, voilà ce que signifie vivre avec une vision claire. » Marie était une personne dotée d’un tel objectif et d’une telle droiture. Plus tard, sa fille aînée Irène Joliot-Curie (1897-1956) rapporta le point de vue de sa mère sur le mariage : « On ne devrait se marier que lorsqu’on a trouvé quelqu’un qui peut être un bon partenaire de vie 2 .» Marie écrivit à Ève : « Je pense qu’il nous faut rechercher la force spirituelle dans un idéalisme qui, sans nous rendre orgueilleux, nous oblige à placer très haut nos aspirations et nos rêves. Je pense aussi que c’est une source de déception que de faire dépendre tout l’intérêt de notre vie de sentiments aussi orageux que l’amour 3 . » Menant une vie sincèrement dévouée à ses idéaux, Marie Curie avait développé un point de vue plein de maturité sur l’amour et le mariage. Mon maître Josei Toda avait lui aussi des idées claires sur cette question : « Si les deux personnes s’améliorent grâce à leur relation, cette relation est positive… Si au contraire elle les conduit l’un et l’autre à manifester les pires aspects d’eux-mêmes, il s’agit d’une relation nocive. » Dans sa biographie de Pierre Curie, Marie cite le chimiste et microbiologiste Louis Pasteur (1822-1895) qui consacra sa vie au progrès de la science : « Je crois, sans aucun doute, que la science et la paix triompheront de l’ignorance et de la guerre ». Pierre et Marie Curie partageaient cette conviction. Il ne fait aucun doute qu’ils décidèrent de se marier sur la base de leurs valeurs communes. Du fait de ce mariage, Marie vécut le reste de sa vie en France ; mais sa famille, restée en Pologne, était sincèrement heureuse pour elle et son époux. […] Pierre et Marie se marièrent le 26 juillet 1895. La cérémonie fut simple, elle ne rassembla que leur famille et leurs amis. Ils ne portaient pas de vêtements coûteux, n’organisèrent pas un banquet fastueux et il n’y eut pas d’échange d’alliances. Bien que tous les deux démunis sur le plan financier, ils détenaient la richesse lumineuse de leurs cœurs sincères et d’une brillante sagesse. Ils partirent en voyage de noces à bicyclette, dans la campagne française. Peu après leur mariage, ils achetèrent un livre de comptes afin de gérer leurs maigres revenus. Quand ma femme et moi nous sommes mariés, M. Toda nous conseilla également de tenir un livre de comptes pour notre ménage. Celui qui vit chaque étape de la vie quotidienne avec sagesse et constance est un vainqueur. La nouvelle vie de Pierre et Marie Curie débuta dans un très modeste appartement dépourvu de jolis meubles. « Nous ne voulions rien de plus qu’un endroit tranquille où vivre et travailler », écrivit Marie. Après deux ans de mariage, Marie donna naissance à leur premier enfant, Irène. Elle commença aussi à chercher un sujet de doctorat. C’est l’époque où le physicien français Henri Becquerel (1852-1908) remarqua que les sels d’uranium avec lesquels il travaillait produisaient des rayons non identifiables. Marie était curieuse de connaître la cause de ce phénomène inexploré et la façon dont il se produisait. Cela devint son sujet de recherche. Après de nombreuses expériences, Marie et son époux découvrirent les mécanismes de phénomène qu’ils appelèrent « la radioactivité ». D’autres recherches des Curie révèlent que les sels d’uranium qu’ils étudiaient contenaient un élément inconnu. Cela ouvrit la voie à un monde entièrement nouveau pour la physique. Autrement dit, grâce au travail dévoué de Marie, de son époux et d’un certain nombre d’autres scientifiques distingués, on découvrit que l’atome, considéré comme la plus petite unité de matière, était en fait constitué de diverses particules subatomiques. Cela déboucha sur de nouvelles possibilités infinies. Les Curie nommèrent le nouvel élément qu’ils avaient découvert le « polonium », en référence à la patrie de Marie. Elle envoya le manuscrit de son document de recherche en Pologne, à un cousin qui l’avait aidée au cours de ses études avant qu’elle n’arrive en France et envers qui elle estimait avoir une dette. Le peuple polonais, qui souffrait encore de l’oppression de la Russie tsariste, ne quittait jamais son cœur. (À suivre )