Septembre 2026

Un scénario grandiose : la Cérémonie dans les Airs

La Cérémonie dans les Airs symbolise l’existence d’un ­bonheur potentiel illimité dans la vie de chaque être humain, aussi gigantesque que l’univers. N’oublions pas que nos expériences personnelles qui illustrent le pouvoir infini de la Loi merveilleuse, racontées en réunion de discussion ou à l’occasion de nos rencontres, sont des versions modernes des paraboles du […]
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Thèmes

Héritage historique

Il y a 750 ans…

Au mont Minobu, dans la province de Kai, Nichiren Daishonin enseigne, rédige des traités et entretient une correspondance soutenue avec ses disciples. Il considère que sa mission principale est désormais de former des successeurs et de consolider sa communauté. Autour de septembre 1276, plusieurs groupes de disciples jouent un rôle important. Nikko Shonin assure la diffusion de l’enseignement dans les provinces environnantes de Suruga et de Kai. Des familles de croyants laïcs comme les Nanjo, les Matsuno ou les Toki, soutiennent matériellement la jeune communauté. L’année 1276 est notamment marquée par la mort de son ancien maître Dozen-bo, qui l’accueillit et le forma au temple Seicho-ji à partir de 1233. Son décès conduit Nichiren à réfléchir à la dette de reconnaissance envers les autres. Le 21 juillet, il rédige ainsi l’un de ses dix écrits principaux, Sur l’acquittement des dettes de reconnaissance, en mémoire de Dozen-bo, qu’il commence par ces mots : « Jamais le vieux renard n’oublie la colline sur laquelle il est né ; et la tortue blanche rendit sa gentillesse à Mao Bao qui avait fait preuve de bonté à son égard . Alors, si les animaux eux-mêmes en savent assez pour se comporter de cette façon, cela devrait être encore plus vrai pour les êtres humains ! […] Que dire, alors, de personnes qui se consacrent aux enseignements bouddhiques ? Elles ne devraient certainement pas oublier leurs dettes de reconnaissance envers leurs parents, leurs maîtres, et leur pays. » (Écrits, 695-696). La propagation par le sage Le 6 septembre 1276, Nichiren Daishonin écrit une lettre célèbre à son disciple samouraï Shijo Kingo, intitulée La propagation par le sage. Cette lettre répond à une crise grave : Shijo Kingo subit des pressions de son seigneur, qui menace de lui retirer son domaine s’il ne renonce pas à sa foi. Le seigneur Ema désapprouvait en effet la croyance de son vassal Shijo Kingo dans les enseignements de Nichiren et le harcelait de diverses manières. À un moment donné, il menaça même de transférer le samouraï dans la province éloignée d’Echigo, sur la mer du Japon, s’il ne renonçait pas à suivre Nichiren. Cette lettre est la réponse de Nichiren à la demande de Shijo Kingo d’être guidé en pareilles circonstances. La lettre clarifie les deux éléments nécessaires à la propagation du boud­dhisme : une personne sage et des disciples qui la soutiennent. Dans cette lettre, Nichiren encourage son disciple à rester ferme tout en agissant avec prudence : « Comme je vous l’ai conseillé auparavant et jusqu’à ce que les forces mongoles attaquent vraiment ce pays, continuez à vous comporter avec circonspection. Quant à la réponse à apporter à votre seigneur, déclarez‑lui fermement : “Comme je suis malade, rien ne me serait plus pénible que d’être transféré en un lieu éloigné. De plus, tout le pays est déjà en pleine agitation. En cas d’urgence, pourrais‑je concevoir d’agir comme un lâche ? Je suis actuellement résolu à sacrifier ma vie pour mon seigneur si quelque chose de grave se produit. Mais si un problème surgissait brusquement, je doute de pouvoir arriver à temps si je me trouve dans la lointaine province d’Echigo. C’est pourquoi, au risque même de perdre mon domaine, je ne vous quitterai pas cette année. J’obéirai sans hésitation ni frayeur à tout ordre que vous me donnerez. Cependant le moine Nichiren et mes parents défunts importent encore davantage pour moi.” » (Écrits, 757-758). Pour Nichiren, la persécution dont est victime Shijo Kingo confirme les prédictions du Sûtra du Lotus : les pratiquants authentiques rencontreront des oppositions. Il interprète donc les difficultés de ses disciples comme une preuve de la validité de son enseignement. La menace d’invasion mongole Le contexte japonais en septembre 1276 est dominé par la menace persistante d’invasion mongole. Deux ans plus tôt, en 1274, les forces de Kubilaï Khan ont mené une première incursion au Japon. Même si, cette année-là, il est bien question d’une victoire japonaise, au cours de laquelle les Mongols subissent de lourdes pertes, certains historiens considèrent, du fait de la brièveté de l’attaque et du repli soudain des Mongols, qu’il s’agit plutôt d’une incursion visant à tester les forces de défense japonaises, répétition générale d’un assaut majeur à venir (en 1281). Ils en veulent notamment pour preuve que ce sont majoritairement des Coréens, soumis depuis peu, qui sont envoyés en première ligne. Façon de protéger le gros des troupes mongoles en présence, mais aussi d’observer leur ardeur au combat. C’est une stratégie mongole déjà employée, et qui a fait ses preuves, lors de la bataille de la rivière Kalka, en 1223, avant ­l’invasion de la Russie .Cette attaque mongole de 1274, qui suit la grâce Nichiren et son retour d’exil à Sado, atteste du bien-fondé de ses prédictions. Même si les Mongols ont rebroussé chemin, Nichiren n’est pas le seul à être convaincu qu’ils vont revenir, forts de leur expérience, plus nombreux : « Quand des dizaines de bateaux armés du grand royaume des Mongols traverseront la mer pour attaquer le Japon, tous, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, […] joindront les mains et diront : “Moine Nichiren, moine Nichiren, sauvez-nous !” », déclare-t-il dans Choisir en fonction du moment (Écrits, 584). Au Japon, personne en effet ne croit le danger écarté. Dès 1275, cinq émissaires viennent demander l’allégeance du Japon à l’empire. Ils sont décapités sur la plage d’Enoshima, à Tatsunokuchi, là où Nichiren faillit l’être quatre ans plus tôt. Dans une lettre intitulée Les émissaires mongols, adressée à son disciple Nishiyama, Nichiren déplore l’exécution de ces « innocents messagers mongols ». Il écrit : « Alors que tant de gens au Japon se lamentent, ceux qui me suivent et moi, Nichiren, nous nous réjouissons au cœur des épreuves. Puisque nous vivons dans ce pays, il ne nous est pas possible d’échapper à une attaque des forces mongoles, mais, comme les divinités célestes savent que nous avons été persécutés pour le bien de notre pays, nous pouvons nous réjouir car nous serons sûrement sauvés dans notre prochaine vie. » (Les émissaires mongols, Écrits, 633). En 1276, le gouvernement militaire de Kamakura renforce massivement les défenses de Kyushu. De grandes murailles de pierre sont construites autour de la baie de Hakata. Les samouraïs sont mobilisés et se préparent à une nouvelle attaque. Nichiren recourt régulièrement à la menace mongole dans ses écrits. Il affirme depuis des années que le pays risque une invasion étrangère parce qu’il rejette ce qu’il considère comme le véritable enseignement bouddhique. Dans La propagation par le sage, il évoque encore le danger mongol comme une menace imminente. Septembre 1276 est ainsi un moment où l’histoire religieuse de Nichiren et l’histoire politique du Japon se rejoignent : la communauté de Nichiren, encore fragile, doit se renforcer, tandis que le pays tout entier se prépare à une nouvelle confrontation avec l’empire mongol. Pendant ce temps, en France… Le roi de France est Philippe III le Hardi, fils de Louis IX, dit Saint Louis. Il règne depuis la mort de son père à Carthage, près de Tunis, lors de la huitième croisade en 1270. La monarchie capétienne est en phase de consolidation. Le domaine royal s’étend progressivement, l’administration royale se renforce et Paris s’affirme comme le principal centre politique et intellectuel du royaume. Dans le sud de la France, les conséquences de la croisade contre les Albigeois avec l’anéantissement physique et spirituel du catharisme sont encore visibles. Le Languedoc est désormais largement intégré à l’autorité capétienne, même si les particularismes locaux demeurent forts. En septembre 1276, l’Église traverse une année exceptionnelle, car trois papes se succèdent en quelques mois. Innocent V meurt en juin. Adrien V est élu puis meurt en août. En septembre 1276, c’est Jean XXI qui accède au trône pontifical. Paris compte probablement entre 150 000 et 200 000 habitants, ce qui en fait l’une des plus grandes villes d’Europe occidentale. Notre-Dame de Paris est déjà largement achevée et domine la ville. À la même époque, le style gothique rayonnant est à son apogée. Les cathédrales d’Amiens, de Reims et la Sainte-Chapelle figurent parmi les merveilles architecturales du royaume. L’Université de Paris est au sommet de son prestige. Les débats théologiques et philosophiques y sont particulièrement vifs. Quelques années plus tôt, les œuvres d’Aristote ont suscité de grandes controverses intellectuelles.

Enseignements éternels de D. Ikeda

La foi équivaut à la vie quotidienne

• La seule manière de montrer la grandeur de la Soka Gakkai et du bouddhisme de Nichiren est d’apporter des preuves factuelles à travers notre personnalité, notre mode de vie, notre famille et nos contributions au travail et dans notre environnement. C’est une lutte continuelle, un test personnel en matière de persévérance qui requiert un engagement et des efforts constants, jour après jour, à l’image des vagues qui inlassablement viennent se fracasser sur les côtes rocheuses. (Vol. 13, chap. 3 « Une citadelle éclatante », p. 252) • Les encouragements de Shin’ichi Yamamoto avaient constitué une puissante source d’inspiration pour ces membres. Ils dévoraient avidement les discours qu’il avait prononcés lors de diverses réunions ainsi que ses cours sur les écrits de Nichiren, assimilant ainsi les principes fondamentaux de la croyance. Ses encouragements, soulignant que la foi équivaut à la vie quotidienne, leur insufflaient une ardeur renouvelée au travail. Les cours, évoquant la mission des enfants du Bouddha qui font avancer kosen rufu, leur faisaient appréhender la profonde signification de leur venue en ce monde, faisant jaillir le courage en eux. La déclaration, toujours vibrante de conviction, que tous les pratiquants du bouddhisme de Nichiren Daishonin deviendront à coup sûr heureux les inspirait et les incitait constamment à se consacrer à leur pratique bouddhique. (Vol. 6, chap. 3 « Accélération », p. 157) • […] Lorsque nous nous efforçons d’ouvrir un avenir grandiose, ce sont nos combats quotidiens qui sont décisifs. Il faut consolider les bases de votre vie là où vous vous trouvez en ce moment. La vie est faite d’une multitude de conditions fluctuantes. La Soka Gakkai, elle aussi, est vouée à subir des persécutions à l’avenir. Quoi qu’il en soit, ce qui compte, c’est de ne jamais reculer ni s’enfuir, quoi qu’il arrive. Tant que vous vivrez, soyez toujours fier d’être membre de la Soka Gakkai, soyez un acteur dynamique, résolu à assumer la responsabilité de kosen rufu, et non un spectateur passif. (Vol. 4, chap. 1 « Tempête de printemps », p. 8) • Chaque journée revêt une importance vitale. Chaque seconde est décisive. C’est seulement en se consacrant de toutes ses forces à ouvrir un chemin devant nous, en profitant de chaque instant, que nous pouvons nous assurer un avenir radieux. (Vol. 7, chap. « Nouvelles pousses », p. 97) • Kosen rufu est une lutte éternelle. C’est pourquoi, quoi qu’il arrive, il est important de sans cesse aller jusqu’au bout. Si vous avez échoué hier, alors gagnez aujourd’hui. Si vous êtes vaincu aujourd’hui, alors gagnez demain. Et si vous avez gagné hier et aujourd’hui, faites en sorte que cela continue. La force vitale et le dynamisme du Bouddha s’expriment dans nos efforts incessants pour travailler avec ardeur au bonheur des autres. C’est en agissant ainsi que nous pouvons connaître une joie illimitée et que s’ouvre la grande voie du bonheur indestructible. Retournons tous au combat dès aujourd’hui. Lançons-nous dans une progression pleine de fraîcheur et d’espoir ! (Vol. 12, chap. 2 « L’esprit d’agir localement », p. 150) • Le bouddhisme enseigne que la vie du Bouddha existe en nous. Par ­l’expression «vie du Bouddha », j’entends cette immense force vitale qui permet de ne jamais être vaincu, quelles que soient les circonstances – la source de la création de valeurs. On pourrait également dire qu’elle désigne une forte volonté de perfectionnement de soi. Atteindre la bouddhéité, c’est faire apparaître cette vie du Bouddha qui nous est inhérente, et c’est précisément dans ce but que Nichiren Daishonin a révélé le Gohonzon. Lorsque nous récitons Daimoku devant le Gohonzon avec une forte croyance, nous pouvons ouvrir le chemin du bonheur – non pas après la mort, mais au présent – en créant de réelles valeurs dans la société. C’est le principe bouddhique selon lequel « La foi se manifeste dans la vie quotidienne ».  (Vol. 2, chap. 4 « Étendard du peuple », p. 257) • Souhaitant ardemment le bonheur des pratiquants, Shin’ichi dit : « Dans son commentaire sur la phrase de Nichiren, “Celui qui connaît le Sûtra du Lotus comprend le sens de toutes les affaires de ce monde” (L’objet de vénération pour observer l’esprit, Écrits, 381), M. Toda déclara que c’était une grave erreur d’interpréter ce passage comme s’il signifiait que nous pouvons obtenir des bienfaits, sans avoir à fournir aucun effort personnel. « M. Toda ajouta : “Les personnes qui ne remarquent pas les points faibles de leur entreprise ou n’envisagent pas de chercher les moyens de l’améliorer devraient sérieusement s’interroger sur elles-mêmes. Il est essentiel de continuer d’étudier et de mieux connaître son domaine d’activité pour progresser. Mon souhait est que vous, mes chers compagnons, vous arriviez à ‘comprendre le sens de toutes les affaires de ce monde’ aussi rapidement que possible dans votre contexte professionnel, afin de mener une vie stable”. Le souhait de M. Toda est aussi le mien. Aujourd’hui, les vents de la récession économique soufflent avec rage partout dans le monde. Nous ne devons pas simplement nous lamenter de la situation, mais plutôt faire surgir une sagesse et une force vitale puissantes grâce à notre pratique boud­dhique, afin de surmonter brillamment les circonstances difficiles. C’est ainsi que l’on peut devenir “celui qui comprend le sens de toutes les affaires de ce monde” (cf. Écrits, 381). Agir nonchalamment en pensant que les choses s’arrangeront simplement parce que nous avons foi en la Loi merveilleuse est une erreur. C’est parce que nous pratiquons le boud­dhisme de Nichiren que nous devons prier sérieusement afin de surmonter tous les problèmes qui se dressent devant nous, puis prendre les mesures adéquates afin d’y remédier. Cette détermination sincère et cet esprit de défi feront apparaître une sagesse sans égale. Utiliser l’immense pouvoir de la sagesse générée par la foi est la clé pour remporter la victoire en toutes choses. » (Vol. 30-II, chap. « Le serment », p. 379-381) 

Les grandes figures du monde

Marie Curie ou la science illuminée par l’humanisme – 1/2

Dans le « Jardin de la littérature » du campus de la faculté des jeunes femmes de l’université Soka se dresse une statue de Marie Curie (1867-1934). Le dos droit, elle observe attentivement le contenu d’une éprouvette qu’elle tient d’une main. Cette statue symbolise toute l’énergie que cette scientifique a investie dans ses recherches, et encourage par là même les étudiantes tout au long de l’année, qu’il vente ou qu’il neige, quand souffle une brise printanière ou au temps des premiers frimas de l’automne. Œuvre du sculpteur américain John J. Giannotti, cette statue est inspirée d’une photographie prise au début du xxe siècle. Elle a été inaugurée le 4 avril 1994 lors d’une cérémonie à laquelle participaient mon épouse et moi, les donateurs comme le Dr Jules Brassner et sa femme San Lee, ainsi que les étudiantes de l’université Soka. Marie Curie est née le 7 novembre 1867. Elle est donc une contemporaine de M. Makiguchi, né le 6 juin 1871. M. Toda l’admirait profondément et l’a souvent citée en tant que modèle féminin. Ce sont principalement ces deux raisons qui m’ont poussé à faire ériger cette statue dans ce jardin. Toutes mes actions découlent de mon souhait d’exprimer ma reconnaissance envers mon maître et de concrétiser ses projets. Je me souviens aussi d’avoir fait paraître un article intitulé « Le combat de Mme Curie », dans Garçons du Japon, un magazine publié par M. Toda, dont j’étais le rédacteur en chef. À l’automne 1998, quelques représentantes des étudiantes de l’université Soka ont rencontré la petite-fille de Marie Curie, la Pr Hélène Langevin-Joliot, en visite au Japon, qui fut ravie d’apprendre qu’une statue honorant sa grand-mère ornait le jardin du campus. J’aimerais dédier ce discours aux étudiantes de l’université Soka de manière informelle et détendue, comme si nous étions tous assis en train de parler au pied de cette statue.  Nul besoin de répéter que Marie Curie est l’une des plus grandes scientifiques. Elle a reçu le prix Nobel de physique en 1903 en même temps que son mari Pierre Curie (1859-1906) et le physicien français Henri Becquerel (1852-1908). Elle fut la première femme à recevoir une telle distinction. Huit ans plus tard, en 1911, elle reçut un second prix Nobel pour son travail en chimie, ce qui a fait d’elle la première personne à recevoir deux prix Nobel. Ce n’est pas pour autant que Marie Curie s’est laissé bercer par les louanges et les acclamations. « Marie Curie est, de toutes les personnes que l’on célèbre, la seule que la célébrité n’a pas corrompue », a dit Albert Einstein (1879-1955). C’est précisément pour cela qu’elle force le respect et l’admiration de personnes dans le monde entier. Parmi les hommages rendus à sa mémoire, la France a émis, en novembre 2006, des pièces de monnaie pour célébrer le 100e anniversaire du premier cours qu’elle dispensa à la Sorbonne. Succédant à son mari, mort en avril 1906, elle fut la première femme à enseigner dans cette université. Le 8 mars 2007, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, la station de métro parisienne Pierre Curie a été rebaptisée Pierre et Marie Curie. Ces hommages sont la preuve que son nom et celui de son mari restent gravés dans les mémoires. Le 30 avril 1972, au matin, soit cinq jours avant ma rencontre avec l’historien britannique Arnold J. Toynbee (1889-1975) pour notre première série de dialogues à Londres, j’ai visité avec mon épouse l’ancienne maison de Marie Curie, à Sceaux, en banlieue parisienne, avec un ami pratiquant japonais qui vit en France. Une plaque indique d’ailleurs que Marie Curie habita cette maison entre 1907 et 1912. Avec la mort de Pierre, elle perdait non seulement son mari bien-aimé, mais aussi son partenaire de recherche et son compagnon intellectuel. Ce fut aussi la période où les attaques des médias et de ses rivaux étaient à leur paroxysme. Elle endura tout cela sans jamais se laisser distraire de son travail. Elle habitait là lorsque, en 1910, elle parvint à isoler le radium, et, l’année suivante, elle reçut le prix Nobel de chimie. Je suis resté un long moment devant cette maison à me remémorer la vie agitée qui fut la sienne. Marie Curie a passé son enfance en Pologne, pays qui était alors sous le contrôle de la Russie depuis plusieurs années. Elle a perdu sa mère et sa sœur alors qu’elle était encore jeune, et la situation financière de sa famille ne lui a pas permis d’étudier autant qu’elle le voulait. Elle est finalement parvenue à obtenir une bourse pour étudier à Paris. Là, être femme et étrangère n’a pas rendu sa vie plus facile. De plus, ses découvertes scientifiques ont fait d’elle la cible de jalousies. Elle a souffert tour à tour de la mort de son mari, de la guerre, et de la maladie. Elle a vécu des moments de profond désespoir, au point d’en perdre parfois la volonté de persévérer – mais elle s’est toujours ressaisie au bord du gouffre. Elle n’a jamais cédé ; elle ne pouvait accepter l’échec. Elle a toujours lutté contre l’adversité. Le jour où j’ai visité la maison de Marie Curie, j’ai dit aux jeunes femmes qui nous accompagnaient : « À mon avis, la grandeur de Marie Curie ne repose pas tant sur ses deux prix Nobel que sur sa force de caractère qui lui a permis de surmonter de grandes difficultés. La vie n’est pas un long fleuve tranquille. C’est plutôt une longue série d’épreuves. Tout en surmontant nos difficultés, nous nous éveillons à notre propre mission. Cette prise de conscience donne naissance à l’espoir. » Une jeune fille acquiesça en m’écoutant. Elle a, depuis, mené une vie pleine d’espoir, consciente de sa mission, au côté de son mari. Leurs trois enfants ont suivi les pas de leurs parents, et contribuent maintenant activement à la société française.  Dans sa jeunesse, Marie Curie a écrit dans une lettre adressée à un ami : « Premier principe : ne jamais se laisser abattre par qui ou quoi que ce soit.» C’est une résolution infaillible que Marie Curie a gardée tout au long de sa vie. Une telle détermination rend fort. Ma femme s’est aussi forgé des devises similaires comme, par exemple : « Vous ne pourrez pas toujours gagner, mais ne soyez jamais vaincu » et « Menez une vie invaincue, quelles que soient la situation ou les circonstances ». Enfant, lors d’une réunion de discussion chez ses parents, elle a pu observer l’attitude très libre et sans crainte de M. Makiguchi, malgré la présence d’officiers d’une unité spéciale de police. Elle fut très impressionnée et, plus tard, elle a décidé de devenir disciple de M. Toda, et elle a réalisé inlassablement sa mission avec l’esprit de ne jamais être vaincue. Dans un hommage posthume à Marie Curie, Albert Einstein a écrit : « Ce sont davantage les qualités morales des personnalités qui ont une influence sur leur génération et le cours de l’Histoire plutôt que de simples réalisations intellectuelles. » La qualité morale essentielle de Marie Curie était son courage à toute épreuve. Si fort que l’on puisse être, sans courage on est incapable d’aider ou de protéger les autres, de mener à bien une mission. Comment Marie Curie a-t-elle acquis et rassemblé le courage de se battre pour ses convictions et de persévérer sans crainte ? C’est cet aspect de sa vie que j’aimerais approfondir du fait des grands espoirs que ma femme et moi fondons sur toutes les étudiantes des institutions Soka au Japon et dans le monde entier, ainsi que sur toutes les femmes de la SGI – que nous chérissons comme si elles étaient nos filles. Quiconque a passé l’examen d’entrée de l’université Soka devrait se considérer comme un membre à vie de cette institution. La nature même d’un examen d’entrée est de sélectionner un nombre limité de postulants. Si, par exemple, vous avez échoué à cet examen, il n’en reste pas moins que tous les efforts pour le préparer représentent un accomplissement qui vous accompagnera toujours. C’est pourquoi vous devriez mener une jeunesse magnifique, débordante de confiance et d’optimisme, en adoptant avec fierté une attitude dynamique et combative dans la vie. Ma femme et moi prions pour le bonheur et le succès de toutes celles qui ont passé cet examen d’entrée. Marie Curie est entrée dans le xxe siècle en menant une vie digne et pleine d’assurance. J’espère que vous aussi, en cette période de transition vers le xxie siècle, vous serez confiantes, et vous consacrerez à vos études, en surmontant tous les obstacles et en dépassant vos propres limites. Vous êtes les responsables en cette aube du siècle des femmes, rayonnantes d’espoir pour l’humanité. C’est en 1891 que Marie Curie est arrivée à Paris, par un matin de novembre. C’était une jeune femme qui portait de lourdes valises, éreintée par trois longues journées de voyage en quatrième classe. Très modestement vêtue, arrivant pour la première fois dans une capitale inconnue et entourée d’étrangers, la jeune femme se faisait du souci pour son avenir, mais elle désirait par-dessus tout étudier et approfondir ses connaissances. Les premiers pas courageux de Marie Curie rappellent ceux, pleins de détermination, des étudiants partis loin de chez eux pour étudier dans les universités Soka, notamment les pensionnaires et les étudiants étrangers. Âgée de 23 ans à son arrivée à Paris, Marie Curie avait passé l’équivalent du baccalauréat huit ans auparavant. De nos jours, les étudiants obtiennent leur diplôme universitaire vers l’âge de 20 ans. Mais, en raison de la situation financière de sa famille, Marie Curie avait dû économiser de longues années afin de réaliser son rêve de partir à l’étranger. Certains étudiants prennent plus de temps que d’autres pour achever leur formation. Soit ils n’ont pas été acceptés dans l’université de leur choix, ou ont redoublé ; soit ils ont dû interrompre leurs études en raison de circonstances imprévues. Si cela devait être votre cas, ne vous comparez surtout pas aux autres. La vie est longue, et vous ne devez pas laisser les hauts et les bas ternir votre vision de l’avenir. Tout ce qui importe est d’aller jusqu’au bout. Les jeunes ne devraient jamais se laisser abattre. Il va sans dire qu’il faut essayer de faire les meilleurs choix possibles et de ne pas inquiéter inutilement vos parents, et j’espère que vous serez une source de joie pour eux, et que vous ferez preuve de sollicitude à leur égard. C’est un point à ne jamais oublier. Marie Curie quitta Varsovie en novembre 1891… Elle était pleine d’enthousiasme et d’espoir, mais se retrouva vite confrontée à un obstacle inattendu. Son niveau de français n’était pas aussi satisfaisant qu’elle le pensait, et elle avait du mal à suivre les cours. À mon avis, bon nombre de nos étudiants étrangers doivent rencontrer la même difficulté. En outre, les connaissances qu’elle avait acquises par elle-même étaient inférieures à celles de ses camarades ayant suivi un cycle universitaire classique. Marie n’était cependant pas du genre à se laisser abattre par les circonstances. Si elle manquait de connaissances, elle étudierait davantage. Et si cela ne suffisait toujours pas, elle étudierait encore plus, dix, cent, mille fois plus qu’auparavant ! Depuis qu’elle vivait seule, elle s’était décrite comme « travaillant mille fois plus ». Les premiers temps, Marie a peu fréquenté les autres étudiants. Mais, petit à petit, elle a fait la connaissance de personnes partageant la même soif d’apprendre, qui sont finalement devenues ses amies. Elle a rencontré entre autres Ignace Paderewski (1860-1941), qui deviendra un musicien de renommée mondiale et le Premier ministre de Pologne. […]  Le premier logement qu’elle occupa était une mansarde au septième et dernier étage d’un immeuble. Elle vivait avec le peu d’argent que lui envoyait sa famille et ses maigres économies. L’hiver, elle étudiait le plus longtemps possible à l’université ou en bibliothèque pour limiter ses frais de chauffage. Puis, de retour chez elle, elle continuait à travailler en grelottant. « Tout mon esprit était centré sur mes études. Je partageais mon temps entre les cours, mon travail expérimental, et l’étude à la bibliothèque. Le soir, je travaillais dans ma chambre, parfois jusque tard dans la nuit », écrit-elle. Il lui arrivait de ne manger que du pain et du beurre des semaines durant. Chaque morceau de fruit, chaque petit carré de chocolat était un précieux apport nutritionnel. Mais elle n’exprimait ni tristesse ni plainte. En fait, elle acceptait ses conditions de vie en restant de bonne humeur. Les difficultés que vous endurez pour parvenir à un grand objectif que vous vous êtes fixé finissent par ne plus apparaître comme des difficultés. Elles deviennent une source de joie et de fierté. Les sources d’adversité rencontrées dans votre jeunesse sont un trésor impérissable. «Il serait impossible de dire à quel point ces années m’ont été bénéfiques. Imperméable à toute autre activité extérieure, j’étais totalement absorbée par la joie d’apprendre et de comprendre », dira-t-elle plus tard. Marie a trouvé son inspiration dans la joie d’apprendre et de dialoguer avec de grandes personnalités, passées et présentes, et non dans un monde de paillettes. Elle n’avait certes pas la possibilité de déguster des mets raffinés, mais son esprit était abondamment nourri par l’héritage de la sagesse humaine. Elle ne portait sans doute pas des vêtements luxueux à la mode, mais ses découvertes sur des principes clés de l’univers brillaient avec éclat. Marie a passé sa jeunesse dans le « royaume de l’étude », plus resplendissant qu’aucun autre palais. Ève Curie (1904-2007), sa seconde fille, a décrit cette période d’étude intense vécue dans une grande pauvreté et solitude comme les « années héroïques » de sa mère. […] Grâce à ses efforts assidus, Marie Curie a obtenu la première place en maîtrise de physique en 1893, et la deuxième en maîtrise de mathématiques l’année suivante. Elle a déclaré : « Notre société, dominée par le désir insatiable de richesses et de luxe, ne comprend pas la valeur de la science.» C’est peut-être malheureusement encore plus vrai de nos jours, et c’est précisément pour cela que la tradition de la faculté des jeunes femmes de l’université Soka d’étudier et de s’entraîner le plus possible brille avec tant de pureté. En repensant à cette époque, Marie a évoqué sa mansarde dans laquelle elle étudiait nuit et jour : « Ce petit coin si cher à mon cœur / où régnait un labeur silencieux / et où repose un monde de souvenirs. » Si vous avez un point de départ solide auquel vous pouvez toujours revenir, vous serez toujours fortes et jamais dans l’impasse face aux difficultés…   […] Quand Marie a fait la connaissance de Pierre Curie (1859-1906), elle avait vingt-six ans et lui, trente-cinq. Il comptait déjà plusieurs réussites d’importance à son actif dans le domaine de la physique. Mais, n’ayant pas fréquenté d’école très prestigieuse, il ne bénéficiait pas d’une grande reconnaissance en France. Indifférent tout au long de sa vie à la renommée et au prestige social, c’était un homme aux idéaux élevés qui ne se souciait que de faire avancer les connaissances scientifiques pour le bien de l’humanité. […] Pierre Curie aimait profondément la nature. Il semble qu’il ait souvent fait des promenades dans les bois longeant les berges de la Bièvre, dans la région parisienne. Par hasard, il se trouve que la Maison littéraire de Victor Hugo que j’ai créée pour exprimer ma reconnaissance envers la France, pays d’une riche culture, se situe à Bièvres. Pierre, autant que Marie, avait connu par le passé des déceptions amoureuses. La recherche d’une relation intime ne figurait pas parmi leurs priorités. Mais tous deux possédaient l’amour d’apprendre. Dès leur rencontre, ils se découvrirent mutuellement ce noble désir. Grâce à leurs dialogues au sujet de la science et grâce à leur correspondance, ils purent approfondir leur respect mutuel. Mais leur voie demeurait pavée d’obstacles, en particulier parce qu’ils étaient originaires de pays différents. De plus, Marie souhaitait revenir en Pologne après ses études et se consacrer à servir son peuple. Apparemment, c’est Pierre qui aspirait le plus au mariage. La deuxième fille de Marie, Ève Curie (1904-2007), raconte dans le livre consacré à sa mère : « Dans un grenier presque vide, avec sa robe élimée, ses traits ardents, opiniâtres, Marie ne lui [Pierre] sembla jamais plus belle1. »  Le fondateur de l’éducation Soka Tsunesaburo Makiguchi a dit : « Avoir de nobles idéaux et un objectif clairement défini, puis les appliquer dans la vie quotidienne, voilà ce que signifie vivre avec une vision claire.» Marie était une personne dotée d’un tel objectif et d’une telle droiture. Plus tard, sa fille aînée Irène Joliot-Curie (1897-1956) rapporta le point de vue de sa mère sur le mariage : « On ne devrait se marier que lorsqu’on a trouvé quelqu’un qui peut être un bon partenaire de vie  2.» Marie écrivit à Ève : « Je pense qu’il nous faut rechercher la force spirituelle dans un idéalisme qui, sans nous rendre orgueilleux, nous oblige à placer très haut nos aspirations et nos rêves. Je pense aussi que c’est une source de déception que de faire dépendre tout l’intérêt de notre vie de sentiments aussi orageux que l’amour3. » Menant une vie sincèrement dévouée à ses idéaux, Marie Curie avait développé un point de vue plein de maturité sur l’amour et le mariage. Mon maître Josei Toda avait lui aussi des idées claires sur cette question : « Si les deux personnes s’améliorent grâce à leur relation, cette relation est positive… Si au contraire elle les conduit l’un et l’autre à manifester les pires aspects d’eux-mêmes, il s’agit d’une relation nocive. » Dans sa biographie de Pierre Curie, Marie cite le chimiste et micro­biologiste Louis Pasteur (1822-1895) qui consacra sa vie au progrès de la science : « Je crois, sans aucun doute, que la science et la paix triompheront de l’ignorance et de la guerre ». Pierre et Marie Curie partageaient cette conviction. Il ne fait aucun doute qu’ils décidèrent de se marier sur la base de leurs valeurs communes. Du fait de ce mariage, Marie vécut le reste de sa vie en France ; mais sa famille, restée en Pologne, était sincèrement heureuse pour elle et son époux. […] Pierre et Marie se marièrent le 26 juillet 1895. La cérémonie fut simple, elle ne rassembla que leur famille et leurs amis. Ils ne portaient pas de vêtements coûteux, n’organisèrent pas un banquet fastueux et il n’y eut pas d’échange d’alliances. Bien que tous les deux démunis sur le plan financier, ils détenaient la richesse lumineuse de leurs cœurs sincères et d’une brillante sagesse. Ils partirent en voyage de noces à bicyclette, dans la campagne française. Peu après leur mariage, ils achetèrent un livre de comptes afin de gérer leurs maigres revenus. Quand ma femme et moi nous sommes mariés, M. Toda nous conseilla également de tenir un livre de comptes pour notre ménage. Celui qui vit chaque étape de la vie quotidienne avec sagesse et constance est un vainqueur. La nouvelle vie de Pierre et Marie Curie débuta dans un très modeste appartement dépourvu de jolis meubles. « Nous ne voulions rien de plus qu’un endroit tranquille où vivre et travailler », écrivit Marie. Après deux ans de mariage, Marie donna naissance à leur premier enfant, Irène. Elle commença aussi à chercher un sujet de doctorat. C’est l’époque où le physicien français Henri Becquerel (1852-1908) remarqua que les sels d’uranium avec lesquels il travaillait produisaient des rayons non identifiables. Marie était curieuse de connaître la cause de ce phénomène inexploré et la façon dont il se produisait. Cela devint son sujet de recherche. Après de nombreuses expériences, Marie et son époux découvrirent les mécanismes de phénomène qu’ils appelèrent « la radioactivité ». D’autres recherches des Curie révèlent que les sels d’uranium qu’ils étudiaient contenaient un élément inconnu. Cela ouvrit la voie à un monde entièrement nouveau pour la physique. Autrement dit, grâce au travail dévoué de Marie, de son époux et d’un certain nombre d’autres scientifiques distingués, on découvrit que l’atome, considéré comme la plus petite unité de matière, était en fait constitué de diverses particules subatomiques. Cela déboucha sur de nouvelles possibilités infinies. Les Curie nommèrent le nouvel élément qu’ils avaient découvert le « polonium », en référence à la patrie de Marie. Elle envoya le manuscrit de son document de recherche en Pologne, à un cousin qui l’avait aidée au cours de ses études avant qu’elle n’arrive en France et envers qui elle estimait avoir une dette. Le peuple polonais, qui souffrait encore de l’oppression de la Russie tsariste, ne quittait jamais son cœur. (À suivre

Dialogues pour la paix

Vers un siècle de paix

Le premier traite de l’engagement de la SGI pour la paix mondiale et de la possibilité pour chacune et chacun d’entre nous d’apporter une contribution importante à la paix dans le cadre de vie qui  est le nôtre. Le second traite de l’autonomisation des femmes, thème majeur de notre époque que Daisaku Ikeda a toujours mis en avant. Extrait 1 - une paix durable : la tâche assignée à toute l’humanité 1 Clements. La plupart des stratèges qui conseillent les responsables nationaux sur les questions internationales et la diplomatie ont tendance à avoir une vision négative de la paix conçue simplement comme une manière d’éviter la guerre plutôt que comme une vision positive impliquant d’éliminer les causes de la guerre et de générer les conditions pour créer des relations de juste coopération entre les peuples. Cette étroitesse de vue favorise la réflexion à court plutôt qu’à long terme, la pensée bornée et exclusive plutôt que large et inclusive, et la dévalorisation des variables qui ne s’accordent pas facilement avec les raisonnements militaires. Pour établir une paix durable plutôt que temporaire, nous devons repenser les postulats qui sous-tendent les stratégies diplomatiques et militaires acceptées. Fondamentalement, l’instauration d’une paix durable est une question à laquelle sont confrontés tous les êtres humains sur cette planète, un défi que chacun doit reconnaître comme étant aussi le sien. Cela ne concerne pas exclusivement ceux qui vivent dans des zones de conflit. C’est une question qui requiert l’attention de tous en même temps que nous devons prendre la responsabilité d’œuvrer au bien-être des autres. Ikeda. Comme vous le dites, établir la paix est la responsabilité et la mission de tous les êtres humains sur Terre et non d’un groupe particulier. Ce n’est pas non plus un problème qui ne concerne que ceux qui ont fait personnellement l’expérience des conflits et de leurs résultats tragiques. Le dirigeant du mouvement des droits civiques américain Martin Luther King (1929-1968) a fermement critiqué la guerre du Vietnam en déclarant : « La justice est indivisible2. » Si nous parvenons à concevoir que des problèmes affectant des personnes tels que des conflits et d’autres violations des droits humains, ainsi que la pauvreté et la faim, sont aussi une menace pour nous et que nous réalisons à quel point c’est injuste, nous parviendrons à une vision complètement différente de la situation, même si les personnes concernées vivent loin de nous. Les membres de la SGI s’engagent dans des activités visant à établir une culture de paix au niveau des simples citoyens à l’échelle mondiale. Nos efforts sont fondés sur la prise de conscience que chacun de nous a une mission personnelle unique : établir une société pacifique. « La culture » est après tout la somme totale des pensées et des styles de vie des membres d’une société et elle parvient à maturité lorsqu’elle se transmet d’une génération à l’autre. Veiller à ce que cette culture soit orientée vers la création de la paix dépend en définitive de chaque personne, de la puissance de l’engagement et de la force de caractère de chacun pour protéger la vie qui est sacrée. L’historien Johan Huizinga (1872-1945) dit à ce sujet que la culture n’est pas simplement conceptuelle ; elle est dynamique et de l’ordre de ­l’expérience. Il écrivit aussi que la culture est engendrée dans la dimension sacrée de la vie et ne peut être saine qu’en elle. Il me semble que l’éducation est l’élément clé pour nourrir et forger cette dimension sacrée dont parle Huizinga. Et le rôle social de la religion est d’agir comme un stimulant pour renforcer cela sur la base de principes humanistes en mesure de soutenir une culture de paix. À la fin des années 1970, je me suis lancé dans un dialogue avec le Pr Bryan Wilson (1926-2004), le directeur de la Société internationale pour la sociologie des religions. Il y dit notamment : « Les gens sont préoccupés par leurs propres vies et expriment leurs problèmes dans un langage qui a des implications locales et spécifiques. Il ne leur est pas facile de voir comment leurs désirs personnels et les préoccupations de leur famille sont reliés aux problèmes plus vastes, peut-être même planétaires, auxquels l’humanité est confrontée. Et il est difficile de mobiliser les hommes pour ce qui leur paraît des idéaux “sublimes”. S’il est vraiment possible de créer ce lien, d’établir un pont entre, d’une part, la multiplicité des problèmes locaux et, d’autre part, les buts plus généraux d’une civilisation et d’une ou plusieurs cultures globales, des buts communs à toute ­l’humanité, il n’y a peut-être que la religion qui en soit capable 3. » C’est une question très importante. Les membres de la SGI, en tant que bouddhistes, s’efforcent d’établir confiance et amitié dans leur environnement tout en cherchant à être de bons citoyens dans leurs pays respectifs. Dans notre mouvement reconnu comme une ONG au sein des Nations unies, nous nous engageons à faire des efforts au niveau des simples citoyens pour trouver des solutions aux problèmes mondiaux. Extrait 2 - L’engagement social des femmes promeut la culture de la paix 4 Clements. […] D’un point de vue historique, le xxe siècle fut celui de massacres à grande échelle, dont la plupart furent créés et perpétrés par des hommes souvent contre l’avis des femmes, même si l’on a aussi noté que les femmes ne sont pas insensibles à l’appel patriotique et, une fois la guerre déclarée, encouragent souvent l’envoi de leurs fils, de leurs frères et de leurs compagnons sur le champ de bataille. Cependant, de manière générale, je pense qu’il est juste de dire que les femmes sont plus disposées que les hommes à la résolution pacifique des conflits. Si nous voulons construire un siècle de paix et des environnements bienveillants, nous devons avant tout permettre à des femmes de s’élever autant que possible à des postes de responsabilité. Une manière importante d’y parvenir consiste à promouvoir la participation accrue des femmes depuis les niveaux local, préfectoral et régional jusqu’au niveau du gouvernement national, tous niveaux de responsabilité confondus – comme vous l’avez dit, c’est ce qui se passe actuellement au Japon. Les recherches menées par Terrell Northrup de l’université de Syracuse confirment que les femmes, contrairement à la plupart des hommes, savent intrinsèquement que leur sécurité et leur sûreté, ainsi que leur résilience dépendent des qualités humaines et des caractéristiques de l’environnement où elles résident, et que renforcer les relations sociales crée des différences importantes sur le plan de la tranquillité. C’est précisément en raison des instabilités structurelles qui perdurent dans les endroits touchés par les conflits ou les catastrophes que les qualités propres aux femmes, leur sagesse inhérente et leurs capacités de survie, jouent un rôle crucial dans l’établissement de sociétés où règne la sécurité. La reconstruction après-guerre ou post-catastrophe est la somme ­d’efforts déployés pour reconstruire la société et les communautés afin que chacun puisse mener une vie normale et répondre avec résilience aux catastrophes. Quant au processus de reconstruction au niveau local, il doit garantir des débouchés aux initiatives et actions des femmes afin que leurs voix soient entendues Je ne fais pas ici d’essentialisme en déclarant que les femmes sont automatiquement meilleures que les hommes. Simplement, d’après les études, elles sont capables de répondre aux problèmes avec plus d’amour, de compassion et d’empathie, et sont disposées à intégrer les besoins et intérêts des autres dans les prises de décision avec davantage de neutralité et ­d’engagement au niveau local. Ikeda. Les éléments que vous citez soutiennent en tout point ce que j’ai personnellement vérifié dans ma vie. En de nombreuses occasions, j’ai écrit des poèmes en hommage aux nobles qualités des femmes. Dans l’un d’eux, je leur ai offert ces paroles pour les encourager et leur faire part de ma reconnaissance : « Les femmes elles-mêmes sont la paix. Les femmes elles-mêmes sont la culture. […] Ô mes amies, caressées par une brise dorée qui agite d’innombrables bannières chargées de sens, puissiez-vous triompher de tout ! Menez votre vie en faisant de chaque événement l’histoire de votre bonheur ! Vous qui avez un tel état d’esprit, de nouvelles fleurs, une nouvelle vie, de nouvelles constellations, la gloire d’un nouvel avenir vous attendent. » Le soleil de l’espoir en l’avenir se lève avec vigueur dans une société illuminée par le sourire des femmes. Construire un siècle où la dignité des femmes brillera, telle est la question pressante à laquelle tous les pays devraient chercher ensemble une réponse.

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