Passages clés des Enseignements oraux [7] Le chapitre « Le maître de la Loi »
Le grand vœu de kosen rufu est au cœur de la Soka Gakkai Nous, pratiquants de la Soka Gakkai, avons hérité du grand vœu de notre premier président, Tsunesaburo Makiguchi, et de son successeur, le deuxième président, Josei Toda. Cela correspond à la noble mission sans précédent de kosen rufu – diffuser dans le monde entier le bouddhisme du soleil établi par Nichiren, le Bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, et œuvrer au bonheur et à la paix de toute l’humanité. Ce vœu est au cœur même de la vie des trois premiers présidents de la Soka Gakkai et de leurs disciples. Nous avons choisi de naître en ce monde pour accomplir cette noble mission, en rejoignant avec ferveur ce rassemblement de bodhisattvas surgis de la Terre [qu’est la Soka Gakkai]. Le 3 mai est le point de départ de la Soka Gakkai Le 3 mai 1980, alors que j’étais dans la région du Kansai, si chère à mon cœur, j’ai inscrit une calligraphie sur laquelle figurait en grands caractères la date « 3 mai ». Dans la marge, j’ai écrit en plus petits caractères : 3 mai 1951 3 mai 1960 3 mai 1979 3 mai 1983 3 mai 2001 Ce jour [le 3 mai] est le point de départ de la Soka Gakkai 1. Tant que je serai en vie – non, pour toute l’éternité –, je n’oublierai jamais la première date de cette liste, le 3 mai 1951. C’est le jour où M. Toda est devenu le deuxième président de la Soka Gakkai et où la Soka Gakkai a rejeté son aspect provisoire pour révéler sa véritable identité en tant que communauté harmonieuse de bodhisattvas surgis de la Terre. Ce jour-là, il a lancé un grand combat pour réaliser kosen rufu en propageant avec bienveillance la Loi merveilleuse. Lors de la deuxième date – le 3 mai 1960 –, je suis devenu le troisième président de la Soka Gakkai et, à l’âge de 32 ans – en faisant un en esprit et par l’action avec mon maître –, j’ai pris la direction de notre mouvement avec la détermination de lui faire accomplir un pas de plus vers la réalisation concrète de kosen rufu 2. La troisième date – le 3 mai 1979 – marquait l’aboutissement de la première série de sept cloches 3 depuis sa fondation [en 1930]. C’était durant le premier incident avec le clergé et j’ai pris alors encore plus concrètement la direction du kosen rufu mondial en tant que président de la Soka Gakkai internationale (SGI). La cinquième date – le 3 mai 2001 – marquait le début d’un nouveau siècle, une sorte de pic de l’espérance, l’objet de notre quête, avec l’annonce du début de la deuxième série de sept cloches. C’est aussi le jour où fut inaugurée l’université Soka d’Amérique (SUA), qui avait la mission de former de brillants jeunes gens qui œuvreraient à créer la paix mondiale pour la famille humaine. La quatrième date – le 3 mai 1983 –, il y a exactement quarante ans, marquait le 32e anniversaire du nouveau départ de la Soka Gakkai sous la présidence de M. Toda. Nichiren avait 32 ans lorsqu’il proclama son enseignement pour la première fois [le 28 avril 1953], ce qui marquait le point de départ de toute une vie de lutte pour propager la Loi merveilleuse sans se laisser ébranler par les difficultés ou les persécutions. En atteignant ce jalon symbolique des 32 ans, la Soka Gakkai, sur la base d’une foi pure et déterminée, fit le vœu d’avancer audacieusement pour écrire une nouvelle histoire du bouddhisme du peuple. Le jour où nous renouvelons nos efforts pour kosen rufu Le 3 mai est le point de départ des maîtres et disciples du mouvement Soka qui perpétuent la grande lutte altruiste de Nichiren pour propager la Loi merveilleuse. Tout en poursuivant notre voyage sur la voie de maître et disciple, nous surmontons toutes les épreuves et tous les obstacles et remportons des victoires éclatantes. Le 3 mai sera à jamais le jour d’un nouveau départ plein de fraîcheur. Année après année, après avoir lutté de toutes nos forces, nous nous renouvelons ce jour-là et repartons de l’avant dans notre marche pour la victoire des personnes ordinaires. Tant que nous, pratiquants de la Soka Gakkai, fonderons notre vie sur le grand vœu de kosen rufu, nous pourrons faire jaillir une sagesse, un courage et une force vitale illimités, et remporter la victoire dans tous nos combats. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren déclare : « ″Le grand vœu″ désigne la propagation du Sûtra du Lotus [Nam-myoho-renge-kyo]. » (OTT, 82) Les véritables bodhisattvas choisissent d’apparaître à un âge mauvais pour accomplir ce grand vœu en se plaçant délibérément à l’avant-garde de la société dans ce monde plein de souffrances. Ce sont « les maîtres de la Loi » dont nous allons parler dans cet épisode. À partir du chapitre « Le maître de la Loi » (10e)4, l’assemblée du Sûtra du Lotus change totalement de perspective. Jusqu’au chapitre précédent « Prophétie aux novices et aux disciples confirmés », l’accent était mis sur la révélation faite par Shakyamuni que les pratiquants des Deux Véhicules (les auditeurs et les éveillés-à-la-causalité) peuvent en réalité atteindre l’illumination [ce qui n’était pas possible dans les sûtras antérieurs 5]. Les trois véhicules (les enseignements antérieurs au Sûtra du Lotus exposés pour les auditeurs, les éveillés-à-la-causalité et les bodhisattvas) se rejoignent alors au sein de l’enseignement unique du Sûtra du Lotus. Le chapitre « Le maître de la Loi » s’attache à la propagation de la Loi merveilleuse à l’époque de la Fin de la Loi, c’est-à-dire à l’âge mauvais suivant la disparition de Shakyamuni. Il y explique d’abord l’importance des maîtres de la Loi qui accomplissent la tâche de propager le Sûtra du Lotus et décrit en détail leur pratique et leur comportement. Chapitre 10 : Le maître de la Loi Seize points importants Point un, à propos du chapitre « Le maître de la Loi » « Il est dit dans le Recueil des enseignements oraux : “Maintenant Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont les plus grands de tous les maîtres de la Loi.” » (OTT, 81-82) Les deux caractéristiques des maîtres de la Loi : rechercher la voie et guider les autres vers l’illumination Ici, Nichiren déclare d’abord que lui et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont les plus importants maîtres de la Loi. « Maître de la Loi » (jpn hosshi) est une traduction du sanskrit dharmabhanaka. Dharma désigne la Loi et bhanaka, celui qui récite ou dispense les enseignements. Dans le Sûtra du Lotus, tout le monde peut être qualifié de maître de la Loi, sans aucune distinction entre moines et laïcs, hommes et femmes. C’est une parfaite description d’un bodhisattva. Le chapitre « Le maître de la Loi » présente deux caractéristiques ou rôles des maîtres de la Loi : premièrement, ils font de la Loi leur maître et leur guide dans la vie et, deuxièmement, ils agissent eux-mêmes en qualité de maîtres, en partageant avec les autres la Loi à laquelle ils se sont éveillés. Le premier est l’aspect de rechercher la Loi et d’obtenir ainsi des bienfaits, et le deuxième consiste à guider les autres, à leur apporter des bienfaits en leur montrant la voie de l’illumination. Se concentrer uniquement sur sa propre illumination, c’est manquer de compassion envers les autres, comme l’illustre l’exemple des pratiquants des Deux Véhicules (les auditeurs et les éveillés-à-la-causalité). Par ailleurs, se concentrer uniquement sur le fait d’apporter des bienfaits aux autres peut conduire à l’hypocrisie et à l’arrogance. Ce n’est que lorsque ces deux éléments coexistent, de façon complémentaire, que l’humanité peut véritablement s’épanouir. Les maîtres de la Loi plongent parmi les personnes ordinaires et partagent inlassablement la grandeur du bouddhisme. Comme l’indique le mot « maître », ce sont des dirigeants spirituels. Nichiren déclare : « Maintenant, Nichiren et ses disciples qui récitent Nam-myoho-renge-kyo sont les plus grands parmi les maîtres de la Loi. » (OTT, 82) En accord avec ces mots, nous, pratiquants de la Soka Gakkai, qui récitons aujourd’hui Nam-myoho-renge-kyo, le cœur du Sûtra du Lotus, faisons jaillir la sagesse, la compassion et le courage nécessaires pour apporter une contribution positive à la société. Nous sommes les grands maîtres de la Loi et les héritiers directs de Nichiren. Naître à une époque mauvaise grâce à la puissance de notre vœu Une caractéristique du chapitre « Le maître de la Loi » qui mérite l’attention est sa description des bodhisattvas renonçant aux immenses et pures rétributions acquises grâce à leur pratique pour renaître à une époque mauvaise afin d’enseigner le Sûtra du Lotus. C’est la noble voie qu’ils ont choisie avec le désir de permettre à tous les êtres vivants d’atteindre l’illumination. Le Grand Maître Miaole 6 a appelé cela « choisir délibérément le karma qui convient 7 » en faisant référence à la façon dont, grâce à la puissance de leur vœu de sauver tous les êtres vivants, ces bodhisattvas apparaissent dans ce monde saha 8 plein de souffrances et œuvrent avec vigueur à propager la Loi merveilleuse. On peut dire que cette pratique ultime des bodhisattvas caractérise les bodhisattvas surgis de la Terre 9, qui apparaissent ensuite dans le chapitre « Surgir de terre » du Sûtra du Lotus (15e) et qui, en tant qu’envoyés de l’Ainsi-Venu 10, consacrent leur vie à propager la Loi merveilleuse à l’ère mauvaise suivant sa disparition. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren proclame : « Les personnes qui ″naissent en cette époque mauvaise″ sont Nichiren et ses disciples. » (OTT, 82) En d’autres termes, Nichiren et ses disciples sont les bodhisattvas qui ont fait le vœu d’« adopter délibérément le karma qui convient ». Dans le cœur de ces bodhisattvas résonne cette déclaration fière et joyeuse : « Unis par les liens de maître et disciple, nous avons choisi de naître ensemble en ce monde, en cette époque mauvaise, sur la base de notre vœu commun ! » Les maîtres et disciples du mouvement Soka vont aujourd’hui vigoureusement de l’avant pour réaliser le kosen rufu mondial. D’innombrables pratiquants du monde entier ont raconté avec joie des expériences de karma adopté volontairement et transformé en mission. Ils ont montré à quel point la révolution humaine d’une seule personne est noble et combien elle peut devenir une source d’espoir et d’inspiration infinie. Il est dit dans le Sûtra du Lotus que les personnes qui adoptent le Sûtra « choisissent librement là où elles vont naître » (SdL-X, 165). Nous sommes tous nés maintenant, en cette époque de la Fin de la Loi, et ici, sur cette Terre, dans un lieu particulier ainsi qu’à un moment et dans des circonstances que nous avons choisies, afin d’accomplir notre mission de bodhisattvas surgis de la Terre. Quand nous nous éveillons à notre grand vœu émis depuis le passé infini, la signification de notre existence change complètement. Toutes nos souffrances sont transformées en mission parce que nous sommes tous, sans exception, des bodhisattvas qui avons émis un vœu. Nous menons nos activités avec une joie infinie et la conviction que chacun de nous est cet « envoyé de l’Ainsi-Venu » décrit dans le chapitre « Le maître de la Loi » qui « a été dépêché par l’Ainsi-Venu et accomplit l’œuvre de l’Ainsi-Venu » (cf. SdL-X, 164 11). « Des représentants de l’Ainsi-Venu » émergent actuellement partout dans le monde. On peut dire que cette ultime pratique du bodhisattva caractérise les bodhisattvas surgis de la Terre qui apparaissent ensuite dans le chapitre « Surgir de Terre » du Sûtra du Lotus (15e) et, en tant qu’envoyés de l’Ainsi-Venu, consacrent leur vie à diffuser la Loi merveilleuse dans l’ère mauvaise suivant sa disparition. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren proclame : « Les personnes qui ″naissent dans ce monde [ou dans ces temps] mauvais″ sont Nichiren et ses disciples. » (OTT, 82) En d’autres termes, Nichiren et ses disciples sont les bodhisattvas qui ont fait le vœu de « choisir délibérément le karma qui convient » (OTT, 82). Kosen rufu commence par un dialogue de cœur à cœur Le terme « Le maître de la Loi » peut paraître évoquer une personne qui s’exprime devant de vastes assemblées mais le Sûtra du Lotus établit clairement que ce n’est pas nécessairement le cas. Il déclare que quelqu’un qui parle du bouddhisme à ne serait-ce qu’une personne est un envoyé de l’Ainsi-Venu. Pour transmettre la Loi merveilleuse ou guider les autres vers l’illumination, il faut d’abord toucher le cœur de la personne face à nous. Tous les êtres humains sont intrinsèquement dignes du plus grand respect parce qu’ils possèdent la nature de bouddha. Nul ne mérite d’être rabaissé ou traité avec mépris. C’est pour cela qu’un dialogue de cœur à cœur et de petits rassemblements sont si importants. Le 3 mai 1951, quand M. Toda est devenu président de la Soka Gakkai et a fait le vœu d’amener 750 000 foyers à la pratique du bouddhisme de Nichiren, il déclara aussi que kosen rufu serait réalisé grâce à des dialogues de personne à personne, de cœur à cœur 12. Nous avons toujours accordé le plus grand prix à chaque individu et nous avons formé des personnes qui se dressent avec nous dans le même esprit pour cette noble cause. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren poursuit ainsi : « Aujourd’hui Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont les véritables envoyés. » (OTT, 83) Nous, pratiquants de la Soka Gakkai, récitons avec ferveur Nam-myoho-renge-kyo et persistons dans le dialogue pour aider les personnes, les unes après les autres, à former un lien avec le bouddhisme. Nous sommes donc les véritables envoyés de l’Ainsi-Venu. Point sept, à propos de la tunique, du siège et de la salle « Roi-de-la-Médecine, s’il se trouve des gens de bien, hommes et femmes qui, après l’entrée dans l’extinction de l’Ainsi-Venu, souhaitent exposer le Sûtra du Lotus aux quatre sortes de croyants [moines, nonnes, laïcs hommes et femmes], comment devront-ils procéder ? Il faudra que ces gens de bien se rendent dans la salle de l’Ainsi-Venu, revêtent la tunique de l’Ainsi-Venu, s’asseyent sur le siège de l’Ainsi-Venu et se mettent ensuite à exposer largement ce Sûtra, pour les quatre sortes de croyants. » (SdL-X, 167) « … Maintenant Nichiren et ses disciples qui récitent Nam-myoho-renge-kyo suivent ces trois règles d’enseignement, symbolisées par la tunique, le siège et la salle, à chaque instant de leur vie. « La tunique dont il est ici question est la tunique de “douceur et de persévérance” (cf. chap. 10) décrite également dans la formule : “Nous revêtirons l’armure de la persévérance” (chap. XIII, Exhortation à la persévérance, 190). « Quant au siège, si l’on se consacre à la pratique sans ménager sa vie, alors cela devient le siège de “la vacuité de tous les phénomènes” (chap. 10) après que l’on a brisé tout attachement à son statut transitoire. « La salle est appelée ainsi parce qu’on y réside dans la bienveillance et la compassion (cf. chap. 10) quand on expose les enseignements. Cela signifie avoir la même sollicitude qu’une mère pour son enfant. Et ne suivons-nous pas ces trois règles d’enseignement à chaque instant de notre vie ? » (OTT, 84-85) Les trois règles d’enseignement : la tunique, le siège et la salle Voyons maintenant la partie du Recueil des enseignements oraux concernant les trois règles d’enseignement que l’on appelle aussi les trois règles de la tunique, du siège et de la salle 13. Le mot « règle » a ici le sens de « direction », « voie » ou « orientation ». Comment les hommes et les femmes de bien – c’est-à-dire les maîtres de la Loi – qui pratiquent le Sûtra du Lotus dans l’époque suivant la disparition du Bouddha prêchent-ils le Sûtra pour le bien des autres ? Les trois règles de la tunique, du siège et de la salle – des métaphores très riches qui expriment notre humanité – nous servent de guide dans ce domaine. Dans le passage précédant immédiatement celui que nous étudions, les trois règles de la tunique, du siège et de la salle sont liées aux trois corps du Bouddha – le Corps du Dharma, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation 14. Nichiren dit que, quand nous mettons ces trois règles en pratique, nous acquérons les caractéristiques des trois corps du Bouddha, notamment les vertus de vérité, sagesse et compassion. Et il déclare : « Maintenant Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, suivent ces trois règles d’enseignement représentées par la tunique, le siège et la salle, à chaque instant de leur vie. » (OTT, 84) Ces trois règles sont présentées après cette mise en garde du Bouddha : « Puisque haine et jalousie envers ce Sûtra abondent en ce monde du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition ? » (SdL-X, 166) Il faut s’attendre à provoquer inévitablement des persécutions lorsque l’on propage l’enseignement correct dans l’époque mauvaise suivant la disparition de Shakyamuni. Des persécutions s’abattirent à de nombreuses reprises sur Nichiren, conformément à ce qui est dit dans ce passage de Sûtra, notamment lorsqu’il faillit être exécuté durant la persécution de Tatsunokuchi 15. Il endura tout cela pour enseigner et propager la grande Loi de l’illumination des êtres humains pour l’éternité de l’époque de la Fin de la Loi. Nous non plus nous ne devons jamais abandonner ni céder, quelles que soient les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Cet esprit résolu est ce qui définit un fier disciple de Nichiren. Pratiquer le bouddhisme signifie être victorieux. Nous ne pouvons pas affronter et surmonter les tempêtes des oppositions si nous ne sommes qu’à moitié résolus. C’est pourquoi la tunique que nous devons revêtir peut être décrite comme étant à la fois « la tunique de douceur et de persévérance » et « l’armure de la persévérance » (cf. OTT, 85). Le « siège » symbolise le fait d’être prêt à « se consacrer à la pratique sans ménager sa vie » (cf. OTT, 85) au cœur des vagues rugissantes du monde réel, et cela consiste à avancer sans crainte face à la nature démoniaque des autorités arrogantes. La « salle » se réfère à la bienveillance comparable à la sollicitude « qu’une mère [éprouve] pour son enfant » (cf. OTT, 85) et c’est aussi la force de protéger toutes choses de la souffrance. Le 3 mai de cette année [2023] marque le 35e anniversaire du Jour des mères de la Soka Gakkai. Comme Nichiren aurait été heureux de voir la grande solidarité des femmes de tout âge au sein du mouvement Soka. Ce sont des amies dans la chambre des orchidées 16 (cf. Écrits, 25), dotées d’un grand respect pour la dignité de la vie ! Les pratiquants de la Soka Gakkai créent « les chambres des orchidées de la compassion » Les trois règles de la tunique, du siège et de la salle me rappellent toujours le dialogue entre l’hôte et son invité dans le traité de Nichiren intitulé Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays 17. Tous deux étaient profondément troublés par les désastres naturels affligeant le pays, qui apportaient tant de souffrances au peuple. L’hôte et l’invité trouvèrent là l’occasion d’échanger leurs opinions et s’assirent tout naturellement pour dialoguer ensemble. À mesure que leur conversation progressait, l’invité se fâcha quand l’hôte se mit à critiquer les enseignements de la Terre pure (le Nembutsu) et il se leva pour partir mais l’hôte, calme et souriant, l’exhorta à rester et lui expliqua patiemment le raisonnement et les vérités qui sous-tendaient ses remarques. La colère de l’invité s’apaisa alors et il devint à nouveau réceptif. Lorsque l’invité devint agressif, l’hôte revêtit « la tunique de la douceur et de la persévérance » et poursuivit avec lui un dialogue honnête, ouvert et sans préjugés. Il créa ainsi « la chambre des orchidées de la compassion », embaumée par l’empathie à l’égard de ceux qui souffrent. Le développement de dialogues de ce type fondés sur les trois règles de la tunique, du siège et de la salle au Japon et dans le monde entier permet d’établir des bases solides pour réaliser l’idéal de Nichiren : « l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays ». Ceci n’est pas un objectif pour un avenir très lointain ; il se concrétise aujourd’hui même, là où les pratiquants de notre mouvement, « les plus grands parmi les maîtres de la Loi » (OTT, 82), s’engagent dans des dialogues intenses. Partager le bouddhisme dans la vie quotidienne Cette année marque le 80e anniversaire de l’arrestation et de l’emprisonnement de Tsunesaburo Makiguchi et Josei Toda, nos premier et deuxième présidents de la Soka Gakkai, par les autorités militaristes du Japon durant la guerre [en juillet 1943]. Malgré des conditions d’incarcération très pénibles, ils n’abandonnèrent jamais la bannière du dialogue pour « établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays ». M. Makiguchi transforma ses séances d’interrogatoires en opportunités pour discuter de la philosophie bouddhique et M. Toda présenta le bouddhisme de Nichiren à ses gardiens de prison. Cette détermination inébranlable à pratiquer et propager la Loi merveilleuse quelles que soient les circonstances correspond à la pratique des trois règles de la tunique, du siège et de la salle. Suivons l’exemple de nos grands maîtres, les présidents Makiguchi et Toda, et continuons à œuvrer pour kosen rufu sans jamais relâcher nos efforts. Quand nous partageons directement et sincèrement le bouddhisme avec les autres, « nous résidons au même endroit que l’Ainsi-Venu 18 » (OTT, 83). Les maîtres de la Loi sont toujours ensemble avec le Bouddha. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren cite un commentaire où il est dit : « Matin après matin nous nous levons avec le Bouddha, soir après soir nous nous couchons avec le Bouddha. À chaque instant, nous atteignons la voie, à chaque instant, nous révélons notre véritable identité 19. » (OTT, 83) Les maîtres de la Loi incarnent le bouddhisme, l’enseignent et le mettent sans cesse en avant au cours de leur vie quotidienne. Telle est en effet la voie du bonheur éternel. La spiritualité est une source d’inspiration qui permet de former des personnes de valeur Le lendemain de la célébration joyeuse du 3 mai, il y a quatre décennies (en 1983), je suis allé à Hikawa, à l’extrémité ouest de Tokyo, avec un groupe de jeunes gens. J’ai gardé d’excellents souvenirs de ce lieu depuis que, il y a bien des années, j’y ai accompagné M. Toda pour une séance d’entraînement du groupe des jeunes hommes Suiko-kai 20 en plein air. En retournant sur place, j’ai dit alors aux jeunes hommes qui m’accompagnaient : « Les événements qui ponctuent l’histoire de notre mouvement de kosen rufu peuvent sembler modestes, mais à mesure que le temps passe, ils prendront une signification plus profonde, plus grande, et éternelle. Le rassemblement d’aujourd’hui ainsi que chacun de vous, ici présent, brilleront à coup sûr dans l’histoire éternelle de kosen rufu. » J’étais plein de conviction. Même le puissant Gange est parti d’une simple goutte d’eau. Connaissant l’authenticité du grand vœu qui réside au cœur de notre mouvement Soka, je savais alors que les jeunes de notre mouvement, et même tous les pratiquants, se dresseraient dans les périodes d’adversité en s’encourageant et en s’inspirant mutuellement. J’étais sûr qu’ils formeraient le fleuve puissant des personnes de valeur qui finirait par changer l’époque et le monde. Les maîtres de la Loi dépeints dans le Sûtra du Lotus sont en fait des bodhisattvas animés par la passion du grand vœu de kosen rufu. Ils s’engagent parmi les personnes ordinaires et se lancent dans des dialogues afin de créer un monde plus paisible pour tous, ouvrant ainsi de nouvelles voies pour aller de l’avant. Des personnes de ce type peuvent en soutenir beaucoup d’autres autour d’elles. Le rayonnement émanant de leur vie peut rendre la société plus brillante et représenter une source d’inspiration. Nous, maîtres de la Loi du mouvement Soka, avons la grande mission de transmettre largement à toute l’humanité le message de respect envers tous les êtres humains et de coexistence harmonieuse du Sûtra du Lotus. Nous avons pour tâche de bâtir une nouvelle ère où chaque personne brille par sa dignité et connaît un magnifique épanouissement de la façon unique qui est la sienne, en accord avec le principe du « cerisier, du prunier, du pêcher et de l’abricotier » (voir OTT, 200). Le temps est maintenant venu de vous dresser joyeusement ! Durant ces nombreuses années, j’ai prié tous les 3 mai en renouvelant ma détermination avec cette pensée à l’esprit : « Mes chers amis membres, bodhisattvas surgis de la Terre, vous, jeunes du mouvement Soka qui êtes notre espoir commun, dressez-vous avec joie et vigueur ! Devenez le puissant fleuve éternel des personnes de valeur qui ouvrent un nouveau siècle de la vie ! Et développez toujours plus la marée ardente des citoyens du monde qui se consacrent à créer le bonheur et la paix ! »
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