Nichiren – Un grand vœu de compassion pour le bonheur de l’humanité
Partie XXII. Sur les quatre étapes de la foi et les cinq étapes de la pratique Le quatrième mois de l’année 1277, Nichiren écrivit Sur les quatre étapes de la foi et les cinq étapes de la pratique (Écrits, 789), dans lequel il répond à des questions de Toki Jonin, un disciple résidant dans la province de Shimosa 1. Ce qui semble être un brouillon ou une copie de la lettre originale de Jonin existe encore aujourd’hui. Dans celle-ci, il écrit : « Même si j’ai étudié le bouddhisme et eu la chance de connaître un maître exceptionnel, je n’ai pas été en mesure de le rencontrer. Ainsi, je finirai par oublier les enseignements que j’ai reçus, et, si cela continue, je ne pourrai pas transformer mon karma négatif et tomberai pour longtemps dans l’enfer Avici 2. » Toki Jonin demande ensuite comment il devrait pratiquer quotidiennement le Sûtra du Lotus et quelle attitude adopter à l’égard des préceptes. Nam-myoho-renge-kyo contient tous les enseignements du Bouddha En réponse, Nichiren se réfère d’abord au principe des quatre étapes de la foi et des cinq étapes de la pratique 3, décrit dans le Sûtra du Lotus. En partant de cela, il affirme que, parce que le Sûtra du Lotus est un excellent enseignement, il peut, contrairement aux autres sûtras, conduire les personnes de l’époque de la Fin de la Loi à l’éveil, même celles dont la capacité à comprendre et à pratiquer le bouddhisme est limitée. Il souligne ensuite que nous devrions « bien méditer » sur l’expression en six caractères de Miaole contenue dans les Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration (les commentaires sur La Grande Concentration et Pénétration de Tiantai) : « Plus un enseignement est juste, plus il est capable d’emmener les pratiquants les moins doués [à l’illumination]. » (Ibid., 792) De plus, Nichiren affirme que la foi est le fondement de la pratique. Il explique que l’étape où l’on entend le nom et les mots de la vérité 4, qui correspond à la foi, est l’étape des pratiquants du Sûtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi. Pour ceux qui commencent leur pratique à l’époque de la Fin de la Loi, il explique qu’ils ne doivent pas pratiquer les cinq paramita 5, qui incluent le don et l’observation des préceptes, mais qu’ils doivent remplacer la sagesse par la foi et s’orienter « exclusivement vers la récitation de Nam-myoho-renge-kyo » (ibid., 793). Pour appuyer son propos, il cite le Commentaire textuel du Sûtra du Lotus de Tiantai : « Rejeter les pratiques formelles mais garder le principe. » Cela signifie qu’il faut rejeter les pratiques prescrites spécifiques, comme l’observation de divers préceptes, et s’éveiller à la vérité en soi-même pour vivre en accord avec elle. De plus, il cite les Annotations sur le Commentaire textuel du Sûtra du Lotus de Miaole pour montrer que, dans le cadre de la pratique du Sûtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi, adopter la Loi merveilleuse revient à observer les préceptes (cf. ibid., 794). Une autre raison pour laquelle les pratiques autres que la récitation du Daimoku sont inutiles, explique-t-il, est que tous les enseignements du Bouddha sont contenus dans Nam-myoho-renge-kyo. Comme dans ses écrits précédents, il affirme clairement que le cœur de la pratique bouddhique de Nichiren est la récitation de Nam-myoho-renge-kyo avec foi dans la Loi merveilleuse. La lettre se poursuit par une question : « Si une personne récite simplement Nam-myoho-renge-kyo sans en comprendre le sens, les bienfaits de la compréhension seront-ils inclus [dans cette pratique] ? » Nichiren répond par une métaphore : « Quand un bébé boit du lait, il n’en comprend pas le goût et pourtant son corps s’en nourrit naturellement. » (Ibid., 795) Il cite ensuite Zhangan et Miaole pour réaffirmer que la totalité des enseignements est contenue dans Nam-myoho-renge-kyo. Même sans en comprendre la signification, dit-il, celles et ceux qui ont la foi et récitent Nam-myoho-renge-kyo en obtiendront pleinement les bienfaits. Le niveau d’accomplissement des disciples de Nichiren La lettre se poursuit par une autre question : « Quand vos disciples, qui n’ont pas la moindre compréhension, récitent simplement avec leurs lèvres les mots Nam-myoho-renge-kyo, à quel niveau d’accomplissement parviennent-ils ? » (Ibid., 796) Nichiren répond qu’ils ne dépassent pas seulement les pratiquants des autres sûtras, mais qu’ils « surpassent de cent, mille, dix mille, un million de fois les fondateurs […] des diverses autres écoles […]. » Il s’exclame ensuite : « […] J’implore les gens de ce pays : ne méprisez pas mes disciples ! » (Ibid.) Il explique qu’ils sont de grands bodhisattvas qui, dans leurs vies antérieures, « ont accompli des pratiques sous la direction de bouddhas aussi nombreux que les grains de sable du Hiranyavati 6 et du Gange », et que, dans leurs vies futures, « ils seront pourvus du bienfait reçu par la cinquantième personne 7[…] » (ibid.). Il insiste en disant : « Ils sont comme un empereur nouveau-né emmailloté dans des langes ou comme un grand dragon qui vient de naître. Ne les méprisez pas ! Ne les traitez pas avec dédain ! » (Ibid.) Enfin, Nichiren dénonce les trois grands maîtres : Kobo, fondateur de l’école de la Parole vraie (Shingon) au Japon, ainsi que Jikaku et Chisho de l’école Tendai, pour avoir sapé l’autorité du Sûtra du Lotus en adoptant les enseignements de l’école de la Parole vraie (enseignements ésotériques), malgré le fait que le grand maître Dengyo ait déclaré que le Sûtra du Lotus était le plus important de tous les sûtras. Nichiren conclut sa lettre en exprimant son regret que le souverain n’ait pas suivi ses conseils, et réitère son avertissement : si ces enseignements erronés ne sont pas jugulés, « […] alors le pays sera détruit et son peuple tombera dans les mauvaises voies » (ibid., 797). Montée des tensions dans la province de Suruga Au cinquième mois de l’an 1277, un mois après avoir rédigé Sur les quatre étapes de la foi et les cinq étapes de la pratique, Nichiren envoya L’œuvre de Brahma et de Shakra (Écrits, 804) à son disciple Nanjo Tokimitsu, dans le village d’Ueno, district de Fuji, dans la province de Suruga 8. À cette époque, Tokimitsu commençait à subir des pressions de la part de personnes étroitement liées au shogunat de Kamakura. La branche principale du clan Hojo gouvernait la province de Suruga, occupant la fonction de gouverneur militaire chargé des affaires militaires et administratives. La veuve d’un haut dirigeant, Dame Kasai, exerçait une influence particulièrement forte dans la région de Fuji. C’était la veuve du cinquième régent, Hojo Tokiyori, et la mère du huitième régent en fonction, Tokimune. Elle était également la fille de Hojo Shigetoki, lui-même fils du deuxième régent et fervent adepte du Nembutsu, et elle haïssait Nichiren, qu’elle considérait comme un ennemi de Tokiyori et de Shigetoki (cf. Réponse au moine séculier Takahashi, Écrits, 613). De plus, elle suivait Ryokan du temple Gokuraku-ji. À l’origine, la famille Nanjo servait le shogunat de Kamakura en tant que vassale, mais elle en vint à servir directement la branche principale du clan Hojo. Jusqu’à récemment, Tokimitsu, descendant de la famille Nanjo, était désigné comme l’intendant du village d’Ueno. Cependant, des recherches récentes suggèrent que c’était en réalité la branche principale du clan Hojo qui était l’intendante, et que le village d’Ueno faisait partie des domaines sur lesquels elle détenait des droits. Tokimitsu gérait les terres au nom de la branche principale du clan Hojo en tant que vassal, agissant comme un représentant local chargé de l’administration des terres et de la collecte des impôts. Le père de Tokimitsu, Nanjo Hyoe Shichiro, est considéré comme le premier membre de la famille Nanjo à avoir adopté la foi dans les enseignements de Nichiren. Étant donné que ce district était sous la forte influence de Dame Kasai, l’engagement du père de Tokimitsu dans cette foi fut probablement mal accueilli par ses proches et les membres de la communauté, ce qui entraîna des pressions sur la famille pour qu’elle renonce à sa foi dans le Sûtra du Lotus. Dans sa lettre à Tokimitsu, Nichiren exprime son inquiétude à son égard en écrivant : « […] ceux qui sont proches de vous aussi bien que ceux qui ne le sont pas vous réprimanderont tout à coup, comme s’ils étaient pour vous d’authentiques amis, en disant : “Si vous croyez en ce moine, Nichiren, vous vous égarerez certainement. Vous connaîtrez aussi la disgrâce auprès de votre seigneur.” » (Écrits, 806) Les fonctions démoniaques qui cherchent à entraver la foi des personnes peuvent les atteindre à leur insu. Nichiren le met ensuite en garde : « Une fois qu’ils auront persuadé un croyant de se rétracter, ceux qui sont sous l’emprise d’un grand démon utiliseront cette personne comme moyen pour en conduire beaucoup d’autres à abandonner leur foi. » (Ibid.) Après avoir nommé trois personnes ayant renié leur foi, il observe : « […] avides, lâches et insensés, ils se font passer pour des sages. » (Ibid.) Nichiren conseille à Tokimitsu de considérer ces cas comme des exemples à ne pas suivre. Il a probablement pressenti que les fonctions démoniaques visaient d’abord Tokimitsu, puis s’en prendraient à d’autres disciples dans la province de Suruga. Il voulait que Tokimitsu prenne conscience de son rôle de guide pour les croyants de la région et qu’il ravive sa foi. Il poursuit : « Malgré leur compréhension superficielle, certains prétendent avoir une foi solide et méprisent ceux qui partagent leur conviction, perturbant ainsi bien souvent la foi d’autres croyants. Ne fréquentez pas ce genre de personnes. Il est certain que le temps viendra où, grâce à l’œuvre de Brahma, de Shakra et des autres dieux, toute la population du Japon adoptera au même moment la foi dans le Sûtra du Lotus. Je suis persuadé qu’à ce moment-là beaucoup prétendront avec insistance qu’ils sont eux aussi des croyants de la première heure. » (Ibid.) Nichiren conseille Tokimitsu sur la manière de faire face à ceux qui tenteraient de le séduire par une fausse bienveillance : « Dites-leur avec ironie : “J’apprécie profondément votre conseil. Mais vous devriez garder vos remontrances pour vous-mêmes. Je sais bien que notre seigneur n’approuve pas ma foi. Cependant, l’idée de me menacer en son nom est tout simplement absurde. J’envisageais de vous rendre visite et de vous donner un conseil, mais vous êtes venus ici avant que je ne puisse mettre mon projet à exécution.” » (Ibid., 807) Cette lettre, remplie d’instructions précises, déborde de la profonde sollicitude et des encouragements sincères de Nichiren à l’égard de son disciple de 19 ans, qui luttait au milieu de difficultés croissantes dans la région de Fuji. (À suivre) Orientation donnée par Ikeda Sensei Juste avant son investiture en tant que deuxième président de la Soka Gakkai, M. Toda mit tout son cœur et toute son énergie à donner des cours à propos de Sur les quatre étapes de la foi et les cinq étapes de la pratique à l’intention des membres du département de la jeunesse. Il nous disait que, même si nous pouvions être pauvres, avoir de nombreux problèmes dans notre vie et ne jouir d’aucun statut ou distinction sociale, le fait que nous pratiquions la Loi merveilleuse signifiait en réalité que nous étions de grands bodhisattvas ayant fait des offrandes à d’innombrables bouddhas au cours d’un nombre considérable d’éons. Nous avions éveillé la foi dans la Loi grâce aux enseignements d’autant de bouddhas qu’il y a de grains de sable dans la rivière Hiranyavati et dans le Gange, et nous partagions des liens karmiques profonds. Par conséquent, M. Toda nous assurait que nous étions les bodhisattvas surgis de la Terre. En tant que grands bodhisattvas ayant formulé un vœu dans un passé lointain, nous avons choisi volontairement de naître à l’époque de la Fin de la Loi, de plonger au cœur de ce monde et de nous efforcer de réaliser le bonheur pour nous-mêmes et pour les autres. Nul n’est plus noble, plus honorable, ni plus riche en bonne fortune et en bienfaits 9.
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