Nichiren – Un grand vœu de compassion pour le bonheur de l’humanité
Partie XXI. Sur l’acquittement des dettes de reconnaissance Au cours du septième mois de 1276, Nichiren apprit la mort de Dozen-bo, son maître, alors qu’il entrait dans le clergé. Pour exprimer sa gratitude envers celui qui lui avait tant apporté, Nichiren écrivit Sur l’acquittement des dettes de reconnaissance (Écrits, 694) et demanda que ce texte soit lu lors de la cérémonie honorant la mémoire de Dozen-bo. Il commence par expliquer le principe de l’acquittement de la dette de reconnaissance et pose la question suivante : « Que dire, alors, de personnes qui se consacrent aux enseignements bouddhiques ? Elles ne devraient certainement pas oublier leurs dettes de reconnaissance envers leurs parents, leurs maîtres, et leur pays. » (Écrits, 696) Il affirme que l’on ne peut espérer s’acquitter de cette dette qu’en étudiant profondément le bouddhisme et en devenant une « personne sage » (ibid.). Dans ses propres études, Nichiren examina le mérite des sûtras que le bouddha Shakyamuni avait enseignés tout au long de sa vie, et conclut, à partir des textes eux-mêmes, que le Sûtra du Lotus était le plus élevé de tous. Il souligne que les fondateurs des autres écoles bouddhistes, s’appuyant sur des raisonnements douteux, ont soutenu que d’autres sûtras étaient supérieurs, offensant ainsi le Sûtra du Lotus et devenant « les pires ennemis des bouddhas » (ibid., 700). Il expose ensuite en détail comment ces écoles se sont égarées. Le fait de nier que le Sûtra du Lotus est l’enseignement suprême, affirme-t-il, fait de quelqu’un un grand ennemi du Bouddha, et constitue « un point déterminant concernant les enseignements du Bouddha » (Ibid.). Nichiren retrace l’histoire du bouddhisme depuis l’époque de Shakyamuni jusqu’à la sienne, à travers sa transmission de l’Inde à la Chine, puis jusqu’au Japon. Il montre également que Shakyamuni, le grand maître Tiantai (Zhiyi) et le grand maître Dengyo (Saicho), qui ont tous affirmé la supériorité du Sûtra du Lotus et en ont pratiqué les enseignements, ont dû affronter de grandes épreuves. Réfutation de Jikaku et Chisho Nichiren se consacre ensuite à la réfutation des enseignements de la Parole vraie (enseignements ésotériques du Shingon), une tâche qui occupe plus de la moitié de ce traité. Tout en soulignant les erreurs du fondateur de la tradition de la Parole vraie au Japon, Kobo (également connu sous le nom de Kukai), il réfute également l’école Tendai, qui, après la mort de son fondateur Dengyo, avait intégré des enseignements ésotériques. Nichiren explique comment Jikaku (794-864), disciple direct de Dengyo et troisième grand patriarche de l’école Tendai, ainsi que Chisho (814-891), cinquième grand patriarche, ont tous deux trahi les principes établis par leur fondateur. Dengyo considérait le Sûtra de Mahavairochana comme inférieur au Sûtra du Lotus et ne reconnaissait pas l’école de la Parole vraie comme une école indépendante. Mais Kobo, en fondant cette école, établit à tort le classement suivant des sûtras : « En premier vient le Sûtra de Mahavairochana, de l’école Shingon, en deuxième, le Sûtra de la Guirlande de fleurs, et en troisième le Sûtra du Lotus et le Sûtra du Nirvana. » (Ibid., 711) Pour contrecarrer cette affirmation, les grands patriarches successifs de l’école Tendai soutinrent que le Sûtra du Lotus et les enseignements ésotériques étaient équivalents. Nichiren souligne les contradictions dans les propos de Jikaku et Chisho, ainsi que leur éloignement des enseignements de Dengyo : « Parfois, ils déclarèrent l’école Zhenyan supérieure, d’autres fois l’école Tiantai, en d’autres occasions encore, ils affirmèrent que toutes deux étaient égales sur le plan des principes, mais que l’école Zhenyan était supérieure sur le plan de la pratique 1. Dans le même temps, un édit avertit que quiconque tenterait de débattre des mérites relatifs de ces deux écoles serait jugé coupable d’enfreindre le décret impérial. « Ces déclarations de Jikaku et de Chisho étaient clairement contradictoires […]. » (Ibid., 714) En tant que grands patriarches de l’école Tendai, Jikaku et Chisho exerçaient une grande influence dans le monde bouddhiste japonais. Nichiren les dénonce fermement, car leurs affirmations et leurs actions ont conduit de nombreuses personnes à travers le Japon à accorder plus de valeur au bouddhisme ésotérique qu’au Sûtra du Lotus, tombant ainsi elles-mêmes dans l’offense à la Loi. Ainsi, Nichiren affirme que l’offense à la Loi est la cause du malheur des personnes et des calamités qui frappent la société. « Si vous comprenez cela, écrit-il, vous réaliserez, au même titre que n’importe qui, qu’au Japon personne d’autre que moi n’est un véritable pratiquant du Sûtra du Lotus. » (Ibid., 743) Comme mentionné précédemment, Nichiren déclare avoir étudié et maîtrisé le bouddhisme, « devenant ainsi une personne sage » (ibid., 696). La révélation des Trois Grandes Lois cachées Nichiren évoque ensuite les sentiments qui l’animaient lorsqu’il entreprit de propager le Sûtra du Lotus. Conscient que, à l’époque de la Fin de la Loi, cette diffusion entraînerait inévitablement des persécutions de la part des autorités, il prit néanmoins la résolution de le faire, au péril même de sa vie. Il relate les épreuves qu’il a traversées, qui ont mené à l’exil d’Izu, à la persécution de Tatsunokuchi et à l’exil de Sado, et déclare : « Je n’ai fait toutes ces choses que pour m’acquitter de ma dette envers mes parents, envers mon maître, envers les Trois Trésors, et envers mon pays. » (Ibid., 734) Il poursuit en expliquant que Nam-myoho-renge-kyo, le titre du Sûtra du Lotus, en est la quintessence, tout comme il est la quintessence de tous les sûtras enseignés par le Bouddha. Nam-myoho-renge-kyo contient tous les bienfaits et toutes les vertus de ces enseignements, et les surpasse de loin. Après avoir évoqué le rôle essentiel de Tiantai et de Dengyo dans la transmission du Sûtra du Lotus, Nichiren pose la question suivante : « Y a-t-il un enseignement correct que même Tiantai et Dengyo n’ont pas propagé ? » Et il répond : « Oui. » (Ibid., 741) Il explique alors ce qu’il appelle les Trois Grandes Lois cachées, un enseignement sans précédent destiné à être propagé pour le bien de tous les êtres vivants à l’époque de la Fin de la Loi. Il décrit les Trois Grandes Lois cachées, l’enseignement correct que ni Tiantai ni Dengyo n’avaient propagé, de la manière suivante : « D’abord, au Japon comme dans tous les autres pays de tout le Jambudvipa, le bouddha Shakyamuni de l’enseignement essentiel devrait devenir l’objet de vénération 2. En d’autres termes, tous les autres bouddhas et les quatre bodhisattvas, notamment Pratiques-Supérieures, tiendront lieu d’acolytes au bouddha Shakyamuni et au bouddha Maints-Trésors qui apparaissent dans la Tour aux trésors. Ensuite, l’estrade d’ordination de l’enseignement essentiel sera établie. Enfin, au Japon, en Chine, en Inde et dans tous les autres pays du Jambudvipa, tous, qu’ils soient sages ou ignorants, rejetteront les autres pratiques et se rassembleront pour réciter Nam-myoho-renge-kyo. » (Ibid., 742) Il déclare ensuite : « Cet enseignement n’a jamais été propagé auparavant », et ajoute : « Ici, dans tout le continent du Jambudvipa, durant les deux mille deux cent vingt-cinq années qui se sont écoulées depuis la disparition du Bouddha, pas une seule personne ne l’a récité. » (Ibid., 742) Il souligne également que personne ne l’avait propagé. C’est pourquoi il affirme : « Seul Nichiren récite maintenant Nam-myoho-renge-kyo, Nam-myoho-renge-kyo, sans épargner sa voix. » (Ibid.) Il affirmait ainsi clairement qu’il était prêt à affronter toutes les difficultés et oppositions pour transmettre la Loi. Il proclame alors : « Puisque la compassion de Nichiren est vraiment grande et capable de tout inclure, Nam-myoho-renge-kyo se propagera pendant dix mille ans et plus encore, pour toute l’éternité, car il a le pouvoir bénéfique d’ouvrir les yeux aveugles de tous les êtres vivants du Japon, et de barrer la route qui mène à l’Enfer aux souffrances incessantes. » (Ibid.) Ainsi, il révèle qu’il est lui-même le maître destiné à conduire tous les êtres humains de l’époque de la Fin de la Loi vers le bonheur. Et le moment viendra inévitablement, poursuit-il, où son enseignement se répandra dans tout le Japon et où tout le peuple récitera Nam-myoho-renge-kyo. Nichiren conclut en disant que tous les bienfaits qu’il a accumulés en propageant le Sûtra du Lotus – malgré les épreuves qu’il a endurées –, en réalisant kosen rufu et en apportant le bonheur aux personnes vivant à son époque et dans l’avenir, retourneront à son maître, Dozen-bo : « De même que la fleur redeviendra racine et que l’essence de la plante retournera à la terre, le bienfait dont je parle s’accumulera certainement dans la vie du défunt Dozen-bo. » (Ibid., 743) Les agissements de ceux qui avaient abandonné leur foi Pendant ce temps, alors que Nichiren rédigeait de telles lettres pour clarifier le juste et l’erroné dans le bouddhisme, Ryokan du temple Gokuraku-ji – toujours hostile à Nichiren et instigateur de graves persécutions contre lui – s’employait à détruire la foi de ses disciples. Alors que Nichiren était installé depuis un certain temps déjà au mont Minobu, Shijo Kingo, qui résidait à Kamakura, lui fit apparemment un rapport au sujet d’une disciple de la région. Nichiren répondit : « Ici, j’ai beaucoup entendu parler aussi de la nonne séculière de Nagoe. » (Le palais royal, Écrits, 491) Cette nonne séculière aurait abandonné sa foi en 1271, lors de la persécution de Tatsunokuchi et de l’exil de Sado. « Quand des persécutions s’abattirent sur moi, écrit Nichiren dans une autre lettre, ils en profitèrent pour convaincre bon nombre de mes disciples d’abandonner. » (L’œuvre de Brahma et de Shakra, Écrits, 806) Non seulement elle s’est détournée du chemin de la foi, mais elle incita aussi beaucoup d’autres personnes à faire de même. Le fait que Nichiren ait entendu parler de la nonne séculière de Nagoe laisse entendre qu’il était peut-être au courant d’une certaine forme de collusion entre ceux qui avaient cessé de pratiquer. D’autres manœuvres visaient également les disciples de Nichiren, qui soupçonna Ryokan d’en être l’un des instigateurs (cf. Mise en garde contre l’attachement à son fief, Écrits, 831). Maintenant que Nichiren était revenu sain et sauf de l’île de Sado et que l’invasion étrangère qu’il avait prédite s’était réalisée, lui et ses disciples attiraient l’attention. Ryokan et d’autres chefs religieux considéraient leurs activités comme dérangeantes. Puis, en 1275, le temple Gokuraku-ji de Ryokan prit feu et fut entièrement détruit. Cette même année, un incendie se déclara également dans le palais du shogun, qui soutenait Ryokan 3. En apprenant la nouvelle, Nichiren affirma que Ryokan était la cause des deux incendies. Dans un jeu de mots, il transforma le nom Ryokan-bo (moine Ryokan) en Ryoka-bo, ce qui signifie « moine Double-Incendie » (Le palais royal, Écrits, 491). Pendant ce temps, les disciples de Nichiren menaient avec courage une lutte par les mots. Ils étaient convaincus que, en s’engageant aux côtés de leur maître pour établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays, ils contribuaient à prévenir une nouvelle guerre. Au septième mois de l’année 1275, par exemple, Shijo Kingo débattit de la doctrine de « la réalité ultime de tous les phénomènes » avec un moine probablement issu de l’école Tendai (cf. Letter of Instruction on Debating the Doctrine [Lettre d’instructions sur le débat doctrinal] (WND-II, 591). Kingo était tombé en disgrâce auprès de son seigneur Ema l’année précédente, peu après le retour de Nichiren de Sado. Ema, qui entretenait des liens étroits avec Ryokan, n’avait pas apprécié que Kingo l’encourage à pratiquer les enseignements de Nichiren. Depuis lors, les difficultés de Kingo s’étaient multipliées, ses collègues vassaux portant contre lui de fausses accusations. Malgré tout cela, en tant que pratiquant laïc, il releva le défi de débattre avec des moines d’autres écoles pour démontrer la justesse des enseignements de Nichiren. En 1276, un autre disciple de Nichiren, Ikegami Munenaka, l’aîné des deux frères Ikegami 4, fut déshérité par son père, Saemon no Tayu, qui soutenait également Ryokan. La raison exacte de cette décision reste incertaine, mais il s’agissait peut-être d’une nouvelle manœuvre orchestrée par Ryokan. Par ailleurs, même dans la province de Suruga 5, où Nikko Shonin jouait un rôle central dans la propagation des enseignements, la persécution s’était étendue, touchant principalement le village d’Atsuhara 6. L’année 1277 arriva avec son lot de rapports adressés à Nichiren, faisant état de l’oppression subie par ses disciples. Il répondit en envoyant depuis Minobu de nombreuses lettres d’encouragement. Ce fut une année où des disciples éminents, tels que Shijo Kingo et les frères Ikegami, allaient affronter des épreuves encore plus grandes en raison de leurs efforts pour transmettre l’enseignement correct. (À suivre) Orientation donnée par Ikeda Sensei Dozen-bo fut le maître de Nichiren enfant au temple Seicho-ji. C’était un homme de nature timorée, qui ne parvint jamais à délaisser complètement son attachement aux enseignements de la Terre pure (Nembutsu) et qui ne prit pas position en faveur de Nichiren lorsqu’il fut persécuté. Malgré cela, Nichiren éprouvait de la gratitude envers son ancien maître et le chérissait profondément. Lorsqu’il apprit la mort de Dozen-bo, il se mit aussitôt à rédiger Sur l’acquittement des dettes de reconnaissance, en signe de reconnaissance envers lui et pour honorer sa mémoire. Nichiren donna lui-même l’exemple de l’acquittement de sa dette de reconnaissance envers son maître. Il déclara que la véritable façon pour lui de l’exprimer était d’établir l’enseignement bouddhique correct à l’époque de la Fin de la Loi, afin de permettre à tous les êtres d’atteindre l’éveil – les bienfaits illimités de cette action revenant à son maître. Cela montre à quel point la relation de maître et disciple est profonde et solennelle dans le bouddhisme de Nichiren. Nichiren enseigne également que les personnes qui répondent avec ingratitude à la bienveillance de ceux qui les ont aidées et soutenues seront soumises au fonctionnement rigoureux de la loi de cause et effet. Comprendre ses dettes de reconnaissance et s’en acquitter constituent l’essence même de ce qui fait de nous des êtres humains 7.
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