Extrait, Ode aux femmes, vol. 4
Kosen rufu est la plus difficile de toutes les tâches « Celui qui endure » est un autre nom pour désigner le Bouddha. Sans cette capacité d’endurer, on ne peut pas enseigner ni pratiquer le Sûtra du Lotus dans ce monde saha 1 si troublé de l’époque de la Fin de la Loi, une ère où haine et jalousie sévissent davantage encore qu’au temps de Shakyamuni 2. Nous, pratiquants de la Soka Gakkai, tout en étant conscients que nous rencontrerions inévitablement des persécutions, nous nous sommes dressés au côté de M. Toda qui a pris l’initiative de faire connaître ce bouddhisme comme personne ne l’avait jamais fait avant lui. Nos efforts pour kosen rufu sont directement liés au grand combat pour transmettre la Loi merveilleuse tout en étant sans cesse confrontés à des difficultés. Un jour, le 28 avril 1972, alors que nous célébrions l’anniversaire de la proclamation par Nichiren de son enseignement, j’ai parlé des « six actes difficiles et des neuf actes faciles » pour expliquer pourquoi la réalisation de kosen rufu constitue un véritable défi. Le Sûtra du Lotus est l’enseignement qui mène tous les êtres humains à l’illumination. Il permet à chacun de nous de vaincre l’ignorance fondamentale qui réside en lui, d’améliorer et d’élever son état de vie intérieur, et de s’éveiller à sa dignité et à son potentiel illimité. Les actions de tous ceux qui font l’expérience de cet éveil créent inévitablement de nouvelles vagues de transformation sous une multitude de formes – des vagues totalement différentes de celles déclenchées par le pouvoir établi qui cherche à préserver par-dessus tout le statu quo. Bien que cela ne soit pas le résultat recherché, il en résulte frictions et conflits, et, parfois même, l’ordre établi fait ouvertement preuve d’hostilité. Même si nous avons des intentions profondément amicales envers tout le monde et que nous sommes totalement sincères dans nos rapports avec la société, dès lors que nous cherchons à établir l’enseignement correct pour réaliser la paix dans le pays, nous susciterons inévitablement des tensions. C’est pour cela qu’une endurance inébranlable est absolument nécessaire pour réaliser kosen rufu dans le monde saha. Devenir l’ami des personnes ordinaires Une autre qualité inséparable de l’endurance est la compassion. La compassion se manifeste à l’égard de ceux qui souffrent ou qui sont dans le malheur. Le mot sanskrit qui signifie « compassion » a la même racine étymologique que le mot « amitié ». Une compassion authentique consiste à se comporter comme un véritable ami à l’égard de ceux qui souffrent et à leur apporter aide et soutien pour soulager leurs souffrances. Cela revient à ne jamais les abandonner, quoi qu’il arrive. Il y a une parabole du Sûtra du Nirvana à laquelle Nichiren accordait une grande importance. Elle raconte l’histoire d’une pauvre femme qui effectue un voyage périlleux avec son enfant en bas âge. Lorsqu’elle tente de traverser le Gange, elle est emportée par le courant avec cet enfant qu’elle tient contre elle jusqu’au bout. Grâce à sa « tendre affection » – c’est-à-dire sa compassion – pour son enfant face à tous les obstacles, elle renaît dans le Ciel de Brahma (cf. Sur l’ouverture des yeux, Écrits, 285-286). Nichiren affirme que la constance manifestée par la mère bienveillante en proie à de longues souffrances, décrite dans cette parabole, est la clé pour atteindre la bouddhéité. À ce sujet, il écrit dans un célèbre passage du traité Sur l’ouverture des yeux : « Mes disciples et moi, nous rencontrerons peut-être diverses difficultés, mais, si nos cœurs ne connaissent pas le doute, nous atteindrons naturellement la bouddhéité. » (Écrits, 287) C’est une phrase que nos pratiquants du monde entier, avec un même esprit et unis dans la relation de maître et disciple, ont lue avec leur vie et qui les a aidés à remporter une victoire éclatante sur toutes sortes d’obstacles. Tout cela me rappelle que le 3 mai est aussi le Jour des mères de la Soka Gakkai et que le mois de juin est le mois de la fondation du département des femmes, qui revêt un sens si profond. J’aimerais faire part de toute ma reconnaissance et rendre hommage à nos pratiquantes du département des femmes, les nobles soleils du mouvement Soka, qui soutiennent la vie, œuvrent pour la paix et vivent dans la joie et l’optimisme, en refusant de se laisser vaincre par les épreuves ou les tempêtes du karma. « Il est dit dans le chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine” : “Quand je [Shakyamuni] serai entré dans l’extinction, dans la dernière période de cinq cents ans, il te faudra le propager largement [le Sûtra du Lotus] en terres étrangères et à travers tout le Jambudvipa [le monde entier] sans le laisser jamais disparaître.” (SdL-XXIII, 273) Et il est dit ensuite : “Ce sûtra procure de bons remèdes aux maux des habitants du Jambudvipa.” (SdL-XXIII, 274) « On peut également lire dans le Sûtra du Nirvana : “Suppose qu’un couple ait sept enfants et que l’un d’eux tombe malade. Même si les parents aiment leurs sept enfants d’un amour égal, ils se préoccuperont davantage de l’enfant malade.” Et parmi tous les médicaments, le meilleur est Nam-myoho-renge-kyo. » (Choisir le cœur du Sûtra du Lotus , WND-II, 487) Le Sûtra du Lotus est un enseignement pour l’époque de la Fin de la Loi Examinons maintenant le passage ci-dessus de Choisir le cœur du Sûtra du Lotus. Juste avant cet extrait, Nichiren soulève la question suivante : pour qui le chapitre « Durée de la vie » du Sûtra du Lotus (16e), qui révèle l’éternité de la vie du Bouddha, a-t-il été enseigné ? Il répond qu’il fut enseigné uniquement pour ceux qui vivraient dans le monde après la disparition de Shakyamuni, et en particulier pour lui et ses disciples. Il écrit : « Il [le chapitre « Durée de la vie »] a été enseigné pour Nichiren et ses disciples qui vivent aujourd’hui, à l’époque de la Fin de la Loi. » (WND-II, 487) Dans ce même écrit, Nichiren cite aussi des passages des chapitres « Surgir de Terre » (15e) et « Durée de la vie » (16e), du Sûtra du Lotus. Dans la partie que nous étudions ici, il met en avant la preuve doctrinale en s’appuyant sur le chapitre « Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine » (23e) et le Sûtra du Nirvana. Le passage du chapitre « Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine » cité ci-dessus reprend les paroles exactes prononcées par Shakyamuni pour confier à ses disciples la tâche de propager largement le Sûtra du Lotus dans le monde entier à l’époque mauvaise suivant sa disparition, afin de libérer tous les êtres vivants de la souffrance. C’est la preuve doctrinale qui atteste que le kosen rufu mondial est l’intention du Bouddha. Les bodhisattvas surgis de la Terre considèrent que leur mission et leur vœu consistent à accomplir cette tâche à l’époque de la Fin de la Loi. Le bon médicament pour guérir les maux de toute l’humanité Nichiren cite ensuite un passage du chapitre « Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine », dans lequel il déclare que le Sûtra du Lotus « procure de bons remèdes aux maux des habitants du Jambudvipa [le monde entier] » (SdL-XXIII, 274). Cela signifie que propager largement le Sûtra du Lotus ne suppose pas simplement de propager ses doctrines, mais aussi d’aider concrètement ceux qui luttent face aux problèmes de leur existence quotidienne à devenir heureux. Le Bouddha est aussi appelé « le grand roi de la médecine 4 ». Du point de vue de sa profonde compassion, les êtres vivants de l’époque de la Fin de la Loi ne sont pas seulement vulnérables devant la menace représentée par des maladies physiques venant de sources extérieures, telles que les épidémies ; ils sont aussi plongés dans l’illusion à cause de l’ignorance, c’est-à-dire qu’ils sont minés par un mal spirituel dû à la virulence des trois poisons (avidité, colère et stupidité). Nam-myoho-renge-kyo est l’excellent médicament qui aide à surmonter de telles souffrances et permet aux êtres humains de l’époque de la Fin de la Loi d’atteindre l’illumination. Le Sûtra du Lotus, enseignement de l’illumination universelle, traite avant tout de la façon dont chacun peut surmonter ses souffrances dans la vie quotidienne. Nichiren se réfère ensuite à une autre parabole du Sûtra du Nirvana – la parabole des sept enfants : « Suppose qu’un couple ait sept enfants et que l’un d’eux tombe malade. Même si les parents aiment leurs sept enfants d’un amour égal, ils se préoccuperont davantage de l’enfant malade. » (WND-II, 487) Dans le contexte du Sûtra du Nirvana, l’enfant malade est une métaphore pour désigner le roi Ajatashatru 5, qui s’était montré hostile envers Shakyamuni. Ceux que nous avons le plus de mal à aider sont souvent ceux qui souffrent le plus. Pour Nichiren, l’enfant malade représente précisément chaque être humain de l’époque de la Fin de la Loi, une époque où il est difficile de guider les gens vers l’illumination. Shakyamuni et Nichiren ont l’un et l’autre entrepris de toucher ceux qui souffrent le plus et qui sont plongés dans le plus grand désespoir. Nichiren fait aussi référence à la parabole des sept enfants et à l’histoire du roi Ajatashatru, dans une lettre envoyée à la nonne séculière Myoichi, qui contient ses paroles inspirantes : « L’hiver se transforme toujours en printemps. » (L’hiver se transforme toujours en printemps, Écrits, 539) Les encouragements inlassables adressés par Nichiren à ses disciples Le bouddhisme de Nichiren consiste fondamentalement à s’engager avec d’autres personnes, à accorder la plus grande valeur à chacun et à faire tout ce que nous pouvons pour les guider vers le bonheur. Tout en ouvrant la voie à « l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays », avec comme perspective la réalisation du kosen rufu mondial pour l’avenir, Nichiren s’intéressa aussi fortement à la vie de chacun de ses disciples et les encouragea constamment. M. Toda fit le vœu d’accomplir kosen rufu au Japon et dans toute l’Asie, réalisant ainsi « la transmission du bouddhisme vers l’ouest 6 ». Par ailleurs, il offrit des encouragements chaleureux aux pratiquants de la Soka Gakkai qui lui rendaient visite jour après jour afin d’obtenir des conseils pour affronter les épreuves auxquelles ils étaient confrontés – maladie, problèmes financiers, conflits au sein de la famille et autres. Soulager les souffrances de toute l’humanité n’est pas une simple idée, un principe général abstrait. Ce qui compte, c’est d’aider les personnes à surmonter les souffrances concrètes qui les accablent. Voilà ce que signifie le vœu de mener tous les êtres humains à l’illumination. Le bouddhisme consiste à remporter la victoire. En d’autres termes, comme l’indique le proverbe « Un est la mère de dix mille » (Conversation entre un sage et un ignorant, Écrits, 132), par des actions concrètes pour aider une seule personne, nous avons une influence sur tous les êtres vivants. Contribuer à soulager les souffrances d’une personne que vous connaissez, c’est contribuer à soulager les souffrances de tous les êtres humains. Le Mahatma Gandhi (1869-1948) a déclaré que son vœu le plus intime était d’« essuyer les larmes dans les yeux de tous les êtres humains 7 ». Ces mots me rappellent le visage bienveillant de M. Toda, qui souhaitait du fond du cœur éliminer la misère et la souffrance du monde. Une anecdote à propos de Gandhi Arun Gandhi, le petit-fils du Mahatma Gandhi, m’a fait part un jour d’une anecdote que lui avait rapportée son grand-père. Un matin, un homme qui marchait le long d’une plage aperçut un grand nombre d’étoiles de mer que les vagues avaient déposées sur le sable. Sachant que, après le lever du soleil, ces étoiles se dessécheraient et seraient vouées à mourir, il entreprit de les ramasser pour les remettre à l’eau. Un autre homme s’approcha alors et lui dit : « Regardez comme elles sont nombreuses ! Vous ne pourrez pas les sauver toutes. » Le premier homme, qui n’avait jusqu’alors sauvé qu’une seule étoile de mer, répondit : « Non, mais au moins j’ai changé le sort de celle que je viens de remettre à l’eau ! » Arun Gandhi résuma ainsi la signification de l’histoire racontée par son grand-père : « Toucher la vie d’une seule personne et la sauver, tel est le grand changement que nous pouvons effectuer 8 ». Ce qui compte vraiment, c’est de s’engager sincèrement pour chaque personne que nous côtoyons, sans nous laisser ballotter ou distraire par l’idée abstraite que cela ne sert pas à grand-chose parce que les autres sont innombrables. Tous les êtres humains sont importants et précieux Durant la guerre froide, quand les forces du nationalisme et du militarisme étaient en pleine expansion, le psychologue Carl Jung (1875-1961) mit en garde contre le danger de considérer les êtres humains comme une masse sans visage, dans laquelle chaque individu est impuissant. « L’homme comme unité sociale a perdu son individualité et s’est transformé en un numéro abstrait. Il ne peut plus jouer que le rôle d’une unité infinitésimale et interchangeable 9. » Quand cela se produit, regretta-t-il, on perd « la valeur et le sens de l’individu 10 ». Il déclara que personne n’est insignifiant et qu’il est nécessaire d’aider chacun à réaliser que « [l’individu] est la réalité fondamentale de la vie […] le salut du monde dépend du salut de son âme propre 11 ». Jung clarifie là un point crucial. La vie et les souffrances de chacun sont uniques. Chaque personne est d’une dignité incomparable. Kosen rufu progresse grâce aux dialogues de personne à personne Dans Les Enseignements oraux, Nichiren déclare : « Les diverses souffrances endurées par tous les êtres vivants sont toutes les souffrances de Nichiren. » (OTT, 138) Et, dans l’une de ses lettres, il affirme également : « Les souffrances partagées par tous les êtres vivants […] sont toutes les souffrances de Nichiren. » (WND-II, 934) Il dit donc qu’il fait siennes les souffrances de chaque être humain – quelle que soit leur nature –, tout en priant pour la résolution des souffrances fondamentales partagées par tous les êtres vivants – « les souffrances communes ». C’est cet esprit de compassion qui lui permet de toucher tous les êtres humains. Dans le discours qu’il prononça lors de son accession à la présidence de la Soka Gakkai, M. Toda s’est fixé pour objectif de parvenir à 750 000 foyers de pratiquants – à un moment où il n’y en avait que 3 000. C’était un objectif stupéfiant qui semblait se situer très loin, dans l’avenir. Ce jour-là, il déclara aussi : « Kosen rufu signifie aujourd’hui partager le bouddhisme de Nichiren avec des personnes de tout le pays et les aider à recevoir le Gohonzon […] Cela ne peut être accompli que par un dialogue de personne à personne, de cœur à cœur. » Il faut toujours privilégier les relations amicales, encourager les autres et les aider à régénérer profondément leur vie. Les efforts constants accomplis en ce sens ont permis à notre mouvement populaire de bodhisattvas surgis de la Terre de se répandre dans 192 pays et territoires. Ils constituent la force motrice du développement de la Soka Gakkai en tant que mouvement religieux d’une véritable dimension mondiale. Avoir le courage et la sincérité de forger des liens de cœur à cœur M. Toda a dit : « N’oubliez jamais que des changements extraordinaires peuvent se produire dans le cœur des gens si vous interagissez avec eux sur la base d’une profonde compassion. Il est par-dessus tout essentiel de faire preuve de la plus grande courtoisie et d’une infinie patience dans vos rapports avec les autres. » Un jour où j’avais décidé de développer notre mouvement dans le cadre de ma responsabilité au sein du département de la jeunesse, j’ai dit à de jeunes pratiquants : « Dans les profondeurs de notre être, nous sommes tous liés à la vie illimitée de l’univers. C’est pourquoi, en pratiquant avec ferveur et en menant des dialogues de personne à personne dans notre entourage, nous pouvons transformer notre famille, notre lieu de travail, notre environnement, et même le monde entier. » Ce principe de base pour kosen rufu demeure inchangé, et il y a désormais des pratiquants dans le monde entier qui s’efforcent de le mettre en pratique. D’une personne à une autre, puis de cette nouvelle personne à une autre encore – telle est la voie du courage et de la sincérité qui relie les cœurs et ouvre devant nous de nouveaux horizons pleins de passion et d’espoir pour kosen rufu. Vers l’éclatant sommet de notre 100e anniversaire En tant que disciple de M. Toda, je continuerai d’aller de l’avant avec lui, aujourd’hui et toujours, dans notre voyage commun pour transmettre la Loi merveilleuse. Ne comptez pas sur les autres ; votre enthousiasme et votre engagement, voilà ce qui importe. La combativité et la passion de personnes véritablement autonomes, dotées d’un cœur de lion, ouvriront largement la voie de la révolution qui mène directement à kosen rufu. En ayant pour objectif le grand sommet de notre 100e anniversaire [en 2030], continuons chaque jour à nous lancer des défis face aux tâches que nous avons à accomplir afin de réaliser l’idéal de Nichiren : établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays et dans le monde entier. Agissons avec fierté et détermination, fidèles à notre vœu de réaliser kosen rufu.
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