Nichiren – Un grand vœu de compassion pour le bonheur de l’humanité.
Partie X. La persécution de Tatsunokuchi – 2e partie Après son arrestation le douzième jour du neuvième mois de 1271, Nichiren fut placé en détention dans la résidence de Hojo Nobutoki, le gouverneur militaire de la province de Sado. Il avait 50 ans. Il décrivit par la suite sa situation difficile dans la Lettre à Shimoyama : « Dans la huitième année de Bun’ei [1271], le douzième jour du neuvième mois, bien que je n’aie pas été coupable du moindre crime, je fus exilé dans la province de Sado. En apparence, j’étais banni dans une région lointaine, mais en secret il avait été décidé que j’aurais la tête coupée. » (WND-II, 701) Vers minuit, des soldats vinrent le chercher à la résidence de Nobutoki. Il décrit en détail cet événement dans Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus (cf. Écrits, 771-775). Ils sortirent de la résidence et se dirigèrent vers l’ouest, jusqu’à l’avenue Wakamiya, où ils purent voir le sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gu, situé non loin de là. Alors qu’ils traversaient l’avenue, Nichiren demanda aux soldats de s’arrêter et leur dit : « Je veux simplement exprimer mes dernières volontés devant le grand bodhisattva Hachiman1. » (Écrits, 772) Il descendit alors de cheval et, face au sanctuaire, lança ce cri à l’attention de la divinité protectrice : « Grand bodhisattva Hachiman, êtes-vous vraiment un dieu ? […] Actuellement, moi, Nichiren, je suis le plus important de tous les pratiquants du Sûtra du Lotus de tout le Japon et je ne suis coupable d’aucun crime. » (Écrits, 772-773) Le grand bodhisattva Hachiman était la divinité protectrice du clan Minamoto 2, et le sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gu était un centre religieux important de Kamakura. Nichiren réprimanda le bodhisattva : « Tous les dieux sans exception ont prêté serment [de protéger le pratiquant du Sûtra du Lotus à tout moment]. […] Pourquoi n’apparaissez-vous pas immédiatement pour accomplir votre serment solennel ? » (Écrits, 773) En entendant ces propos, les soldats durent être stupéfaits. Tentative d’exécution Lorsque le groupe atteignit la plage de Yui et passa devant un autre sanctuaire, Nichiren envoya un messager du nom de Kumao auprès de Shijo Kingo, un de ses principaux disciples à Kamakura, pour lui demander de le rejoindre. Répondant à cet appel urgent, Kingo, encore pieds nus, se précipita aux côtés de Nichiren avec trois ou quatre de ses frères. Nichiren lui dit : « Ce soir, je vais être décapité. C’est mon souhait depuis de nombreuses années. […] Je suis né en cette vie pour devenir un humble moine, incapable de m’acquitter de mes devoirs filiaux envers mes parents ou de rembourser entièrement ma dette de reconnaissance à l’égard de mon pays. Il est maintenant temps pour moi d’offrir ma tête au Sûtra du Lotus et de transférer les bienfaits [de cet acte] à mes parents défunts, à mes disciples et aux laïcs qui me soutiennent, tout comme je vous l’avais promis. » (Ibid.) En entendant ces mots, Kingo et ses frères prirent les rênes du cheval de Nichiren et l’accompagnèrent à Tatsunokuchi, dans le quartier de Koshigoe. Vers deux heures du matin, le groupe arriva sur le site des exécutions de la plage de Tatsunokuchi, et les soldats commencèrent à s’agiter en tous sens autour de Nichiren. Voyant cela, Kingo s’écria, en larmes : « Voici votre dernière heure venue ! » Il était prêt à mourir au côté de son maître. La voix de Nichiren résonna : « Vous ne comprenez donc pas ! N’y a-t-il pas plutôt là une excellente raison de se réjouir ? » (Ibid.) Nichiren relate les événements qui s’ensuivirent dans Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus : « […] Une sphère brillante, aussi lumineuse que la lune, surgit dans la direction d’Enoshima, traversant le ciel du sud-est au nord-ouest3. » (Ibid.) Aveuglé, le bourreau tomba face contre terre, tandis que les soldats furent pris de panique. Nichiren les exhorta : « Hâtez-vous de m’exécuter. Quand le jour aura fait irruption, la tâche sera trop pénible. » (Écrits, 774) Mais ils n’eurent pas la moindre réaction. La tentative d’assassinat avait échoué. Six ans plus tard, en 1277, Nichiren écrivit à Shijo Kingo pour lui exprimer son admiration et sa reconnaissance pour son dévouement désintéressé et sa détermination à suivre son maître jusque dans la mort : « Sans cesse je me rappelle ce moment inoubliable où j’étais sur le point d’être décapité et où vous m’avez accompagné, en tenant les rênes de mon cheval et en versant des larmes de douleur. Je ne l’oublierai dans aucune vie à venir. Si vous deviez tomber en enfer en raison d’une faute grave, même si le bouddha Shakyamuni m’exhortait à devenir bouddha, je refuserais ; j’irais plutôt en enfer avec vous. Car, si vous et moi tombions ensemble en enfer, nous y découvririons le bouddha Shakyamuni et le Sûtra du Lotus. » (Écrits, 858) (À suivre) Orientation donnée par Ikeda Sensei Plus nous luttons, plus nous pouvons faire surgir de la force, et la foi est le moyen de faire jaillir ce trésor caché. Les grandes difficultés nous permettent de parvenir à l’illumination, tandis que les grandes persécutions attestent que nous deviendrons rapidement bouddhas. Nichiren enseigna cette manière de vivre à ses disciples en surmontant chacune des grandes persécutions auxquelles il fut confronté. Et nous pouvons considérer que, pendant la persécution de Tatsunokuchi, il transmit à Shijo Kingo diverses leçons sur ce mode de vie suprême. Il le fit pour ses disciples et pour l’avenir. Il n’y avait aucune confusion dans l’esprit de Shijo Kingo. C’est pourquoi le maître et le disciple purent obtenir ensemble l’effet, ou fruit, de la bouddhéité. Et le lieu même de Tatsunokuchi devint la Terre de la lumière paisible 4.