Juin 2025

Étude bouddhique

Thème

Messages SGI

Renouvelons notre vœu avec une foi résolue en ce 3 mai – un jour imprégné de l’esprit de maître et disciple

Félicitations pour cette 7e réunion générale des responsables, célébrant le 3 mai, Jour de la Soka Gakkai et Jour des mères de la Soka Gakkai. J’aimerais également adresser un accueil chaleureux aux 156 membres venus de 19 pays et territoires, qui ont parcouru de longues distances pour être parmi nous aujourd’hui. Cette année marque le 45e anniversaire de la désignation du 3 mai comme Jour de la Soka Gakkai – une date profondément significative, commémorant l’investiture à la fois de Josei Toda en tant que deuxième président de la Soka Gakkai et de son successeur, Daisaku Ikeda, en tant que troisième président. Le Jour de la Soka Gakkai a officiellement été désigné ainsi en février 1980, l’année suivant la démission de Daisaku Ikeda de son poste de président. En mai de cette même année, après une visite à Kyushu, le président Ikeda s’est rendu dans le Kansai où il a dirigé une cérémonie de Gongyo, le 3 mai, marquant ainsi le premier événement de la Soka Gakkai célébrant cette journée commémorative. Lors de cette réunion historique, il a partagé les orientations suivantes : « Notre voyage vers kosen rufu n’est qu’une lutte incessante contre les fonctions démoniaques. Dans ses écrits, Nichiren souligne l’importance d’aller constamment de l’avant sur la grande voie de la foi, sans se laisser ballotter par les “huit vents”1. Les “huit vents” sont des fonctions qui troublent l’esprit des gens et les amènent à perdre leur foi, comme les gains à court terme, les honneurs mondains, les louanges, la critique, la souffrance, le plaisir, etc. « Notre révolution humaine, qui nous permet de cultiver la maîtrise de soi, est la clé pour établir notre propre bonheur et faire avancer kosen rufu. Remportons la victoire sur les “huit vents” avec une foi résolue et avançons à nouveau, pleins d’espoir, vers le XXIe siècle ! » Le président Ikeda s’est également rendu dans la seconde salle, où de nombreuses personnes s’étaient réunies, faute de place dans la première. Il s’est exclamé : « Vous êtes les champions authentiques de kosen rufu. Avançons ensemble, unis en esprit ! » Ce soir-là, il a inscrit en grands caractères sa célèbre calligraphie « Le 3 mai » et a écrit dans la marge droite : « Cette date est le point de départ de la Soka Gakkai. » En établissant clairement le 3 mai comme le jour le plus important – un véritable « jour de l’an » – de la Soka Gakkai, le président Ikeda a affirmé avec force que l’esprit de maître et disciple constitue la quintessence de l’organisation. Pour traduire concrètement cet esprit, il a souligné que l’attitude la plus fondamentale et la plus solide dans la foi réside dans « notre révolution humaine, qui nous permet de cultiver la maîtrise de soi ». Il a fait le vœu de lutter pour l’éternité aux côtés des personnes ordinaires et anonymes qu’il considérait comme ses véritables compagnons sur le noble chemin de la lutte pour kosen rufu. N’oublions jamais les profondes aspirations et l’esprit combatif que le président Ikeda a insufflés en établissant le Jour de la Soka Gakkai. À l’approche du 3 mai, en tant que fiers disciples, faisons de cette date un nouveau départ – une occasion précieuse pour chacune et chacun de nous de raviver notre vœu avec une détermination nouvelle. Nichiren écrit : « […] Un vent fort fait grossir [l’insecte] kalakula 2. » (La difficulté de garder la foi, Écrits, 472) Cela nous rappelle que l’adversité et les difficultés sont la preuve que nous marchons sur le chemin de la justice ; elles constituent le tremplin pour accomplir notre révolution humaine. Tel le phénix prenant son envol, continuons d’avancer sans reculer d’un seul pas, quels que soient les obstacles qui se dressent. Élargissons et approfondissons toujours plus notre état de vie à mesure que les vents se renforcent, et remportons une victoire éclatante ! (Traduit du numéro du 20 avril 2025 du journal Seikyo, le quotidien de la Soka Gakkai)

Citations

Jour après jour, mois après mois

Chaque personne mérite de vivre et de célébrer le printemps de la victoire dans sa vie, le printemps du bonheur. Nous ne devrions jamais mener une vie de désespoir. (Série d’essais « Réflexions sur La Nouvelle Révolution humaine »)   L’avenir repose sur les jeunes. Luttez, jour après jour, pour vous développer. Soyez convaincus que ces efforts réguliers sont le fondement de toutes les grandes réalisations. (Série d’encouragements « Sur notre voyage commun pour kosen rufu »)   L’étude bouddhique nous permet d’approfondir notre foi. Quand nous sommes confrontés à des difficultés, rappelons-nous les paroles de Nichiren et manifestons le cœur invincible d’un roi lion. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   Les êtres humains sont plus sensibles que nous le pensons. C’est pour cela qu’avec notre partenaire aussi bien que dans la relation entre parents et enfants, il est important d’exprimer notre reconnaissance – même pour de petites choses – en disant « Merci ». (Série de dialogues « Discussions sur le rôle des parents au XXIe siècle »)   Considérer la maladie comme une opportunité de transformer notre karma – un esprit aussi fort et résolu peut briser tous les obstacles, venir à bout de toutes les fonctions destructrices, et ouvrir la voie du bonheur. (Série de cours « Apprendre des écrits pleins d’espoir de Nichiren »)   Le plus important, dans l’éducation des enfants, c’est l’humanisme et le comportement des adultes qui s’y impliquent. C’est d’abord aux adultes de se développer. Ne l’oublions jamais. (Discours prononcé à la conférence nationale des responsables, août 2005)   Voici venu le printemps, la saison de l’action ! Récitons Nam-myoho-renge-kyo avec une résolution inébranlable tout en luttant sur la scène de notre mission. Développons pas à pas les profondes racines de la persévérance et des efforts pour faire s’épanouir les fleurs de la victoire et de merveilleuses réalisations ! (Série d’encouragements « Enseignements humanistes pour la victoire »)   Les gens se forgent et se polissent par leurs interactions avec les autres. L’éducation est une lutte sérieuse pour polir et donner tout son éclat au joyau brut de la dignité inhérente à chacun. (Message adressé à l’occasion de la réception du titre de professeur honoraire décerné à Daisaku Ikeda par l’université Yu Da de Science et Technologie, Taïwan, décembre 2009)   Luttez pour développer tout votre rayonnement et être une personne de premier plan, là où vous vous trouvez. Continuez à avancer, jour après jour, avec une énergie fraîche pour devenir finalement un expert dans votre domaine. (Série d’essais « La lumière du siècle de l’humanisme »)   Le grand vœu de kosen rufu se concrétisera grâce aux prières communes du maître et des disciples. En suivant éternellement la voie de la non-dualité du maître et du disciple, la Soka Gakkai continuera à ouvrir largement la voie de kosen rufu et triomphera. (Série d’encouragements « Vivre les écrits de Nichiren »)   Au travail, dans les études, et dans la vie elle-même, des fondations solides sont essentielles. Nul n’a jamais remporté un réel succès sans avoir d’abord surmonté des épreuves. (Discours prononcé à un séminaire des groupes Université et de l’arrondissement de Toshima, décembre 1986)   Le dialogue ouvre la voie à une nouvelle amitié. Renforcer l’amitié rapproche le monde et ses peuples. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 20, chap. « Créer des liens de confiance », p. 342)   « Lorsqu’on allume une lampe pour les autres, on éclaire aussi son propre chemin. » (WND-II, 1060) Contribuer au bien-être des autres fait briller dans notre vie bonne fortune et bienfaits. (La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, 8.9 (www.sokaglobal.org))   Soyez fidèles à vous-mêmes ! Tel est le principe bouddhique des « fleurs de cerisier, de prunier, de pêcher et d’abricotier » (cf. OTT, 200). Certaines personnes s’épanouissent tôt, d’autres plus tard. L’important est de s’épanouir de la manière unique qui est la vôtre. Soyez simplement vous-mêmes ! (Série d’encouragements « Les enseignements humanistes pour la victoire »)   À travers les épreuves, nous devenons plus forts et développons un soi inébranlable. Nos luttes sont un entraînement qui nous transforme en champions de l’humanisme – en personnes qui peuvent encourager et inspirer les autres. (Série d’essais « Le chant de la victoire humaine »)   L’esprit consistant à apprendre sans cesse fait briller avec éclat notre humanisme. Une vie consacrée à apprendre est forte et ne stagne jamais. (Message destiné aux étudiants de l’université Soka, voie postale, août 2010)   Fixez-vous de grands objectifs et luttez pour atteindre le sommet dans la voie que vous avez choisi de suivre. Les luttes que vous mènerez en chemin vous permettront de libérer votre potentiel. (Série d’essais « La lumière du siècle de l’humanisme »)   [En réunion de discussion,] chacun joue un rôle de premier plan. […] Ces réunions offrent un lieu où chacun peut revenir à son vœu originel depuis le temps sans commencement et s’élancer à nouveau joyeusement vers l’accomplissement de sa mission. (Éditorial du Daibyakurenge, septembre 2018)   Le cœur est certes invisible, mais on peut le ressentir. Notre cœur touche les autres. La sincérité est donc un trésor sans égal. (Discours prononcé à un séminaire conjoint, août 2004)   Quels que soient les obstacles qui se dressent devant vous, continuez à prier sérieusement et faites courageusement un pas en avant. Ces actions vous permettront de faire surgir une sagesse illimitée et d’ouvrir la voie pour accomplir l’impossible. (Série d’encouragements « Aller de l’avant dans la nouvelle ère »)   En renforçant plus que jamais notre foi, engageons-nous dans des dialogues enthousiastes. Établissons la citadelle toujours victorieuse des personnes de valeur pour faire briller l’espoir dans l’avenir éternel ! (Série d’essais « L’éternelle citadelle du mouvement Soka »)   La Soka Gakkai est la noble cristallisation de l’engagement commun du maître et des disciples. Celles et ceux qui consacrent leur vie à cette voie manifestent le pouvoir des grands et nobles champions. (Série d’essais « La lumière du siècle de l’humanisme »)   En tant que responsables, nous rendons visite aux pratiquants pour leur insuffler de la joie. C’est pour cela que nous devrions y mettre tout notre cœur. (Discours prononcé à la conférence des responsables de Yamanashi, septembre 2007)   Ne laissez pas le moment présent vous échapper. Ouvrez pleinement votre vie pour manifester la sagesse et le pouvoir du Bouddha. La foi dans la Loi merveilleuse nous permet de vivre une telle expérience. (Extrait de la série « Une voie éclatante vers la victoire »)   Le plus important, pour gagner la confiance des autres, c’est de tenir nos promesses. Nous pouvons forger notre voie, nos convictions et notre caractère en respectant nos engagements. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 26, chap. « Atsuta », traduction provisoire)

Paroles d'encouragement

C’est à vous, mes jeunes successeurs, que je transmets le relais

Voici venu le mois d’avril et le temps du renouveau 1. Quand votre environnement change, il est tout à fait naturel que cela ait aussi une incidence sur votre esprit. Certains d’entre vous se sentent peut-être surexcités, prêts à se lancer de nouveaux défis, tandis que d’autres peuvent se sentir submergés par les émotions et anxieux, en ayant un peu l’impression de ne pas être sur la même longueur d’onde que leurs camarades. Dans cet épisode, nous vous transmettons trois messages d’encouragements du président Ikeda pour vous aider à continuer à aller de l’avant avec enthousiasme, de la façon qui vous est propre. Faites s’épanouir les fleurs de la victoire dans votre vie Il ne vous paraît peut-être pas facile d’avoir confiance en vous. Parfois, vous vous comparez aux autres et vous vous sentez découragés. En se référant à un passage des écrits de Nichiren sur les fleurs de cerisiers, le président Ikeda a déclaré que les magnifiques fleurs de la vie résident dans le cœur de chacun d’entre nous. Le soleil brille avec éclat. L’hiver est terminé et voici le printemps. Nichiren enseigne que, à l’image des magnifiques fleurs de cerisiers qui jaillissent de la rude écorce de l’arbre, des fleurs d’une beauté incomparable résident dans notre cœur humain si fragile (voir Écrit du Nouvel An, Écrits, 1145). Il est donc tout à fait inutile d’envier les autres ou de vous dénigrer. L’important est de décider que, quoi qu’il arrive, vous ne serez jamais vaincus. Peu importe ce que les autres disent ou font, restez fidèles à vous-mêmes et faites s’épanouir les fleurs de la victoire dans votre vie. Une personne qui agit ainsi est en définitive assurée de remporter la victoire. En anglais, le mot spring (printemps) peut aussi désigner un ressort qui se détend avec vigueur. Continuez à aller de l’avant, joyeux et énergiques, avec un esprit enthousiaste et des chants pleins d’entrain. Extrait d’un message adressé à la chorale des collégiens Fuji, avril 1998 Se faire de nouveaux amis offre l’occasion de progresser Avril, avec tous ses changements, génère beaucoup de nouvelles rencontres. Et si chacune de ces rencontres était en fait pour vous un moyen d’avancer ! N’est-ce pas là une pensée enthousiasmante ? Voici ce qu’a écrit le président Ikeda à propos de la signification des rencontres. Un personnage célèbre a dit un jour que la force que les êtres humains se donnent les uns aux autres est infinie 2. Comme cela est vrai ! Ce n’est qu’en rencontrant d’autres personnes et en apprenant et en recevant d’elles des encouragements que nous pouvons nous épanouir nous-mêmes. Les rencontres sont de précieux trésors qui contribuent à notre développement. Les rencontres sont de merveilleux récits qui ornent notre vie. Les rencontres sont une source d’énergie qui permet de créer l’Histoire. Au début de l’année scolaire, vous rencontrez de nouvelles personnes et vous vous faites de nouveaux amis. Grâce à des conversations à cœur ouvert, vous pouvez alors souvent découvrir en vous des points forts que vous ne soupçonniez pas. En ce sens, les rencontres avec de nouveaux amis sont aussi des occasions de rencontrer un nouveau vous-même. Nichiren écrit : « Contrairement à la plupart des gens, en propageant ces doctrines qui sont les miennes, moi, Nichiren, ai l’occasion de rencontrer une multitude de personnes. » (WND-II, 778) Vous avez tous commencé dès votre enfance à étudier et à pratiquer le bouddhisme de Nichiren, qui révèle les principes profonds qui régissent la vie, et vous êtes donc en mesure de créer des rencontres vraiment significatives et précieuses. Parmi les quelque sept milliards d’êtres humains vivant sur notre planète (plus de huit milliards en 2024), vous avez mystérieusement rencontré un certain nombre de personnes dans votre vie présente et vous avez créé avec elles des liens chaleureux. Continuez à rechercher de nouvelles relations avec un esprit enthousiaste et positif, et faites-vous sans cesse de nouveaux amis. J’espère que, libres et débordant de sagesse, vous ouvrirez la voie dorée de l’amitié. Extrait de Déployez vos ailes vers l’avenir L’esprit d’apprendre mène à la victoire L’apprentissage scolaire ne consiste pas seulement à acquérir des connaissances. Entretenir des amitiés et se fixer des objectifs dans le sport ou dans d’autres activités de club sont aussi des formes d’apprentissage. Même si vous êtes confrontés à des situations difficiles, si vous avez l’esprit de toujours apprendre, vous ne serez jamais totalement bloqués. Un jour, le président Ikeda a transmis ces paroles d’encouragement aux membres du groupe Avenir 3. Si nous reculons quand des difficultés se dressent sur notre chemin, la situation ne fait qu’empirer. Mais si, en revanche, nous faisons face avec courage, nous pourrons à coup sûr les surmonter. L’adversité donne une occasion d’apprendre et de gagner en force et en sagesse. Même si nous nous trouvons dans une situation délicate, si nous avons la détermination d’en tirer des leçons, nous ne nous retrouverons jamais dans une impasse. J’aimerais dire à chacun d’entre vous, mes précieux amis du groupe Avenir : Apprendre, c’est se lancer un défi. Apprendre, c’est faire preuve d’audace. Apprendre, c’est persévérer. Apprendre, c’est être victorieux. En ces temps d’adversité, ayez le courage de persévérer ; quand des opportunités se présentent, ayez le courage d’agir avec audace. Quoi qu’il arrive, ayez la sagesse d’avancer calmement, sans tomber dans l’autosatisfaction. Chacun de vous a la bonne fortune de pouvoir réciter Nam-myoho-renge-kyo. Quand vous vous asseyez pour pratiquer devant le Gohonzon, vous pouvez puiser au fond de votre vie une sagesse et un courage illimités. Vous n’avez donc aucune raison de vous inquiéter.   Peu importe la situation dans laquelle hier encore vous vous trouviez, commencez par étudier en partant de l’endroit où vous êtes maintenant. Agissez et les choses se mettront à changer. Vous n’obtiendrez peut-être pas un succès immédiat, mais il est certain que vous finirez par gagner. J’attends avec impatience votre victoire suprême. J’ai foi en vous et je prie de tout cœur pour votre bonheur. La voie du savoir s’étend largement devant vous, loin, très loin, jusque vers l’avenir infini. Extrait de Déployez vos ailes vers l’avenir

Réflexions sur la NRH

Réflexions sur La Nouvelle Révolution humaine

Par Ho Goku 1  Paru dans le journal Seikyo, quotidien affilié au mouvement bouddhiste Soka au Japon, le 3 juillet 1999. Ce texte est inédit en français. La raison d’être du bouddhisme est de concrétiser les ambitions les plus élevées de l’humanité. La raison d’être de la foi est d’élever et d’orienter nos vies imparfaites vers leur accomplissement total : une vie libre de tout regret. Pour atteindre ces objectifs, nous devons lutter sans cesse et de toutes nos forces pour kosen rufu. Nous ne pouvons pas nous permettre de reculer d’un seul pas dans nos actions pour transformer le destin tragique de l’humanité. Le 3 juillet est un jour lumineux et joyeux, qui dissipe l’obscurité de notre époque. Ce jour-là, en 1945, Josei Toda fut libéré après avoir été incarcéré par les autorités militaristes japonaises durant la guerre. Alors il se dressa seul et se lança dans sa lutte pour kosen rufu. Douze ans plus tard, le 3 juillet 1957, moi, son disciple, ai suivi fièrement ses pas alors que j’étais arrêté et détenu pour un crime que je n’avais pas commis – une persécution résultant directement de mes efforts pour propager la Loi merveilleuse. Je me trouvais sur l’île de Hokkaido, au nord du Japon, quand je reçus une convocation m’ordonnant de me rendre à Osaka pour y être interrogé par la police. À l’aéroport de Chitose, je pris un avion pour l’aéroport international Haneda de Tokyo, d’où j’avais une correspondance pour Osaka. Lors de mon escale à Tokyo, M. Toda m’attendait. Bien que déjà très affaibli et fragile, il avait tenu à faire un long déplacement pour me voir avant mon interrogatoire au siège de la police de la préfecture d’Osaka. Ayant connu la prison durant la guerre, il savait à quoi j’allais être confronté et s’inquiétait pour moi en raison de ma santé fragile. Il me prit fermement par les épaules en me disant : « Tu ne dois pas mourir, Daisaku. Si la mort devait t’emporter, je me précipiterais à tes côtés et me jetterais sur ton corps pour mourir avec toi. » L’amour si profond de mon noble maître me remplit d’une indicible émotion.   Ce soir-là, je me suis présenté au siège de la police avec la détermination absolue d’établir la vérité et de dissiper tous les malentendus. À 19 heures, je fus arrêté et mis en détention. C’était clairement l’intention initiale de la police. Mon incarcération eut lieu le jour même où M. Toda fut remis en liberté douze ans plus tôt, et presque à la même heure. Comme le fonctionnement de la Loi merveilleuse est subtil ! Cette pensée dissipa ma tristesse et mon inquiétude qui cédèrent alors leur place à la joie. Je n’avais que vingt-neuf ans à l’époque. Les chefs d’accusation portés contre moi étaient entièrement faux. Cependant, la police prétendait que, en tant que responsable de la campagne de soutien à un candidat à l’élection de la chambre haute dans le district électoral d’Osaka, j’avais donné la consigne d’acheter des votes et commis d’autres infractions à la législation électorale. J’éprouvais de la peine pour les pratiquants qui, emportés par leur zèle, avaient pris personnellement la décision de faire du porte-à-porte en vue de solliciter des votes et avaient été arrêtés pour cette infraction, mais je n’avais en aucun cas été impliqué dans ces actions visant à acheter des votes. On pouvait lire à la une des journaux « Arrestation de Ikeda, le responsable des relations publiques » et les articles qui suivaient clamaient que j’avais été arrêté « en étant soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans cette infraction aux lois électorales si caractéristiques de la “tactique éclair” de la Soka Gakkai ». Les mass media de l’époque jouaient le rôle de porte-parole des autorités et dépeignaient la Soka Gakkai comme une organisation antisociale, engagée dans des actions illégales préméditées et planifiées.   Pendant mon incarcération, mes amis de la région du Kansai s’inquiétèrent plus que quiconque pour mon bien-être. J’appris plus tard que certains pratiquants étaient restés toue la journée sous un soleil de plomb dans l’espoir de m’apercevoir, ne serait-ce qu’un court instant. Je leur suis profondément reconnaissant pour leur soutien. La police fabriqua de toutes pièces des accusations contre moi en menaçant les membres de la Soka Gakkai qui avaient été arrêtés pour leur soutirer des confessions mensongères afin que je puisse être inculpé en étant considéré comme l’instigateur de ces activités illégales. Les interrogatoires de la police et du parquet furent extrêmement rudes. Un jour, ils m’assaillirent de questions jusque tard dans la nuit, sans même marquer une pause pour m’apporter un repas. En une autre occasion, je fus conduit dans la rue les mains menottées, comme pour m’humilier publiquement. En prison, je lus les écrits de Nichiren Daishonin. Je lus également d’autres livres. Victor Hugo m’encouragea à lutter, à rester invaincu, réveillant en moi le courage dont j’avais besoin pour affronter la persécution à laquelle j’étais confronté. Hugo vécut dix-neuf ans en exil. En Inde, Jawaharlal Nehru fut incarcéré neuf fois, passant près de neuf années au total derrière les barreaux. Et, bien sûr, j’ai songé aussi à ceux qui avaient subi de rudes persécutions au nom de la Loi merveilleuse. Je me disais : « Pense à Nichiren ! Pense à M. Makiguchi ! Pense à M. Toda ! » J’étais déterminé à ne pas céder. J’étais fier d’être un membre de la Soka Gakkai.   Finalement, le procureur m’annonça que si je ne plaidais pas coupable, il ordonnerait une perquisition au siège de la Soka Gakkai et ferait arrêter M. Toda. C’était ni plus ni moins une menace. Je ne m’inquiétais pas pour moi, car je me savais capable d’affronter les persécutions à venir. En revanche, la prison serait certainement fatale à M. Toda dont la santé était fragile. Mon cœur était douloureusement divisé : cela m’indignait de devoir confesser un crime que je n’avais pas commis et, en même temps, je ne pouvais en aucun cas provoquer une situation où mon maître serait arrêté sur la base de fausses accusations, emprisonné, et mourrait probablement en prison. Je ne dormis pas de la nuit, souffrant dans mon corps et dans mon esprit de cette situation mettant en jeu les rouages insidieux et effrayants de la nature démoniaque de l’autorité. Je pris une décision : je plaiderai provisoirement coupable mais durant le procès je prouverai mon innocence et révélerai la vérité aux yeux de tous. Ce jour-là marqua le début de ma lutte pour les droits humains, de mes actions pour faire triompher la vérité et la justice en dépit des circonstances extrêmement difficiles.   Le 12 juillet, M. Toda organisa un grand rassemblement à Tokyo dans l’ancienne arène nationale des sports, dans le quartier de Kuramae, appelant à ma libération immédiate. Il se rendit également au siège de la police de la préfecture d’Osaka pour protester contre les actions des autorités alors que sa santé était si fragile qu’il tenait à peine sur ses jambes, au point de devoir s’accrocher à la rampe pour monter les escaliers. Quand j’appris plus tard qu’il s’était déplacé pour moi, j’ai versé des larmes de gratitude. Kosen rufu est une lutte intense contre la nature perfide de l’autorité. Ce n’est pas un mélodrame basé sur des valeurs éphémères et sentimentales. Au cœur d’une persécution, Nichiren a déclaré : « [J’étais] préparé à cela depuis le début » (Lettre d’Echi, Écrits, 195). Je suis le disciple de mon maître Josei Toda. Dès le début, j’ai compris que je devais être prêt à mourir pour le bien de notre mouvement de révolution humaine. Kosen rufu est une noble entreprise qui ne peut être accomplie que par les héros de la Soka Gakkai internationale, qui ne craignent pas de donner leur vie pour la Loi lorsque c’est nécessaire. Jeunes, dressez-vous tels des lions pour faire triompher les personnes ordinaires ! Œuvrez pour le bien de vos amis, de vos compagnons dans la foi ! Surgissez, mes disciples, par centaines, par milliers ! Les temps changent inévitablement. À certains moments, les fleurs s’épanouissent à profusion. Mais, parfois aussi, c’est la folie qui surgit et les fonctions démoniaques cherchent à faire sonner le glas de la vérité et la justice. Je vous lance cet appel : vous, mes jeunes disciples, trésors de la SGI unis par les liens d’inséparabilité entre maître et disciple, construisez une voie dorée ! Allez de l’avant, en faisant un premier pas sur la voie du bien ultime !