Passages clés des Enseignements oraux [12]. Le chapitre « La durée de la vie de l’Ainsi-Venu » – partie II sur [III]
Un état de vie sublime où nous expérimentons la joie à la fois dans la vie et dans la mort Durant la longue histoire de l’humanité, la nature de la vie et de la mort a été la question qui a le plus préoccupé toutes les philosophies et religions, en Orient comme en Occident. Le bouddhisme est né lui aussi d’un intense combat spirituel pour surmonter les souffrances de la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort, symbolisées par le récit des quatre rencontres de Shakyamuni 1. Dès son plus jeune âge, Nichiren réfléchit profondément à la signification de la vie et de la mort. Il écrivit : J’étudie les enseignements du Bouddha depuis mon enfance. Et j’en suis arrivé à cette réflexion : « La vie d’un être humain est éphémère […] Selon la voie du monde, que l’on soit sage ou insensé, vieux ou jeune, on ne sait jamais ce qui se passera d’un instant à l’autre. C’est pourquoi j’aimerais tout d’abord étudier la question de la mort, puis les autres sujets. » (WND-II, 759) M. Toda disait souvent lui aussi que le véritable objectif de la foi apparaît au moment de notre mort. Et il déclara : « L’ultime question à laquelle le bouddhisme doit faire face concerne la mort, et le bouddhisme de Nichiren apporte une réponse fondamentale à cette question 2. » Comment comprenons-nous la mort ? Cette question est inséparable de la façon dont nous menons notre vie. En regardant clairement la mort en face et en reconnaissant la nature éternelle de la vie, nous pouvons mener une existence plus profonde, plus accomplie et plus équilibrée. Telle est l’ambition ultime de la religion. Une vision de la vie et de la mort qui apporte la lumière de l’espoir à l’humanité En septembre 1993, il y a trente ans, j’ai été invité pour la seconde fois à faire une conférence à l’université Harvard 3. J’ai expliqué à cette occasion que, en cherchant à maîtriser la crainte et l’appréhension de la mort, l’humanité aspire à l’éternité et c’est pour cela que la religion est aussi ancienne que l’histoire de l’humanité. Mais j’ai aussi déclaré que la civilisation moderne a détaché son regard des questions existentielles majeures : « La mort est plus qu’une simple absence de vie. Au même titre que la vie active, elle est un élément nécessaire à la formation d’un tout plus vaste et essentiel. La continuité de la vie et de la mort, dont nous faisons individuellement l’expérience, et qui s’exprime par la culture, est le reflet de cette totalité plus vaste. Le défi fondamental pour le siècle qui vient sera d’établir une culture basée sur une compréhension de la vie et de la mort et de l’essence éternelle de la vie. Une telle attitude ne nie pas la mort, mais l’envisage franchement et lui assigne la place qui lui revient dans le déroulement d’une vie plus vaste 4. » Le bouddhisme Mahayana énonce fondamentalement une conception claire de la vie et de la mort où l’on peut vivre l’une et l’autre avec joie. Il apporte ainsi la lumière de l’espoir à l’humanité. La noble entreprise consistant à élever l’état de vie de chacun Le Sûtra du Lotus révèle l’ultime conception de la vie et de la mort de Shakyamuni. Quand il sera compris en profondeur et qu’il deviendra la base spirituelle de toute l’humanité, l’état de vie de chaque personne s’élèvera, ce qui ouvrira la voie d’une grande transformation et mènera à la création de sociétés où les gens vivront ensemble dans l’harmonie et la paix. Tel est l’objectif de notre noble entreprise de kosen rufu et la signification historique de nos efforts pour propager la Loi merveilleuse. Le bouddhisme de Nichiren offre une vision profonde de la nature intérieure de notre vie et une compréhension aiguisée et pénétrante de la vie et de la mort, en transformant toutes les frayeurs et inquiétudes au sujet de la mort en une perception de la réalité directe et sans crainte qui nous amène à éprouver de la joie dans la vie comme dans la mort. La partie des Enseignements oraux que nous allons étudier dans cet épisode offre une vision complète et détaillée de cette conception de la vie et de la mort sans égale, qui nous ouvre les yeux. Chapitre seize : La durée de la vie de l’Ainsi-Venu [Vingt-sept points importants] Point quatre, concernant le passage « L’Ainsi-Venu perçoit le véritable aspect du Monde des trois plans, exactement tel qu’il est. Il n’y a ni flux ni reflux de naissance et de mort, pas plus que d’existence en ce monde et d’entrée ultérieure dans l’extinction. » (SdL-XVI, 218) « Il est dit dans Les Enseignements oraux : “L’Ainsi-Venu 5” correspond aux êtres vivants dans le Monde des trois plans 6. Quand nous regardons ces êtres avec les yeux du chapitre “Durée de la vie”, nous voyons et comprenons leur véritable aspect, à savoir que, dans leur état originel, ils possèdent les dix mondes 7. « L’aspect ou les caractéristiques du Monde des trois plans sont la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Mais si nous regardons la naissance et la mort du point de vue de leur véritable nature, alors il n’y a ni naissance ni mort. Et s’il n’y a ni naissance ni mort, il n’y a ni flux ni reflux. Non seulement la naissance et la mort n’existent pas mais, en outre, considérer la naissance et la mort avec répulsion et essayer d’y échapper correspondent à ce que l’on appelle l’illusion – ou point de vue de l’illumination acquise 8. Voir et comprendre la nature originelle inhérente à la naissance et à la mort sont ce que l’on appelle l’éveil, ou l’illumination originelle. « Maintenant, quand Nichiren et ses disciples récitent Nam-myoho-renge-kyo, ils s’éveillent à la nature originelle inhérente à la naissance et à la mort, et à la nature originelle inhérente au flux et au reflux. » (OTT, 127) Ce monde saha est la Terre éternelle de la Lumière paisible Rappelons d’abord la vérité fondamentale contenue dans le chapitre « Durée de la vie 9 ». Ce chapitre révèle que Shakyamuni atteignit en fait l’illumination pour la première fois non pas sous l’arbre de la bodhi dans sa vie présente en Inde mais dans le très lointain passé, il y a d’innombrables kalpa de particules de poussière de systèmes de mondes majeurs 10. Mais ce n’est pas le seul enseignement important de ce chapitre. Il dévoile aussi que Shakyamuni expose la Loi et guide les êtres vivants vers l’illumination ici, en ce monde saha 11, depuis le très lointain passé et qu’il continuera à le faire pour l’éternité 12. La véritable Terre de la Lumière paisible 13 n’est pas une terre séparée de la nôtre, elle n’existe nulle part ailleurs que dans ce monde saha où nous résidons. C’est là un changement majeur par rapport aux enseignements sur l’atteinte de la bouddhéité et la nature de notre terre ou de notre monde contenus dans les écrits bouddhiques antérieurs 14. M. Toda a même déclaré : « À ce moment-là, le bouddhisme a été complètement transformé. » C’est Nichiren, le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, qui a révélé cette Loi fondamentale pratiquée par Shakyamuni pour atteindre l’illumination. Le chapitre « Durée de la vie » indique aussi que le Bouddha est éternel mais qu’il est sujet à la naissance et à la mort en tant qu’être humain ordinaire. Il explique que lorsque ce Bouddha qui mène éternellement les êtres humains à l’illumination meurt, cela ne correspond qu’à une entrée apparente dans le nirvana en tant que moyen opportun 15 (cf. SdL-XVI, 221). Cela répond à la question : pourquoi le Bouddha, qui est éternel, meurt-il ? En entrant dans le nirvana (par la mort), le Bouddha éveille dans la vie des gens l’esprit inné de la foi, en leur inspirant le désir de le voir et de rechercher la Loi. L’ultime intention du chapitre « Durée de la vie » est de mener les personnes ordinaires à l’illumination. Son objectif fondamental est d’instruire et de convertir les êtres vivants et de les aider à atteindre la bouddhéité. Le Bouddha lutte éternellement, en ayant recours à la sagesse et à toutes sortes de moyens opportuns, avec le seul désir de permettre aux êtres vivants de planter des racines de bien 16 et pour les amener à éveiller la joie dans leur esprit. De leur côté, les êtres vivants réagissent en faisant jaillir une foi profonde pour rechercher la voie et pratiquer les enseignements du Bouddha. Cela les amène finalement à faire apparaître leur bouddhéité inhérente et à transformer le lieu où ils se trouvent en Terre pure du pic de l’Aigle 17. Le chapitre « Durée de la vie » enseigne en fait l’unité du maître et du disciple. Cette partie des Enseignements oraux enseigne comment le maître et le disciple se répondent mutuellement et œuvrent ensemble à réaliser leur vœu commun, en vivant avec une conscience sans bornes ancrée dans l’éternité de la vie. Le Bouddha se mêle aux personnes qui souffrent Le passage du Sûtra du Lotus commenté ici par Nichiren s’ouvre par ces mots : « L’Ainsi-Venu perçoit le véritable aspect du Monde des trois plans exactement tel qu’il est. » (SdL-XVI, 218)18 La sagesse du Bouddha est la sagesse de l’illumination qui examine le monde tel qu’il est véritablement. Le Bouddha perçoit la réalité ultime de tous les phénomènes de l’univers. Les yeux de la sagesse du Bouddha appréhendent la réalité de « l’aspect ou des caractéristiques du Monde des trois plans » (OTT, 127) dans lequel nous vivons. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren dit : « ″L’Ainsi-Venu″ correspond aux êtres vivants du Monde des trois plans. » (OTT, 127) En d’autres termes, il déclare que nous, personnes ordinaires qui vivons en cette ère corrompue et mauvaise, nous sommes réellement des bouddhas. Avec les yeux du Bouddha, avec les yeux du chapitre « Durée de la vie », les êtres vivants du Monde des trois plans, sous leur forme actuelle, sont intrinsèquement bouddhas. L’enseignement ultime, l’enseignement le plus profond du bouddhisme est révélé ici : tout le monde est originellement un bouddha et nous sommes nous-mêmes le Bouddha éternel. Nichiren dit : « Quand nous regardons ces êtres vivants avec les yeux du chapitre ″“Durée de la vie”″, nous voyons et comprenons le véritable aspect de ces êtres qui, dans leur état originel, possèdent les dix mondes. » (OTT, 127) Les êtres vivants qui résident dans le monde des trois plans, empli de souffrances et de malheurs, apparaissent pour se tracer un chemin dans les mondes illusoires des six voies 19. Mais « avec les yeux du chapitre “Durée de la Vie” », ce sont « des êtres qui, dans leur état originel, possèdent les dix mondes » – c’est-à-dire qu’ils incarnent le principe de « la possession mutuelle des dix états 20 » (OTT, 127). Tous les êtres vivants – quels qu’ils soient et quel que soit leur état de vie – possèdent également les dix états. Cela signifie donc qu’ils possèdent naturellement l’état de bouddha et sont des entités de la Loi merveilleuse. Le Bouddha n’est pas un être spécial. Selon l’enseignement du chapitre « Durée de la vie », il manifeste une grande compassion et, en passant par de multiples phases de vie et de mort, il mène les êtres vivants à l’illumination en ce monde saha. De la même façon, nous, pratiquants de la Soka Gakkai, tout en affrontant nos propres difficultés dans la réalité du monde des trois plans, nous nous mêlons à ceux qui sont en proie aux souffrances de la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Avec des prières empreintes de compassion et d’empathie, nous agissons pour notre bonheur et pour celui des autres, et pour la paix et l’harmonie dans la société. En tant qu’« envoyés de l’Ainsi-Venu », nous accomplissons « l’œuvre de l’Ainsi-Venu » (cf. SdL-X, 164), c’est-à-dire que nous accomplissons les mêmes actions que le Bouddha pour guider les êtres humains vers l’illumination. Cela illustre clairement le principe de la révolution humaine. Il n’y a pas de bouddha en dehors des êtres vivants qui se confrontent à la souffrance et luttent contre elle. Un bouddha est une personne ordinaire qui s’immerge délibérément parmi les personnes en proie à la souffrance afin de les aider. M. Toda déclara que nous « révélons notre véritable soi en tant que personnes ordinaires éveillées 21 ». Pour accomplir notre mission éternelle, chacun de nous apparaît dans ce monde en choisissant délibérément le karma qui convient 22. Nous, personnes ordinaires, manifestons le pouvoir inhérent à la Loi merveilleuse. Cette conception profonde de la condition humaine et de la vie est l’origine inépuisable de notre religion humaniste centrée sur l’être humain. Le fonctionnement inhérent à la vie éternelle Il est dit ensuite dans le Recueil des enseignements oraux que, lorsque nous voyons la réalité sous son véritable aspect avec les yeux du chapitre « Durée de la vie », tous les êtres humains – bien qu’eux-mêmes plongés dans l’impermanence et ne pouvant échapper aux souffrances de la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort – sont des personnes d’une infinie noblesse, endurant éternellement la naissance et la mort comme des phases originellement inhérentes à la vie. Nichiren dit : « L’aspect ou les caractéristiques du monde des trois plans sont la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Mais si nous considérons la naissance et la mort du point de vue de leur véritable nature, alors il n’y a ni naissance ni mort. » (OTT, 127) « La véritable nature » désigne ici la nature originelle inhérente à ces deux phénomènes. Nous incarnons ainsi le principe de « la possession mutuelle des dix états » et possédons la vie éternelle du Bouddha éternel. Dans sa profonde clairvoyance, le Bouddha a perçu que vie et mort sont l’une et l’autre des phases et des fonctions de la nature éternelle de la vie. Le rythme universel de la naissance et de la mort M. Toda disait toujours que, après la mort, nos vies se mêlent à l’univers : « Ce n’est pas une renaissance – prendre un nouveau départ avec une ardoise vierge – mais une continuation. Nos vies se perpétuent de cette existence à la suivante… L’univers n’a ni commencement ni fin. Nos vies n’ont pas non plus de commencement ni de fin. Elles se perpétuent éternellement.23 » Nichiren assimila cette nature éternelle de la vie aux « deux phases de la vie et de la mort » et aux « deux fonctions de Myoho-renge-kyo ». Il écrit : « Aucun phénomène – ciel ou terre, yin ou yang 24, le soleil ou la lune, les cinq planètes 25 ou aucune des dix voies de l’existence, de l’enfer à la bouddhéité – n’échappe aux deux phases de la vie et de la mort. Vie et mort sont simplement les deux fonctions de Myoho-renge-kyo. » (L’héritage de la Loi ultime de la vie et de la mort, Écrits, 218) La Loi merveilleuse est le principe fondamental qui s’étend à travers vie et mort. Elle sous-tend non seulement la vie humaine mais aussi tous les phénomènes de l’univers. Tous les êtres vivants dans les dix états ainsi que leur environnement sont des entités de la Loi merveilleuse. La sagesse du Bouddha reconnaît que tout l’univers suit éternellement le rythme des naissances et des morts. Vivre pleinement chaque instant de vie Nichiren suggère ensuite que si [du point de vue de la nature éternelle de la vie] la naissance et la mort n’existent pas (voir OTT, 127), les choses ne sont cependant pas aussi simples qu’on pourrait l’imaginer. En effet, même si nous surmontons notre conception illusoire de la naissance et de la mort, et que nous les percevons du point de vue de leur véritable nature, la naissance et la mort demeurent néanmoins concrètement présentes dans notre vie. Comme l’indique Nichiren : « Considérer la naissance et la mort avec un sentiment de répulsion et essayer d’y échapper correspondent à ce que l’on appelle l’illusion, ou point de vue de l’illumination acquise » (OTT, 127) Ignorer l’éternité de la vie à travers les trois existences – la vie dans le passé, le présent et le futur – et mépriser la mort en demeurant seulement attaché à cette existence présente correspondent à l’illusion. Mais rejeter ou nier la vie est tout aussi illusoire. « Voir et comprendre la nature originelle inhérente à la naissance et à la mort sont ce que l’on appelle l’éveil, ou l’illumination originelle. » (OTT, 127) En récitant Nam-myoho-renge-kyo, nous parvenons à percevoir la nature originelle intrinsèque de la naissance et de la mort. C’est-à-dire que nous acquérons une profonde conviction dans l’éternité de notre vie à travers le passé, le présent et le futur, et que nous faisons apparaître le pouvoir de mener cette vie de la façon la plus significative et la plus accomplie possible. Et, en accord avec le strict principe bouddhique de cause et d’effet, notre victoire dans cette vie déterminera notre bonne fortune dans la suivante. C’est pour cela que Nichiren souligne l’importance de faire jaillir sa foi « en comprenant en profondeur que maintenant est le dernier instant de sa vie » (L’héritage de la Loi ultime de la vie et de la mort, Écrits, 217). Nous parvenons à cela, dit Nichiren, quand « nous récitons Nam-myoho-renge-kyo » (OTT, 127). Nous pouvons alors mener une vie où « nous nous éveillons à la nature originelle inhérente à la naissance et à la mort, et à la nature originelle inhérente au flux et au reflux. » (OTT, 127) Nichiren nous enseigne à approfondir notre compréhension de la nature originelle inhérente à la naissance et à la mort, qui imprègne tous les aspects de la vie avec l’état de bouddha, et nous permet de vivre jusqu’au bout avec un esprit passionné et persévérant. Si nous vivons pleinement chaque journée en étant animés par un sentiment de reconnaissance, nous pouvons nous éveiller à la nature originelle inhérente à la naissance et à la mort. En suivant la voie de maître et disciple, et en nous consacrant à kosen rufu, nous éprouvons la joie de donner le meilleur de nous-mêmes dans l’instant présent et nos vies sont éternellement indestructibles. Le riche bienfait que nous accumulons chaque jour de notre vie si précieuse nous permet d’accomplir notre mission originelle inhérente non seulement en cette vie mais pour l’éternité. Chapitre seize : La durée de la vie de l’Ainsi-Venu [Vingt-sept points importants] Point quatre (suite) « Le Bouddha du Lotus qui est l’entité de la Loi (chapitre onze, point six), éternellement doté des trois corps, correspond à Nichiren et à ses disciples moines et laïcs. Cela est dû au fait qu’ils croient dans ce titre glorieux, Nam-myoho-renge-kyo. » (OTT, 128) Nous sommes le Bouddha qui possède intrinsèquement les dix états Au terme de cette partie du Recueil des enseignements oraux, Nichiren dit que le Bouddha, qui possède intrinsèquement les dix états et est éternellement doté des trois corps 26 – le corps du Dharma, le corps de rétribution et le corps manifesté, c’est nous-même qui pratiquons avec le même esprit que lui. En effet, quand nous adoptons « ce titre glorieux, Nam-myoho-renge-kyo », nous pouvons puiser le pouvoir de la Loi merveilleuse et le faire vibrer intensément dans notre vie. Notre vie et notre mort deviennent la vie et la mort dans leur véritable nature sur la base de la grande Loi de Nam-myoho-renge-kyo. Nous pouvons accomplir notre mission éternelle en tant que bodhisattvas surgis de la Terre en accord avec ces mots de Nichiren : « En traversant le cycle des naissances et des morts, nous pouvons nous frayer un chemin sur la terre de la nature du Dharma, ou de l’illumination, inhérente à notre vie. » (OTT, 52) Parce que vie et mort existent intrinsèquement depuis l’origine, nous n’avons aucune raison de redouter la mort et pouvons savourer la joie à la fois dans la vie et la mort en nous sentant pareillement heureux et sereins dans les deux cas. Bien sûr, en tant que simples mortels, l’idée de la mort peut nous faire ressentir tristesse et mélancolie. Quand un être cher disparaît, des vagues de chagrin nous assaillent. Mais si nous continuons de réciter Nam-myoho-renge-kyo, nous pouvons transcender les frontières de la vie et de la mort, et converser avec les êtres aimés. Nos compagnons de pratique prieront eux aussi pour nous et nous soutiendront lors de notre disparition. Avec le temps, nous finirons par découvrir la signification profonde de la mort de nos proches et nous éprouverons l’espoir d’un renouveau. Quand nous illuminons les souffrances de la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort avec la lumière de la Loi merveilleuse, nous pouvons les transformer en joie de l’éternité, du bonheur, du véritable soi et de la pureté 27. Dans une lettre à la nonne séculière Myoichi, Nichiren lui garantit que son regretté époux veille sur elle et sa famille (cf. L’hiver se transforme toujours en printemps, Écrits 540) Il enseigne que lorsque ceux qui ont consacré leur vie à la Loi merveilleuse disparaissent, ceux qui leur survivent sont à coup sûr protégés et s’avancent immanquablement vers le bonheur. À une autre disciple [l’épouse de Nanjo Hyoe Shichiro et la mère de Nanjo Tokimitsu] qui a elle aussi perdu son mari, Nichiren écrit : « Il a été bouddha dans la vie et il l’est maintenant dans la mort. Il est bouddha dans la vie comme dans la mort. C’est le sens de cette doctrine de la plus haute importance, nommée l’atteinte de la bouddhéité en cette vie. » (L’enfer est la Terre de la lumière paisible, Écrits, 457) En tant que pratiquants de la Soka Gakkai, nous savons dans notre cœur combien ce passage est juste. Nous avons observé d’innombrables compagnons de pratique qui ont entrepris le voyage vers leur prochaine vie – des personnes qui se sont consacrées à la propagation bienveillante de la Loi merveilleuse et ont incarné une conception de la vie infiniment vaste et solide ainsi que sa nature éternelle. Ils ont été bouddhas dans la vie et bouddhas dans la mort et savourent la joie dans la vie comme dans la mort. La mission des bodhisattvas surgis de la Terre est une lutte éternelle et sans répit À la lumière des Écrits de Nichiren, notre voyage de kosen rufu n’est pas du tout limité à notre seule vie présente. Du point de vue du Bouddha – c’est-à-dire d’un état de vie éveillé à la nature éternelle inhérente à l’existence –, la mort n’est qu’un repos de courte durée qui ne dure « guère plus qu’un instant » (WND-II, 860). Une nouvelle vie, avec sa mission et sa bonne fortune, commencera bientôt et, en renouvelant notre énergie vitale, nous interpréterons en toute liberté une nouvelle histoire fondée sur notre vœu de bodhisattva surgi de la Terre. Vie après vie, nous goûterons bienfaits et bonne fortune, tout en poursuivant notre tâche pour kosen rufu et en établissant l’enseignement correct pour la paix dans le pays. Ceux qui se lancent ce défi parviendront à un état de vie suprême et sans égal en parfaite harmonie avec la Loi merveilleuse, la Loi fondamentale de l’univers. Faire briller la Tour aux trésors dans la vie de chaque personne Pour conclure mon discours à l’université Harvard, il y a trente ans, j’ai cité un passage du Recueil des enseignements oraux afin de transmettre tout l’espoir que je plaçais dans l’avenir. Comme l’a dit Nichiren, « nous ornerons la Tour aux trésors de notre être des quatre aspects [naissance, vieillesse, maladie et mort] » (cf. OTT, 90). Mon plus profond désir, et l’objet de mes prières, est que chaque membre de la grande famille humaine fasse briller de son éclat naturel sa « Tour aux trésors » intérieure tout au long du XXIe siècle. Si notre planète bleue résonne du son harmonieux de dialogues ouverts, l’humanité poursuivra sa progression dans le nouveau millénaire . Le spécialiste des études pour la paix, Majid Tehranian (1937-2012), commenta par la suite mon discours. Il déclara que tout en expliquant l’esprit du bouddhisme Mahayana, je présentais en fait une vision de l’avenir de la civilisation. Quant au sociologue N. J. Demerath (1936-2021), il apprécia le fait que je n’avais eu qu’un recours restreint à la terminologie religieuse spécialisée et que j’avais plutôt souligné l’importance de promouvoir une religion civile universelle, une religion pour toute l’humanité. Je considère que ces réactions positives de penseurs de tout premier plan expriment tout l’espoir qu’ils placent dans notre mouvement de bodhisattvas surgis de la Terre pratiquant l’essence du bouddhisme Mahayana, avec sa profonde philosophie selon laquelle la naissance et la mort sont originellement inhérentes à la vie. Ils voient dans notre mouvement un nouveau courant positif pour le développement de la civilisation au XXIe siècle. Suivre ensemble la voie éternelle de l’unité du maître et du disciple Nous ressentons tous que l’humanité est à un carrefour crucial. En cette époque périlleuse, les gens observent avec toujours plus d’intérêt et d’espoir nos actions et nos initiatives fondées sur les principes de respect de la vie du bouddhisme de Nichiren. Avec optimisme, enthousiasme et vigueur, poursuivons ensemble notre voyage de kosen rufu où la joie pénètre à la fois la vie et la mort. En illuminant résolument le monde avec le bouddhisme du soleil, continuons à aller de l’avant sur la grande voie de l’unité du maître et du disciple afin de parvenir à coup sûr au bonheur pour nous-mêmes et les autres et à une paix durable.
Lire