Mai 2026

Étude bouddhique

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Citations

Jour après jour, mois après mois

En allant dès maintenant de l’avant avec des amis de toutes sortes, dans un esprit d’unité solide et de soutien mutuel, nous bâtirons à l’avenir un monde où régnera une véritable harmonie humaine. (Message adressé à la réunion mensuelle des responsables, janvier 2014)   Allons à la rencontre des autres pour leur parler avec sincérité, sagesse et persévérance de notre philosophie de vie. Rencontrer d’autres personnes est essentiel à notre lutte pour la révolution humaine. (Série d’essais « Réflexions sur La Nouvelle Révolution humaine)   Il est également important de se fixer des objectifs clairs et concrets pour chaque jour, puis de prier et de se lancer des défis afin de les atteindre tous. Cette détermination sincère fera apparaître la sagesse et l’ingéniosité qui mèneront à la victoire. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 1, chap. « Pionniers », p. 253)   L’important dans notre pratique bouddhique est le courage. Le courage nous permet de faire prévaloir la justice, de devenir heureux, et de veiller sur nos compagnons de croyance. Nous ne pouvons pas montrer le bien-fondé du bouddhisme de Nichiren si nous ne remportons pas la victoire dans notre vie quotidienne. (Discours prononcé à la réunion générale de l’arrondissement de Suginami, mars 1990)   Il est important que nous soutenions et encouragions nos compagnons de croyance et priions ensemble dans un esprit de bienveillance et d’empathie. Quand nous unissons ainsi nos prières, en nous fondant clairement sur le grand objectif de kosen rufu, la force de notre unité se multiplie de façon exponentielle. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Agir au mieux de nos capacités, voilà ce que nous pouvons réaliser en tant qu’individus. Nous pouvons dépasser sincèrement nos limites et avancer de toutes nos forces, avec enthousiasme et fierté. (Discours prononcé à la conférence des responsables, novembre 2006)   Nous ne pouvons pas accomplir le grand bien en restant silencieux. Quand nos voix porteuses de vérité et de conviction propagent largement le message du bouddhisme, l’aube de la paix ne manque pas de se lever et nous pouvons ainsi réaliser l’idéal de l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays. (Série d’essais « Le chant de la victoire humaine »)   « Veillez à développer votre foi jusqu’au dernier instant de votre vie. » (Lettre à Niike, Écrits, 1037) C’est le moment de faire brûler avec plus d’ardeur la flamme de la foi, en prenant conscience que votre véritable lutte est à venir. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 25, p. 117)   Il est insensé de se laisser ballotter par les rumeurs et les allégations sans fondement. La démocratie a pour vocation de transformer la société et de faire progresser l’époque en permettant à chacun d’exprimer ouvertement ses convictions. (Discours prononcé à la cérémonie de remise des diplômes des écoles Soka, mars 2004)   Ce moment, cet instant est crucial. Nous devrions mettre toute notre vie au service du présent, car il contient nos victoires futures. (Discours prononcé à la réunion générale commémorative d’Asie, Hong Kong mai 1993)   Soyez courageux quand vous luttez ! Soyez audacieux dans la vie ! Dans cet esprit réside la force illimitée qui permet de triompher de toutes les épreuves et de vaincre les adversaires les plus redoutables. (Message pour la réunion des écoles Soka du Kansai, juillet 2003)   Quand nous nous dressons pour la justice, nous rencontrons inévitablement des obstacles. La foi est la clé pour développer un soi toujours victorieux qui ne craint rien, quoi qu’il arrive. (Message pour la conférence nationale des responsables de préfecture, septembre 2004)   Kosen rufu est une entreprise éternelle consistant à ouvrir la grande voie du bonheur pour l’humanité. Les maîtres et disciples du mouvement Soka qui consacrent leur vie à cette cause sont de véritables vainqueurs dans la vie. (Discours prononcé à la réunion mensuelle des responsables, septembre 2009)   Le désespoir né de l’incapacité à croire au potentiel inhérent à la vie humaine est le mal profond qui intensifie l’obscurité de notre époque troublée. Le bouddhisme de Nichiren est la grande lumière de l’espoir qui dissipe les ténèbres de cette ignorance ou illusion. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Ce n’est qu’en établissant des fondations solides que vous pourrez pleinement exploiter votre potentiel. J’espère que vous continuerez à vous lancer des défis et à suivre votre propre chemin de croissance et de développement. (Discours prononcé lors d’une cérémonie commémorative de Gongyo, mai 1989)   Nous prions pour la sécurité d’aujourd’hui et la paix de demain. Au plus profond de nos prières brûle la flamme d’un courage qui dissipe tout désespoir, toute résignation. (Série d’essais « Notre voie éclatante de la victoire »)   Il faut décider : « Tant que je serai là, j’apporterai de la gaieté et du ­bonheur. » Si vous-même brillez tel un soleil, il n’y aura plus d’obscurité, quel que soit l’endroit où vous allez dans le monde. (La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 2-La révolution humaine, part. 2/2, Acep, p. 91 [Accessible en ligne. www.sokaglobal.org : 13.6])   Si vous lisez les écrits de Nichiren, vous gagnerez en sagesse et développerez un cœur magnifique. Personne ne surpasse celles et ceux qui gravent ses écrits dans les profondeurs de leur vie. (Discours prononcé à la conférence exécutive de Yamanashi, septembre 2007)   Nous possédons intrinsèquement un pouvoir incommensurable. […] Par conséquent, plus nous nous lançons des défis, plus nous faisons surgir notre force, et c’est la foi qui nous permet de puiser dans ce trésor caché. (La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, part. 2- La révolution humaine. Chap. 15 « La foi pour surmonter les obstacles » [Accessible en ligne www.sokaglobal.org :15.14])   Ceux qui ont un grand esprit de recherche se développent, ressentent de la joie et éprouvent de la reconnaissance, et cela devient en retour la puissante force motrice d’un nouveau développement. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 30-I, p. 217)   Dans la vie, il y aura aussi des jours nuageux et des jours de pluie. Mais nous ne devrions pas nous laisser vaincre par ces circonstances. Avec le temps, notre pratique bouddhique nous permet de suivre la grande voie d’une vie qui sera à coup sûr victorieuse (Discours prononcé à la conférence nationale des représentants, octobre 2007)   En prenant pour fondement le Gohonzon […], vous pourrez mener une existence merveilleuse et pleinement épanouie […]. Ceux qui ne cessent jamais de réciter Nam-myoho-renge-kyo auront un cœur aussi clair et brillant qu’un beau ciel bleu ensoleillé ; ils seront heureux. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 30-II, p. 13)   Il est crucial de parler de la pratique avec autant de personnes que possible. […] Mais ce qui compte, c’est de continuer avec persévérance, à approfondir vos liens d’amitié avec chacun, de prier chaque jour pour leur bonheur, tout en maintenant le dialogue. Si vous plantez des graines et les entretenez avec soin,, il est certain qu’elles s’épanouiront un jour et livreront des fruits. (La Nouvelle Révolution humaine, vol. 13, p. 176)   Ne portez pas un jugement négatif sur vous-même, ne cédez pas à la plainte, faites simplement de votre mieux. Tout le monde a sa propre mission. Certaines personnes ont à coup sûr besoin de vos points forts. (Série de dialogues « Dialogues avec la jeunesse II »)   Ce n’est qu’en nous occupant avec soin des affaires de la société, de notre vie quotidienne et de nos familles que nous pourrons garantir le développement constant de kosen rufu. La foi se manifeste dans la vie quotidienne : telle est notre orientation éternelle. (Discours prononcé à la réunion du département des femmes de la SGI-États-Unis, février 1990)   Derrière chaque personne avec laquelle nous interagissons se trouve tout un cercle de proches et d’amis. Encourager sincèrement une seule personne est une merveilleuse occasion d’en encourager d’innombrables autres. (Série d’essais « L’éclat de notre révolution humaine »)   Vivre avec un espoir éclatant dépeint l’état de vie authentique des pratiquants du bouddhisme de Nichiren. La Loi merveilleuse est une source d’espoir éternel. Ceux qui ne perdent jamais espoir sont véritablement heureux. (Discours prononcé à la conférence des représentants de la région de Chubu, mai 1997)   Il incombe à chacune et à chacun de nous de prendre soin de notre santé en fonction de notre âge, en veillant à dormir et à nous reposer suffisamment, et à conserver une alimentation équilibrée et saine. La santé découle de la sagesse. (Discours prononcé à la réunion des responsables du siège, décembre 2003)   L’essentiel, ce sont les gens. J’aimerais que la Soka Gakkai s’attache encore davantage à encourager et à soutenir chacun. Faisons en sorte de former de plus en plus de personnes de valeur qui apporteront une contribution positive à leur environnement, à la société et au monde, aujourd’hui et demain. (Message adressé à la réunion des responsables, février 2011)   C’est précisément parce que nous vivons à une époque mouvementée et pleine de troubles que nous devrions rester fidèles à nos convictions et à ce que nous savons juste. Tel est le mode de vie plein de dignité de celles et ceux qui pratiquent assidûment le bouddhisme de Nichiren. (Série d’essais « Notre voie éclatante vers la victoire »)   « Ceux qui croient maintenant dans le Sûtra du Lotus attireront le ­bonheur depuis plus de dix mille ri alentour. » (Écrit du Nouvel An, Écrits, 1145). Une foi forte est comparable à un puissant aimant, attirant la bonne fortune « depuis plus de dix mille ri alentour ». La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 2-La révolution humaine, part. 2/2, Acep, p. 92.

Réflexions sur la NRH

Réflexions sur La Nouvelle Révolution humaine. L’éducation humaniste de M. Toda

Par Ho Goku 1 Former simplement des experts qui ne cherchent qu’à approfondir leurs connaissances ne peut être qualifié de véritable éducation. Cela ne produit que des intellectuels dans des domaines restreints et spécialisés. Le véritable apprentissage – celui qui donne le moyen de devenir heureux – consiste à acquérir des connaissances pour se développer en tant qu’être humain et à rechercher le savoir dans une perspective humaniste. Mon maître dans la vie, Josei Toda, m’a toujours vivement encouragé à lire. C’est un fait que j’ai mentionné à maintes reprises. Il était très strict et me demandait souvent : « Daisaku, quel livre as-tu lu aujourd’hui ? » « Daisaku, que lis-tu en ce moment ? » Ses questions incessantes ont contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui, en me donnant une force intellectuelle et une solide maîtrise de l’expression littéraire. Il est certain que se faire réprimander et encourager par quelqu’un qui souhaite vraiment notre bien peut être une immense source de bonheur. Il est totalement insensé de ne pas prendre conscience que les maîtres et enseignants nous reprennent parce qu’ils se soucient de nous, et de réagir au contraire par du ressentiment, de la révolte ou des critiques. La toute première orientation que M. Toda m’a donnée dans le domaine littéraire fut de lire La Cité éternelle de l’auteur britannique Hall Caine. C’était au début du printemps 1951. « Daisaku, lis ce livre, m’a-t-il. Et quand tu auras fini, prête-le à d’autres pratiquants qui te sont proches. » Nous étions à l’ancien siège de la Soka Gakkai, dans le quartier de Nishi-kanda à Tokyo, et M. Toda me tendit alors un livre avec une couverture en tissu rouge. J’en fus surpris. Quand je repense à cela aujourd’hui, je ressens encore une immense gratitude pour les paroles qu’il m’adressa alors, comparables à celles d’un père bienveillant. À l’époque, l’entreprise de M. Toda traversait une crise. Pourquoi m’avait-il incité à lire ce livre ? Pourquoi celui-là en particulier et à ce moment précis ? C’est que ce roman contenait en fait des enseignements profonds et précieux qu’il voulait me transmettre. La Cité éternelle est un roman dont le récit se déroule à Rome en 1900 – il se trouve que c’est l’année de naissance de M. Toda. Le jeune héros idéaliste du roman, David Rossi, se dresse contre l’autorité corrompue de l’État et de l’Église, et entreprend une lutte révolutionnaire pour les renverser. Il lance un appel aux habitants de Rome : « Soyez courageux, soyez forts, soyez patients, et demain soir votre cri sera entendu dans le monde entier. » Mais le dictateur Bonelli, fou de haine et de jalousie envers ce jeune révolutionnaire qui se bat pour la justice et le bonheur du peuple, déchaîne toute sa puissance en allant jusqu’à monter un complot contre lui basé sur des accusations totalement infondées. Calomnier et diffamer les dirigeants populaires, aimés et respectés par le peuple qui voient en eux des piliers de la solidarité, et tenter de détruire la belle alliance des personnes ordinaires sont, à travers l’Histoire, les tactiques immuables des détenteurs du pouvoir corrompus, dont la devise est : « Diviser pour mieux régner ». Mais le compagnon de lutte de Rossi, Bruno Rocco, refuse de dénoncer son cher camarade, bien qu’il ait été arrêté, emprisonné et torturé et qu’on lui ait présenté une lettre – un faux habilement fabriqué par les autorités – suggérant que Rossi l’a trahi. Bruno Rocco meurt en criant : « Vive David Rossi ! Vive David Rossi ! » Arrive enfin le jour où le régime despotique est renversé. Rossi est choisi pour diriger la nouvelle république, et la voie de la création d’une cité éternelle où règne l’harmonie humaine s’ouvre enfin – ce qui correspond au rêve chéri par Rocco et lui, camarades dans la vie et dans la mort. Le soleil d’un jour nouveau se lève dans le ciel. Dans un autre passage mémorable du roman, Rossi déclare : « Éduquons ! Éduquons ! Associons-nous ! Associons-nous ! Tels sont nos mots d’ordre et nos armes de guerre. » À travers ce roman et le tableau qu’il présente de l’oppression des pouvoirs autoritaires, M. Toda voulait graver profondément dans l’esprit des jeunes la forme que prendraient dans la société les trois puissants ennemis 2 du bouddhisme – contre lesquels Nichiren nous met en garde en nous disant qu’ils apparaîtront inévitablement au cours de la propagation de la Loi merveilleuse. M. Toda a dit : « Que ceux qui veulent nous critiquer le fassent. Que ceux qui veulent nous calomnier agissent comme ils l’entendent. Mais rien ne peut changer le fait que la vérité est la vérité et que la justice est la justice. » Les conseils de M. Toda à ce sujet, illustrés par divers épisodes et exemples tirés de La Cité éternelle, m’ont profondément marqué. Je n’oublierai jamais sa fermeté et ses paroles résolues, comparables à celles d’un père faisant preuve d’une grande rigueur. Si, pour d’autres personnes présentes, ces mots ont été vite oubliés, je les ai, en ce qui me concerne, gravés profondément dans mon jeune cœur, car ils m’avaient touché et avaient pénétré en moi avec la puissance d’un éclair. Quels que soient les complots, la jalousie ou les attaques malveillantes auxquels je suis confronté, je n’ai pas peur. Je sais que ceux qui propagent des accusations pitoyables et injustes, et toutes les personnes corrompues qui travestissent la vérité, recevront une rétribution négative stricte conformément à la loi de cause et effet, grâce à l’action des divinités célestes, les forces protectrices de l’univers. Je me souviens que M. Toda a fait aussi étudier aux jeunes de notre époque une citation du philosophe français Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) qui disait en substance : « Être juste exige de la sévérité : tolérer la cruauté, alors qu’on a le droit et le pouvoir de la réprimer, c’est s’associer à elle. » Cette sévérité envers l’injustice décrit parfaitement l’esprit de M. Makiguchi qui n’a pas hésité à risquer sa vie dans sa lutte puissante contre le mal. Pendant la guerre, alors qu’il était en prison, M. Makiguchi déclara que les persécutions qu’il subissait étaient infiniment moindres que celles endurées par Nichiren. Voilà un véritable exemple de la foi telle qu’on la trouve dans la Soka Gakkai – une foi qui est l’essence même du bouddhisme de Nichiren. Le Premier ministre britannique Winston Churchill, qui a combattu les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, était un contemporain de M. Makiguchi. Un jour, Churchill a déclaré : « Si vous parcourez le monde, vous constaterez qu’il est largement divisé en deux catégories de personnes ; celles qui disent : “Je me demande pourquoi telle ou telle chose n’a pas été faite” et celles qui déclarent : “Je peux le faire moi-même. Personne ne pourra m’en empêcher.” » Tout commence par la fervente détermination de personnes qui ont une conscience forte et claire de leur mission et de leurs responsabilités personnelles. Le grand homme d’État, Winston Churchill, ne s’est pas laissé effrayer ou détourner de sa voie par les bombardements nazis sur son pays bien-aimé ; il l’a conduit avec détermination à la victoire. Ses paroles ont une très grande portée. Évoquant par la suite avec fierté la manière dont la Grande-Bretagne avait vaillamment résisté aux attaques nazies et en était sortie victorieuse, il déclara : « Seuls, mais en nous appuyant sur notre humanité et notre générosité, nous avons défié le tyran au sommet de son triomphe. […] L’Île était insaisissable et n’a jamais cédé. » Je n’ai qu’une prière : que tous les précieux pratiquants de notre mouvement connaissent le bonheur. Je prie pour qu’ils soient chaque jour en sécurité et jouissent d’une bonne santé, qu’ils vivent longtemps et que leur vie rayonne de bonne fortune. Je prie aussi pour que, face aux dures réalités de ce monde, ils soient des vainqueurs pleins de fierté, savourant la joie pleine et entière de la vie. Jour et nuit, c’est ma première et ma plus ardente prière. En tant que responsable de notre organisation mondiale, c’est mon devoir et ma mission.

Paroles d'encouragement

C’est à vous, mes jeunes successeurs, que je transmets le relais

Mener une vie débordant d’espoir dans l’avenir Dans les extraits suivants, le président Ikeda nous indique comment faire face à nos revers et déceptions pour devenir véritablement victorieux durant notre jeunesse. À tous ceux d’entre vous qui viennent d’obtenir leur diplôme 1, j’adresse toutes mes félicitations pour ce nouveau départ. Vous avez tous travaillé avec ardeur et vous progressez ainsi vers un avenir radieux et plein d’espoir. Je vous applaudis de tout cœur et j’aimerais que vous vous joigniez à mes applaudissements J’espère que ceux d’entre vous qui vont passer du collège au lycée renouvelleront leur détermination et que vous deviendrez de brillants exemples pour vos cadets. Certains, parmi vous, vous sentez peut-être découragés parce que vous n’avez pas réussi vos examens aussi bien que vous le souhaitiez 2. Mais, grâce à vos efforts sincères dans vos études, vous avez pu écrire une noble histoire qui brillera dans votre vie comme une couronne précieuse. Il y a des moments où, même si vous ne ménagez pas vos efforts, les choses ne marchent pas comme vous le souhaitez. Plutôt que de ruminer vos regrets passés, fixez votre regard sur votre prochain défi. C’est ce qui fait un véritable vainqueur. Les personnes qui se comportent ainsi finissent toujours par remporter la victoire. Surmonter tristesse et difficultés nous permet de nous renforcer. Nous pouvons alors développer notre personnalité. Ne vous laissez pas éternellement abattre par les revers. Quels que soient le moment ou le lieu, nous pouvons toujours entretenir un dialogue dans notre cœur. Affrontons tous ensemble nos épreuves, tournons-nous vers l’avenir avec un regard plein d’espoir et avançons unis vers la victoire ! J’aimerais que chacun d’entre vous fasse de sa jeunesse une période pleine de joies et de triomphes. Menez une vie heureuse, débordant de joie. Tel est l’esprit d’un maître et mon souhait pour chacun d’entre vous. Extrait de Dialogue pour l’avenir L’endroit où vous vous trouvez, quel qu’il soit, est la scène où vous pouvez agir pour la paix Que peut faire une personne pour contribuer à la paix mondiale ? En se rappelant son dialogue avec la spécialiste de la paix Elise Boulding, le président Ikeda déclara que notre développement quotidien et les actions que nous accomplissons localement sont toutes en elles-mêmes les graines de la paix. Les graines sont minuscules. Elles ne sont pas visibles. Elles n’attirent pas l’attention. Mais elles endurent patiemment la chaleur de l’été et le froid de l’hiver en attendant le moment approprié pour percer et parvenir finalement à un magnifique épanouissement. Cela s’applique aussi à nos efforts pour la paix. À ce sujet, j’aimerais vous faire part de ces mots de mon amie Elise Boulding (1920-2010), connue pour son engagement en faveur d’une culture de paix : « La paix n’est pas seulement faite d’actions en période de danger, elle résulte aussi de l’assistance que nous nous prêtons les uns aux autres, dans la vie quotidienne. La famille et la communauté locale sont des points de départ clé3. » Elise Boulding m’a confié que sa mère avait eu une très grande influence dans sa vie. « Quand j’étais petite, près de notre domicile à Hillside, dans le New Jersey, il y avait une maison de retraite, m’a-t-elle dit. Elle s’inquiétait beaucoup pour les résidents qui restaient assis là toute la journée sans avoir rien à faire. Pour leur donner une petite distraction, elle m’emmenait là-bas et m’encourageait à chanter des chansons ou à exécuter des petites danses pour eux. Elle m’a appris que c’était notre responsabilité d’aider à rendre les gens heureux4. » Il n’est pas nécessaire de se trouver dans un cadre particulier pour accomplir des actions pour la paix. Il peut y avoir des occasions d’agir en ce sens au sein de votre foyer, de votre école, ou de votre voisinage. En fait, l’endroit où vous vous trouvez, quel qu’il soit, est la scène où vous pouvez agir pour la paix. J’aimerais que vous vous consacriez à réciter Nam-myoho-renge-kyo et à chérir ceux qui vous entourent. Étudiez avec ardeur, entraînez-vous physiquement et mentalement, et devenez de magnifiques jeunes adultes. Tous les efforts que vous accomplissez dans ce but deviendront les graines de la paix. Extrait de Dialogue pour l’avenir Ouvrir un brillant avenir Comment rester fidèles à nos rêves ? En citant des exemples de personnalités historiques qui ont réalisé des rêves apparemment impossibles, le président Ikeda nous a encouragés à aller nous aussi jusqu’au bout de nos rêves. Pour réaliser nos rêves, un profond engagement et la détermination de réussir sont nécessaires. On dit que Thomas Edison était dans son enfance un mauvais élève mais son puissant désir d’améliorer la vie de tous l’a conduit à devenir un grand inventeur. Et c’est leur rêve tenace de voler comme un oiseau qui a permis aux frères Wright de surmonter une longue série d’échecs et d’inventer finalement le premier avion à moteur. Bien que confrontés à d’innombrables obstacles et difficultés, ces grands personnages sont toujours restés fidèles à leur rêve et ont agi avec persévérance pour en faire une réalité. Ils n’ont jamais abandonné, même quand les autres leur disaient que c’était impossible ou se moquaient d’eux. Le champion indien de la non-violence, le Mahatma Gandhi, le dirigeant des droits civiques américain Martin Luther King et mon cher ami Nelson Mandela, l’ancien président d’Afrique du Sud qui contribua à mettre un terme à la politique discriminatoire de l’apartheid – toutes ces grandes personnalités, en menant leur combat avec une indomptable conviction et détermination, ont pu réaliser leur rêve de liberté et d’égalité des droits dans leurs pays alors que personne ne croyait cela possible au xxe siècle. L’ancienne cosmonaute russe Valentina Tereshkova, avec qui mon épouse et moi avions un profond lien d’amitié, n’a jamais renoncé à son rêve et est devenue la première femme à se rendre dans l’espace. Elle a dit : « Nous devons lutter, tournés vers l’avenir, et surmonter courageusement toutes les difficultés. C’est la seule façon de réaliser nos objectifs et de faire en sorte que même le rêve le plus audacieux devienne réalité. » Les rêves que nous chérissons sont notre trésor. Ils nous permettent de libérer notre potentiel le plus élevé et de nous créer un magnifique avenir. Extrait de Dialogue pour l’avenir

Dossier thématique

La bienveillance bouddhique

Empathie : faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent. Compassion : sentiment qui rend sensible aux souffrances d’autrui. Bienveillance : disposition favorable envers quelqu’un. Ces trois définitions proposées par le Larousse sont bien sûr discutables mais ont le mérite de montrer combien ces trois notions se rapprochent et se complètent. En japonais, le mot jihi, que l’on traduit généralement par « bienveillance » ou « compassion », les inclut en fait toutes les trois et va même au-delà. En effet, il n’indique pas seulement un sentiment ou une disposition d’esprit mais sous-tend des réalisations concrètes, des actions altruistes car l’on sait que le bouddhisme de Nichiren est le bouddhisme de l’action. C’est pourquoi nous avons intitulé ce dossier « La bienveillance bouddhique » pour intégrer tous ces aspects. « Le mot japonais jihi est composé de deux caractères correspondant respectivement aux mots sanskrits maitri, “amitié”, et karuna, “compassion” ou “sympathie”, nous explique Daisaku Ikeda. Le Sûtra du Nirvana, le Traité de la grande perfection de sagesse attribué à Nagarjuna, et d’autres écrits bouddhiques définissent la compassion comme le fait de “soulager la souffrance et d’insuffler la joie”. En tant que telle, la compassion bouddhique correspond à la véritable amitié et à notre aspiration au bonheur de nos amis. » Et il ajoute : « Lorsque vous vous préoccupez du bonheur de vos amis, vous cherchez concrètement à les toucher. Vous trouvez alors les mots qui conviennent. Votre pensée, vos actions, votre pratique sont tournées vers eux. Partager la Loi merveilleuse avec les autres et propager les enseignements et les principes du bouddhisme de Nichiren sont des actions qui nécessitent le plus grand courage et la plus grande compassion. » Le lecteur retrouvera cette citation dans un commentaire d’un écrit de Nichiren compris dans ce dossier. Il découvrira aussi des extraits de La Nouvelle Révolution humaine éclairant le sujet, ainsi que deux essais, publiés par Daisaku Ikeda dans des publications non bouddhiques, dont l’un en France dans une revue de la Sorbonne, qui montrent combien les qualités humaines exprimées par ce concept de bienveillance bouddhique manquent souvent cruellement et sont plus que jamais nécessaires dans la société d’aujourd’hui. Ce dossier est donc conçu à la fois comme une source d’encouragements personnels et comme une base de réflexion sociale qui peut être largement partagée. Commentaire de l’écrit Sur les prédictions du Bouddha1 « Quelle bonne fortune est la mienne d’avoir expié en une seule vie les fautes d’opposition à la Loi accumulées depuis le passé infini ! Quel bonheur de servir le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, que je n’ai jamais vu ! Je prie avant tout pour guider et diriger le souverain et les autres personnes qui m’ont persécuté. Je parlerai au Bouddha de tous les disciples qui m’ont aidé et, avant de mourir, je transférerai les grands bienfaits dérivant de ma pratique à mes parents qui m’ont donné la vie. » (Écrits, 406) La lutte bienveillante de Nichiren Daishonin pour élever l’état de vie de l’humanité La lutte pour la paix est une lutte contre les obstacles et les fonctions négatives. Elle engendre le pouvoir de transformer le cours de la vie de chaque personne, ce qui peut naturellement conduire à la transformation de la destinée d’un pays et de l’huma­nité entière. Puisque nous ne ménageons pas notre vie pour réaliser le grand vœu du Bouddha et que nous cherchons à faire jaillir la bouddhéité en nous et chez les autres, cette lutte représente le noble chemin pour élever l’état de vie de toute l’humanité. Pour décrire la joie de manifester son état de bouddha, Nichiren s’exclame en disant : « Quelle bonne fortune ! Quel bonheur ! » De plus, œuvrer pour la paix en recherchant son bonheur et celui des autres renforce bienveillance et force vitale. Dans le traité Sur les prédictions du Bouddha, Nichiren fait preuve d’une immense compassion envers le souverain, ses disciples et ses parents. Sa déclaration : « Je prie avant tout pour guider et diriger le souverain et les autres personnes qui m’ont persécuté » peut être lue comme l’expression ultime de sa bienveillance. Il déclare également vouloir présenter à Shakyamuni ses disciples dignes de louanges, pour l’avoir aidé et soutenu sincèrement. Il désire aussi partager les bienfaits de l’état de bouddha avec ses parents, en s’acquittant ainsi de sa dette de reconnaissance envers eux. Ces déclarations éclatantes sont empreintes de joie, de reconnaissance et de bienveillance. Elles émanent de l’état de vie édifiant de Nichiren, le pratiquant du Sûtra du Lotus ayant lutté et surmonté tous les obstacles. Nous pouvons, en effet, les considérer comme les hymnes triomphants de la bouddhéité, les grandes proclamations de victoire du bouddha de l’époque de la Fin de la Loi qu’aucune persécution n’a pu vaincre. Commentaire de l’écrit Les quatre vertus et les quatre dettes de reconnaissance2 Premier extrait étudié « Les quatre vertus sont (1) la piété filiale à l’égard de nos père et mère ; (2) la loyauté envers notre seigneur ; (3) la courtoisie envers nos amis ; et (4) la compassion et la bonté à l’égard de ceux qui sont moins fortunés que nous. Tout d’abord, la piété filiale envers nos père et mère signifie que, même si l’un de nos parents se comporte de façon déraisonnable ou s’exprime sur un ton désagréable, il ne faut jamais manifester la moindre colère ni paraître contrarié. Il ne faut en aucun cas désobéir à ses parents ; il faut toujours se soucier de leur procurer toutes sortes de choses agréables et, si cela s’avère impossible, au cours d’une journée, il faut au moins leur sourire à deux ou trois reprises. « Deuxièmement, la loyauté à l’égard de notre seigneur signifie que l’on ne doit jamais avoir honte d’être à son service. Même si nous avons peut-être l’impression de sacrifier notre propre vie, si cela peut être bénéfique pour notre seigneur, il faut alors faire [ce qui doit l’être] de bon gré. Notre loyauté peut d’abord passer inaperçue mais elle nous permettra, avec le temps, d’obtenir concrètement des rétributions positives. » (WND-II, 636) « Surmonter la froideur et l’indifférence dans notre vie » Nichiren énumère d’abord les quatre vertus : piété filiale, loyauté, courtoisie, bienveillance et bonté (ou compassion), détaillant ainsi ce que devrait être le comportement d’une personne vertueuse ou d’un sage. Les trois premières vertus – piété filiale, loyauté et courtoisie – figurent dans les enseignements du taoïsme et du confucianisme, alors que la quatrième – bienveillance et bonté – est une vertu mise en avant dans les enseignements bouddhiques. Nichiren ne cite pas ces quatre vertus pour simplement cautionner des valeurs traditionnelles largement reconnues. Il a plutôt cherché à tirer du vaste répertoire de la philosophie et de la pensée bouddhiques des principes sur lesquels s’appuyer concrètement pour en retirer des bienfaits. Par ailleurs, il ne présente pas la piété filiale, la loyauté et la courtoisie comme des vertus abstraites, mais indique à travers elles le comportement concret qui sied à un bouddhiste. D’abord, Nichiren évoque « la piété filiale envers nos père et mère » qui consiste à faire preuve de bonté envers nos parents. Les parents peuvent être particulièrement critiques ou, attachés à des modes de pensée surannés, ils sont peu enclins à comprendre les jeunes générations, mais leur comportement ­s’explique aussi par les soucis que leur procurent leurs enfants pour lesquels ils sont prêts à faire n’importe quel sacrifice. Lorsque les enfants font plus d’efforts pour essayer de comprendre le cœur de leurs parents, ils peuvent considérablement approfondir leurs caractéristiques et développer la capacité d’apprécier les combats menés par leurs parents. Pour le meilleur comme pour le pire, les tendances de vie les plus profondes se transmettent souvent des parents aux enfants. L’important est de transformer les tendances négatives et douloureuses en tendances positives et constructrices afin de faire jaillir à l’infini notre bonté intrinsèque. Le bouddhisme de Nichiren enseigne que nous possédons tous en nous-mêmes le pouvoir d’accomplir cette transformation. M. Toda a dit : « Il y a tant de jeunes incapables d’éprouver de la compassion pour leurs propres parents. Comment pourraient-ils alors se soucier de personnes qui leur sont totalement étrangères ? Nos efforts pour surmonter la froideur et l’indifférence dans notre vie et parvenir au même état de compassion que le Bouddha représentent le cœur même de la révolution humaine. » En somme, tout dépend de notre capacité à surmonter notre froideur et notre indifférence ; il nous faut prendre la responsabilité de changer notre karma. M. Toda exhortait tout particulièrement les jeunes à se lancer le défi d’accomplir leur révolution humaine. C’est précisément avec le même esprit que je me suis moi aussi efforcé d’encourager des jeunes. La bonté envers les parents est la première étape dans la pratique bouddhique, qui consiste à traiter tous les êtres humains avec compassion. En encourageant [un de ses jeunes disciples] Tokimitsu à faire preuve de bonté à l’égard de ses parents et à leur offrir un sourire chaleureux deux ou trois fois par jour (WND-II, 636), Nichiren décrit une étape fondamentale de la révolution humaine de ceux qui croient dans la Loi merveilleuse. C’est aussi la clé pour manifester son état de bouddha et ouvrir la voie du bonheur à tous les êtres humains. Comme l’a fort bien écrit Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) : « L’essentiel, le plus souvent, n’a point de poids. L’essentiel ici, en apparence, n’a été qu’un sourire. Un sourire est souvent l’essentiel. On est payé par un sourire. On est récompensé par un sourire. On est animé par un sourire3. » Quand vous souriez à vos parents, éclairant ainsi les profondeurs de votre cœur, vous plantez les causes d’un changement fondamental. Un sourire sincère est une sorte de déclic qui vous place, vous, votre famille et votre environnement, sur la voie d’un état de vie plus élevé. Sincérité et confiance sont les trésors de la jeunesse En deuxième lieu, Nichiren évoque la loyauté envers son seigneur. Nichiren enseigne ainsi l’attitude qui permet de gagner la confiance dans son environnement et dans la société. Il souligne l’importance de servir son seigneur de façon intègre et loyale. Que nos efforts soient ou non appréciés, les vertus invisibles que nous accumulons ainsi finiront par briller sous forme de rétribution visible. Les jeunes peuvent avoir parfois le sentiment que leurs efforts à l’égard de leurs employeurs ne leur valent ni reconnaissance ni gratification. Mais si vous vous efforcez sans cesse d’apprendre, de vous améliorer et de faire de votre mieux, en vous fondant sur la Loi merveilleuse, vous obtiendrez des résultats positifs et gagnerez une confiance plus large. Si vous avancez sincèrement, en vous fondant sur la foi, vous accumulerez de la bonne fortune et les trésors du cœur. Les trésors du corps – votre santé, vos talents, etc. – brilleront eux aussi avec éclat. Sincérité et confiance, tels sont les vrais trésors de la jeunesse. […] Deuxième extrait étudié « Troisièmement, traiter nos amis avec courtoisie signifie que, même si on les rencontre dix ou vingt fois au cours d’une seule journée, il convient de les saluer avec courtoisie comme s’ils avaient effectué un voyage de deux ou trois mille kilomètres pour nous rendre visite, et de ne jamais manifester aucune indifférence à leur égard. « Quatrièmement, traiter ceux qui sont moins fortunés que nous avec compassion et bonté signifie qu’il faut considérer ceux dont les conditions de vie sont inférieures aux nôtres comme nos propres enfants et manifester de la considération à leur égard en toutes circonstances, en faisant preuve de bienveillance et de compassion. « Telles sont donc les quatre vertus et, si vous les respectez, vous méritez d’être qualifié de personne vertueuse ou de sage. Si vous veillez à remplir ces quatre devoirs, alors même si vous pouvez être dans l’erreur dans d’autres domaines, vous mériterez toujours d’être qualifié de personne de bonté. » (WND-II, 636) Le respect de tous – l’esprit du Sûtra du Lotus En troisième lieu, Nichiren indique l’importance de « traiter nos amis avec courtoisie ». Il dit : « Même si on les rencontre dix ou vingt fois au cours d’une seule journée, il convient de les saluer avec courtoisie comme s’ils avaient effectué un voyage de deux ou trois mille kilomètres pour nous rendre visite et de ne jamais manifester la moindre indifférence à leur égard. » (WND-II, 636) Voilà qui évoque l’esprit des réunions de discussion et d’autres activités de la Soka Gakkai internationale (SGI). Si quelqu’un se présente en retard, essoufflé, il faut le saluer chaleureusement et le remercier d’avoir fait l’effort de venir en dépit de son emploi du temps très chargé. Le monde de la SGI doit être celui de la chaleur humaine et de la confiance. La courtoisie dont il est question ici ne désigne pas du tout une attitude formelle dépourvue de toute substance. C’est notre sincérité qui compte, notre respect de l’autre, qui se manifeste à travers notre voix, notre attitude et nos actions. Nichiren déclare : « Le but de l’apparition en ce monde du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, réside dans son comportement en tant qu’être humain ». (Les trois sortes de trésors, Écrits, 859) On peut donc dire sans exagération que le bouddhisme a pour objectif de nous enseigner le comportement humain le plus élevé, illustré par l’attitude de respect à l’égard des autres manifestée par le bodhisattva Jamais-Méprisant dans le Sûtra du Lotus 4. On peut lire dans un passage du Sûtra du Lotus : « Si tu vois une personne qui accepte et garde ce sûtra, tu devras te lever et la saluer de très loin, en lui montrant autant de respect que s’il s’agissait d’un bouddha. » (SdL-XXVIII, 303) C’est là, dit Nichiren, « le point le plus important qu’il [Shakyamuni] a souhaité nous transmettre ». (OTT, 192) Cet enseignement qui nous invite à traiter nos amis avec courtoisie nous permet de prendre conscience de l’importance de respecter tous les êtres humains. La compassion ou le souhait du bonheur d’autrui En quatrième lieu, Nichiren nous invite à « traiter ceux qui sont moins fortunés que nous avec compassion et bonté ». Il nous enjoint à toujours faire preuve de compassion à l’égard de ceux qui sont vulnérables ou défavorisés et à se soucier d’eux comme s’ils étaient nos enfants. L’expression « moins fortunés » n’implique pas une quelconque infériorité, mais souligne seulement des différences objectives de position sociale, d’âge et d’expérience, et signifie qu’il y a des moments où nous devons prendre l’initiative d’aider les autres. Le mot japonais jihi, que l’on traduit par compassion, est composé de deux caractères correspondant respectivement aux mots sanskrits maitri, « amitié », et karuna, « compassion » ou « sympathie ». Le Sûtra du Nirvana, le Traité de la grande perfection de sagesse de Nagarjuna, et d’autres écrits bouddhiques définissent la compassion comme le fait de « soulager la souffrance et d’insuffler la joie ». En tant que telle, la compassion bouddhique correspond à la véritable amitié et à notre aspiration au bonheur de nos amis. Comme l’écrivit judicieusement le philosophe romain Cicéron : « Ils privent l’univers de soleil, semble-t-il, ceux qui privent la vie d’amitié5. » Cicéron dit aussi : « Mais la plupart des gens ont le tort, pour ne pas dire l’impudence, de vouloir un ami tel qu’ils ne peuvent être eux-mêmes et de s’attendre à ce que les services qu’ils ne rendent pas à leurs amis leur viennent d’eux. Or, il convient d’abord d’être soi-même un homme de bien, puis de chercher quelqu’un de semblable à soi6. » L’amitié et la compassion consistent donc, en tout premier lieu, à devenir soi-même un ami de bien pour les autres. « Il n’y a pas de plus grande force au monde que la compassion », disait M. Toda. Et il enseigna aussi que « le courage est le visage de la compassion ». Lorsque vous vous préoccupez du bonheur de vos amis, vous cherchez concrètement à les toucher. Vous trouvez alors les mots qui conviennent. Votre pensée, vos actions, votre pratique sont tournées vers eux. Partager la Loi merveilleuse avec les autres et propager les enseignements et les principes du bouddhisme de Nichiren sont des actions qui nécessitent le plus grand courage et la plus grande compassion. Dans la lettre Les quatre vertus et les quatre dettes de reconnaissance, Nichiren déclare que celui qui observe les quatre vertus mérite d’être qualifié de personne vertueuse ou de personne de valeur. Extraits de la Nouvelle révolution humaine (NRH) NRH 24, pp. 252-253 Le bouddhisme de Nichiren réconcilie les deux aspects de l’éveil pour soi et de la compassion pour les autres. Extrait De quoi avons-nous besoin pour développer pleinement le potentiel de notre intelligence, de nos émotions et de notre volonté ? Shin’ichi Yamamoto entra aussitôt dans le vif du sujet : « Le besoin qu’a l’individu de s’améliorer lui-même et de s’éveiller, et l’esprit de compassion envers les autres – ces facteurs de base sont les deux sources qui nous permettent d’employer notre intellect, nos émotions et notre volonté pour façonner notre vie personnelle et notre environnement social. » Cependant, ces deux thèmes – l’éveil pour soi et la compassion pour les autres – ont longtemps été considérés, même dans le bouddhisme, comme contradictoires. La quête de l’éveil pour soi peut mener à l’égoïsme alors que manifester sa compassion pour les autres peut mener au sacrifice ou à la dépréciation de soi. Beaucoup de religions dans le monde ont fait face à ce dilemme apparent. « Mais la philosophie du Sûtra du Lotus et les enseignements de Nichiren sont le moyen de réconcilier ces deux thèmes, dit Shin’ichi d’un ton vigoureux. Quand vous basez votre vie sur la Loi merveilleuse, la loi fondamentale de l’univers, la pratique de la compassion pour les autres du bodhisattva est simultanément la voie de l’éveil pour soi. « Il est dit dans Les Enseignements oraux : “‘La joie’ signifie que soi et les autres font ensemble l’expérience de la joie.” (p. 146) et “à la fois soi-même et les autres puiseront ensemble de la joie dans la possession de la sagesse et de la compassion.” (p. 146) On peut également voir ce principe de bienfait mutuel pour soi et pour les autres dans tous les écrits de Nichiren. » NRH 24, pp. 11-12 Shin’ichi parle avec André Malraux de la révolution humaine comme étant la pratique pour développer notre empathie. Extrait « Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles pour un être humain ? demanda Malraux. — Elles se mesurent à la façon dont nous menons notre vie et dans notre capacité à nous réformer, répondit Shin’ichi. Parler de civilisation humaine, c’est en réalité parler de la nature des êtres humains, qui sont les créateurs de la civilisation. » Shin’ichi souligna également la nécessité d’une révolution humaine : « Prenons un exemple. Dans un monde comme le nôtre, où les problèmes auxquels une région ou un pays sont confrontés s’étendent rapidement à l’échelle mondiale, nous ne pouvons pas nous permettre de rester centrés sur nous-mêmes. Si nous voulons forger un type de caractère qui nous permette d’éprouver de l’empathie pour les autres et de prendre les mesures adéquates, nous devons lutter inlassablement pour nous réformer intérieurement. C’est là, je crois, la seule manière de nous sortir du marasme auquel nous sommes actuellement confrontés. « Le thème central de mon roman La Révolution humaine, dont je poursuivrai sans doute la rédaction durant toute ma vie, est le suivant, dit ensuite Shin’ichi : la grande révolution humaine d’une seule personne peut contribuer à changer le destin d’une nation et, plus encore, de toute l’humanité. Je crois que la dignité de l’humanité se trouve dans ce champ de possibilités infinies, et je m’engage à incarner entièrement ces idéaux par mes actions. » Malraux acquiesça et sourit en entendant Shin’ichi exprimer avec tant de fermeté sa philosophie de vie et ses convictions. « J’espère en effet que vous agirez en ce sens », lui dit-il. NRH 15, p. 217 La véritable empathie est déclenchée par l’action. Extrait Oshiyama grava profondément dans son cœur l’image de Shin’ichi en action. Il était submergé d’émotion, et les larmes lui montèrent aux yeux. Shin’ichi s’employa à saluer la quasi-totalité des invités présents dans le gymnase. Puis il participa à des matchs de tennis et de ping-pong dans le cadre du festival. Il était épuisé mais continua à jouer avec les étudiants, sans en faire rien voir. Par la suite, il rejoignit un groupe de représentants des enseignants pour dîner avec eux à la Maison Man’yo, une maison traditionnelle de type japonais située sur le campus. La soirée commença par les remarques ouvertes d’un professeur, qui s’exprima avec une grande émotion : « En observant aujourd’hui M. Yamamoto, j’ai été profondément touché. Il a rencontré chacun des invités, en s’inclinant très sincèrement devant chacun d’eux. J’ai vraiment senti son profond désir de faire tout son possible pour ouvrir l’avenir à nos étudiants. Je me suis alors demandé si j’avais autant d’amour et de compassion. M. Yamamoto m’a montré le véritable esprit d’un maître et l’esprit fondateur de l’université Soka. » La véritable empathie est déclenchée par l’action. NRH 26, pp. 157-158 Shin’ichi adresse des paroles bienveillantes à une femme qui a froid sur son stand – l’humanisme est un mode de vie simple où l’on fait preuve d’empathie envers les autres. Extrait On était au cœur de l’hiver et cette femme semblait avoir très froid, bien qu’elle ait deux foulards, l’un autour de son cou et l’autre entourant ses cheveux et ses joues. Shin’ichi se rendit directement sur son stand. « Vous devez avoir bien froid, lui dit-il. Elle leva vers lui un regard surpris. — J’aimerais acheter un peu de ceci et aussi de cela », dit-il en désignant plusieurs produits. La vieille femme réunit les articles choisis par Shin’ichi. Elle souriait, avec une étincelle dans les yeux. Il prit ses achats et la remercia. Lorsqu’elle s’inclina devant lui, il lui dit : — N’attrapez pas froid ! Surtout prenez bien soin de vous et restez en bonne santé ! » Puis il entra dans le supermarché. Quand nous échangeons des paroles amicales avec quelqu’un, même si nous ne connaissons pas cette personne, nous brisons la distance qui sépare nos cœurs. Quand Shin’ichi voyait une personne grelotter parce qu’elle travaillait dehors, dans le froid de l’hiver, il voulait tout naturellement lui adresser des paroles agréables, que cette personne soit ou non membre de la Soka Gakkai. Dès qu’il voyait quelqu’un faire des efforts, des mots d’encouragement coulaient naturellement de ses lèvres. L’humanisme ne correspond pas à un mode de vie particulier ; cela consiste simplement à faire preuve d’empathie envers les autres – en se tournant vers ceux qui mènent des luttes difficiles ou qui sont en proie à la souffrance et en partageant la joie avec ceux qui sont heureux. NRH 15, pp. 276-279 Le regard d’un photographe sur le comportement de Shin’ichi – source d’inspiration pour les autres. Extrait Shin’ichi fit une forte impression à Jun Miki. La première chose qui le frappa fut sa jeunesse. En plus, il s’était attendu à ce que Shin’ichi, en sa qualité de dirigeant d’une grande organisation, soit arrogant et autoritaire, mais il découvrit un homme bien différent, à l’inverse de ce qu’il s’était imaginé. Shin’ichi était énergique, juste, ouvert et franc, et toujours prompt à faire des réflexions pleines d’humour. Miki remarqua que, si Shin’ichi ne se donnait pas de grands airs et affichait une grande souplesse d’esprit, il se montrait également profondément chaleureux et attentionné. Miki suivit Shin’ichi avec son appareil photo. Il participa avec lui à diverses réunions de la Soka Gakkai et l’accompagna lors de ses voyages d’encouragement dans les régions. Il fut particulièrement touché par les séries de photos que Shin’ichi prenait avec les responsables qui agissaient en première ligne du mouvement au Japon. Il arrivait que Shin’ichi pose lui-même malgré une forte fièvre. Les yeux irrités, il restait assis devant les flashs des appareils photo pour des dizaines de prises chaque jour. Par ailleurs, entre les sessions, il prodiguait des encouragements et des orientations dans la foi aux pratiquants, serrant tant et tant de mains qu’il ne pouvait plus lever le bras. L’œil aguerri d’un photographe professionnel permet de faire la différence entre sincérité et hypocrisie, entre instinct de conservation et dévouement altruiste. Miki sentit qu’il avait devant lui un exemple vivant de la bienveillance bouddhique dans la manière dont Shin’ichi échangeait sincèrement avec les autres et les encourageait. Le bouddhisme n’existe pas en dehors de la vie et de notre comportement. Ce sont nos actions qui transmettent ses enseignements. Comme le déclare Nichiren : « Le but de l’apparition en ce monde du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, réside dans son comportement en tant qu’être humain. » (Les trois sortes de trésors, Écrits, 859). Miki vit combien les sessions de photos de groupe représentaient une formidable source de joie et d’encouragement pour les pratiquants, qui lui montraient leur photo, en souriant fièrement comme s’il s’agissait de leur plus précieux trésor. D’autres lui disaient qu’ils regardaient ces photos quand ils traversaient des moments difficiles car elles leur inspiraient le désir de surmonter les épreuves. De par sa propre expérience, Miki savait combien une photo peut être puissante, mais il ne put pas cacher son étonnement devant l’impact que pouvait produire une seule photo sur tant de vies. Le pouvoir de l’empathie Essai paru dans le Japan Times du 27 octobre 20057. Le mois d’août est une époque durant laquelle la guerre et la paix paraissent suspendues dans l’air pesant estival, comme les cris stridents des cigales – tout particulièrement, en cette année marquant le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, clôturée par la reddition du Japon le 15 août 1945. Quel enseignement l’humanité a-t-elle tiré de cet événement cataclysmique au cours de ces dernières décennies ? La continuation de la guerre, la minutieuse planification de massacres d’êtres humains par leurs semblables, font qu’on est tenté de répondre : presque rien. Aujourd’hui, comme auparavant, ce sont les personnes ordinaires, surtout les mères et les enfants, qui supportent la plus grande part des souffrances physiques et mentales provoquées par la guerre. Le gouvernement militaire incitait de nombreux jeunes gens de ma génération à fièrement se lancer dans la bataille et à donner leur vie. À l’arrière, les familles étaient louées pour leur esprit de sacrifice et le fait d’être qualifié de « mère de soldat » passait pour un grand honneur. Mais en fait, que de souffrances, que de chagrin, que de malheur au fond des cœurs ! L’amour d’une mère, la sagesse d’une mère, sont bien trop grands pour se laisser piéger par cette idée « d’amour de la nation ». Un incident de cette époque est toujours bien présent dans mes pensées. Ce fut un matin de bonne heure, au printemps 1945, après une nuit sans sommeil, alors que l’on se protégeait des bombardements aériens, fréquents à cette époque. À l’aube, une centaine de B-29 apparurent à l’est. Bien qu’il s’agisse d’avions ennemis, ils formaient un spectacle magnifique que j’ai regardé jusqu’à ce que ne soient plus que de minuscules points dans le ciel. C’est alors que quelqu’un cria : « Hé, qu’est-ce que c’est ? » Quelque chose tombait du ciel. Un parachute. Un avion avait dû être touché, et un soldat ennemi était en train de descendre. Il atterrit dans un champ à deux ou trois cents mètres de nous. J’appris plus tard qu’un groupe de personnes se précipitèrent vers lui pour le frapper à coups de bâtons. Quelqu’un vint précipitamment avec un sabre japonais, menaçant de le tuer. Battu, presque assommé, il fut finalement emmené par la police militaire, les bras ligotés derrière le dos et les yeux bandés. Quand je rapportai cela à ma mère, elle dit : « Que c’est horrible ! Sa mère doit être si inquiète pour lui. » Ma mère était une femme ordinaire, fruit de l’époque dans laquelle elle était née et avait été élevée. Mais rétrospectivement, je suis touché par sa capacité, en tant que mère, à compatir à la souffrance d’une autre mère, prétendue ennemie, séparée d’elle par des milliers de kilomètres et par les vastes murs de l’idéologie politique. Les femmes sont, à mon avis, des pacifistes naturelles. Elles donnent la vie et contribuent à son développement. Elles se focalisent sur les relations humaines et s’engagent dans la tâche exigeante d’élever les enfants et de protéger la vie de leur famille, développant ainsi un profond sens de l’empathie à travers les réalités humaines sous-jacentes. Quand la fin de la guerre arriva, le 15 août, la plupart des gens pensèrent que l’inévitable était finalement arrivé. Bien que non affirmé, un sentiment de soulagement prévalut généralement. À ce moment-là, personne n’aurait cependant osé dire : « Je suis content que le Japon ait perdu », mais je suis certain que beaucoup de Japonais pensaient cela. Ma mère avait exprimé à maintes reprises son dégoût de la guerre et son vœu qu’elle se termine bientôt. Je me rappelle sa minuscule silhouette quand elle préparait le dîner ce soir-là avec presque une surexcitation de petite fille : « Quelle clarté ! Nous avons maintenant le droit de laisser les lumières allumées ! » Son désir le plus cher était le retour sain et sauf de ses quatre fils, mes frères aînés, tous envoyés sur le front en Chine et en Asie du Sud-Est. Les années précédentes, mes frères étaient rentrés, les uns après les autres. Dans leurs uniformes en lambeaux, ils offraient un spectacle lamentable. Tous revinrent, sauf mon frère aîné, Kiichi. Nous n’avions eu aucune nouvelle de lui depuis qu’il avait annoncé son départ de Chine pour l’Asie du Sud-Est. De temps en temps ma mère nous racontait qu’elle avait vu Kiichi dans un rêve, et qu’il lui avait dit qu’il reviendrait bientôt. Finalement, le 30 mai 1947, nous reçûmes l’annonce du décès de Kiichi sous la forme d’une lettre apportée par un officier local âgé. Nous avions déménagé après que notre maison avait été complètement détruite par le feu ; apparemment il avait été difficile de nous retrouver. Ma mère s’inclina poliment et prit la lettre. Elle tourna le dos, tout son corps tremblait, en proie au chagrin. Un de mes frères alla récupérer les restes des cendres de Kiichi : je ne pouvais pas supporter de regarder ma mère alors qu’elle restait debout, serrant la petite boîte blanche qui contenait tout ce qui restait de son fils aîné. Je ressentis au plus profond de mon être la tragédie et le cruel gâchis de la guerre. Sûrement aucune époque ne peut rivaliser avec le XXe siècle pour ce qui est du nombre de mères à travers le monde, qui ont versé des larmes amères de souffrance et tristesse. Femmes et mères sont les plus grandes victimes des guerres lancées quasiment toutes sans exception par les hommes. Pour mettre un terme à la guerre, la reléguer dans l’Histoire avec les pratiques barbares tel que l’esclavage, nous devons établir le respect de la dignité de la vie humaine comme valeur centrale de notre époque. Plutôt que de tourner le dos à l’importance et à la profondeur vertigineuses de la pauvreté provoquées par la guerre, nous devons nous efforcer de développer notre capacité à compatir et à ressentir les souffrances des autres. C’est aux personnes ordinaires – chacun de nous – d’exprimer leur horreur envers la violence et la guerre. Hommes et femmes qui connaissent la réalité brutale de la guerre, qui savent qu’elle dépouille les gens de leur humanité même, doivent s’unir dans un nouveau partenariat global pour la paix. Les femmes sont de puissantes protagonistes en la matière. Leurs voix, leurs inquiétudes, leur sagesse et leur perspicacité doivent être mises en avant dans toutes les sphères de la société. En étendant et en approfondissant la solidarité sur la base de la compassion et de la reconnaissance de notre humanité commune – le désir universel de nous protéger et de protéger ceux que l’on aime du danger –, je crois que nous pourrons faire du XXIe siècle un siècle de vie. Dans une telle époque, les prières pour la paix de toutes les mères – le fervent désir de toute l’humanité – finiront par se concrétiser. Civilisation contemporaine et bouddhisme Au cours d’une visite à la Sorbonne, le 9 juin 1989, le président Ikeda a remis un essai intitulé « Civilisation contemporaine et bouddhisme » au Pr Michel Maffesoli, maître de conférences en sciences sociales. Nous publions ici un extrait de cet essai en rapport avec le thème de notre dossier sur la bienveillance. (Première parution dans le magazine Troisième Civilisation, n° 311-312, juillet août 1989.) […] Je pense toujours avec émotion à un passage de la philosophe Simone Weil, écrit au cours de son exil à Londres en 1943, dans lequel elle exprimait son souhait ardent de reconstruire sa patrie, la France : « Cette compassion peut sans obstacles franchir les frontières, s’étendre à tous les pays malheureux, à tous les pays sans exception. Alors que l’orgueil de la grandeur nationale est par nature exclusif, non transposable, la compassion est universelle par nature. » La compassion désigne bien ce sentiment d’empathie à l’égard des autres. Comme vous le savez sans doute, ce passage est tiré d’un livre de Simone Weil, intitulé L’Enracinement. Simone Weil, dans la misère de la défaite de la guerre, chercha le sens profond d’un enracinement pour survivre. Elle trouva sa propre raison d’être dans « la compassion » et évoqua la possibilité d’un humanisme universel entrevu déjà au temps de la Révolution. En tant que bouddhiste, j’y adhère pleinement. Car même l’impressionnant système théorique que constituent 80 000 enseignements bouddhiques se concrétise finalement par les sentiments les plus humains. Notamment, la bienveillance, issue du fait de « souffrir ensemble », est l’ossature même du bouddhisme du Grand Véhicule [Mahayana]. Par exemple, dans le sûtra de Vimalakirti, un sûtra du Grand Véhicule, le personnage principal, qui donne au sûtra son nom, est un riche pratiquant laïc, toujours malade. Il explique les raisons de sa maladie en disant : « C’est parce que les êtres sont malades que je suis malade. » De même dans le Sûtra du Lotus, le sentiment de compassion envers des enfants et envers ceux qui souffrent s’exprime par diverses paraboles. Dans la parabole des trois chariots et de la maison en flammes, les enfants sont sauvés alors qu’ils jouaient avec insouciance, sans comprendre que leur maison brûlait. Dans la parabole du joyau caché dans la doublure du manteau d’un pauvre, un homme manifeste le désir de sauver un ami qui vagabonde dans la plus grande misère. Et une troisième parabole, celle du bon médecin, montre un père sincèrement désireux de sauver ses enfants qui ont avalé du poison. Ce désir fervent d’aider les faibles, les pauvres et les malades, cette action généreuse qu’aucune difficulté n’arrête sont très vivants et forment la base de toute la Loi bouddhique. L’image de l’homme idéal que dépeint le Sûtra du Lotus par ces principes de jihi (la bienveillance) et de bonno soku bodai (les désirs conduisent à ­l’illumination) prend sa pleine valeur lorsqu’elle se traduit par une volonté dynamique, celle d’agir positivement sans fuir la réalité ni lui tourner le dos. C’est totalement différent de l’image statique généralement associée au bouddhisme, assimilé par exemple à une forme de méditation. Les plus grands penseurs européens, ceux qui écrivirent sur le Bouddha ou sur Nagarjuna, comme Jaspers, ont défini le bouddhisme comme « un mysticisme transcendant le monde ». Bergson également remarqua ce manque, du point de vue de l’action, en écrivant que le bouddhisme « n’a pas cru à l’efficacité de l’action humaine ». Effectivement, cette tendance à la passivité est assez présente dans l’histoire du bouddhisme. Si l’on va à l’extrême limite de la souffrance comme l’enseignent certaines branches du bouddhisme Hinayana, et si l’on s’imprègne totalement de la notion de « non-soi » au point d’en conclure que le moi n’a pas de réalité intrinsèque, on aboutit à la suppression des désirs, au nihilisme et à la passivité. C’est pour réagir contre ce parti pris que se développa, à l’intérieur du bouddhisme, le mouvement du Grand Véhicule, afin d’être plus proche de la Loi que son illumination avait révélée à Shakyamuni. Pourtant, même dans ce mouvement, restait profondément ancrée la tendance à considérer cet état d’illumination comme un phénomène extérieur. Les limites de cette théorie se reflètent dans la forme que prit la pratique dans la voie du bodhisattva. Tant que l’on considère l’état d’illumination comme extérieur à soi et que l’on situe ce que l’on vénère dans un monde objectif, on ne peut parvenir à ce but que sont la réalisation de soi et l’épanouissement de ses qualités humaines. Par conséquent, des bodhisattvas exclusivement attachés à leur perfection personnelle et s’efforçant d’y parvenir par des pratiques de méditation ou de concentration ont de plus en plus de mal à se tourner vers les autres et vers la société pour sauver les êtres humains. Je pense que c’est ce que Jaspers et Bergson avaient ressenti intuitivement, et ils avaient remarqué ce peu de désir de changer la société que l’on trouve dans certaines formes de bouddhisme. Toutefois, dans le Sûtra du Lotus, quintessence du bouddhisme du Grand Véhicule, on découvre « une vie éternelle universelle » au plus profond de l’éveil de Shakyamuni. Le Sûtra du Lotus révèle une loi ultime, qui imprègne l’univers et l’existence humaine. Par rapport au « petit ego » ou au « non-soi », on peut appeler cette vie éternelle le « grand soi ». Cette réalisation consiste d’abord à dépasser les limites du « petit ego », prisonnier des désirs matériels. Alors émerge le « non-soi ». Mais le « non-soi » s’efface à son tour dans la prise de conscience de cette vie éternelle universelle. Alors, au bout du compte, apparaît le monde d’une affirmation absolue. Les bodhisattvas du Sûtra du Lotus, enracinés dans le « grand soi » (cette affirmation découverte au terme de deux négations), donnant libre cours à l’élan créateur de la vie, propulsés par la ferveur et la joie, s’élancent courageusement dans le combat spirituel qui changera fondamentalement la société actuelle, en butte à tant de souffrances. Alors, pour la première fois, l’énergie des désirs sera sublimée pour se changer en une sagesse et une bienveillance éclatantes, qui éclaireront cette vaste scène qu’est la société en dépassant le cadre étroit de l’individu. Le principe bouddhique de bonno soku bodai ne signifie rien d’autre. Ainsi, le dessein originel du bouddhisme est de créer des valeurs illimitées dans la vie et dans la société en s’appuyant sur le « grand soi » qui est la véritable identité de l’être humain. On peut dire que c’est l’épanouissement parfait des qualités spécifiquement humaines : l’intelligence, l’émotion, la sensibilité, la force d’intuition, la compassion tournées toutes vers la bonté. Ce grand univers lui-même est l’entité bienveillante, qui crée toute chose (panta rei). Et s’il s’éveille à cet aspect réel de tous les phénomènes (jisso), l’homme arrivera certainement à saisir le sens de sa propre vie. Lorsque l’on est membre de cette humanité qui a reçu la vie dans l’univers, c’est en prenant part à l’action bienveillante de la vie universelle, qui progresse de manière constructive que l’on pourra trouver sa noble mission. Cette mission est de faire vivre et de protéger concrètement la Terre et l’humanité. Les bodhisattvas du Sûtra du Lotus sont ce que l’humanisme peut offrir de plus beau, ils sont en tout point dignes d’une ère cosmique. Humanité, ce noble mot brille dans l’histoire de votre pays de tout l’éclat que lui donnèrent Victor Hugo, Simone Weil et tant d’autres. Actuellement (1989), en Union soviétique, se déroule une seconde révolution que l’on appelle perestroïka (construction). Il y a un demi-siècle, à l’apogée de la gloire soviétique, André Gide avait déjà dénoncé le mal du bolchevisme qui allait ronger la société. Bravant l’ouragan des critiques et des calomnies, il n’avait pas reculé d’un seul pas, parce qu’il s’appuyait sur le respect de l’humanité. Il écrivit : « Il y a des choses plus importantes à mes yeux que l’URSS : c’est l’humanité, c’est son destin, c’est sa culture. » Cette conviction ne résonne-t-elle pas au niveau profond, dépassant le temps, les qualités, les principes ? Cela rappelle l’esprit d’une rare impartialité, libre de tout préjugé, dont fit preuve Voltaire en décrivant l’oppression du christianisme par le gouvernement Tokugawa au Japon il y a deux siècles ; il notait que puisque la propagation du christianisme allait de pair avec l’expansion politique : « Il n’est pas étonnant que les Japonais aient été alarmés8. » Il y a quatre siècles, Montaigne dénonçait les invasions coloniales de l’Espagne et d’autres pays, la cruauté des guerres de Religion et de l’Inquisition en les comparant au cannibalisme des peuples primitifs. Il écrivait : « Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous qui les surpassons en toute sorte de barbarie9. » La grandeur de cette perspective et cette générosité du cœur et de l’esprit ne peuvent provenir que d’une telle humanité. Je ne peux m’empêcher de pressentir là un courant riche et profond qui tend vers l’humanisme universel. Une aussi respectable tradition est un patrimoine irremplaçable à l’aube de cette civilisation planétaire que nous saluons. Me réclamant de l’humanisme bouddhique, j’ai la ferme intention de participer, avec d’autres, à cette construction. Daisaku Ikeda, mai 1989

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