Nichiren – Un grand vœu de compassion pour le bonheur de l’humanité
Partie XI. Rejeter le provisoire pour révéler le véritable Après avoir échappé à la tentative de décapitation à Tatsunokuchi, Nichiren fut conduit par les soldats à Echi 1, dans la province de Sagami. Il avait alors 50 ans. La persécution de Tatsunokuchi fut un événement décisif pour Nichiren. Il apparaissait jusque-là comme une personne ordinaire accablée par le karma et la souffrance – son identité transitoire ou superficielle. Mais, en surmontant cette persécution, il « rejeta » ce moi éphémère et, tout en restant une personne ordinaire, il ouvrit et révéla pleinement sa véritable identité de bouddha doté d’une compassion et d’une sagesse sans limites. On désigne ce processus par la formule « rejeter le provisoire pour révéler le véritable 2 ». Plus tard, alors qu’il était en exil à Sado, Nichiren écrivit : « Le douzième jour du neuvième mois de l’année dernière, entre les heures du Rat et du Bœuf [entre onze heures du soir et trois heures du matin], la personne nommée Nichiren a été décapitée. C’est son esprit qui est parvenu sur l’île de Sado et qui, le deuxième mois de l’année suivante, sous la neige, écrit [ce traité] à l’attention de ses proches disciples. » (Sur l’ouverture des yeux, Écrits, 273) En termes simples, il dit que son ancien moi a cessé d’exister à Tatsunokuchi et qu’il est arrivé à Sado avec une nouvelle conscience et une nouvelle conviction 3. Ikeda Sensei apporte cette explication : « En d’autres termes, tout en restant une personne ordinaire, il manifesta l’éternel Ainsi-Venu qui ne fait qu’un avec la Loi merveilleuse éternelle, la loi fondamentale de l’univers. […] Il manifesta avec éclat la vie du Bouddha éternel dans la vie d’une personne ordinaire 4. » Le président Ikeda poursuit en appliquant ce principe à chacune et à chacun de nous : « Lorsque nous consacrons notre vie à kosen rufu, en surmontant les souffrances et en persévérant dans la foi, nous pouvons nous aussi concrétiser le principe de “rejeter le provisoire pour révéler le véritable”. En tant que personnes ordinaires, nous pouvons manifester la même nature de bouddha que Nichiren 5. » Une fois sa véritable identité révélée, les actions de Nichiren devinrent celles du Bouddha de l’époque de la Fin de la Loi. Il inscrivit alors pour la première fois le Gohonzon, l’objet de vénération destiné à être révéré par tous les êtres humains, sur lequel nous fondons notre pratique spirituelle. Séjour à Echi Après l’échec de la tentative d’exécution, le shogunat passa le mois suivant à débattre de ce qu’il adviendrait de Nichiren et de ses disciples. Nichiren arriva à la résidence de Homma Rokuro Saemon-no-jo Shigetsura à Echi vers midi, le treizième jour du neuvième mois de 1271. Shigetsura était le vice-gouverneur militaire de la province de Sado 6. Nichiren commanda du saké pour les soldats qui l’avaient escorté. Il s’agissait des mêmes troupes qui avaient essayé de le décapiter, et pourtant, maintenant, il les remerciait. Cette attitude symbolisait la noblesse de son état de vie. Quand vint le moment de partir, certains joignirent les mains et dirent avec révérence : « Nous vous détestions parce qu’on nous disait que vous calomniiez Amida, le bouddha que nous vénérons. Mais, maintenant que nous avons vu de nos propres yeux ce qui vient de se passer, nous comprenons combien vous êtes une personne vertueuse et nous rejetterons le Nembutsu que nous pratiquons depuis longtemps. » (Les actions du pratiquant du Sûtra du Lotus, Écrits, 774) Après le départ des soldats, les serviteurs de Shigetsura prirent leur tour de garde, et Shijo Kingo partit à son tour. Vers 8 heures du soir, un messager du shogunat apporta un ordre écrit du régent. L’adjoint de Shigetsura raconta à Nichiren ce qui s’était passé : « Le messager a expliqué que, comme le seigneur de Musashi était parti à la source thermale d’Atami, ce matin à l’heure du Lièvre [entre cinq et sept heures du matin], il s’était mis aussitôt en route et avait chevauché quatre heures en redoutant qu’il vous soit arrivé quelque chose. Le messager est reparti immédiatement pour Atami afin d’y apporter dès ce soir des nouvelles au seigneur. » (Ibid.) La lettre accompagnant l’ordre porté par le messager disait : « Cette personne n’est pas réellement coupable. Elle sera d’ici peu graciée. Si vous l’exécutez, vous aurez des raisons de le regretter. » (Ibid.) On ne sait pas qui a pris secrètement la décision de faire décapiter Nichiren, mais il est probable que Hojo Nobutoki ait tacitement accepté qu’il soit emmené à Tatsunokuchi, puis qu’il se soit éclipsé pour décliner toute responsabilité. (À suivre) Note : La Soka Gakkai « rejette le provisoire pour révéler le véritable » Peu après son investiture [en 1951] en tant que deuxième président de la Soka Gakkai, Josei Toda écrivit un essai intitulé Histoire et conviction de la Soka Gakkai, dans lequel il rappelle ces paroles du fondateur et premier président Tsunesaburo Makiguchi : « [La Soka Gakkai] doit rejeter le provisoire et révéler le véritable 7. » Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement militariste jeta les présidents Makiguchi et Toda en prison pour crime de lèse-majesté (manque de respect envers l’empereur) et violation de la loi de préservation de la paix, une loi répressive 8. Le jour de sa libération, en juillet 1945, le président Toda déclara qu’il pouvait dire ceci dans son cœur à son maître, décédé en prison : « Je sais désormais que nous sommes tous apparus en ce monde avec la grande mission de transmettre Nam-myoho-renge-kyo, ou le Sûtra du Lotus en sept caractères, à l’époque de la Fin de la Loi. Si je définis alors notre statut en partant de cette conviction, nous sommes tous des bodhisattvas surgis de la Terre 9. » Puis il fit cette observation : « Nous sommes les bodhisattvas surgis de la Terre et, sur le plan aussi bien de la foi que de la pratique, nous sommes les fidèles disciples de Nichiren. […] Cette conviction est la conviction fondamentale de la Soka Gakkai et commence à se répandre parmi ses membres. Cela revient en effet à “rejeter le provisoire pour révéler le véritable”, n’est-ce pas 10 ? » À l’époque, la plupart des membres souffraient de maladies ou de difficultés financières. Ils répondirent alors au vœu de leur maître et développèrent la même conviction : ils étaient tous des bodhisattvas surgis de la Terre et des disciples directs de Nichiren venus accomplir kosen rufu. Le président Toda affirma que cela prouvait que la Soka Gakkai avait rejeté le provisoire pour révéler sa véritable identité.
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