Passages clés des Enseignements oraux [13] Chapitre « La durée de la vie de l’Ainsi-Venu » – partie III [sur III]
Prier chaque jour et œuvrer à bâtir un monde heureux pour concrétiser la formule « Cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre » « Quel est l’objectif social de la religion sinon d’œuvrer au bonheur de l’humanité et de rendre ce monde meilleur ? Ne crée-t-on pas des valeurs positives en aidant les gens à devenir heureux ? Ne crée-t-on pas des valeurs morales en améliorant le monde 1 ? » Telles sont les célèbres paroles de notre fondateur, Tsunesaburo Makiguchi, que l’on peut lire dans le Kachi-ron (Théorie des valeurs), le deuxième volume du Soka kyoikugaku taikei (Éducation pour une vie créatrice de valeurs)2. M. Makiguchi présenta le chapitre « Durée de la vie » du Sûtra du Lotus 3 comme l’expression ultime de la véritable valeur de la religion et déclara que ce chapitre « représente la promesse de Shakyamuni de permettre à tous les êtres humains affligés par les souffrances de la vie d’atteindre la bouddhéité et de résider en toute sécurité dans la joie de la vie éternelle 4 ». Comment surmonter les souffrances de notre vie ? Comment atteindre un état de vie inébranlable grâce auquel nous savourons véritablement la joie de vivre ? Une religion qui crée des valeurs authentiques se définit par sa capacité à transformer la vie réelle des gens et la société. C’est cette conviction qui a guidé les nobles idéaux et actions de M. Makiguchi. La grande voie d’une religion humaniste M. Makiguchi eut le courage de remettre en cause la notion philosophique traditionnelle consistant à prôner l’idée d’une religion « sainte » coupée du monde réel. Mon maître, le deuxième président de la Soka Gakkai, Josei Toda, disait aussi très clairement que nous ne sommes pas des opportunistes qui parlent de spiritualité mais se servent en réalité de la religion pour obtenir un gain personnel. En héritant des enseignements des présidents Makiguchi et Toda, je me suis efforcé avec mes amis pratiquants de développer une solide alliance pour la paix, la culture et l’éducation sur la base de l’humanisme bouddhique. Le véritable objectif de la religion doit être de rendre les êtres humains forts, bons et sages. Le Sûtra du Lotus est un trésor de sagesse et la source d’un mouvement religieux destiné aux êtres humains, qui contribue réellement à leur autonomie. Le chapitre « Durée de la vie », en particulier sa partie versifiée, décrit la véritable nature du Bouddha luttant éternellement pour permettre aux êtres vivants d’atteindre l’illumination et décrit ceux qui recherchent leur maître et propagent la Loi avec un dévouement altruiste. Il révèle le vœu qui constitue le cœur même de la lutte commune du maître et du disciple. En gardant les enseignements humanistes du bouddhisme, maître et disciple œuvrent ensemble à créer les valeurs suprêmes et aident les êtres humains à s’éveiller à un état de bonheur absolu indescriptible – en accord avec le passage « [où] les êtres vivants se divertissent à leur guise 5 » (SdL-XVI, 222) – et à établir une Terre de bouddha telle que la décrit la formule « cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre » (SdL-XVI, 222)6. Dans cet épisode, nous allons étudier le passage du Recueil des enseignements oraux qui traite de la partie versifiée du chapitre « Durée de la vie ». Réaffirmons la valeur de la grande voie de la Soka Gakkai, qui consiste à se consacrer à kosen rufu en transmettant la Loi merveilleuse, en lien direct avec Nichiren, le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi. En définitive, la partie versifiée du chapitre « Durée de la vie » est un chant en l’honneur de nos vies. Telle l’assemblée du pic de l’Aigle qui se perpétuera éternellement Quatre-vingt-treize ans se sont écoulés depuis que le fervent engagement des présidents Makiguchi et Toda pour kosen rufu a mené à la fondation de la Soka Gakkai, et dix ans depuis l’achèvement du Hall du Grand Vœu de kosen rufu dans le quartier de Shinanomachi, à Tokyo. L’humanité fait maintenant face à de nombreuses difficultés mais, en nos temps troublés – et on pourrait même dire grâce à eux –, nos pratiquants ont persévéré face à ces divers défis durant la dernière décennie et ont renforcé leurs liens fondés sur l’espoir et les encouragements. Le développement de notre mouvement pour kosen rufu dans le monde entier est lui aussi remarquable. Il est entièrement dû à nos nobles pratiquants qui luttent vaillamment pour accomplir leur vœu depuis le très lointain passé avec la conviction qu’« un grand mal est suivi d’un grand bien » (Grand mal et grand bien, Écrits, 1126). Cet été [en juillet 2023], des cérémonies de Gongyo ont repris au Hall du Grand Vœu de kosen rufu [après un arrêt de trois ans et demi dû à la pandémie de Covid-19]. À ce moment-là, de courageux bodhisattvas surgis de la Terre ont émergé du monde entier pour se réunir ici, unis dans leur prière d’accomplir le grand vœu de kosen rufu par la propagation bienveillante de la Loi merveilleuse 7. Je ressens vraiment que chacun de ces rassemblements mérite d’être décrit comme « l’assemblée sur le pic sacré de l’Aigle qui se poursuit solennellement et ne s’est pas encore dispersée » (OTT, 135)8, un passage cité par Nichiren dans le Recueil des enseignements oraux. Nichiren précise alors : « “Le pic sacré” [le pic de l’Aigle] désigne le Gohonzon. C’est aussi une référence au lieu où résident Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo. » (OTT, 135) Matin et soir, notre récitation de Gongyo et de Nam-myoho-renge-kyo, à titre personnel et au niveau familial, relie chacun de nous, en tant que bodhisattva surgi de la Terre, à l’assemblée du pic de l’Aigle présente dans les profondeurs de notre vie. Nous faisons jaillir le même état de bouddha que Nichiren et renouvelons notre vœu pour kosen rufu. [Chapitre seize : La durée de la vie de l’Ainsi-Venu Vingt-sept points importants] Point quinze, concernant le passage « Quand les êtres vivants sont témoins de la fin d’un kalpa/et que tout se consume dans un immense brasier, / cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre,/emplie en permanence d’êtres célestes et humains. / Salles et pavillons dans leurs jardins et bosquets /sont ornés de diverses sortes de joyaux. / Les arbres précieux / regorgent de fleurs et de fruits/et les êtres vivants se divertissent à leur guise. / Les divinités frappent les tambours célestes / faisant constamment des musiques de toutes sortes. /Une pluie de fleurs de Mandarava se répand sur le Bouddha et la grande assemblée. / Ma terre pure n’est pas détruite, / alors que la multitude croit voir un brasier la consumer, / angoisse, terreur et autres souffrances de toutes parts l’envahissent. / Ces êtres vivants, aux diverses offenses, / en raison de causes provenant de leurs mauvaises actions / passent des asamkhya 9 de kalpa / sans entendre mentionner le nom des Trois Trésors. /En revanche, ceux qui pratiquent les voies méritoires / ont bon caractère, sont pacifiques, honnêtes et droits, / me verront tous, / ici, en personne, prêcher la Loi. » (SdL-XVI, 222) « Il est dit dans le Recueil des enseignements oraux : “Ce passage est un hommage au principe des trois mille mondes en un instant de vie révélé dans le chapitre ‘Durée de la vie’ de l’enseignement essentiel. Les mots ‘Quand… tout se consume dans un immense brasier’ désignent en fait le grand feu des désirs terrestres 10. ‘Cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre’ désigne le domaine de l’environnement. ‘Où les êtres vivants se réjouissent à leur guise’ le domaine des êtres vivants et ‘Les arbres précieux regorgent de fleurs et de fruits’ le domaine des cinq composants. Ainsi ce passage évoque clairement le principe des trois mille mondes en un instant de vie.” » (OTT, 136) La partie versifiée du chapitre « Durée de la vie » est une ode à notre vie Nichiren note que lorsque nous combinons le caractère chinois ji (le soi) qui introduit la partie versifiée – ji ga toku bou-raï (Depuis que j’ai atteint la bouddhéité) (SdL-XVI, 221) – et l’ultime caractère chinois shin (le corps) à la dernière ligne – sokou jo jou bous shin (d’acquérir rapidement le corps d’un bouddha) (SdL-XVI, 223) –, nous formons alors le mot jishin, qui signifie « soi-même » (voir OTT, 140). Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren souligne combien cela est profondément significatif en interprétant cet extrait de la partie versifiée comme étant, du début à la fin, une ode à la vie du Bouddha, qui lutte sans cesse pour soulager les souffrances des êtres humains, ainsi qu’une ode à notre vie qui célèbre le fait que tous les êtres vivants dans les neuf états sont intrinsèquement bouddhas. Et c’est nous, membres de la Soka Gakkai, qui avons hérité de la grande lutte du Bouddha et qui la perpétuons. L’extrait que nous étudions ici traite d’un passage de sûtra affirmant que pour ceux qui croient dans la Loi merveilleuse, ce monde saha 11 est la véritable Terre de Bouddha où réside éternellement le Bouddha. Nichiren déclare : « Ce passage est un hommage au principe des trois mille mondes en un instant de vie 12 révélé dans le chapitre ″“Durée de la vie”″ de l’enseignement essentiel. » (OTT, 136) Il note que « comme l’établit clairement le chapitre “Durée de la vie” » (OTT, 137), les êtres vivants plongés dans de profondes souffrances peuvent incarner la Loi merveilleuse des trois mille mondes en un instant de vie, qui leur permet de s’éveiller à leur bouddhéité inhérente. Nichiren se concentre ici spécifiquement sur les trois domaines de l’existence – le domaine de l’environnement, le domaine des êtres vivants et le domaine des cinq composants 13. C’est un élément essentiel des trois mille mondes en un instant de vie que le bouddhisme de Nichiren considère comme un principe de transformation. En d’autres termes, nous dit Nichiren, quand, dans une ère mauvaise, le grand feu des désirs terrestres envahit le monde, ceux qui croient dans la Loi merveilleuse peuvent transformer le lieu où ils résident en terre paisible et sûre. Pour nous, cela correspond au domaine de l’environnement. En outre, ceux qui luttent pour kosen rufu acquièrent un état de vie où ils « se réjouissent à leur guise ». C’est pour nous le domaine des êtres vivants. La terre est ornée de magnifiques jardins et bosquets. « Des arbres précieux regorgent de fleurs et de fruits » [ce qui correspond aux nobles personnes qui apportent de riches bienfaits aux autres] indique que l’esprit de compassion finit par pénétrer tous les aspects et toutes les fonctions de notre vie. C’est pour nous le domaine des cinq composants. Nichiren déclare : « Maintenant, Nichiren et ses disciples qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont les personnes mêmes dont il est question [dans ce passage de sûtra] » (OTT, 137). Quand nous adoptons la foi dans la Loi merveilleuse, l’état de bouddha illumine l’intégralité des trois domaines de l’existence, sur la base du principe des trois mille mondes en un instant de vie. Kosen rufu est le moyen de bâtir véritablement un monde de paix et de bonheur Le 8 septembre 2002, un an après les attaques terroristes du 11 septembre, des représentants de la jeunesse du monde entier se sont réunis avec moi à Tokyo. Après avoir fait Gongyo et prié avec ces jeunes qui se consacrent à leur mission depuis le plus lointain passé, je me suis référé à ce passage du Sûtra du Lotus : « Cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre, emplie en permanence d’êtres célestes et humains. » (SdL-XVI, 222) et j’ai dit : « Il y a d’immenses souffrances dans le monde d’aujourd’hui – des souffrances aussi pénibles que si l’on se consumait dans un grand foyer (cf. SdL-XVI, 222). Notre noble mouvement pour kosen rufu, qui garde la philosophie de l’éternité de la vie, s’engage fermement à créer un monde où les gens vivent ensemble dans le bonheur et la paix – cette société idéale à laquelle l’humanité aspire depuis toujours 14. » Tous les participants avaient un air solennel et on pouvait voir briller dans leurs yeux toute leur détermination. Leur joie et leurs aspirations se transmettaient de l’un à l’autre. Le cœur de ces jeunes responsables du monde entier était imprégné par la forte conviction qu’il n’existe pas de monde du bonheur idéal en dehors du monde réel et de la profonde et fervente détermination à créer un monde qui incarne ces paroles du Bouddha : « Cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre. » J’étais convaincu qu’ils représentaient l’essence même de la paix pour la famille mondiale. Quand les joyeuses actions des courageux bodhisattvas surgis de la Terre, qui se consacrent à « établir l’enseignement correct pour la paix dans le pays », se diffuseront dans le monde entier, la voie pour bâtir véritablement un monde de bonheur et de prospérité pour tous s’ouvrira. Tel est le cœur de notre mouvement sans précédent qui s’harmonise avec le principe ultime de la transformation, la concrétisation des trois mille mondes en un instant de vie 15. Point 16, à propos des mots « Je suis le père de ce monde » (SdL-XVI, 223) « Il est dit dans le Recueil des enseignements oraux : “‘Je’ désigne le Bouddha Shakyamuni, le père de tous les êtres vivants. Le Sûtra du Lotus nous assure que le Bouddha et le sûtra lui-même possèdent les trois vertus de souverain, maître et parent 16. “Cette certitude concernant le Bouddha figure dans le passage concernant les trois vertus de l’enseignement théorique où l’on peut lire : ‘Ce Monde des trois plans / est aujourd’hui mon domaine / et les êtres vivants qui le peuplent / sont tous mes enfants. […] Je suis la seule personne / qui puisse sauver et protéger les autres.’ (Chapitre III, « Analogies et paraboles »). En ce qui concerne les trois vertus de souverain, maître et parent, possédées par le Bouddha de l’enseignement essentiel, la vertu de souverain est attestée par les mots ‘Cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre.” (chapitre XVI), celle du maître par ‘Constamment, j’ai prêché la Loi, instruisant et convertissant…’ (Ibid.) et celle de parent par ‘Je suis le père de ce monde’”. » (Ibid.)” (OTT, 137) Nichiren est le souverain, le maître et le parent de l’époque de la Fin de la Loi Examinons maintenant le point seize du chapitre « Durée de la vie » du Recueil des enseignements oraux où sont commentés les mots « Je suis le père de ce monde » (SdL-XVI, 223). En tant que bouddha qui a atteint l’illumination dans le très lointain passé, Shakyamuni est décrit selon le principe des trois vertus de souverain, maître et parent, alors que Nichiren est présenté comme celui qui incarne ces vertus par ses actions à l’époque de la Fin de la Loi. Les mots du Sûtra « Je suis le père de ce monde » font référence à la parabole du bon médecin et de ses enfants malades 17. Shakyamuni, qui apparaît comme étant à la fois père et médecin dans cette parabole, est décrit comme « le père de tous les êtres vivants » (OTT, 137) dans la réalité du monde des trois plans. Et de même que le médecin a sauvé ses enfants plongés dans l’illusion [qui avaient perdu la raison après avoir consommé du poison et refusaient le remède bénéfique qu’il avait préparé], Shakyamuni s’emploie inlassablement à sauver ceux qui souffrent et sont en proie à la « confusion » (SdL-XVI, 223). Ici, le Recueil des enseignements oraux met en avant les trois vertus de Shakyamuni en introduisant un extrait du chapitre « Analogies et paraboles » (3e) 19 de l’enseignement théorique (la première moitié du Sûtra du Lotus) et des passages du chapitre « Durée de la vie » (16e) de l’enseignement essentiel (la seconde moitié du Sûtra du Lotus). Par rapport à ce dernier, dit Nichiren, « la vertu de souverain est attestée par les mots “Cette terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre” (SdL-XVI, 222), celle de maître par “Constamment, j’ai prêché la Loi, instruisant et convertissant…” (SdL-XVI, 221) et celle de parent par “Je suis le père de ce monde” (SdL-XVI, 223) (OTT, 137) ». Puis Nichiren déclare : « Maintenant Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont les pères de tous les êtres vivants car nous les sauvons des tourments de l’enfer des souffrances incessantes. » (OTT, 138) Il affirme ainsi qu’à l’époque de la Fin de la Loi lui et ses disciples sont les « pères de tous les êtres vivants » et qu’ils se sont lancé le grand défi de soulager les souffrances de tous les êtres humains en les menant à l’illumination. Dans le traité Sur l’ouverture des yeux, composé par Nichiren lors de son exil sur l’île de Sado, il écrit : « Moi, Nichiren, je suis le souverain, le maître et le parent de tout le peuple du Japon. » (Sur l’ouverture des yeux, Écrits, 291) Ainsi, il exprime sa conviction qu’il est « le souverain, le maître et le parent » de l’époque de la Fin de la Loi et qu’il s’est dressé avec une compassion infinie afin de mener tous les êtres humains à l’illumination dans une époque mauvaise où sévissent l’opposition à la Loi et la souffrance humaine. Il s’engage sans crainte à propager l’enseignement bouddhique correct sans se laisser ébranler par les pires persécutions. Son état de vie est si élevé qu’il peut même considérer un exil mettant sa vie en péril comme une source de « grande joie » (voir Écrits, 291)20. Toutes les souffrances sont les souffrances de Nichiren Au terme de ce passage du Recueil des enseignements oraux portant sur les mots « Je suis le père de ce monde » (SdL-XVI, 223), Nichiren cite un extrait du Sûtra du Nirvana : « Les diverses souffrances que tous les êtres vivants endurent – toutes sont les souffrances de l’Ainsi-Venu. » (OTT, 138) Juste avant, il est dit dans ce même sûtra : « Quand je vois les êtres vivants souffrir, c’est comme si je souffrais moi-même. » Le Bouddha considère les souffrances de tous les êtres vivants comme les siennes. En s’inspirant de cela, Nichiren déclare dans les Enseignements oraux : « Les diverses souffrances que tous les êtres vivants endurent – toutes sont les souffrances de Nichiren. » (OTT, 138) En outre, dans sa lettre intitulée On Reprimanding Hachiman (Réprimandes à Hachiman, non traduit), après avoir cité le même passage du Sûtra du Nirvana que dans les Enseignements oraux, Nichiren écrit : « Les souffrances que tous les êtres humains endurent, toutes proviennent d’une seule cause – toutes sont les souffrances de Nichiren. » (WND-II, 934) Les souffrances endurées par chacun de nous sont diverses et « variées » mais toutes proviennent en définitive des désirs terrestres (ou des pulsions illusoires) et, plus spécifiquement, de l’ignorance fondamentale 21. Bien qu’elles semblent diverses et variées, elles proviennent donc en fait d’une seule source, ou cause. Comment trancher les racines de la souffrance ? Par la foi, par la croyance, comme le déclare Nichiren : « Ce mot “croyance” [ou “foi”] est un sabre acéré qui tranche l’obscurité ou l’ignorance fondamentale. » (OTT, 54) En brandissant le « sabre acéré » de la Loi merveilleuse, Nichiren tranche l’obscurité fondamentale dans la vie de tous les êtres vivants et barre la route qui mène à l’Enfer des souffrances incessantes (cf. Sur l’acquittement des dettes de reconnaissance, Écrits, 742)22. En agissant ainsi, il ouvre la voie au flot de kosen rufu en propageant avec bienveillance la Loi merveilleuse durant l’époque de la Fin de la Loi et pour l’avenir infini. Sur le lieu de sa mission, chacun de nous accomplit patiemment des efforts et persévère, avec sincérité et empathie, pour toucher le cœur de ceux qui l’entourent afin de soulager leurs peines et leurs souffrances. Nous avons établi un réseau d’amis de bien 23 qui unissent les gens. Ces efforts font vivre dans notre monde moderne l’infinie compassion du Bouddha, qui vise à soulager « les souffrances de tous les êtres vivants » au niveau le plus profond. Le temps est venu de montrer davantage encore, à l’échelle de la planète, la véritable valeur de notre noble mouvement mondial de bodhisattvas surgis de la Terre, qui se consacrent à ôter la souffrance et à insuffler la joie. Point dix-neuf, à propos des mots : « À tout moment je m’interroge [littéralement « Je me fais cette réflexion »] » (SdL-XVI, 223) « Il est dit dans le Recueil des enseignements oraux : “‘À tout moment’ désigne les trois existences (la vie dans le passé, le présent et le futur). ‘Je’ se réfère spécifiquement au bouddha Shakyamuni et, de manière plus générale, aux dix états. “Les mots ‘cette réflexion’ dans l’expression ‘Je me fais cette réflexion’ se réfèrent à la pensée unique éternellement inhérente, Nam-myoho-renge-kyo. Le mot ‘fais’ […] ne signifie pas ici ‘fabriqué’ ou ‘créé’ mais plutôt […] ‘non fabriqué’ ou ‘non créé’, c’est-à-dire qu’il désigne ce qui est éternel et inhérent. […] Actuellement la pensée exprimée par Nichiren et ses disciples lorsqu’ils récitent Nam-myoho-renge-kyo est une pensée de grande bienveillance et de compassion.” » (OTT, 139-140) « À tout moment je m’interroge » – cette formule exprime le cœur même du vœu du Bouddha En commentant la formule « À tout moment je m’interroge » [litt. « Je me fais cette réflexion »] (SdL-XVI, 223), Nichiren dit que « À tout moment » se réfère à l’éternité dans les trois existences (la vie dans le passé, le présent et le futur) alors que « je » se réfère à Shakyamuni lui-même. À la lumière du principe des dix états inhérents à tous les êtres vivants, cela se réfère aussi à nous-mêmes ainsi qu’aux souhaits et aux actions du Bouddha. Nichiren évoque également « le vœu plein de compassion du Bouddha contenu dans cette déclaration : “À tout moment je m’interroge : [Comment puis-je permettre aux êtres vivants d’accéder à la Voie inégalée et d’acquérir rapidement le corps d’un Bouddha ?]” » (Questions et réponses sur la foi dans le Sûtra du Lotus, Écrits, 63) La vie même du Bouddha qui a atteint l’illumination dans le très lointain passé tient dans sa lutte inlassable pour le bonheur de tous les êtres vivants. L’état de vie d’une personne et sa véritable dimension sont révélés par ce qu’elle chérit toujours dans son cœur et ce à quoi elle ne cesse de penser. À propos de la formule « À tout moment je m’interroge [littéralement « Je me fais cette réflexion »] (SdL-XVI, 223), Nichiren dit : « Les mots “cette réflexion”[…] se réfèrent à la pensée unique éternellement inhérente, Nam-myoho-renge-kyo. » (OTT, 139) Nam-myoho-renge-kyo est la pratique assidue qui élimine des millions de kalpa de peines et d’épreuves [dans notre pratique pour nous-mêmes et pour les autres]24. En toutes circonstances, nous continuons de prier matin et soir et nous agissons sur la base de notre vœu pour kosen rufu en considérant « la souffrance et la joie comme des réalités de la vie » (Le bonheur en ce monde, Écrits, 685). Cela contribue considérablement à polir notre vie au niveau le plus profond. Forger notre vie avec la Loi merveilleuse et l’en imprégner est la pratique bouddhique la plus bénéfique que nous puissions avoir et la source ultime d’un grand bienfait. Éloge de notre noble pratique de bodhisattva Jao Tsung-I (1917-2018) était l’un des plus éminents sinologues de Chine. Nous avons forgé ensemble de profonds liens d’amitié et même publié un dialogue. Le Pr Jao m’a offert une magnifique calligraphie, réalisée par ses soins, de ce passage du Sûtra du Lotus : « À tout moment je m’interroge : “Comment puis-je permettre aux êtres vivants d’accéder à la voie inégalée et d’acquérir rapidement le corps d’un bouddha ?” » Pourquoi a-t-il choisi ces mots ? Le Pr Jao m’a fait part de son admiration pour notre noble pratique de la voie du bodhisattva, pour notre unité fondée sur les liens de maître et disciple et pour notre engagement de pionniers, caractérisé par l’amour de l’humanité et l’esprit de servir les êtres humains. Il était aussi inspiré par les actions des pratiquants de notre mouvement visant à insuffler espoir et courage, et à aider chacun à parvenir à l’état de vie suprême. Tout cela, disait-il, lui semblait refléter parfaitement les vers qui concluent le chapitre « Durée de la vie ». Ce passage célèbre – comportant vingt caractères en chinois – possède un pouvoir gigantesque. J’ai fait part au Pr Jao de toute ma reconnaissance pour ses propos si généreux. Cet extrait du Sûtra du Lotus, lui ai-je dit, signifie penser constamment et avec persévérance au moyen de permettre aux êtres humains de développer pleinement leur potentiel pour mener la meilleure vie possible. Cela consiste à prier constamment pour le bonheur des autres et à prendre contact et dialoguer avec eux. Le bouddhisme enseigne que cette détermination inébranlable permet à l’état de bouddha d’émerger et de vibrer intensément en nous 25. À ce moment-là, je me suis souvenu des présidents Makiguchi et Toda. M. Makiguchi disait que l’objectif de la religion dans la société était d’« œuvrer au bonheur de l’humanité et de faire de ce monde un lieu meilleur » et M. Toda exprima à maintes reprises son désir passionné d’éradiquer les souffrances de la surface de la Terre. L’apparition de la Soka Gakkai est directement liée à cette pensée ou à ce vœu constant du Bouddha contenu dans les mots : « À tout moment, je m’interroge. » C’est un mouvement qui, en parfait accord avec l’intention du Bouddha, réalise l’œuvre bienveillante et sacrée de mener les êtres humains à l’illumination en s’appuyant sur le vœu commun du maître et du disciple. M. Toda considérait chaque pratiquant de la Soka Gakkai qui se consacre à propager le bouddhisme comme un bouddha. En tant que personnes ordinaires, les pratiquants de notre mouvement plongent toujours parmi les personnes ordinaires et cherchent à élever l’état de vie de l’humanité – c’est-à-dire à accomplir ce que nous appelons le kosen rufu mondial. Ce sont les nobles pratiquants de la voie du bodhisattva qui participent à un grand mouvement religieux. Aucun rassemblement n’est plus noble ni plus profond. Développer notre réseau populaire de bodhisattvas surgis de la Terre Nous prions chaque jour pour créer ce monde de bonheur illustré par ces mots [que nous récitons dans Gongyo] : « Cette Terre, qui est mienne, demeure paisible et sûre » et nous nous efforçons de bâtir ensemble un monde de paix « empli en permanence d’êtres humains et célestes… [et où] les êtres vivants se divertissent à leur guise » (SdL-XVI, 222). Redoublons d’efforts pour consolider et élargir notre noble réseau populaire de bodhisattvas surgis de la Terre. Avançons, pleins de courage et d’optimisme, engageons-nous joyeusement dans les lieux où nous avons choisi d’accomplir notre vœu pour kosen rufu.
Lire