Passages clés des Enseignements oraux [3] Le chapitre « Moyens opportuns » [partie 1 sur 2]
S’éveiller au fait que tous les êtres humains sont des bouddhas « Le soleil brille pour tous. » – j’ai cité en exemple ce proverbe argentin à des pratiquants d’Argentine lors de ma visite dans leur pays il y a trente ans, en 1993. À l’image de ces mots dans lesquels brille la sagesse du peuple, le bouddhisme du soleil de Nichiren est destiné à tous. C’est le grand enseignement de l’illumination universelle pour toute l’humanité. C’est le soleil de l’espoir illuminant tous les êtres humains, partout où ils se trouvent, et qui leur offre de façon impartiale sa chaleur et son rayonnement. C’est la lumière d’une religion pour le bonheur du peuple, qui fait se lever le soleil du courage et de la compassion dans le cœur de chacun et briller son potentiel illimité. Au début de l’année 1993, dans une période marquée par le triomphe éclatant de la Renaissance Soka 1, j’ai entrepris un voyage de deux mois dans six pays d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, créant ainsi de nombreux souvenirs dorés inoubliables. Lors de ce voyage pour la paix, je me suis rendu aux États-Unis et au Brésil et je suis aussi allé pour la première fois en Colombie, en Argentine, au Paraguay et au Chili. J’ai survolé les Andes pour me rendre au Chili qui est devenu le cinquantième pays que j’ai visité lors de mes voyages autour du monde. J’ai commencé ces voyages avec le vœu de réaliser le kosen rufu mondial, la paix mondiale, l’année où je suis devenu le troisième président de la Soka Gakkai [en 1960]. Le « secret » pour apporter le bonheur à toute l’humanité Lorsque je me suis adressé aux pratiquants du Chili, je leur ai transmis ces paroles de Nichiren : « Le seul vrai bonheur pour les êtres humains réside dans la récitation de Nam-myoho-renge-kyo. » (Le bonheur en ce monde, Écrits, 685) J’ai repris ces mots quelques jours plus tard lors de la réunion générale de la SGI-Brésil, pour réaffirmer devant les pratiquants que la Loi merveilleuse est le « secret » permettant d’apporter le bonheur à toute l’humanité. Le Sûtra du Lotus contient le vers : « Où les êtres vivants se réjouissent à leur guise » [shujo sho yuraku]2 [Note de l’éditeur : le mot composé chinois yuraku traduit ici par « se divertissent à leur guise » est le même que celui qui est traduit par « bonheur » dans les mots de Nichiren précédemment mentionnés.] Tous les êtres humains sans exception possèdent la sagesse et le pouvoir intérieurs qui permettent d’atteindre un état de bonheur absolu – ce que le bouddhisme appelle « atteindre la bouddhéité en cette vie » – et de mener une vie heureuse au cœur de ce monde réel, et aussi « de se divertir à leur guise » de la façon la plus merveilleuse et la plus significative possible. Tel est le « secret » ultime de la vie que le Sûtra du Lotus cherche à transmettre à tous les êtres humains. Mon maître, le deuxième président de la Soka Gakkai, Josei Toda, disait souvent que nous sommes nés en ce monde pour apprécier notre vie et devenir heureux. En termes bouddhiques, l’objectif fondamental de notre existence est d’atteindre l’état de vie le plus élevé qui soit, l’état de bouddha. En pratiquant régulièrement le bouddhisme de Nichiren, nous prenons conscience que nous sommes intrinsèquement bouddhas et pouvons établir un état de vie que rien ne peut ébranler ni détruire. Notre pratique bouddhique nous permet d’apprécier pleinement notre vie ici, dans ce monde saha 3 plein de conflits. Les moyens opportuns, une méthode habile pour rapprocher les êtres humains de la vérité À partir de cet épisode, nous allons étudier le chapitre « Moyens opportuns » du Sûtra du Lotus (2e)4 que nous récitons en partie dans notre Gongyo du matin et du soir. Le mot sanskrit original signifiant « moyens opportuns » (upaya kaushalya) [utilisé dans le Sûtra du Lotus] désigne une méthode habile pour rapprocher les gens de la vérité. On pourrait assimiler cela à une technique ou à une méthode pédagogique utilisée par le Bouddha pour guider les êtres vivants vers l’illumination. Dans cet épisode, nous allons nous concentrer sur la partie intitulée « Point un, à propos du chapitre “Moyens opportuns” », le premier des huit points importants concernant le chapitre « Moyens opportuns », développé dans Les Enseignements oraux. « Maintenant Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont ceux qui observent les “moyens opportuns secrets et merveilleux”, les enseignements contenus dans le corps de la vérité. C’est pourquoi, après le titre du sûtra, Myoho-renge-kyo, vient le chapitre intitulé “Moyens opportuns” ». (OTT, 21-22) Les trois types de moyens opportuns La partie du chapitre « Moyens opportuns » que nous récitons dans Gongyo commence par les mots : « Myoho-renge-kyo. Hoben-ponn. Daï ni. Niji sésonn. Jou sannmaï. Annjo ni ki. Go Chari-hotsou. » [« À ce moment, l’Honoré du monde, quittant sereinement sa samadhi (méditation) s’adressa en ces termes à Shariputra… » (SdL-II, 43)] Et il s’achève par la partie décrivant « les dix facteurs de la vie » (jpn ju-nyoze) que nous récitons trois fois. [« Cho-i choho. Nyo zé so. Nyo zé cho. Nyo zé taï. Nyo zé riki. Nyo zé sa. Nyo zé inn. Nyo zé èn. Nyo zé ka. Nyo zé ho. Nyo zé honnmak koukyo to. » « Cette réalité consiste en l’apparence, la nature, l’entité, le pouvoir, l’influence, la cause inhérente, la relation, l’effet latent, l’effet manifeste et leur cohérence du début jusqu’à la fin. » (SdL-II, 43)] Cette partie sur les dix facteurs élucide « la réalité ultime de tous les phénomènes 5 », ouvrant ainsi à tous la voie de l’atteinte de la bouddhéité. C’est la partie la plus importante de l’enseignement théorique (la première moitié) du Sûtra du Lotus. Nous la récitons en même temps que la partie versifiée du chapitre « Durée de la vie » (16e) [comprise dans l’enseignement essentiel, c’est-à-dire dans la deuxième moitié du Sûtra]. Elle est considérée comme la pratique complémentaire de la pratique essentielle consistant à réciter Nam-myoho-renge-kyo. Le terme « Moyens opportuns » (jpn hoben) apparaît deux fois dans la partie du chapitre « Moyens opportuns » que nous récitons dans Gongyo : « Je […] me suis servi d’innombrables moyens opportuns pour guider les êtres vivants. » [Mouchou hobèn. Inndo choujo.] (SdL-II, 43) et « L’Ainsi-Venu est en pleine possession des moyens opportuns aussi bien que de la paramita de la sagesse. » [Nyoraï hobèn. Tchi-kèn hara-mitsou. Kaï i gou-sokou.] (Voir SdL-II, 43). L’expression « moyens opportuns » apparaît aussi de nombreuses fois dans le reste du chapitre. Dans le bouddhisme, le terme « moyens opportuns » évoque généralement une méthode d’enseignement provisoire employée par le Bouddha pour aider les êtres humains à atteindre un niveau de compréhension limité. Les enseignements antérieurs ayant été exposés de cette façon, Shakyamuni annonce dans le Sûtra du Lotus : « Moi, à présent […] renonçant en toute probité à me servir des moyens opportuns, je vais prêcher seulement la voie inégalée. » (SdL-II, 62) Nichiren indique aussi que le Bouddha « dut employer des enseignements provisoires comme moyens opportuns » (Sur la pratique telle que le Bouddha l’enseigne, Écrits, 396). Pourquoi alors « ces moyens opportuns » apparaissent-ils dans ce chapitre clé du Sûtra du Lotus ainsi que dans son titre ? De plus, pourquoi est-il dit dans ce même chapitre que « L’Ainsi-Venu est en pleine possession des moyens opportuns aussi bien que de la paramita de la sagesse » (cf. SdL-II, 43) ? Dans son commentaire sur le chapitre « Moyens opportuns » du Commentaire textuel du Sûtra du Lotus, le Grand Maître Tiantai 6 examine d’abord la signification des « moyens opportuns ». Pour établir la distinction entre les moyens opportuns des sûtras provisoires et ceux du Sûtra du Lotus, il les présente comme étant de trois types différents : (1) adaptations des moyens opportuns de la Loi 7, (2) les moyens opportuns qui mènent à l’intérieur 8 et (3) les moyens opportuns secrets et merveilleux. Dans les écrits antérieurs au Sûtra du Lotus, le Bouddha emploie les deux premiers pour mener les êtres vivants vers l’illumination. Ils sont tous deux enseignés d’une façon qui s’accorde avec les capacités des gens. Les moyens opportuns du Sûtra du Lotus traduisent l’esprit du Bouddha Par contraste avec les deux premiers types de moyens opportuns, « les moyens opportuns secrets et merveilleux » désignent les paroles et méthodes habiles qui expriment la véritable intention du Bouddha. Pour les pratiquants des Deux Véhicules ─– les auditeurs et les éveillés-à-la-causalité [ces derniers apparaissant dans le Sûtra avec leur nom sanskrit, les pratyekabuddha] –, la sagesse du Bouddha est infiniment profonde et incommensurable ; il est difficile de l’appréhender et de la pénétrer, et elle reste au-delà de leur compréhension. Les moyens opportuns secrets et merveilleux – les moyens opportuns du Sûtra du Lotus –─ révèlent la profonde vérité de l’illumination du Bouddha du point de vue de son esprit ou de son intention. Quelle est la véritable intention du Bouddha exprimée dans le chapitre « Moyens opportuns » ? C’est d’éveiller tous les êtres humains ─– pratiquants des Deux Véhicules, bodhisattvas ou personnes dans n’importe quel autre état de vie –─ au fait qu’ils possèdent tous intrinsèquement et sans distinction la sagesse du Bouddha et sont des bodhisattvas recherchant véritablement la Voie du Bouddha. L’objectif et le vœu ultime du Bouddha sont d’enseigner « le Véhicule Unique du Bouddha 9 », la Loi qui permet à tous les êtres humains d’atteindre la bouddhéité. En d’autres termes, les êtres humains dans les neuf états de vie possèdent tous intrinsèquement l’état de bouddha ou bouddhéité. Le mot « secret » dans l’expression « les moyens opportuns secrets et merveilleux » exprime le fait que seul le Bouddha connaît la vérité selon laquelle tous les êtres humains sont intrinsèquement des bouddhas – une vérité qui reste cachée et invisible pour les personnes ordinaires dans l’obscurité. Mais une fois qu’elles ont la foi et gardent les enseignements du Sûtra du Lotus, les personnes ordinaires peuvent révéler leur bouddhéité inhérente. C’est cela qui est en fait « merveilleux » ou « mystique » (jpn myo). Dans les Enseignements oraux, Nichiren déclare : « Maintenant Nichiren et ses disciples, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo, sont ceux qui observent les ″“moyens opportuns secrets et merveilleux”, les enseignements contenus dans le corps de la vérité. » (OTT, 21-22) « Dans le corps de la vérité » signifie inclus dans l’illumination du Bouddha ─– dans la vérité à laquelle le Bouddha s’est éveillé. Dans ce passage, Nichiren déclare clairement que, en récitant Nam-myoho-renge-kyo, lui et ses disciples incarnent et mettent en pratique « les moyens opportuns secrets et merveilleux ». Leurs vies et leurs actions font un avec la Loi merveilleuse. La grandeur du bouddhisme de Nichiren tient au fait qu’il enseigne le moyen permettant aux êtres humains de révéler ici et maintenant la bouddhéité inhérente à leur vie, sur la base du principe de l’illumination universelle élucidée dans le Sûtra du Lotus. Du point de vue de notre pratique, cela signifie que, en croyant dans le Gohonzon et en récitant Nam-myoho-renge-kyo pour notre bonheur et pour celui des autres, nous, personnes ordinaires, pouvons à coup sûr puiser la sagesse et la force vitale de l’état de bouddha. Tels sont « les moyens opportuns secrets et merveilleux » dans le bouddhisme de Nichiren. Nichiren déclare ici : « C’est pourquoi, après le titre du sûtra, Myoho-renge-kyo, vient le chapitre intitulé ″ Moyens opportuns. » (OTT, 22) En d’autres termes, le titre du chapitre lui-même─ – Myoho-renge-kyo hoben-pon [littéralement le chapitre « Moyens opportuns » du Sûtra du Lotus] –─ correspond aux « moyens opportuns secrets et merveilleux ». La partie de ce chapitre que nous récitons dans Gongyo contient le principe profond selon lequel nous possédons tous le potentiel de la bouddhéité. Cependant, quand nous examinons notre vie, nous nous posons probablement des questions et nous entretenons des doutes. Nous nous demandons comment, avec toutes nos difficultés et souffrances, nous pourrions être des bouddhas. M. Toda expliqua cela d’une façon facile à saisir. Il souligna que, bien que nous soyons tous des personnes ordinaires, nous sommes en fait des bouddhas. L’illumination n’est rien d’autre que savoir que nous sommes nous-mêmes intrinsèquement des bouddhas, bien que ce soit « secret » et que cette merveille soit cachée à nos yeux. Telle est la signification de « secrets et merveilleux ». Nous prenons délibérément l’apparence de personnes ordinaires et, tout en livrant toutes sortes de combats personnels, nous nous efforçons d’éveiller les autres à leur bouddhéité inhérente. Tel est, dit-il, le principe des « moyens opportuns secrets et merveilleux ». Il déclara aussi que nous sommes originellement et intrinsèquement des bodhisattvas surgis de la Terre et quand nous comprenons cette vérité au plus profond de notre être, nous avons véritablement compris le chapitre « Moyens opportuns ». Cet encouragement touche à l’essence même de la foi. Chaque jour, en tant que personnes ordinaires qui luttons face à toutes sortes de difficultés, nous récitons Nam-myoho-renge-kyo et nous engageons énergiquement dans nos activités pour kosen rufu avec nos compagnons de pratique. Tels sont les nobles efforts que nous déployons pour accomplir notre vœu : faire jaillir notre état de bouddha et aider les autres à faire de même en tant que bodhisattvas surgis de la Terre. « En analysant la déclaration dans le volume 3 de ses Annotations sur le Commentaire textuel 10 selon laquelle “cela est identique à la vérité gardée secrète”, Miaole 11 dit : “Le parfait [enseignement] est considéré comme identique [à la vérité].” Et si “identique” se rapporte au parfait [enseignement], alors ce doit être un autre nom pour désigner le Sûtra du Lotus. “Identique” signifie que les personnes ordinaires sont identiques au niveau suprême de l’être, c’est-à-dire au bouddha de la réalité ultime de tous les phénomènes. “Parfait” se réfère au principe des trois mille mondes en un instant de vie 12. Bien qu’ “identique” et “parfait” soient des mots différents, ils sont l’un et l’autre une façon de dire « merveilleux » [myo]. Le fait que tous les êtres vivants sont en fait le bouddha de la réalité ultime de tous les phénomènes est une chose merveilleuse, insondable ! Mais les personnes qui calomnient la Loi n’en sont actuellement pas conscientes. C’est pourquoi l’on dit que c’est secret. » (OTT, 22) Révéler le principe selon lequel « les personnes ordinaires sont identiques au plus haut niveau de l’être » Dans le passage suivant, fondé sur l’observation du Grand Maître Miaole selon lequel « le parfait [enseignement] est identique [à la vérité] », Nichiren déclare d’abord que « si identique se rapporte au parfait [enseignement], alors ce doit être un autre nom pour désigner le Sûtra du Lotus » (OTT, 22). L’enseignement parfait ─– c’est-à-dire la vérité parfaite ─– est que les êtres vivants dans les neuf états sont des bouddhas tels qu’ils sont. Il n’est exposé que dans le Sûtra du Lotus. Cet enseignement de « l’atteinte de la bouddhéité sous notre forme actuelle » révèle le potentiel du Bouddha inhérent aux personnes ordinaires et s’exprime aussi à travers l’expression « les personnes ordinaires sont identiques au niveau le plus élevé de l’être » (OTT, 22). Nichiren déclare qu’en adoptant l’enseignement parfait du Sûtra du Lotus, qui affirme « la possession mutuelle des dix états 13 », tous les êtres humains peuvent révéler l’état de vie suprême, ou état de bouddha. Et c’est ce que signifie « le bouddha de la réalité ultime de tous les phénomènes » (OTT, 22). Ce Bouddha n’a rien à voir avec les bouddhas resplendissants 14 dotés d’attributs surnaturels représentés dans d’autres écrits. C’est plutôt « le Bouddha qui s’est dépouillé de sa vénérable apparence » (OTT, 141) pour manifester simplement la noblesse suprême du Bouddha en tant qu’être humain ordinaire. « Parfait se réfère au principe des trois mille mondes en un instant de vie », dit Nichiren (OTT, 22). En d’autres termes, l’enseignement parfait qui permet à tous les êtres humains d’atteindre l’illumination est le principe des « trois mille mondes en un instant de vie ». Et le fait que des êtres humains égarés puissent devenir « le Bouddha de la réalité ultime de tous les phénomènes » est « merveilleux » (myo), c’est-à-dire que c’est difficile à sonder et que ça n’est enseigné dans aucun autre sûtra que le Sûtra du Lotus. Le bouddhisme de Nichiren enseigne que « les personnes ordinaires sont identiques au plus haut niveau de l’être ». Il présente les personnes ordinaires pratiquant la Loi merveilleuse comme les protagonistes de kosen rufu à l’époque de la Fin de la Loi. Être une personne ordinaire qui mène une existence de bodhisattva surgi de la Terre – voilà ce que signifie incarner et pratiquer « les moyens opportuns secrets et merveilleux ». En revanche, ceux qui calomnient la Loi merveilleuse continuent d’ignorer la réalité de la bouddhéité inhérente à leur vie. Le contraste entre les personnes ordinaires éveillées à cette vérité et « les personnes qui calomnient la Loi » (OTT, 22) est le même qu’entre le bodhisattva Jamais-Méprisant 15 et les quatre sortes de croyants arrogants qui l’attaquèrent – les moines, nonnes, hommes et femmes laïcs arrogants. Cette philosophie des personnes ordinaires considérées comme des protagonistes est une formidable déclaration révolutionnaire non seulement dans l’histoire du bouddhisme et dans l’histoire des religions mondiales et de la philosophie. « Je suis un simple mortel et je suis fier de l’être ! » M. Toda a toujours été fermement convaincu que les personnes ordinaires, qui possèdent le potentiel de la bouddhéité telles qu’elles sont, sont dignes du plus grand respect. Quand un journaliste lui demanda d’un ton provocateur s’il se considérait comme un dieu ou comme un bouddha, M. Toda répondit aussitôt : « Je suis un simple mortel et je suis fier de l’être ! » Dans son roman La Révolution humaine, écrit sous le pseudonyme Myo Goku, mon maître raconte comment le personnage principal, Kutsuo Gan, et les autres résidents pauvres d’un même lotissement rencontrèrent le bouddhisme de Nichiren. Il décrit comment ils transformèrent magnifiquement leur situation familiale, parvinrent au succès sur le plan économique et régénérèrent leur vie en s’éveillant à leur profonde mission et en se consacrant à kosen rufu avec joie et énergie. Nous, qui croyons dans la Loi merveilleuse, faisons briller notre vie de tout son éclat à chaque instant. Nous nous lançons inlassablement le défi de notre révolution humaine et nous menons notre vie avec une persévérance et un esprit de résilience indéfectibles. En triomphant de l’adversité et en changeant le karma en mission, nous montrons la preuve factuelle en créant des valeurs en accord avec les qualités uniques qui sont les nôtres, conformément au principe du « cerisier, du prunier, du pêcher et de l’abricotier 16 » (voir OTT, 200). Tels que nous sommes, en tant que personnes ordinaires, nous suivons fermement la voie de l’atteinte de la bouddhéité en cette vie, suivant ainsi le même mode de vie bienveillant que le Bouddha. C’est en soi la preuve que nous incarnons et pratiquons les « moyens opportuns secrets et merveilleux » et que chacun de nous est « le Bouddha de la réalité ultime de tous les phénomènes ». « Il est dit dansLes Enseignements oraux : Les trois mille mondes du domaine du Dharma peuvent être qualifiés de secrets et merveilleux. “Secret” signifie strictement [ou sans aucune exception]. Les trois mille mondes [sans aucune exception] existent [dans notre vie]. Rien n’est plus insondable ! « Même des personnes qui sont qualifiées de grands calomniateurs de la Loi en viendront avec le temps à accepter et à garder Myoho-renge-kyo ─– tel est le propos du chapitre “Moyens opportuns” du Sûtra du Lotus. « Maintenant que nous sommes entrés dans l’époque de la Fin de la Loi, Nichiren et ses disciples accomplissent cette tâche comme il convient. Prendre les personnes et les enseignements des sûtras enseignés avant le Sûtra du Lotus et les faire entrer dans le corpus des enseignements du Sûtra du Lotus ─– tel est le propos du chapitre “Moyens opportuns” du Sûtra du Lotus. C’est aussi ce que l’on appelle l’atteinte de la bouddhéité sous notre forme actuelle, ou “leur cohérence du début jusqu’à la fin” (SdL-II, p. 43), la cohérence des dix facteurs. » (OTT, 22) La loi stricte de cause et d’effet Ensuite, Nichiren se réfère à la loi stricte de cause et d’effet. « Les trois mille mondes du domaine du Dharma [le monde des phénomènes] peuvent être qualifiés de secrets et de merveilleux », ce qui signifie que la Loi merveilleuse est dissimulée dans l’état de vie de tous les êtres vivants et dans tous les phénomènes de l’univers. Par ailleurs, les états de vie et les phénomènes se manifestent sous diverses formes qui expriment les trois mille mondes en accord avec la loi de cause et d’effet. Il n’y a pas de place pour la moindre tromperie ou le moindre mensonge. La réalité ultime des « dix états et des trois mille mondes » est révélée avec une exactitude infaillible, comme si elle se reflétait dans un clair miroir. Nichiren dit : « Secret signifie strictement [ou sans aucune exception]. Les trois mille mondes, sans aucune exception, existent [dans notre vie] (OTT, 22). Beaucoup de pratiquants ont gravé ces mots dans leur cœur comme une affirmation que nul ne peut échapper aux conséquences de la loi stricte de cause et d’effet. Cette Loi s’exerce sans aucune compromission. Le bouddhisme est donc victoire ou défaite. Le bien et le mal sont clairement révélés pour ce qu’ils sont. Ou plutôt nous devons activement veiller par notre pratique bouddhique à ce qu’il en soit ainsi. Les dix états et les trois mille mondes apparaissent tels qu’ils sont. « Rien n’est plus insondable ! » (OTT, 22), dit Nichiren. Tout devient ainsi l’histoire indélébile de notre vie. Les disciples de Nichiren lisent le chapitre « Moyens opportuns » avec leur vie Nous avons la bonne fortune de croire dans Myoho-renge-kyo, la Loi merveilleuse. C’est possible parce que nous avons en nous-mêmes « la possession mutuelle des dix états », nous dit Nichiren. Il déclare que même ceux qui s’opposent actuellement à la Loi finiront par « accepter et garder Myoho-renge-kyo » – tel est le propos du chapitre “Moyens opportuns” du Sûtra du Lotus. » (OTT, 22). Nichiren affirme que, à l’époque de la Fin de la Loi, ses disciples et lui-même sont les seuls qui acceptent et gardent la Loi merveilleuse. Examinons maintenant les mots : « Prendre les personnes et les enseignements des sûtras enseignés avant le Sûtra du Lotus et les faire entrer dans le corpus des enseignements du Sûtra du Lotus. » (OTT, 22). Nous pouvons les interpréter de deux façons différentes. Premièrement, du point de vue du bouddhisme de Nichiren en tant qu’enseignement qui prône le respect absolu de la vie − c’est-à-dire un enseignement qui nous permet de faire un usage positif de tout ce qui se produit dans notre vie – cela signifie englober et utiliser avec sagesse même les enseignements antérieurs au Sûtra du Lotus ainsi que les autres philosophies et systèmes de pensée. Deuxièmement, cela signifie ne jamais cesser de proclamer la grandeur de la Loi merveilleuse dans les combats que nous menons dans notre vie réelle, montrer la preuve factuelle en mettant la foi en pratique dans notre vie quotidienne et le bouddhisme en action dans la société, avec la conviction que « tous les phénomènes sont des manifestations de la Loi merveilleuse » (WND-II, 841). Ceux qui ne renoncent jamais finissent par triompher Pour célébrer le Nouvel An, il y a de cela soixante-dix ans [en 1953], j’ai composé les poèmes suivants : Voici le Jour de l’An ! Je prie pour que les fleurs s’épanouissent dans le cours de nos vaillants efforts. En cette première aube de l’année, le soleil du Nouvel An se lève aussi dans mon cœur. En ce mois de janvier, alors que j’avais 25 ans, M. Toda me nomma responsable de la région I du département des jeunes hommes. Je me suis engagé à l’avant-garde dans toutes les luttes que nous avons menées. Ensemble avec des amis pratiquants qui partageaient mon esprit, j’ai fait résonner les cloches de l’aube dans l’ère de la jeunesse et du triomphe. À cette époque, la Soka Gakkai faisait fréquemment l’objet de critiques et d’attaques dues à des incompréhensions et à la malveillance, et nous avions très peu d’alliés. Dans cette période de lutte intense, j’ai écrit dans mon journal : « La victoire ultime appartient à ceux qui luttent jusqu’au bout. » Si les jeunes, avec toute leur force et leur passion, se dressent dans l’action et s’unissent, la voie de la victoire s’ouvrira immanquablement et le chant du triomphe de l’esprit s’étendra largement. Telle est mon expérience personnelle et c’est le message essentiel que je souhaite transmettre à nos successeurs. Aussi sombre que soit l’époque, le soleil se lèvera toujours Aujourd’hui, mes chers jeunes amis bodhisattvas surgis de la Terre du Japon et du monde entier connaissent un remarquable essor et leur nombre ne cesse d’augmenter. Nous pratiquons le bouddhisme du soleil. Aussi sombre et périlleuse que soit l’époque, le soleil se lèvera toujours, diffusant librement et généreusement sa lumière et sa chaleur. De la même façon, en récitant Nam-myoho-renge-kyo, faisons briller dans notre cœur le soleil matinal du bonheur et de la victoire, qui éclaire tout ce qui nous entoure. Nichiren écrit : « Quand le ciel est clair, la terre est visible. De même, celui qui connaît le Sûtra du Lotus comprend le sens de toutes les affaires de ce monde. » (L’objet de vénération pour observer l’esprit, Écrits, 381) Avec cette conviction, pleins de sagesse et de joie, cette année encore développons notre grand mouvement de courage et d’espoir qui lutte pour le bien suprême afin d’illuminer le monde !
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