Mai 2023

Étude bouddhique

Thème

 

Vers un siècle de la santé (extrait)

Chapitre 2 – Changer le poison en remède La signification profonde de la maladie selon Nichiren « Il est dit aussi [dans La Grande Concentration et Pénétration] : “Il existe six causes de maladie : la disharmonie entre les quatre éléments ; la consommation inappropriée de nourriture ou de boisson ; la pratique de la méditation assise inappropriée ; l’attaque des esprits maléfiques ; l’œuvre des démons ; et les effets du karma.” » (Sur la guérison des maladies karmiques, Écrits, 635 1) Le premier extrait étudié ici est tiré de la lettre de Nichiren intitulée Sur la guérison des maladies karmiques (Écrits, 635-639). Le président Makiguchi avait souligné plusieurs passages de cet écrit, et il avait également ajouté des notes dans la marge de son exemplaire des Écrits de Nichiren. En réponse à Ota Jomyo 2, qui l’avait informé de sa maladie, Nichiren dit d’abord : « En un sens, cela me fait de la peine de vous savoir souffrant, mais, d’un autre côté, je m’en réjouis aussi. » (Écrits, 635) On imagine que ces mots ont dû dissiper les nuages qui assombrissaient le cœur d’Ota Jomyo et faire lever le soleil du courage et de l’espoir, en l’encourageant à lutter contre sa maladie. Ces mots simples et pourtant si profonds résument en fait le point de vue du bouddhisme de Nichiren sur la maladie. En apprenant la maladie de son précieux disciple, Nichiren lui fait part de sa profonde sympathie et de son inquiétude en écrivant : « Cela me fait de la peine de vous savoir souffrant. » Mais en ajoutant « je m’en réjouis aussi », il attribue un sens plus profond à la maladie. Il considère qu’elle représente une opportunité pour Ota Jomyo de transformer son karma. La maladie nous offre l’opportunité de relever un nouveau défi, qui nous amène à renforcer notre foi, à approfondir notre pratique bouddhique et à polir notre vie. Quand nous fondons nos efforts pour surmonter la maladie sur la récitation de Nam-myoho-renge-kyo, nous établissons fermement l’état de bouddha indestructible et éternel dans notre vie et changeons à coup sûr le poison en remède. C’est en cela que nous pouvons nous « réjouir ». Une compréhension correcte de la maladie Nichiren cite ici un court extrait de La Grande Concentration et Pénétration de Tiantai 3 où sont énoncées six causes de maladie. Cette classification peut nous permettre, à notre époque aussi, de réévaluer notre mode de vie. La première cause est la « disharmonie entre les quatre éléments » – terre, eau, feu et vent. On considérait autrefois que l’univers et tout ce qui le compose, notamment les êtres humains, étaient formés de ces quatre éléments. Leur disharmonie fait référence notamment aux conditions météorologiques anormales ou aux perturbations dans l’environnement, qui peuvent affecter négativement notre santé et provoquer diverses maladies. La deuxième cause est la « consommation inappropriée de nourriture ou de boisson ». Cela correspond à une alimentation pauvre ou, au contraire, excessive, qui conduit à la maladie. La troisième cause, la « pratique de la méditation assise inappropriée », implique un mode de vie déséquilibré. La quatrième cause est l’« attaque des esprits maléfiques ». On entend par « esprits maléfiques » tout ce qui agresse notre corps et le rend malade. En termes modernes, cela inclut les bactéries ou les virus. La cinquième cause, l’« œuvre des démons », fait référence aux différentes pulsions intérieures et désirs insatiables qui perturbent le fonctionnement normal de notre corps et de notre esprit. Ils provoquent aussi des souffrances qui entravent notre pratique bouddhique. La sixième cause, les « effets du karma », fait référence aux maladies causées par notre karma, c’est-à-dire par des actions que nous avons accumulées dans des existences passées. Il s’agit de maladies qui découlent de conceptions erronées ou de tendances profondément enracinées dans notre vie. Ces six causes de maladie sont la quintessence de la sagesse acquise au fil des siècles par les êtres humains dans leur lutte contre la maladie. Il est remarquable qu’elles correspondent également aux fruits de la recherche des sciences modernes. Tout en respectant la médecine, le bouddhisme s’attache à développer une compréhension juste de la maladie afin de permettre aux êtres humains de l’affronter aussi bien que possible, et ainsi de mener une vie meilleure. De ce fait, les quatre premières causes de maladies décrites plus haut peuvent tout d’abord nous aider à éviter les maladies. J’aimerais rappeler ici les quatre orientations pour la santé que j’ai offertes par le passé : • Avoir un Gongyo vigoureux. • Mener une vie harmonieuse et riche de sens. • Contribuer au bien-être des autres. • Se nourrir sainement. À notre époque, mieux dormir et réduire au minimum les causes de stress sont également des aspects importants à prendre en considération. Par ailleurs, il est essentiel de nous appuyer sans cesse sur notre foi et notre pratique bouddhiques pour identifier et vaincre l’« œuvre des démons », ou les manifestations des fonctions destructrices – la cinquième cause de maladie –, afin de vivre avec sagesse selon le principe de « la foi équivaut à la vie quotidienne ». Alléger les rétributions karmiques et transformer le karma Nichiren poursuit : « Les maladies liées à la sixième [cause], qui résultent du karma, sont les plus difficiles à guérir. […] De telles maladies ne peuvent être guéries que par le bon médicament du Sûtra du Lotus du bouddha Shakyamuni […]. » (Écrits, 636) Autrement dit, quand la maladie est provoquée par le karma, seul le bon remède de la Loi merveilleuse peut la guérir. Une maladie provoquée par le karma est une maladie qui résulte de causes passées dont les effets se manifestent dans la vie présente. Au sujet des maladies ayant pour origine le karma, Nichiren cite un passage de La Grande Concentration et Pénétration du Grand Maître Tiantai : « Même si l’on a commis des fautes graves […], la rétribution peut être allégée en cette vie. Et, quand la maladie survient, c’est que le mauvais karma est sur le point d’être dissipé. » (Écrits, 636) Dans ces écrits, Nichiren enseigne que la maladie apparaît afin que nous puissions éradiquer nos offenses et manifester en nous l’état de bouddha, caractérisé par les quatre nobles vertus – éternité, bonheur, véritable soi et pureté 4, dont il est intrinsèquement doté. C’est ce que l’on désigne par le principe de l’« allègement des rétributions karmiques5 ». Peu après la persécution de Tatsunokuchi (1271)6, soit quelques années avant cette lettre, Nichiren avait déjà écrit à Ota Jomyo pour lui expliquer le grand pouvoir de la Loi merveilleuse : « Si notre lourd karma du passé n’est pas expié en cette vie, il faudra endurer les souffrances de l’enfer dans l’avenir, mais, si l’on subit des difficultés extrêmes en cette vie [à cause du Sûtra du Lotus], les souffrances de l’enfer s’évanouiront instantanément. Et, en mourant, on obtiendra les bienfaits des mondes humain et céleste ainsi que ceux des trois véhicules [les états d’étude, d’éveil-à-la-causalité et de bodhisattva] et du Véhicule Unique [l’état de bouddha]. » (L’allègement de la rétribution karmique, Écrits, 200) Pour ceux qui pratiquent le bouddhisme de Nichiren, même la maladie causée par le karma revêt un sens profond. Nichiren explique ici que ceux qui luttent contre une telle maladie peuvent la surmonter en s’appuyant sur la récitation de Nam-myoho-renge-kyo. En réalité, être confronté à un tel défi nous offre l’occasion d’accumuler des bienfaits vastes et illimités, qui découlent de la Loi merveilleuse. Il illustre ses propos en citant ensuite les mots du grand maître Jingxi, ou Miaole 7 : « C’est comme une personne qui tombe à terre mais qui se relève, en prenant appui sur le sol8. » (Sur la guérison des maladies karmiques, Écrits, 637) En effet, même une personne qui tombe malade pour avoir calomnié le Sûtra du Lotus peut immanquablement surmonter sa maladie en adoptant le Sûtra du Lotus. Voilà pourquoi la clé se trouve en définitive dans la foi en la Loi merveilleuse. Nichiren affirme à son disciple qu’il pourra prolonger sa vie s’il maintient une foi forte (cf. Écrits, 639). Même si nous tombons malades, ne soyons pas vaincus. Certaines personnes qui luttent contre des maladies pourtant difficiles à guérir s’efforcent de profiter du temps dont elles disposent pour réciter Daimoku, insuffler du courage aux autres et mener leur vie avec un sens noble de leur mission. Cet état d’esprit leur permet de donner un autre sens à leur maladie. En nous fondant sur une telle foi, nous pouvons changer le poison en remède et faire apparaître la sagesse pour mener une vie en bonne santé. Même lorsque de sombres nuages obscurcissent notre vie, en récitant Nam-myoho-renge-kyo avec la même puissance qu’un avion qui décolle, nous pouvons transpercer ces nuages et découvrir derrière eux un immense ciel bleu, où brille le soleil de notre état de bouddha. C’est comme si, après avoir erré dans l’obscurité totale, nous ressortions en plein jour dans un lieu où les fleurs sont parées de mille couleurs, les oiseaux chantent et le paysage s’étend au loin. Les principes de l’« allègement des rétributions karmiques » et de la « transformation du karma » sont profondément liés à celui de « changer le poison en remède ». Les souffrances rencontrées dans notre vie prennent une signification entièrement différente à la lumière de cet état de vie suprême qu’est l’état de bouddha. Voilà pourquoi Nichiren a écrit à Ota Jomyo : « En un sens, cela me fait de la peine de vous savoir souffrant, mais, d’un autre côté, je m’en réjouis aussi. » (Écrits, 635.) Grâce à la foi, nous pouvons radicalement changer le poison en remède. Au lieu d’être quelqu’un qui pense « Que m’arrive-t-il ? » et qui se plaint de son karma, nous devenons quelqu’un qui reconnaît sa chance et perçoit la maladie comme une opportunité de faire briller sa vie et de réaliser pleinement sa mission.

Réflexions sur la NRH

L’humanité ne doit céder à aucune forme de violence

« Sans audace, sans une audace extrême, la beauté ne peut exister », écrivit le célèbre peintre français Eugène Delacroix, en 1850. Comme c’est vrai ! Et cela ne concerne pas seulement la beauté – le courage, le courage extrême, est également une force qui fait briller notre vie avec le même éclat magnifique qu’un tableau de maître. En cette même année 1850, le peintre russe Ivan Aïvazovski, que Delacroix admirait en tant que grand maître de la peinture de marine, rendit un merveilleux hommage au courage qu’il faut déployer face à une puissante tempête, en réalisant une œuvre très émouvante intitulée La Neuvième Vague. Actuellement exposée au musée d’art Fuji de Tokyo, cette œuvre est particulièrement appréciée du public. J’ai eu l’occasion de la voir récemment et j’en ai été bouleversé. J’ai d’ailleurs décrit l’émotion qu’elle suscita en moi dans un poème que j’ai offert aux pratiquants du mouvement Soka. L’exposition qui accueille actuellement ce tableau d’Aïvazovski célèbre dignement le 20e anniversaire de la fondation du musée d’art Fuji de Tokyo. J’aimerais exprimer ma reconnaissance et mes remerciements sincères au musée d’État russe qui nous a prêté ces merveilleux trésors, ainsi qu’à celles et à ceux qui ont travaillé avec tant d’ardeur à rendre cette exposition possible. Par ailleurs, on m’a rapporté que lorsque le tableau La Neuvième Vague avait été prêté pour la première fois au Japon il y a vingt-six ans, c’était pour être exposé dans le premier musée d’art Fuji que j’ai fondé, à Shizuoka, qui fête cette année son 30e anniversaire. Pour avoir vécu la Seconde Guerre mondiale, dès ma première rencontre avec M. Toda à l’âge de 19 ans, j’étais convaincu que le Japon devait devenir une nation tournée vers la culture. J’étais persuadé que seule la culture pouvait aider le pays à se remettre de la tragédie de la guerre. Le poète allemand Friedrich Hölderlin, que j’ai lu avec un vif intérêt dans ma jeunesse, écrivit : « L’art rapproche les peuples, et les unit. » L’art possède le pouvoir de favoriser la compréhension et l’amitié, ce qui en fait une force essentielle pour la paix. Les musées d’art Fuji, dont le nom s’inspire du mont Fuji, le sommet le plus connu du Japon, ont engagé à ce jour des échanges culturels avec trente pays et territoires. Nos musées ont organisé une soixantaine d’expositions fondées sur la promotion des échanges culturels, permettant ainsi de montrer au public japonais les plus beaux trésors du monde. En outre, des expositions des collections d’art japonais et occidental des musées Fuji ont été organisées dans vingt-huit villes de vingt et un pays et territoires différents, notamment la France, l’Autriche, le Brésil, la Chine et la Corée du Sud. Ce partage enthousiaste de la beauté témoigne de notre dévouement à la paix et à l’établissement d’une culture pacifique – la paix et les échanges culturels étant fondamentalement indissociables. Quand les conflits et la violence s’étendent, la culture décline et le courant de l’Histoire s’enlise dans l’obscurité et la destruction. Je crois fermement – et j’ai agi sur la base de cette conviction – que les échanges culturels représentent une « arme » spirituelle grâce à laquelle nous pouvons briser ce cycle de brutalité et de négativité. L’humanité ne doit céder à aucune forme de violence. Le 11 septembre 2001, comme nous le savons tous, les États-Unis furent la cible d’une attaque terroriste qui ébranla le monde entier. C’était un acte d’une barbarie inimaginable. À cette époque, le musée Fuji de Tokyo apportait les dernières touches à une exposition intitulée « Muses, madones et demoiselles – 500 ans de représentation de la femme en Orient et en Occident », dont l’inauguration était programmée le mois suivant. Ce devait être une exposition sans précédent, célébrant la nouvelle ère des femmes, où devaient figurer des œuvres comme Portrait d’une jeune inconnue (parfois surnommée La Mona Lisa russe, prêtée par la galerie d’État Tretiakov) et près de 250 tableaux majeurs de grands musées comme le Louvre et la galerie des Offices de Florence. Cependant, à la suite de l’attaque terroriste, les institutions de nombreux pays avec lesquelles le musée Fuji avait conclu des échanges se déclarèrent inquiètes à l’idée d’envoyer des œuvres d’art au Japon, compte tenu du contexte. Or, il ne restait plus qu’un mois avant l’inauguration. De plus, la plupart des gens étaient envahis par un sentiment de désespoir en pensant que la violence terroriste pouvait triompher de l’art et de la culture. L’état du monde en cette période illustrait l’essence même de la lutte éternelle qui oppose la civilisation à la barbarie. Le terrorisme et la guerre sont utilisés pour contrôler les êtres humains de l’extérieur, par la force militaire ou toute autre forme de violence. À l’inverse, l’art et la culture sont l’expression de ­l’humanisme, qui libère les êtres humains de l’intérieur. C’est la foi, la passion et le courage de celles et ceux qui aimaient l’art et se consacraient corps et âme à la mission de préserver, promouvoir et reconnaître la culture, qui permirent de surmonter victorieusement cette crise. Le personnel du musée Fuji de Tokyo lança un appel à ses interlocuteurs : « C’est précisément parce que la force destructrice du terrorisme cherche en ce moment de ­l’Histoire à semer la division parmi les peuples qu’il est vital de persévérer résolument dans nos efforts pour unir les cœurs humains, au-delà des frontières nationales et des héritages culturels ! » Il était d’autant plus important d’agir en ce sens qu’il s’agissait d’une exposition dont le thème était la beauté des femmes, les émissaires sacrées de la paix et de la culture. Les musées du monde entier répondirent à ce cri sincère en manifestant leur solidarité. Peter Parenzan, directeur de la Galerie des meubles de l’empire autrichien, qui avait prêté de magnifiques tableaux comme la Jeanne d’Arc en armure (auteur inconnu), déclara avec conviction qu’il ne fallait pas perdre l’espoir face au défi représenté par la violence terroriste et que la poursuite des échanges culturels était en effet la seule option durable. Un à un, les musées de chaque pays parvinrent à la même conclusion : l’exposition devait avoir lieu comme prévu. C’était une déclaration de victoire, une proclamation que la culture est plus puissante que la barbarie. La première exposition organisée par le musée Fuji de Tokyo, en 1983, était consacrée aux chefs-d’œuvre français. Elle comprenait de nombreuses œuvres importantes comme La Grèce sur les ruines de Missolonghi de Delacroix (musée des Beaux-Arts de Bordeaux). Cette exposition n’aurait jamais vu le jour sans le soutien de mon cher et honorable ami, aujourd’hui décédé, l’historien d’art français René Huyghe. M. Huyghe était un grand défenseur de l’art et de la culture, qui sauva les plus grands trésors du Louvre des mains des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Je n’oublierai jamais son esprit indomptable. En février 1993, je me suis rendu pour la première fois en Colombie pour assister notamment à l’inauguration de l’exposition « Trésors de l’art japonais », organisée par le musée Fuji de Tokyo. Juste avant mon départ pour la Colombie, alors que j’étais à Miami, en Floride, j’ai reçu un message urgent du cabinet du président colombien me demandant si je comptais toujours venir, malgré la toute récente attaque lancée dans son pays par un cartel de la drogue, qui avait fait de nombreuses victimes. À la suite à cet événement, une conférence internationale prévue en Colombie avait été annulée et de nombreux journalistes étrangers quittaient le pays. Mon entourage me conseilla également d’annuler ma visite, mais j’avais une dette de reconnaissance dont je voulais absolument m’acquitter envers tous les Colombiens qui avaient œuvré au succès de l’exposition « L’or colombien – Trésors légendaires de l’El Dorado », qui s’était tenue trois ans plus tôt au musée Fuji de Tokyo. Ils avaient très généreusement prêté au musée certains de leurs plus précieux trésors nationaux, notamment des artefacts en or et certaines des plus belles émeraudes du monde. Nous avions alors, à notre tour, organisé l’exposition « Trésors de l’art japonais » en signe d’amitié. Je rassurai le secrétariat du président en confirmant ma venue dans le pays, en signe de solidarité avec les courageux citoyens de Colombie. Nous fûmes accueillis chaleureusement par le président César Gaviria Trujillo, son épouse Ana Milena Muñoz, ainsi que par d’autres personnalités locales. L’amitié consiste à être près de nos amis quand ils ont besoin de nous. C’est aussi la marque d’une personne véritablement civilisée. L’auteur russe Léon Tolstoï a déclaré : « Au moment où l’art cesse d’appartenir à tous les peuples et devient la possession d’un petit nombre de riches, il cesse également d’être une activité humaine significative et se réduit à un amusement trivial. » Quand j’ai fondé le musée Fuji à Shizuoka il y a trente ans, j’ai déclaré : « Faisons en sorte que ce musée joue pleinement son rôle en faveur de l’émergence d’une culture véritable créée par les personnes ordinaires et tournée vers elles. » L’art doit être ouvert et accessible à tous. Le président fondateur de la Soka Gakkai, Tsunesaburo Makiguchi, mit en avant l’importance de la beauté parce qu’il la considérait comme une valeur essentielle pour l’établissement du bonheur de tous les êtres humains. C’est pour cela que j’ai fondé les musées d’art Fuji, ­l’Association des concerts Min-On et d’autres institutions culturelles. En Occident, les musées ont été créés dans le cadre de la lutte pour la démocratie avec l’intention de rendre l’art, qui était auparavant l’apanage d’une élite, accessible à tous. La mission des musées Fuji de Tokyo et de Shizuoka est également de rendre l’art accessible à tous. La voie du triomphe de la culture et de la civilisation se trouve dans la lutte spirituelle pour conduire l’humanité à s’engager résolument sur la voie de la paix en vue de mettre un terme à tous les actes de destruction et de barbarie. T. S. Eliot, grand poète du XXe siècle, qui fit ses études à Harvard, était très attiré par le bouddhisme. Il considérait comme profondément erronée la vision selon laquelle « la culture peut être préservée, élargie et développée en l’absence de toute religion ». Quelle que soit l’époque, les grands penseurs ont toujours cherché une religion universelle qui pourrait servir de base à une nouvelle civilisation humaine. Notre magnifique mouvement culturel Soka répond à cette quête. Les activités menées par nos courageux pratiquants artistes ne cessent de briller. Pour leur faire part de ma plus profonde gratitude, j’aimerais conclure en leur offrant ces quelques lignes du poème Les Artistes, écrit par le poète allemand Friedrich von Schiller : « La dignité de l’homme est remise entre vos mains : Gardez-la ! Elle tombe avec vous. Avec vous elle s’élèvera ! »

Étude bouddhique

Hommage aux femmes

Semer les graines du bonheur, de l’espoir et de la paix Extrait de la série « Le chant de la victoire humaine », dans le journal Seikyo, quotidien affilié au mouvement bouddhiste Soka au Japon, le 6 juin 2014. Paru dans le livre Ode aux femmes, vol. 3, pp. 101-108. Mon amie Rosa Parks (1913-2005), militante américaine pour les droits humains, a écrit dans une lettre adressée à un jeune ami : « L’espoir que tu nourris pour toi-même et pour l’avenir peut faire de ce monde un meilleur endroit pour vivre1. » C’est exactement ce que font les femmes du mouvement Soka. Quels que soient les difficultés et les défis à surmonter, elles insufflent l’espoir et illuminent leur famille, leur environnement, la société et l’avenir. Mon maître, le deuxième président de la Soka Gakkai, Josei Toda, disait souvent au sujet de nos réunions de discussion : « Même si seulement deux ou trois personnes se réunissent, nous devrions parler du Gohonzon et de la Soka Gakkai, et chacun repartira inspiré et empli de joie. C’est ainsi que notre mouvement actuel a débuté et s’est étendu. » […] Nichiren déclare : « Le seul vrai bonheur pour les êtres humains réside dans la récitation de Nam-myoho-renge-kyo. » (Le bonheur en ce monde, Écrits, 685) Daimoku est la source ultime de l’espoir. La vie des femmes du mouvement Soka, qui récitent Nam-myoho-renge-kyo et encouragent les autres à faire de même, est l’incarnation même de l’espoir. Une pratiquante du département des femmes, qui vit aujourd’hui aux États-Unis avec son époux où ils contribuent au bien de la société, a partagé une expérience clé qu’elle a vécue quand elle faisait partie du groupe Shirabaka 2 des jeunes femmes, au Kansai. À une époque où elle était confrontée à de grands défis dans sa vie, ses convictions et sa foi vacillaient. Un soir, alors qu’elle était de garde et veillait sur les patients de son service, une femme âgée gravement malade a essayé de lui dire quelque chose. Ses mots étaient hachés et indistincts, mais la jeune femme parvint à comprendre les mots « foi » et « Nam-myoho-renge-kyo ». Surprise, elle lui demanda de bien vouloir répéter ce qu’elle venait de lui dire. La vieille dame lui répondit qu’elle souhaitait qu’elle récite Nam-myoho-renge-kyo pour elle car elle était trop malade pour le faire elle-même. Elle souffrait de multiples problèmes médicaux et aussi de démence. L’infirmière ne lui avait pas encore dit qu’elle pratiquait le bouddhisme et pourtant, étrangement, la malade lui avait demandé de prier pour elle. L’infirmière a ressenti que cette femme âgée pouvait ressentir le combat qu’elle menait. Son vœu ce jour-là de prier pour cette personne malade lui permit de revitaliser sa propre vie et sa pratique. Dans le Recueil des enseignements oraux, Nichiren déclare : « Si l’on peut établir un lien avec ne serait-ce qu’une phrase de la Loi merveilleuse, ce lien perdurera de manière intacte durant un millier de kalpa, et l’on pourra révéler le joyau inestimable du Grand Véhicule [l’état de vie du Bouddha]. » (OTT, 219) Même quand nous sommes face aux réalités inévitables de la maladie et de vieillesse, nous pouvons faire briller le joyau inestimable de la bouddhéité dans notre vie et aider les autres à faire de même. Telle est la vie de ceux qui possèdent la grande bonne fortune de rencontrer la Loi merveilleuse. Nous, pratiquants de la SGI, récitons Nam-myoho-renge-kyo pour notre bonheur et celui des autres. Nous gardons la foi en la Loi merveilleuse qui représente la source d’un espoir éternel qui nous permet de connaître la joie dans la vie et dans la mort. Mon épouse, Kaneko, m’a toujours fait part avec joie des efforts réguliers que déploient les membres du groupe des jeunes mamans du mouvement Soka, qui fête son 40e anniversaire en septembre 2014. Les membres de ce groupe sont extrêmement occupées : elles jonglent avec le budget, s’occupent de leur famille, éduquent leurs enfants, et tissent des liens d’amitié avec les personnes autour d’elles. Tous ces domaines constituent cependant un entraînement pour elles, leur permettant de devenir des femmes véritablement fortes et sages capables de conduire leur famille et leurs amis sur la voie du bonheur. Le 6 juin est l’anniversaire de la naissance du président fondateur de la Soka Gakkai, Tsunesaburo Makiguchi (1871-1944). Incarcéré pour ses convictions durant la Seconde Guerre mondiale, M. Makiguchi a beaucoup compté sur sa jeune belle-fille, Sadako. Elle était la mère de sa petite-fille dont il s’enquerrait souvent dans les lettres qu’il lui adressait. Il a demandé à Sadako de veiller sur la famille en son absence et de prendre soin de sa santé, et l’encouragea aussi à accorder une importance primordiale à sa foi et à sa pratique bouddhique. [Note : Sadako était l’épouse de Yozo, le troisième fils de M. Makiguchi, qui avait été enrôlé dans l’armée et était mort sur le champ de bataille en août 1944.] L. M. Montgomery (1874-1942), auteure de Anne… la maison aux pignons verts, a écrit : « Tournez vos difficultés en dérision et surmontez-les3. » Il n’y a aucune difficulté que nous ne puissions pas surmonter grâce à la foi dans la Loi merveilleuse. J’aimerais offrir ces mots de la romancière canadienne aux membres du groupe des jeunes mamans, dont les sourires éclairent le cœur de ceux qui les entourent tandis qu’elles affrontent les plus grandes épreuves avec une foi profonde et brillent tels des soleils radieux en première ligne de notre mouvement. Certains d’entre vous ont des membres de leur famille qui ne sont pas pratiquants de la Soka Gakkai internationale (SGI), mais il n’y a aucune raison de vous en inquiéter. Nous pratiquons le bouddhisme de Nichiren pour devenir heureux. Un seul phare d’espoir peut conduire tout le monde dans la bonne direction. J’espère donc que vous nourrirez respect et compréhension mutuelle avec tous les membres de votre famille, et que vous les envelopperez de chaleur et de bienveillance. Persévérez dans vos efforts, avec joie et sagesse, pour créer une famille heureuse et harmonieuse où abondent les rires et les sourires. Nichiren écrit : « Un grand mal est suivi d’un grand bien. » (Grand mal et grand bien, Écrits, 1126) C’est un passage que mes compagnons à Tohoku et moi avons gravé profondément dans notre vie. Les indestructibles « trésors du cœur » brillent avec encore plus d’éclat au cœur des tempêtes de l’adversité. Je connais bien une pionnière de notre mouvement dans la ville de Sendai, à Tohoku, qui a deux fils qui continuent de mener une lutte héroïque contre la maladie. Elle leur a appris dès le plus jeune âge que le bonheur vient de soi. Tous deux (maintenant âgés respectivement de 45 et 38 ans) ont souffert de dystrophie musculaire progressive depuis leur petite enfance. Au fil des années, il y a eu de nombreux jours de crises qui les plongeaient dans le pire désespoir. Mais ils ont toujours refusé d’être vaincus, en priant sincèrement ensemble en famille. Les deux fils ont fréquemment souffert de nausées et se tordaient de douleur. Leur mère a passé de nombreuses nuits à leur caresser le dos pour les calmer et les réconforter, tout en priant sans interruption. Leurs fils, en retour, ont lutté de toutes leurs forces pour combattre la maladie, déterminés à ne pas la laisser prendre le dessus. Souhaitant voir leur mère sourire, ils ont transformé les larmes de souffrance en larmes de reconnaissance. Tout en luttant sans se ménager pour garder la flamme de la vie en eux – et pour la faire brûler avec encore plus de force et d’éclat –, ils ont tous deux manifesté une immense créativité artistique. Aujourd’hui, ils sont actifs dans leur domaine de prédilection. L’aîné est un artiste qui crée de magnifiques images de fleurs par infographie, tandis que le cadet est un poète qui compose des vers donnant courage et espoir. La forte conviction de leur mère selon laquelle nous sommes les protagonistes de notre bonheur était sans aucun doute étayée par sa ferme résolution à montrer cette vérité à ses fils. Ses doigts sont déformés par tous les efforts qu’elle dut faire pour soigner ses enfants, ses mains ridées par le travail pour subvenir aux besoins de sa famille. J’aimerais envelopper ces mains, les mains bienveillantes d’un bouddha, dans les miennes pour leur manifester ma plus profonde admiration et mon plus grand respect. […] Comme le dit la poétesse japonaise Akiko Yosano (1878-1942) : « La créativité est la capacité à inventer un nouvel avenir, en utilisant le passé et le présent comme outils4. » La situation dans chaque quartier varie, mais comme l’indique Nichiren : « Ces vallées de montagnes et ces larges plaines où nous vivons sont toutes, sans exception, des terres aux trésors de la Lumière éternellement paisible. » (OTT, 77) C’est pourquoi il importe pour nous de réciter Daimoku sincèrement et de lutter infatigablement avec la détermination de faire de chaque groupe un bastion doré de personnes de valeur. Quand nous agissons ainsi, le résultat est garanti. Tout en luttant pour créer un tel essor, continuons à encourager et à soutenir la jeunesse de notre mouvement. Le développement de nos successeurs représente l’espoir de l’avenir de notre mouvement Soka et l’aube d’une nouvelle ère. Le peintre français Paul Cézanne (1839-1906) a écrit : « Faisons l’éloge du soleil qui répand une si belle lumière5. » Exprimons ainsi nos éloges au département des femmes. Acclamons toutes les responsables de groupe, qui prennent la responsabilité de la réalisation de la paix et du bonheur dans leur environnement ! Saluons les pratiquantes du département des femmes partout dans le monde, qui brillent tels des soleils de Soka, soleils d’encouragement et d’espoir ! Puissiez-vous avancer joyeuses et positives, aujourd’hui encore, en rayonnant d’une éclatante force vitale, et commencez toujours par réciter Daimoku ! Et puissiez-vous ouvrir avec joie et courage la voie du bonheur et de la paix, jour après jour, grâce à des dialogues sincères ! Un chemin d’espoir se profile grâce aux prières sincères des lys blancs [responsables femmes de groupe]. Mary Wollstonecraft : ouvrir la voie avec la jeunesse à quatre-vingts ans Extrait d’un discours prononcé au Hall de conférence international de la SGI, le 2 janvier 2008. Paru dans le livre Ode aux femmes, vol. 2, Acep, pp. 169-172. Comment permettre aux femmes de resplendir davantage encore, et comment mettre en avant leurs merveilleux talents ? C’est la clé pour avancer, de manière sûre et certaine, c’est la voie du succès à venir dans tous les domaines. Il en va de même pour la Soka Gakkai. Dès le XVIIIe siècle, la femme de lettres et philosophe britannique Mary Wollstonecraft (1759-1797), une pionnière pour son époque, prônait la défense des droits des femmes. Tout en étant elle-même confrontée à de rudes épreuves, telles que la pauvreté et la discorde familiale, elle continua courageusement d’œuvrer pour le bien-être des autres et de la société, et pour un avenir meilleur. Dans son tract révolutionnaire, Défense des droits des femmes (1792), elle argumente avec persuasion en faveur de l’égalité des sexes, et pour l’éducation et la libération de la femme. Elle ne vécut que trente-huit ans, mais ses idées et ses convictions puissantes, forgées au cœur de ses combats, sont devenues connues dans le monde entier et ont eu un impact durable. Mary Wollstonecraft a déclaré : « Les principaux piliers de l’amitié sont le respect et la confiance », et « le respect pour l’être humain, en tant qu’être humain, est la base de tout sentiment noble. » Comme c’est vrai ! La vraie marque de grandeur se mesure à la capacité de respecter sincèrement les autres. Les efforts faits par les pratiquantes des départements des femmes et des jeunes femmes de notre mouvement, pour toucher les autres par le dialogue et pour partager les enseignements de Nichiren, jour après jour, année après année, caractérisent la pratique altruiste du bodhisattva Jamais-Méprisant, qui exprimait son profond respect envers la nature de bouddha inhérente à chaque personne qu’il rencontrait. Comme l’a dit Nichiren dans les Enseignements oraux : « Lorsque nous nous inclinons devant un miroir, l’image dans le miroir s’incline devant nous en signe de respect. » (GZ, 769) Montrer du respect envers une personne éveille en elle un profond respect d’elle-même. M. Toda nous disait souvent de nous comporter de manière agréable et amicale avec les autres. Il est important de toujours agir en toute sincérité, pour que nos intentions soient correctement perçues. En fin de compte, la sincérité finit toujours par toucher les autres. Les dialogues menés par les femmes de notre mouvement élargissent le réseau de confiance et de compréhension mutuelle le plus magnifique au monde. Je demande aux pratiquants des départements des hommes et de la jeunesse de garder à l’esprit de profondément respecter les femmes et de leur apporter leur soutien chaleureux lors des réunions générales, prévues ce mois-ci, dans tout le Japon. J’aimerais partager avec vous quelques citations de Mary Wollstonecraft. Elle affirmait : « L’être humain est ainsi fait qu’il ne peut acquérir le plein usage de ses facultés qu’en les exerçant. » Être actif nous est bénéfique. Passer du temps à encourager les autres et à leur apporter de l’espoir, jour après jour, est le meilleur moyen de développer nos talents innés d’« experts en matière de bonheur ». Mary Wollstonecraft a également fait les observations suivantes : « Ma sincérité me libérera de mon affectation. » « Une personne vaine est présomptueuse. » « Car tout pouvoir enivre la personne faible. » Rien n’échappe au regard d’une femme sage. Les paroles résolues des femmes ont le pouvoir de révéler erreurs et mensonges. Mary Wollstonecraft a également remarqué : « L’être qui endure patiemment l’injustice et supporte en silence les insultes deviendra rapidement injuste ou incapable de discerner le bien du mal. » C’est absolument vrai. Le cœur humain fonctionne ainsi. C’est pourquoi nous ne devons pas nous taire face à l’injustice. Se battre contre les méfaits et dire la vérité sont des attitudes indispensables pour préserver son intégrité intérieure. Avoir une telle attitude fait naître une explosion de créativité. On dit généralement que, plus on avance en âge, plus il est difficile d’écrire des poèmes. Mais j’ai essayé d’être à la hauteur des nombreux prix de poésie que j’ai eu l’honneur de recevoir, au cours de ma vie, et je me suis toujours appliqué à continuer d’écrire de la poésie. Je ressens profondément que mon énergie et mon inspiration pour la poésie sont restées intactes, parce que je m’efforce encore d’œuvrer en tant que disciple de M. Toda contre la corruption et la critique, avec l’esprit propre à la Soka Gakkai de réfuter les erreurs et de rétablir la vérité. J’aimerais offrir aux pratiquants du département des femmes ces paroles de Mary Wollstonecraft : « Ne laissez pas, mes amis, chavirer votre cœur à chaque incident insignifiant ; le roseau se plie sous la brise et meurt tous les ans, mais le chêne résiste fermement et brave la tempête pendant de longues années. » Soyez, s’il vous plaît, comme des arbres majestueux, capables de résister aux plus puissantes tempêtes ! Vivez forts et confiants, et accumulez victoires et succès, durant chaque année de votre vie ! La fille du roi-dragon Extrait de La Sagesse du Sûtra du Lotus, Acep, vol. 1 pp. 554-555. Daisaku Ikeda commente ici un extrait du chapitre « Devadatta » (12e) du Sûtra du Lotus, dans lequel Shakyamuni déclare que tous les êtres humains, sans exception ni discrimination, peuvent atteindre la bouddhéité. En atteignant la bouddhéité sans changer d’apparence, la fille du roi-dragon concrétise ce principe aux yeux de tous. D. Ikeda. L’atteinte de la bouddhéité (preuve concrète de la véracité des principes « les désirs mènent à l’illumination » et « les souffrances de la vie et de la mort conduisent au nirvana ») a le pouvoir de faire briller de tout leur éclat les aspects de la vie de Devadatta et de la fille du roi-dragon. De plus, parce que la fille du roi-dragon a une forme féminine, elle peut comprendre plus facilement les souffrances des femmes et les conduire vers le bonheur. Toutes les souffrances qu’elle a connues en tant que femme accroissent sa capacité à aider les autres et à atteindre la bouddhéité. Tel est le pouvoir de la Loi merveilleuse, et le sens de l’atteinte de la bouddhéité par la fille du roi-dragon. La fille du roi-dragon, dont on pensait qu’elle n’avait pas la moindre chance de parvenir à l’illumination puisqu’elle avait un corps féminin, animal et enfantin, fut pourtant la première à atteindre la bouddhéité sans changer d’apparence. Cela revêt une signification profonde. L’atteinte de la bouddhéité par la fille du roi-dragon, dans un contexte social oppressif et discriminatoire, équivaut à une éclatante déclaration des droits de la personne. La Déclaration des droits de l’homme de la Révolution française (« Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789) est bien connue. Cependant, elle n’inclut que les hommes comme si seules les personnes de sexe masculin étaient concernées. Une femme du nom d’Olympe de Gouges (1748-1793) critiqua ce document et lança, en 1791, une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Toutefois, accusée d’activités contre-­révolutionnaires, elle fut guillotinée. Elle fut, aussi, l’une des nombreuses personnes qui payèrent de leur vie leurs efforts pour faire reconnaître les droits des femmes. La conquête des droits des femmes fit de nombreuses victimes. Le point essentiel de cette « Déclaration des droits de la femme » que constitue le Sûtra du Lotus est que chaque personne a en elle la possibilité et le droit de parvenir au bonheur, afin que cette noble histoire de sacrifices et de luttes n’ait pas été inutile. Le but est que chaque personne, comme la fille du roi-dragon, se lance dans un voyage pour atteindre le bonheur absolu, tout en aidant ceux qui dérivent sur l’océan des souffrances à faire de même – sans qu’aucun n’en pâtisse. « Toutes les femmes ont le droit d’être heureuses. Elles doivent absolument le devenir. » C’est là l’esprit du Sûtra du Lotus. Le nom même de la fille du roi-dragon, en combinant les termes « roi » pour désigner son père, et « fille » pour la désigner elle-même, exprime la non-dualité des parents et des enfants. L’enfant, en atteignant la bouddhéité, conduit ses parents vers le bonheur. La terre où la fille du roi-dragon atteint la bouddhéité et agit de façon bienveillante s’appelle « le monde sans souillures ». Cela suggère que, lorsqu’une femme atteint la bouddhéité, son environnement se change en un monde de pureté et de beauté. La solidarité des femmes, éveillées à la noblesse de leur propre vie, peut sans aucun doute changer la nature même de la civilisation. Dans la SGI, les femmes et les jeunes femmes sont des pionnières en ce domaine et le noyau qui rendra cette solidarité possible. Infiniment respectables, elles sont des personnes irremplaçables, capables de répondre à une attente qui existe dans le monde entier.

Citations

Citations de Daisaku Ikeda – la diversité et l’autonomisation

XIX. La diversité   Il serait vain pour une fleur de prunier d’essayer de se changer en fleur de cerisier, même si elle le désire. Le prunier est plus épanoui quand il fleurit tel qu’il est, dans toute sa splendeur. Sans nos différences, la vie perdrait beaucoup de ses couleurs et ne serait pas aussi merveilleuse. *** Les différences entre les personnes ne doivent pas s’ériger comme des barrières qui blessent, nuisent et nous éloignent les uns des autres. Au contraire, ces différences entre les cultures et les civilisations doivent être appréciées et protégées comme des manifestations de la richesse de notre créativité commune.   XX. L'autonomisation   Une grande révolution humaine dans la vie d’une seule personne peut changer le destin de l’humanité et de notre planète. C’est le bouddhisme, le Sûtra du Lotus, qui encourage et permet aux gens de prendre conscience de leur grand pouvoir, de le faire jaillir et d’y avoir recours. Le bouddhisme donne aux êtres humains les moyens de se développer en profondeur et leur ouvre les yeux sur le pouvoir illimité inhérent à leur vie. *** Pour le bien et l’autonomie de chacun – tel est le point de départ auquel nous devons constamment revenir. Ce n’est qu’alors qu’il sera possible de relancer et de renouveler fondamentalement ­l’ensemble des activités humaines, y compris les sphères politique, économique, scientifique et religieuse. *** L’Histoire est créée par les êtres humains. Chaque personne en est un protagoniste majeur. Au lieu de compter sur les autres, nous devons mettre en scène la grande histoire de notre créativité. C’est ainsi que nous pourrons briser la coquille de notre soi limité. *** Faire l’éloge des autres ne signifie pas les gâter. Dans une société qui est source de stress, les mots qui réchauffent le cœur sont plus importants que jamais. Ils soutiennent les autres et leur donnent de la force, les incitant ainsi à s’épanouir. *** Certains disent que le sentiment dominant dans le monde actuel est l’impuissance. Les décisions sur les questions politiques, éco­nomiques et environnementales semblent toutes être prises quelque part, hors de notre portée. Que pouvons-nous accomplir face aux gigantesques institutions qui dirigent notre monde ? Ce sentiment d’impuissance alimente un cercle vicieux qui ne fait qu’aggraver la situation et le sentiment de futilité. À l’opposé de ce sentiment d’impuissance se trouve la philo­sophie du Sûtra du Lotus selon laquelle la détermination intérieure d’un individu peut tout transformer. C’est un enseignement qui permet à chaque être humain d’exprimer pleinement le potentiel infini et la dignité inhérente à sa vie. *** L’essence du bouddhisme réside dans le développement de soi par sa propre détermination et ses efforts acharnés – et non dans le fait de dépendre de quelqu’un ou de quelque chose d’autre. Cependant, il ne faut pas tomber dans la confusion et l’arrogance en se disant : « Je suis le seul à être dans le vrai. Je suis le seul à être digne de respect. » Croire en l’immense potentiel qui existe en soi, c’est aussi croire en l’immense potentiel qui existe chez tous. Le bouddhisme enseigne que nous devrions chérir la vie des autres tout autant que nous chérissons la nôtre. *** Le Sûtra du Lotus enseigne le grand trésor caché du cœur, aussi vaste que l’univers même, qui dissipe tout sentiment d’impuissance. Il enseigne une manière dynamique de vivre qui nous permet de ressentir l’immense vie de l’univers même. Il enseigne la vraie grande aventure : la réforme de soi. *** Les enseignements du bouddhisme ont été exposés pour le ­bonheur de tous ; il n’y a aucune discrimination fondée sur le genre, les origines ethniques, l’éducation ou le statut social. En fait, le bouddhisme a été exposé précisément pour permettre aux personnes discriminées et opprimées, à celles et à ceux qui ont connu les souffrances les plus amères, de goûter un profond bonheur. *** La voix est vivante. C’est ce qui lui donne le pouvoir d’émouvoir et de toucher les autres. Les émotions contenues dans la voix pénètrent par les oreilles, « les portes de l’esprit », voyagent profondément dans le cœur, le stimulent et provoquent une réaction, ce qui se traduit par une action. *** Craindre les difficultés et éprouver du ressentiment envers notre environnement, c’est vivre avec la conviction que la Loi [Dharma], le pouvoir de changer, se trouve en dehors de notre propre vie. Le bouddhisme commence par la croyance dans le grand pouvoir du Bouddha sur sa propre vie. *** Nous ne sommes pas simplement des pions passifs entre les mains des forces historiques ni des victimes du passé. Nous pouvons façonner et diriger l’Histoire. Renouveler notre foi dans la capacité des personnes à créer l’avenir – individuellement et collec­tivement – est la tâche la plus urgente à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. *** Nous ne devrions jamais décréter que quelque chose est impossible et croire : « Je ne serai jamais capable de faire cela. » Le pouvoir de l’univers entier est inhérent à notre vie. Lorsque nous décidons fermement : « Je peux le faire ! », nous pouvons briser les murs et les limites que nous nous imposons.

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